| n° 15993 | Fiche technique | 42485 caractères | 42485Temps de lecture estimé : 24 mn | 07/01/14 corrigé 10/06/21 |
| Résumé: La suite d'une rencontre très fortuite, dans un TGV, d'un homme et d'une femme d'affaires qui avaient prolongé ce premier échange, pour leurs plaisirs respectifs, dans un hôtel voisin. | ||||
| Critères: fh inconnu portrait | ||||
| Auteur : Cedral | ||||
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Résumé des épisodes précédents :
Suite à une rencontre dans un TGV, un homme et une femme d’affaires avaient prolongé ce premier échange, pour leurs plaisirs respectifs, dans un hôtel voisin.
Leur première rencontre avait été bien étonnante, et même surprenante et ils en avaient l’un et l’autre retiré un plaisir inattendu. Fort et épicé. Mais en lui laissant sur un papier, déposé sur le bord de la table d’hôtel, son adresse électronique, il avait fait en sorte qu’elle seule puisse reprendre une éventuelle initiative, à condition bien entendu d’en avoir l’envie. Est-il besoin de préciser qu’il espérait cette reprise de contact ? Mais il lui fallait s’avouer qu’il n’était sûr de rien…
Il regardait donc ses boîtes mail avec un peu plus d’attention que d’habitude et s’appliquait, notamment, à ne pas jeter trop vite les fameux « courriers indésirables » dans lesquels pouvait se glisser, sans qu’il n’y prenne garde, le mot – attendu – d’une correspondante nouvelle. Il n’eut en fait pas longtemps à attendre car un message venant d’une adresse, jusqu’ici inconnue, au pseudo de bon goût qui évoquait à la fois un prénom féminin et une attache provinciale, retint son attention… C’était elle ! Sa distante voisine du TGV, qui avait su au contraire se montrer si ardente dans leur chambre d’hôtel. Il se força à ne pas se précipiter au moment d’ouvrir ce message en fait très attendu.
Cher Monsieur – car c’est bien ainsi qu’il me faut aujourd’hui vous appeler puisque vous avez décidé que nous ne parlerions, pour le moment, que de cette façon bien distante –, j’ai beaucoup aimé ce moment passé en votre compagnie ; moment qui était bien imprévisible quand, inconnus l’un de l’autre, de retour de nos voyages d’affaires respectifs, nous avons pris place face-à-face dans ce TGV ; sans pouvoir bien sûr imaginer que ce face-à-face bien anodin se transformerait au cours de la même journée en un autre moment, d’un autre genre, beaucoup moins distant. Je conserve un bon souvenir de la manière, subtile et presque naturelle, dont nous avons su ensemble faire évoluer ce banal face-à-face vers un superbe et torride corps-à-corps.
À la réflexion, il me vient un sourire car je n’ai pas vraiment souvenir d’avoir connu, plus tard dans la journée, un réel face-à face avec vous puisqu’à de très rares et très courtes exceptions près, je n’ai pas eu le plaisir de vous observer les yeux dans les yeux. Cela n’a pas été trop grave puisque j’ai eu d’autres multiples plaisirs, notamment et principalement celui de vous avoir senti – je veux parler bien sûr de votre odeur personnelle, de mâle, aux moments où je découvrais de près vos parties intimes – mais aussi d’avoir senti charnellement les agréables va-et-vient de votre virilité quand vous m’avez besognée avec ardeur. Vous avez – merci mille fois – voulu et su remplacer les trop classiques face-à-face en me culbutant par-dessus, me pénétrant par derrière, me prenant debout ; en chandelle, ou en levrette, comme on dit je crois. Doux souvenirs… Merci d’avoir su amener, susciter, provoquer ces divers moments, de manière simple, presque naturelle. Moments que vous avez ensuite organisés avec une très ferme et très insolite autorité et avec ce qu’il fallait de belle et joyeuse imagination.
J’ai, en fait, apprécié tout ce que nous avons fait cet après-midi dans cette chambre d’hôtel. J’ai aimé le silence que vous m’imposiez, la manière dont vous m’avez progressivement déshabillée ; j’ai aimé vos imaginatives injonctions ; j’ai aimé vous savoir, et vous sentir, occupé entre mes cuisses ; j’ai aimé avoir les yeux bandés ; votre fermeté non violente, et votre ardeur non vulgaire ; j’ai aimé prononcer finalement les mots crus que vous attendiez et que je n’avais curieusement jamais osés ; en un mot comme en cent, vous l’avez compris, l’avez entendu et aimerez, je l’espère, l’entendre de nouveau. Comme j’aime le dire dorénavant, j’ai aimé que vous me baisiez, et la manière dont vous l’avez fait…
En écrivant ce mot, et en y repensant, je revis certaines des douces situations de cet après-midi, et me prends à espérer, sans faire de trop ambitieux plans sur la comète, qu’il pourra peut-être être renouvelé. Nous avons l’un et l’autre, l’une et l’autr (néologisme et sourire !), passé l’âge de projets trop ambitieux, de promesses trop définitives. Laissons aux plus jeunes les promesses « à la vie à la mort » ; c’est de leur âge, et ne conservons pour nous, si vous le voulez bien, que l’espoir de moments suaves, honnêtes, pleins, nouveaux et sensuels… Parce que j’ai également cru comprendre que cela ne vous laisserait pas totalement indifférent, je prends donc l’initiative de cette reprise de contact à laquelle vous m’aviez invitée.
Autant j’ai, parmi mille autre choses, apprécié le vouvoiement (auquel je n’aurais pas moi-même pensé) que vous avez imposé dans nos corps-à-corps, autant je trouve que ce « Cher Monsieur » par lequel j’ai commencé ce message est en revanche beaucoup trop formel dans nos échanges électroniques. Je prends donc l’initiative de vous confier, après d’autres choses, et avant d’autres encore, mon prénom : Hélène. C’est, aujourd’hui, la seule chose que je puisse vous donner. En attendant demain, quand je souhaiterai faire, et recevoir, beaucoup plus ; donner – vous donner – de ma personne, de mon intimité. S’il vous plaît, et pour nous plaire.
Elle ne reçut peu de temps après qu’une réponse courte et polie.
Merci donc pour ce présent que vous m’annoncez et qui en appelle d’autres effectivement.
Et vous avez parfaitement raison, Hélène, sur votre analyse du vouvoiement. Je souscris donc bien volontiers à votre proposition. Ce sera donc « Hélène et Jérôme » dans nos échanges usuels. Sauf bien sûr quand j’aurai le bonheur et le privilège de vous baiser, ou le plaisir inverse d’être baisé par vous, Madame.
Il avait, de son côté, voulu cette première réponse assez courte, et presque formelle, mais ne souhaitait surtout pas risquer de couper un contact auquel il tenait déjà beaucoup tant la réciprocité des attentes, l’analogie des situations personnelles, la similitude des caractéristiques, pouvaient laisser espérer de forts moments de découvertes, d’expériences, de plaisirs… Il avait aussi aimé utiliser là, deux fois, ce mot cru auquel il n’était pas lui-même habitué, qui devait sans doute choquer aussi sa lectrice dès qu’elle le recevrait, mais qui traduisait bien la nature des relations qu’ils souhaitaient tous les deux développer.
La réponse à la réponse, dans ce dialogue qui se poursuivait, fut, aussi, très sibylline. Mais sans ambiguïté…
Ce sera, Monsieur, un nouveau grand plaisir de l’être, par vous, baisée. Comme, quand et où vous souhaiterez…
Il voulut donc lui dire en réponse, mieux qu’il ne l’avait d’abord fait, ce que ce moment avait été pour lui.
Que retenir donc, Hélène, de ce moment qui me fut aussi très agréable ? S’il fut superbe pour moi à de très nombreux titres, je souhaite, bien sûr, qu’il le fut au moins autant pour vous…
Que retenir donc ? À y réfléchir bien et au-delà de toutes les superbes péripéties de ce chaud après-midi, une image – de vous – s’impose à moi : vous avez été « classe ».
Vous avez toujours, tout le temps, fait preuve de cette « classe » qui est sans doute une de vos caractéristiques fondamentales. « Classe » à tous moments, en toutes circonstances, et dans toutes les positions. Classe quand vous n’étiez vêtue que de votre culotte, de vos escarpins et de votre parfum. Écartée, offerte, ouverte, pénétrée ; gémissante, impudique, implorante ; vous avez toujours été distinguée. Vous ouvriez vos cuisses avec élégance et attendiez élégamment les avancées, puis les assauts, de votre partenaire. Vous avez sucé avec distinction et avalé avec classe. Même culbutée, même dans votre féminine animalité, vous gardiez cette prestance racée que j’ai aimée et qui s’impose à mon esprit quand je repense à ce moment.
Il avait ressenti juste et formulé un vrai compliment qui toucha la femme à l’autre bout de la ligne électronique. Au point qu’elle se laissa aller à quelques confidences…
Vous allez être étonné, Jérôme, mais en dépit de ce que vous avez sans doute pu penser, malgré une maturité qui – vous avez eu la grande délicatesse de le remarquer – ne m’enlève pas certains atouts ou attraits, je suis très curieusement d’une grande inexpérience sexuelle et n’ai, dans ce domaine, qu’un vécu limité, bien trop classique, et très peu diversifié. J’ai, la dernière fois et avec vous, en une seule fois, déjà dépassé tout ce que j’avais jusqu’ici fait de plus osé, ou osé le plus.
Parce que vous avez fait ceci avec tact mais fermeté, avec douceur mais vigueur, avec force et autorité, je m’en remets à vous pour d’autres moments, de même nature, pour un fort plaisir partagé, pour des moments où j’aimerais être tout simplement… vôtre.
Il vous faut, Hélène, m’en dire un peu plus sur ce que vous ne faites que suggérer.
Les échanges de mails s’accéléraient désormais à une vitesse accrue.
Savez-vous, par exemple, que je n’ai jamais connu certaines expériences que vous évoquiez l’autre jour ? Pour dire les choses à demi-mots, que mon mari a toujours été d’un classicisme frustrant en n’empruntant, toujours de la même manière, que les chemins dûment balisés par une certaine morale, et que ma sexualité est beaucoup trop terne pour être heureuse. Alors que je me sens pleine d’attentes ; prête à donner, et recevoir ; désireuse de vivre des moments simples mais complets, au cours desquels les sens vibreront comme les cordes d’un instrument tendues et accordées.
Elle pensait s’être là lâchée et avoir en quelques mots beaucoup dit de sa situation et de ses attentes. La réponse l’étonna.
Entendu donc, Hélène, pour ce moment futur ; moment équilibré et fort ; complet et partagé…
Elle fut un peu déçue par la concision et l’apparente banalité de ce message. Et resta sur sa faim quelques heures. Jusqu’à voir l’adresse attendue apparaître de nouveau sur son ordinateur.
Envoyez-moi, s’il vous plaît, une liste de dix adverbes…
Elle fut complètement étonnée par ce message qu’elle ne comprit pas, croyant même à une erreur de destinataire. De quoi s’agissait-il ? Une erreur, à n’en pas douter ! Elle lui demanda donc des explications complémentaires dans plusieurs mails successifs qui restèrent tous sans réponse. Elle se sentit désemparée devant cette demande insolite et l’absence de réponse à ses demandes d’éclaircissements.
Il lui arriva donc régulièrement, pendant de nombreuses de ses autres occupations, de repenser à cette insolite demande. Souvent elle repensait à la fois à ses messages sans réponses et à ces « dix adverbes » qu’il lui avait donc demandé de trouver, sans autre explication… Pourquoi pas après tout ? Et progressivement, en voiture, chez elle, au bureau, en réunion parfois, elle s’essayait à trouver ces dix adverbes dont elle faisait semblant de ne pas comprendre la signification, mais dont finalement elle avait cru deviner l’objet. Ce qui ne fut pas pour lui déplaire. Mais dix adverbes ! C’est beaucoup !!
Toujours aucune réponse à ses messages de demandes d’éclaircissement pendant que, contrairement à ce qu’elle avait pensé initialement, la liste d’adverbes qu’elle construisait progressivement s’enrichissait au-delà de toute attente. Voilà même qu’elle fut obligée d’en supprimer certains, d’en remplacer d’autres afin de parvenir à une liste de dix. Il fut très intéressé et satisfait de recevoir peu de temps après un simple mail. Dix mots, pas un de plus…
Lentement, imaginativement, profondément, fermement, autoritairement, multiple, crûment, debout, goulûment, inversement.
Merci, Hélène, et bravo. Bien que votre compréhension initiale ait été un peu lente – et vous avez bien senti que vos demandes d’éclaircissement complémentaires étaient inutiles – vous avez répondu « dans le ton » et de belle manière. Cette réponse confirme superbement – en était-il besoin ? – tellement d’analogies et de « correspondances » entre nous… Merci d’avoir su si bien vous limiter strictement à ces dix petits mots. Pouvez-vous m’en dire un peu plus sur le fond de votre réponse ?
Dois-je vous dire que votre demande m’a d’abord surprise et étonnée, et que je me suis longtemps demandé ce que signifiait cette demande insolite d’adverbes ? Mais très vite, compte tenu de ce que fut notre si belle et si insolite première rencontre, et de la suite que nous semblions tous les deux lui donner, j’ai cru penser – j’ai en tout cas voulu penser – que vous souhaitiez que je décrive, ou suggère, par quelques adverbes et la manière dont ils parleraient à nos inconscients individuels, la nature des rapports que nous pourrions développer dans le secret de nos futures rencontres intimes dans ces chambres d’hôtel douillettes et confortables. Ayant osé cette interprétation de votre demande, il me fallut rapidement choisir car ils se bousculèrent les uns les autres dans mon esprit…
« Lentement », ai-je d’abord dit, car il me semble que la précipitation n’est bonne en rien et qu’au contraire, c’est un plaisir vrai et complet que de prendre le temps de goûter ces moments. « Lentement » ne signifie pas que tous les gestes devront toujours être lents, ce qui pourrait être agaçant. Cela ne signifie pas non plus que je n’aimerais pas, parfois, être prise à la hussarde, sans vulgarité mais sans façon, avec vigueur et autorité. Mais cela signifie en revanche que j’apprécierais aussi beaucoup de nouveau vous sentir – sentir votre membre – lentement et régulièrement coulisser sur mes parois intimes. J’aimerais vos allers-retours lents et réguliers. J’aimerais avoir le temps de guider vos efforts. Même si j’apprécierais aussi, à d’autres moments, la brusque accélération de vos saillies. J’aimerais que vous puissiez me laisser à l’extrême limite de l’orgasme avant de vous retirer ; momentanément, bien sûr… Avant de recommencer à me besogner… Mon « lentement » signifie donc en même temps longuement, consciencieusement. Je souhaite que vous passiez de très longs moments à me limer et à me visiter de votre bâton dur. Comme je pourrais aussi, de mon côté, prendre le temps nécessaire pour vous faire subir d’autres délicieux outrages.
« Imaginativement »… C’est tellement vrai et tellement à la base de ce qui m’a conduite à vous suivre, l’autre jour, en sortant de ce TGV, qu’il n’est sans doute pas utile d’en trop parler… Car nous l’avons tous les deux bien compris, et c’est encore un de nos points communs, nous avons dans notre vie bien trop souvent donné du « missionnaire » pour nous satisfaire aujourd’hui et demain de ces positions trop exclusives et limitées. À moins, pour sourire, que la partenaire ait, comme l’autre jour, les jambes sur les épaules du missionnaire. Mais est-ce encore de « missionnaire » qu’il s’agit alors ? Merci d’avoir su transformer un premier face-à-face, a priori parti pour être très classique, en une belle partie de jambes en l’air. Ne nous arrêtons pas à des terminologies techniques mais constatons uniquement l’envie commune, mon envie en tout cas, de connaître des positions nouvelles, sans autre limite que l’acceptation mutuelle et le plaisir partagé. Et je ne doute pas de la qualité de votre imagination, dont vous m’avez déjà donné quelques premières prometteuses indications. Ah ! Cette culotte, dont vous n’avez pas souhaité que je m’en débarrasse complètement, et qui limitait l’écartement de mes cuisses, ces escarpins que vous m’avez demandé de garder. Je ne doute pas un instant de votre imagination débordante dans ce domaine et je vous dirais volontiers que, là, en vous écrivant, je crois ressentir sous moi les prémices d’une symptomatique humidité dont seule ma petite culotte sera aujourd’hui bénéficiaire…
J’ai aimé écrire « debout » ! Oui, oui, j’ai vérifié ! Il s’agit bien d’un adverbe, et j’ai en effet absolument souhaité joindre à cette liste un adverbe qui ne soit pas en « ment ». « Agenouillée » ou « accroupie » n’étaient pas des adverbes, mais des adjectifs ou des participes passés, et vous les auriez à ce titre critiqués, même si j’apprécierais aussi, bien sûr, les positions qu’ils suggèrent et les pratiques auxquelles ils invitent. Mais j’ai voulu mettre « debout » dans cette liste parce qu’il peut – ce n’est pas son moindre mérite – s’appliquer à chacun de nous deux indifféremment. À moi, quand vous souhaiterez me prendre ainsi, comme vous l’avez fait la semaine dernière pour me rendre un bel hommage final ; et qui pourrait la prochaine fois constituer le premier moment fort de notre après-midi ? Que je sois debout droite, debout en appui, debout penchée, debout de face, ou debout de dos ; mais debout, debout honorée, debout pénétrée, debout écartée, debout portée par vous, debout baisée. Adverbe qui peut aussi s’appliquer à vous, s’il arrivait que je doive, ou je souhaite, ou je veuille, agenouillée ou accroupie, vous rendre avec ma bouche un hommage très intime.
Pourquoi « crûment » ? Pour signifier que, sans vulgarité ni trivialité bien entendu, il me sera agréable – il nous sera agréable ? – d’oser employer les mots forts dont une certaine conception étroite, voire étriquée, de la morale m’a – nous a ? – jusqu’ici interdit l’usage. Il en est certains que j’aimerais plus que d’autres, et qu’il en est même d’autres que je n’utiliserais pas. Mais ce ne serait, le cas échéant, que par décision personnelle, ne les aimant pas, et non pas à cause de la stricte observance d’une convention de langage. Vous avez bien voulu, l’autre jour dans un mail, me faire un beau compliment en parlant de ma « classe ». Je crois que vous avez raison. Mais la femme de classe se plaît aujourd’hui à dire et à penser avec « classe » qu’elle aimerait autant pouvoir vous sucer, goulûment, qu’être baisée, vigoureusement, ou limée, consciencieusement. Ou décider, à son tour, de vous chevaucher et de venir s’empaler sur vous. Ou de vous demander de venir la lécher. Avec élégance. Mais sans périphrase.
« Inversement » s’est vite imposé à mon esprit, bien sûr, comme une évidence, pour les sens multiples et divers qu’on peut lui donner. Pour signifier – en était-il besoin tant nous semblons d’accord sur ce point ? – que notre relation, d’hier et de demain, doit se comprendre comme d’une parfaite égalité, où les désirs de l’un d’aujourd’hui pourront demain être remplacés par ceux de l’autre. Où l’acteur meneur d’un jour devra au contraire se montrer docile une autre fois, et réciproquement. Pour dire encore que tous les chemins peuvent être explorés et qu’il n’est pas de voie impénétrable, tout résidant sans doute dans la manière dont ces voies inédites, ou peu fréquentées, auront été préparées. Pour dire enfin qu’il y aura des moments où, placés inversement l’un par rapport à l’autre, nous aurons plaisir à nous longtemps goûter, et besogner. Avec la bouche, et la langue, et le nez, et les doigts, bien entendu. Que nous serons occupés l’un par l’autre, à ne pouvoir pas parler, parce que nous nous aurions l’un et l’autre en bouche.
Pourquoi « profondément » dans cette liste d’adverbes ? Tout simplement parce qu’il faut aller au fond des choses, de toutes les choses. On pourrait tout aussi bien dire « complètement », ou « énergiquement » ou « fortement ». Tout ceci est évidemment exclusif de toute violence, qui serait mille fois inacceptable, mais il est des situations où le stade ultime du plaisir trouve sa concrétisation dans le râle ou le feulement de la jouissance. Je l’aurai de nouveau quand vous serez profondément introduit dans mon intimité jusqu’à en toucher le fond, que vous y trouverez appui pour rebondir, afin de reprendre élan pour me pilonner à nouveau. Dans un mouvement régulier et puissant de marteau-piqueur endurant et résistant.
« Fermement » ? Car j’aimerais autant vous sentir ferme en moi que de savoir ma croupe solidement tenue par vos mains puissantes ou, à d’autres moments, mes seins solidement empaumés par vous. J’aimerais que mon cul, au milieu des soubresauts du plaisir, soit parfois guidé dans ses mouvements naturels. J’ai apprécié la rigidité de votre sexe – de votre bite. Donc « fermement », ou vigoureusement, ou fortement.
« Goulûment » encore, tant il est vrai que l’appétit vient en mangeant et que nous avons manifestement l’un et l’autre de beaux fruits à goûter et à faire goûter. Je vous voudrai goulu entre mes cuisses, comme vous l’étiez déjà l’autre jour ; je serai goulue quand je vous aurai en bouche et je souhaite que nous passions de longs moments à nous goûter l’un l’autre complètement et… goulûment !
« Multiple », un presque corollaire de plusieurs autres adverbes précédents, pour rappeler qu’il n’est pas de voies interdites si elles sont acceptées, ou souhaitées, par les deux ; pour dire aussi que l’endurance et l’art de redonner vigueur devront permettre de ne pas limiter à un assaut réussi les performances d’une rencontre. Vous me baiserez plusieurs fois, différemment, et j’aimerai – qui sait ? – être dans la situation de vous demander grâce quand vous me proposeriez un ultime emboîtement dans une position singulière.
Je ne pouvais, ni ne voulais, éviter la référence à l’autorité. Une belle et forte autorité, aux antipodes de la brutalité, faut-il le souligner. Qui ne sera pas systématiquement unilatérale et qui pourra selon les circonstances et les bons vouloirs respectifs donner la position dominante à l’un, ou à l’autre, puis à l’autre. Autorité qui s’accompagnera dans le même temps d’une obéissante docilité, chez l’autre. J’ai aimé l’autre jour vos injonctions et la manière dont vous avez su, tel un chef d’orchestre, me faire vibrer à l’unisson de vos propres désirs. Vos désirs étaient des ordres, comme pourront l’être un jour les miens. J’ai aimé que vous me mettiez au mur, me penchiez, me bandiez les yeux et me pénétriez sans un mot. C’était autoritaire et animal. Recommencez de temps en temps.
Dix adverbes, pas un de plus ; pas un de moins. Elle avait répondu très rapidement à cette invite et l’avait fait, selon lui, de belle manière. Elle traduisait ainsi la façon – les façons – dont elle souhaiterait se donner, ou être prise. Sans doute aussi peut-être, et bien normalement, prendre et décider à son tour. Il essaya d’imaginer ce que chacun de ces adverbes signifiait dans l’esprit de celle qui n’était, pour l’heure, qu’une lointaine correspondante, mais qui serait bientôt une belle femme à honorer, une dominatrice à dominer, parfois même une maîtresse à qui obéir. Ils n’eurent pas beaucoup de difficulté à trouver rapidement un moment de disponibilité commune.
Donnons-nous tout un après-midi, Hélène. Je vous attendrai à treize heures dans cette chambre que nous avons connue l’autre jour. Et où nous avons à la fois de bons souvenirs et de belles promesses. Venez-y comme vous êtes ; avec cette classe, que j’aime ; avec votre démarche, ferme et assurée ; votre port de femme mûre ; votre parfum, de bon goût, et votre odeur, de femme. Des escarpins hauts, bien sûr, car vous savez que je les aime. Mettez des bas, cette fois-ci, avec une culotte de soie. Pour le reste, tout sera parfait, car vous savez manifestement y faire…
Je vous accueillerai, comme vous méritez de l’être… Et nous saurons nous construire un après-midi de plaisir. Plaisir réciproque, complet et alterné… Basé sur le respect et le désir ; l’audace sans vulgarité ; l’imagination, sans tabou. Avec le souhait commun d’illustrer quelques-uns des adverbes que vous avez si bien choisis… Ne faisons évidemment pas de plan trop figé a priori. Les choses se dérouleront selon nos volontés et désirs respectifs, selon nos forces et nos endurances. Mais je ne doute pas que vous saurez le moment venu redonner de l’ardeur à votre partenaire…
Mercredi, Hélène, à l’heure dite, dans la même chambre, si vous le pouvez, si vous le voulez. Vous n’aurez qu’à pousser la porte…
Elle avait prévu, pour le jour dit, une matinée professionnelle allégée : des petits travaux administratifs puis une réunion de ses principaux collaborateurs, qu’elle anima avec un plaisir tout particulier, autour d’une grande table. Elle sut, comme d’habitude, s’y montrer directive et autoritaire.
En cette veille de vacances, l’ordre du jour était allégé : les petites nouvelles de la semaine, comme d’habitude et, en guise de plat principal, la présentation d’une importante proposition commerciale et les axes de réponse à lui apporter.
Elle aimait avoir toute son équipe rassemblée autour d’elle dans cette grande salle agréable et confortable. Une belle pièce, une très grande table, de la moquette épaisse. Elle voulait qu’elle soit régulièrement bien chauffée…
Comme prévu, après les habituelles petites nouvelles hebdomadaires, elle aborda la grosse affaire de la semaine et demanda à l’une de ses excellentes collaboratrices, en charge du dossier, d’en faire la présentation. Victoire – c’était son prénom – prit la parole avec aisance. Jeune femme dans la plénitude de l’âge, elle avait autant de qualités professionnelles et intellectuelles, souvent validées, que d’atouts physiques, pour autant que chacun pouvait les voir. Elle était, en outre, vêtue avec un goût sûr et, même si elle privilégiait une approche BCBG, elle faisait ce qu’il fallait pour ne laisser personne indifférent. Hélène appréciait, sans le lui dire bien sûr, cette collaboratrice racée et savait lui faire souvent totalement confiance. Elle se permit donc, ce jour-là, une fois l’exposé de sa collaboratrice lancé, et bien lancé, de se laisser aller à d’autres pensées. De temps en temps, elle revenait dans la réunion, dont elle ne faisait que suivre la direction principale. Victoire avançait dans son exposé et, comme souvent, elle « monta au paper-board », avant de conclure, pour résumer sur le papier les principaux points évoqués.
Interpellée par sa collaboratrice, il lui fallait répondre. N’ayant vraiment pas tout suivi, elle ne voulut le faire que de manière assez vague et non définitivement engageante.
Hélène sourit intérieurement à l’écoute de ces propos un peu équivoques. Etait-ce donc pour cela que Victoire était aujourd’hui particulièrement en beauté et rayonnante ? Hélène, quant à elle, pensait davantage aux positions qu’elle aimerait prendre ce même après-midi, et qui n’auraient rien à voir avec ce qui était alors débattu en réunion…
C’est ainsi qu’elle conclut la réunion. À moment où chacun rassemblait ses dossiers, elle indiqua à Victoire qu’elle souhaitait lui dire un mot seule à seule dans son bureau. Ce fut sans surprise donc que, quelques minutes plus tard, Hélène entendit sa collaboratrice frapper à sa porte, entrer et refermer la porte derrière elle. Assise à son bureau, elle ne fit pas asseoir sa collaboratrice. Elle aimait de temps en temps cette position d’apparente domination, ses salariés lui semblant à sa disposition, ou au moins à son écoute.
Très surprise, Victoire rosit un peu, accepta sans broncher cette petite critique et sut se ressaisir facilement.
Elle suspendit son propos qu’elle laissa en suspens…
Rassurée par cette autorisation patronale à poursuivre :
Parce que l’entretien lui plaisait, et pourrait donc sans doute se prolonger un peu, Hélène autorisa Victoire à prendre place dans le vaste fauteuil qui lui faisait face.
Elle rosit un peu :
L’heure avait en effet tourné, et elle tenait absolument à vérifier les moindres détails. Elle avait, le matin chez elle, mis un soin tout particulier à se préparer. Il lui fallait rester elle-même. Elle évita un maquillage excessif qui n’aurait pas été de mise, se contenta de son parfum habituel, qui avait été apprécié, et d’un léger rouge à lèvres qu’elle se plut à imaginer plus tard sur le sexe de son amant. En revanche, elle choisit avec soin une jupe, très ajustée, qu’elle préféra à une robe, et un chemisier simple mais de bon goût qui ne laissait rien deviner du soutien-gorge. Mais le plus important restait de bien choisir les autres attributs dont elle connaissait l’importance pour son partenaire.
Ce fut d’abord une légère culotte en soie blanche dont elle se surprit à se demander comment elle lui serait ôtée, si même elle le serait complètement, et si elle lui serait remise. Elle choisit la plus douce qu’elle pût trouver dans sa commode et aima en sentir l’odeur de récente lessive dont elle gardait la fraîche et légère senteur. Nul doute qu’elle serait, plus tard dans la journée, imprégnée d’une odeur beaucoup plus personnelle que son partenaire aimerait sûrement humer avec délectation, et lui faire partager. Elle estima plus prudent de glisser dans son sac à main une culotte de rechange, qui pourrait ne pas être de trop, en fonction de la tournure de l’après-midi.
Elle n’hésita pas sur les escarpins qu’elle choisit facilement : des talons-aiguille assez hauts, à bouts arrondis, qu’elle préférait à juste titre à tous les autres. Elle connaissait déjà, après leur première rencontre, le goût de Jérôme pour ces hauts talons et se demandait s’il les lui ferait conserver encore une fois très longtemps. Elle se remémora avec suavité ces moments où ils avaient constitué son seul habit. Il faut dire aussi que Jérôme était grand et que ces talons lui permettaient d’avoir, plus facilement, la croupe à bonne hauteur. Elle ne discuta pas, avec elle-même, sur le choix entre bas et collants : il avait été clair et impératif. Elle se décida assez rapidement pour des bas auto-fixants « Il me demandera sans doute des porte-jarretelles la prochaine fois… », mais hésita plus longuement sur la couleur. Couleur chair, décida-t-elle finalement, principalement convaincue par le terme lui-même, qui lui plaisait. À peine eut-elle fixé ses bas en haut de ses cuisses, ne laissant pour l’heure qu’une étroite bande de peau entre le haut de ses bas et sa culotte, qu’elle se remémora la manière dont il aimait les enlever.
« Je sais qu’un jour éventuellement assez proche, il aimera me déshabiller complètement lui-même, sans s’aider de ses mains. Qu’il aimera m’enlever mes bas avec sa seule bouche. Comme moi-même je lui ôterai son slip sans l’aide de mes mains. » Douces pensées…
Elle choisit le taxi, pour être plus calme que dans sa voiture. Il lui fallait traverser Paris pour se rendre de la Défense, où étaient ses bureaux, à la gare de Lyon, où elle était attendue. Ce trajet fut merveilleux, le long des voies sur berges. Elle n’avait, pour une fois, rien à penser, sinon à une liste de dix adverbes, qu’elle aimait bien, et à regarder la Seine, qui coulait tranquillement. Seule petite contrariété : la petite humidité – déjà – qu’elle sentait lentement descendre dans sa culotte. « Pourvu que cela ne se voie pas sur la banquette ; et j’ai bien fait de prendre un rechange que je pourrai passer avant de monter dans la chambre ! » pensa-t-elle. Contrariété nouvelle à sa descente de taxi car elle vit Jérôme qui l’attendait devant l’hôtel :
Contrariété surmontable, on en conviendra, même si pour le changement de culotte prévu…
Ils avaient à peine franchi la porte de la chambre qu’ils eurent, bien entendu, envie de se jeter l’un sur l’autre sans tarder. Ce n’est évidemment pas la politesse ni les convenances qui les retinrent, car de cela il ne serait jamais trop question entre eux, mais la volonté intuitive et commune de faire durer ces moments exquis et voluptueux de l’observation qui vont précéder ceux de l’action.
Leur premier réflexe commun, et non concerté, fut d’évaluer la chambre. Elle leur parut tout à fait adaptée : de bon goût et spacieuse ; très bien chauffée, ce qui n’empêcherait rien et ne limiterait pas les initiatives, avec toutes les commodités d’un minibar pour le réconfort après l’effort, un très grand lit, une table centrale, manifestement accueillante, solide et résistante ; deux très larges et très confortables fauteuils anglais ; des murs plats et nus, mais aux couleurs chaleureuses. Assis face à face dans deux confortables fauteuils, ils s’observèrent mutuellement. Ils évitèrent aussi, intelligemment, les banalités affligeantes. Peu de mots, des mots doux, des mots forts, les yeux dans les yeux.
L’après-midi avait manifestement commencé, de prometteuse manière… Il se leva doucement, dissuada son amie de faire de même quand elle sembla vouloir l’imiter, vint se placer derrière son fauteuil, se pencha, lui fit relever la tête et déposa un très tendre et très doux baiser, presque chaste, sur les lèvres de celle qui devenait sa partenaire. Ce signe, inventé là, signifiait le début de l’après-midi. Il la saisit ensuite délicatement et la mit à genoux sur le grand fauteuil, à l’envers, la poitrine collée au dossier. Son propos était de contempler les jambes, élégantes et fuselées ; d’aimer la légère et symétrique couture des bas ; et d’apprécier une fois de plus le charme de ses escarpins. Il lui demanda de passer ses bras au-dessus du dossier du fauteuil, ce qu’elle fit ; cela lui interdisait tout mouvement spécifique.
Placé debout derrière elle, il entreprit de lui retrousser sa jupe, sans l’enlever. Le spectacle qui s’offrit à lui fut, en tout point, conforme à ses attentes. Des bas de couleur chair qui s’arrêtaient en haut des cuisses, une culotte blanche en soie sur laquelle il aima promener ses mains et où il remarqua, avec plaisir, la trace des premiers émois qu’elle avait ressentis dans le taxi avant d’arriver ; une croupe qui lui parut appétissante et musclée. Il fit le tour du fauteuil pour se retrouver face à elle et à ses bras ballants.
Il sourit doucement pour indiquer qu’il aimait cette remarque doucement effrontée, et lui déposa de nouveau un tendre baiser.
Il la fit se lever, lui ôta sa jupe, s’assit confortablement au fond du large fauteuil, la fit venir face à lui et l’aida à s’installer elle-même, agenouillée avec les jambes placées sur les très larges et très confortables accoudoirs en cuir épais. Ils étaient ainsi face à face, lui assis, elle agenouillée… Tous les deux encore habillés.
L’après-midi commençait à peine…
[à suivre]