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Temps de lecture estimé : 66 mn
11/10/13
Résumé:  Suite de mon histoire à Londres. Tout est prêt pour recevoir Jean-Philippe: que la fête commence !
Critères:  journal fhh vacances hotel hsoumis fdomine fellation
Auteur : camilleM            Envoi mini-message

Série : Pensées pour moi-même

Chapitre 02 / 04
Pensées pour moi-même (2)

6. Ornementations chromatiques et premier interlude



Jetant un ultime regard furtif (finalement, je ne vaux pas mieux que les hommes) sur ces objets frappants de ressemblance dont je t’ai parlé plus haut, je suis sortie de cette boutique sans me demander comment Jean-Philippe et David allaient bien pouvoir passer ces deux heures : à voir l’intérêt qu’ils avaient pris jusqu’alors là où ils étaient, sûr qu’ils allaient pouvoir y consacrer agréablement ce laps de temps.


Quant à moi, je t’avoue que ces deux heures m’ont été très utiles.


J’avais en effet repéré un peu plus tôt un magasin nettement plus classe que le peep-show que je venais de quitter, magasin dans lequel je me suis décidée à entrer hardiment, effaçant par le même fait mes toutes dernières réticences (si j’en avais encore d’ailleurs) à m’engager dans une nuit pleine de volupté.


Là, contrairement à ce que j’avais constaté ailleurs peu de temps auparavant, les femmes y étaient plus nombreuses que les hommes, même si la présence de quelques-uns d’entre eux ne manquait pas de laisser planer sur le lieu un léger parfum d’ambiguïté. Après tout, c’est une situation tout ce qu’il y a de plus normal, pour un magasin de lingerie fine. Au moins, comme cela, j’aurais fait, comme tout le monde, mon plein d’achats de vêtements à Londres, contrairement à ce que j’avais initialement prévu.


Encore une fois, même si le personnel ne parlait que l’anglais, j’ai particulièrement apprécié la possibilité d’acheter ce que j’avais envie de m’offrir, sans m’inquiéter de savoir si quelqu’un m’avait vu entrer ou sortir, sans m’inquiéter des risques de commérages d’une amie qui y ferait également de tels achats discrets, sans m’inquiéter enfin du regard courtois mais intéressé des hommes qui en y entrant avait eu surtout pour souci de faire plaisir à leur épouse en leur offrant un cadeau original (et, simultanément, de se faire plaisir par la même occasion).



* * *



Le choix ne fut pas facile : je pouvais opter tout d’abord pour une lingerie très sage, avec beaucoup de dentelles, mais malheureusement généralement uniformément blanche : mais j’ai jugé que cela n’aurait pas beaucoup attiré le regard de Jean-Philippe qui n’y aurait vu qu’un simple soutien-gorge et une stupide culotte, deux obstacles à la réalisation de son désir et susceptibles en conséquence de passer immédiatement à la trappe, voire à la déchiqueteuse. Non, il fallait effectivement quelque chose de plus corsé. J’ai donc opté pour la lingerie « pas sage du tout », même si, au passage, j’ai eu le sentiment de franchir — encore ! — un pas supplémentaire non prévu initialement.


Je ne sais si tu as déjà eu l’occasion d’en voir mais c’est assez impressionnant (et assez significatif des attentes masculines en outre). Tu as le choix.


Il y a tout d’abord de la lingerie très french-cancan, qui reste encore très raisonnable, et qui oblige les hommes qui veulent te déshabiller à ne le faire que du regard pendant un certain temps, compte tenu du nombre de couches à enlever ; il y a aussi les lingeries tellement fines qu’on voit au travers (des à peine translucides aux quasi-transparentes).


Un pas plus loin, il y a ces sous-vêtements où l’on a très scrupuleusement enlevé des morceaux et qui mettent en évidence les parties les plus intimes de ton corps : tu as donc le choix entre la lingerie où tes seins sont exposés (et d’autant mieux exposés que le tissu alentour est sombre), celle où ce sont tes fesses qui sont exposées, enfin, celle où c’est tout ton entrejambe qui est libéré : en d’autres mots, tu écartes les jambes et la lingerie qui semblait te recouvrir entièrement laisse apparaître ce qui fait le délice du regard du mec avec qui tu partages ton intimité ; bien entendu, il y a aussi une combinaison de ces possibilités : soit les seins et l’entrejambe, soit les seins et les fesses, etc. Il y a aussi ceux qui sont conçus avec des boutons et des tirettes, juste pour les faire languir jusqu’à ce que leur langue pendent par terre ! Je te passe ceux qui sont en cuir et qui te transforment les seins en obus.


Enfin, comble de l’absurde : il y a les vêtements qui n’en sont pas (ou plus) : tu as d’abord ce qu’on appelle à Londres les « fishnets », c’est-à-dire une sorte de filet que tu enfiles comme un vêtement mais qui laisse tout voir au travers des mailles (des plus serrées au plus larges), de sorte que tu te retrouves en même temps habillée et déshabillée, à la fois couverte d’un tissu apparemment protecteur mais en même temps livrée à la concupiscence d’un regard pénétrant.


Enfin, une catégorie encore plus loin, tu trouves le filet de cordes (je n’ai pas trouvé le nom exact) : au lieu d’un filet, c’est un assemblage de quelques cordes qui entourent juste tes fesses, tes seins et les mettent merveilleusement en valeur.


Tous ces vêtements peuvent bien entendu être de différentes couleurs, de différentes matières, ils peuvent combiner aussi plusieurs modèles : des filets avec des trous là où c’est souhaitable ; on en trouve également adapté aux hommes (je te laisse deviner où se trouve le trou le plus courant), bref, on peut vraiment dire ici que l’imagination est au pouvoir. Finalement, je suis sortie avec quatre de ces ensembles, tout en sachant que je n’en aurais plus que probablement besoin que d’un seul, éventuellement de deux.


Tout cela m’avait pris quasiment mes deux heures (quelle patience elle a eu la vendeuse, qui a dû probablement me trouver très ingénue en cette matière vestimentaire spécifique !) et c’est en arrivant près de la station de métro que je me suis aperçue qu’il manquait quelque chose à la bonne réussite de ma soirée : des préservatifs ! Je pouvais bien entendu compter sur Jean-Philippe mais peut-on jamais être sûre de cela avec les hommes : ce ne sont pas eux qui subissent généralement les conséquences d’un tel oubli. Il me fallut donc retourner — seule ! — dans un peep-show (à Londres on ne trouve pas facilement des pharmacies), adresser la parole au vendeur et lui demande sans rougir des « condoms, please » (vendeur en passant qui n’en avait franchement rien à faire que ce soit une femme ou un homme qui lui achète ce genre de produits), que je choisisse entre huit (8 !) boîtes différentes, et c’est finalement en retard que je suis arrivée au rendez-vous fixé avec mon acolyte.



* * *



Bien entendu, Jean-Philippe était assez nerveux. A-t-il cru que je lui avais posé un lapin, je l’ignore ; mais toujours est-il qu’il a été très content et soulagé de me voir arriver (à sa place, je l’aurais été aussi !).


Faut-il dire que nous n’avions pas très faim, que nous nous regardions droit dans les yeux et que nous nous sommes embrassés avec un French kiss prometteur, mais que cela ne m’a pas fait oublié la nécessité de lui rappeler discrètement les règles de notre accord : on a le temps, je prends l’initiative, il se laisse conduire vers le plaisir de la manière que j’ai choisie, moi. Il aurait bien entendu pu dire non, mais sincèrement il a bien compris que cela aurait été une gaffe monumentale.


La conversation s’est ensuite engagée sur les moments libres de la journée : il m’a expliqué qu’ils n’étaient pas restés très longtemps là où je les avais lancés parce qu’ils ont fini par en avoir marre de voir tout cela — menteur va ! — et que finalement il a abandonné David à Charing Cross comme prévu ; que David avait très bien compris la situation et qu’il n’avait aucun inconvénient à être mis temporairement mis hors course. Il m’a demandé ce que j’avais acheté et je lui ai répondu simplement :




* * *



Évidemment, il est bien arrivé un moment où les sujets de conversation ont semblé n’offrir que peu d’intérêt face à la perspective de ce qui nous attendait. Nous avons donc quitté notre place après à peine 15 minutes, et nous nous sommes levés en nous donnant la main.


Nous avons demandé l’un après l’autre nos clés respectives à l’accueil de la résidence, et alors qu’il entrait dans l’ascenseur (« Doors opening ») j’ai retenu la porte et je lui ai donné ses premières instructions.


Je lui ai ainsi demandé tout d’abord de se rendre le plus propret possible, de prendre une douche et de se nettoyer dans tous les coins en pensant bien à moi, de venir en cravate (celle bien anglaise que je lui ai achetée) et de ne pas oublier les petites choses (à savoir les bières et les gobelets en plastique) nécessaires à l’ouverture de notre petit pub et des petits préliminaires que je lui avais préparés. Ensuite, je lui ai donné rendez-vous dans une demi-heure, porte 515. Unité de lieu, de temps et d’action : nous pourrions alors commencer nos petits échanges.


Puis les portes se sont fermées (« Doors closing »), j’ai attendu qu’il soit à son étage, et j’ai pris moi-même ensuite l’ascenseur, préliminaire à une autre montée, au septième ciel celle-là.



* * *



Faut-il te le dire, Alice, j’étais passablement excitée ; mais rien à faire il fallait que je me maîtrise au risque de tout gâcher. Je suis donc arrivée dans ma chambre, ai fermé la porte à clé, j’ai tiré les rideaux et je me suis entièrement déshabillée.


Je me suis alors placée devant l’armoire à glace (dans une chambre d’étudiant, il y a toujours une grande glace), j’ai pris mes seins dans mes mains, ai estimé qu’ils devraient satisfaire pleinement au gabarit des mains de Jean-Philippe, me suis dit en même temps que les quelques rondeurs que j’estimais personnellement malvenues seraient à ses yeux considérées tout autrement, et là, (n’ayons pas peur de dire les choses telles qu’elles se sont passées parce qu’après tout, la suite sera bien plus osée encore), délibérément, sans préparation, j’ai dirigé ma main vers mon clitoris et j’ai appliqué la technique bien connue des lecteurs des Mille et une nuits, tu sais celle d’Aladin et de sa lampe, juste pour le plaisir d’anticiper un tout petit peu l’entrée en force qui ne pouvait manquer de survenir plus tard dans le cours de la soirée. Après tout, je pouvais bien me prendre ça en apéritif, je supposais que Jean-Philippe ne manquait pas lui non plus de se prendre le sexe en main pour anticiper le frottement à venir de mon corps le long de sa verge.


Waouh ! C’était vraiment très fort, trop fort même ! Il allait vraiment falloir que je me retienne de tout gâcher en lui livrer trop vite les clés de la porte du paradis, c’était clair : en d’autres mots, il ne fallait vraiment pas qu’il me touche trop vite que ce soit avec ses doigts ou avec sa queue.



* * *



Ici, Alice, il faut bien que je m’arrête un peu dans mon récit pour te faire part d’un problème que j’ai rencontré en écrivant cette lettre : les choses sont ce qu’elles sont et les mots qu’on y accole ne sont que des conventions : comment faut-il que j’appelle un sexe d’homme ? Si je dis « un sexe d’homme », je parais un peu en retrait et, ma foi, je dois dire que ces mots-là ne m’interpellent pas. Je me vois mal dire à un homme :



Il y a des mots plus courants comme bite, pine, banane, cornichon, que sais-je encore, mais je ne les emploie guère, parce que je les trouve assez vulgaires ; il y a aussi les termes plus scientifiques : phallus, verge, pénis. Mais « Mets ton appendice phallique dans mon orifice vaginal », je te parie mille dollars que ça aurait pour effet de mettre en péril l’opération en cours au moment même où je prononcerais ces mots. J’ai entendu dire en tout cas que la langue française regorge littéralement de synonymes pour ce petit bout de chair tellement important dans l’histoire de l’humanité


Devant opérer un choix, j’ai en fin de compte décidé d’employer le mot « queue ». Après tout, c’est celui que toutes les femmes emploient, et très sincèrement je trouve qu’il contient juste ce qu’il faut de crudité pour me donner envie de faire l’amour avec un homme. Pour le surplus du sexe masculin, moi je n’ai pas d’a priori à utiliser les mots couilles ou testicules, ce sont de parfaits synonymes.


J’ai en tout cas moins de souci avec ce qui nous fait femme : un vagin, un con, une chatte ; des nichons, des roberts, des seins, de la poitrine, cela ne me pose aucune difficulté. Quant au cul, le mot en lui-même sonne tellement bien que je ne vois aucune raison de le remplacer par celui de derrière (fesses par contre me satisfait aussi très bien). Mais rien à faire, une queue est avant tout une queue, avant d’être une verge, un phallus ou tout autre mot : si j’en emploie un autre, c’est pour éviter un peu la monotonie d’un mot qui reviendrait sans cesse. Ce petit souci littéraire aplani, je reviens à la suite de mon récit.




7. Concerto pour deux cor (p) s. Temperato con ritardo



Première chose à faire : passer sous la douche, en évitant bien entendu soigneusement de me toucher là où c’est encore et toujours trop sensible. Ensuite, m’essuyer, me mettre du parfum (toujours celui que j’ai emporté sans savoir…), accentuer mon regard en appliquant le mascara, lui donner envie de goûter mes lèvres en y apposant le rouge qui les fait toujours craquer dans ces moments-là, ne pas oublier les boucles d’oreilles que l’on venait juste de m’offrir.


Comme tout cela avait été vite, me suis-je alors dit, en me rappelant la résolution d’il y à peine deux ou trois jours et en remerciant le destin de l’avoir jusqu’ici si bien exhaussée. Puis je suis revenue dans ma chambre (qui, outre ma salle de bains, est, 70 livres sterling oblige, la seule pièce de mon appartement).


Le sachet contenant mes nouveaux vêtements était là, par terre. J’y ai pris ceux-ci les uns après les autres, me demandant lequel était finalement le plus adéquat pour ce qui se préparait quand, subitement, on a frappé à la porte.


Non, pas d’imprévu ! Cela faisait maintenant trois fois vingt-quatre heures que j’attends le moment présent : Dieux du destin, ayez un peu d’indulgence, s’il vous plaît !


L’oreille à la porte, je n’entendais plus personne quand tout à coup on a de nouveau frappé. Là, il fallait bien répondre.



Plutôt pressant le partenaire, me suis-je alors dit.



C’est pas possible, j’ai perdu la notion du temps ou quoi ? Je suis allée examiner ce qu’il en était et, effectivement, il était l’heure d’ouvrir le bal. Mais je n’allais quand même pas lui ouvrir la porte totalement à poil et en lui disant : installe-toi dans le salon, je ne suis pas encore totalement prête ! Sûr alors que je serais passée à la casserole en version cocotte-minute. Rien d’autre à faire que de lui sortir la traditionnelle et bien féminine phrase :



Il n’a pas râlé et il a dû se dire que cela faisait partie du jeu de la séduction.


Il n’empêche que je devais mettre le turbo : plus trop le temps de choisir longuement le sous-vêtement qui soulèvera l’enthousiasme de ce cornichon (et le cornichon de cet enthousiaste en même temps) : j’ai opté finalement pour ce filet rouge foncé à petites mailles, dans lequel on devine mes seins (surtout le bout des seins d’ailleurs que l’on fait plus que deviner), et mon triangle pubien ; à l’arrière, je ne savais pas trop si l’on devinait de la même façon mes fesses, je n’arrivais pas à me mettre convenablement devant le miroir. Ce filet m’arrivait à peu près à hauteur des épaules (sous un chemisier donc, pas moyen d’avoir une vue plongeante en l’absence de décolleté). En plus, il avait des boutons un peu partout et surtout aux trois endroits les plus anatomiquement caractéristiques des femmes : autour de ma poitrine, autour de mon cul et de mon sexe. Quant aux jambes, elles n’étaient pas concernées par ce sous-vêtement puisqu’il s’arrêtait de fait au ras du cul.


Le temps vite de surfiler mon pantalon bouffant, mon chemisier fuchsia que je me suis empressée d’attacher jusqu’au cou, de mettre les chaussures à talon que je m’étais sentie un peu obligée d’acheter pour la circonstance (je n’allais quand même pas me mettre en baskets avec une tenue pareille), de ranger les vêtements du jour dans les armoires et les tiroirs, de nettoyer rapidement la salle de bain, et c’est une chambre appropriée à l’usage tant attendu qui s’est offerte à mes yeux. J’étais maintenant impatiente de le voir arriver et prête à lui assener la première surprise de la soirée qui allait, j’en suis sûr, lui donner l’occasion de me prouver qu’il avait vraiment envie de moi. Plus que quelques minutes d’attente…



* * *



Cela n’a pas manqué évidemment : après un quart d’heure pile, j’ai entendu frapper à la porte. Comme quoi quand on veut, on peut être toujours à l’heure. Il faut juste la motivation !


Je me suis approchée de la porte, l’ai ouverte et ai découvert un Jean-Philippe qui m’a vraiment impressionné : non seulement il avait la cravate demandée, mais il avait aussi fait un réel effort d’apparence : j’ai même pensé qu’il était allé chez le coiffeur pendant la demi-heure d’attente mais il est probable qu’en fait il se soit tout simplement peigné, ce qui n’avait pas été vraiment le cas jusqu’ici. En tout cas, le costume qu’il avait sur lui provenait probablement d’un achat fait à Londres et, il faut le reconnaître, il était très chic. En plus, cerise sur le gâteau, il avait même pensé à m’offrir des fleurs ! Oh ! qu’il était chou ! Pas un gros bouquet, non, non, mais ce genre de petit bouquet qu’on est toujours contente de pouvoir reprendre avec soi.


Malheureusement, même si je l’ai félicité pour cette gentille attention et que je lui ai pris le bouquet avec un grand sourire, j’ai dû jouer mon rôle jusqu’au bout et lui faisant le reproche que je me préparais à faire.


D’abord mettre la distance nécessaire en recourant au vouvoiement :



Quand un homme est con, il est con : il a ouvert la bouche et s’est contenté de me dire :



Il a voulu alors sortir de son rôle d’honnête homme en essayant de me répondre mais je l’ai précédé en exigeant qu’il répare de suite cet oubli, ce qu’il fit bien entendu sur-le-champ – et en courant qui plus est.



* * *



Il est arrivé trois minutes après.

Les bières étaient effectivement dans sa main, ainsi que les gobelets en plastique et, anticipation remarquable de sa part, un décapsuleur.


Bien entendu, je l’ai remercié mais aussitôt, lui ai à nouveau fait remarquer qu’il avait oublié quelque chose. Là, il est tombé des nues et, après un instant, m’a fait remarquer qu’il ne voyait vraiment pas de quoi je voulais parler.


Tu penses bien que je n’ai pas voulu lui répondre immédiatement : faire mariner les hommes dans leur jus, au moment où ils veulent absolument que les choses avancent aussi vite que possible, c’est d’une jouissance ! Il a eu beau chercher, il n’a bien entendu pas trouvé et après trois ou quatre minutes de jeu du chat et de la souris, je lui ai quand même rappelé les termes de notre accord, qu’il ne devait pas oublier « les petites choses nécessaires à l’ouverture de notre petit pub et de nos petits préliminaires. »


Incompréhension totale de sa part.



Incompréhension encore et encore :



Trois secondes fatales de silence me font comprendre qu’il va me mentir, une quatrième encore passe, puis le convenu :



L’alerte est sérieuse, il comprend que tout cela risque de s’arrêter s’il me ment une seconde fois.



Et sur ce, il a refait marche arrière, est sorti de ma chambre (en oubliant au passage de me dire un petit mot gentil) et en a été quitte à nouveau pour redescendre les deux étages qui le séparait de ma chambre.



* * *



Cette fois, il a pris un tout petit peu plus de temps, dix minutes peut-être. J’ignorais ce qu’il avait bien pu faire mais enfin, après tout, ai-je pensé, il avait peut-être dû rassembler dans un seul paquet tout ce qui a été éparpillé dans la chambre de deux célibataires en vacances passablement excités pendant tout un après-midi, sans oublier que probablement David, déjà frustré de ne pas avoir été choisi par moi, devait compenser sa solitude forcée par une consultation assidue de la presse spécialisée ainsi recueillie quelque part entre le quartier chinois et Charing Cross (où, à mon avis, il n’a pas dû acquérir beaucoup de livres, même bon marché). Il frappa donc pour la troisième fois à la porte de ma chambre.


Bien entendu il avait son sac de plastique, sac non pas rempli, comme je m’y attendais, de deux ou de trois petits livres, mais plutôt bourré jusqu’à la gueule et qu’il était obligé de porter, à cause de son poids, entre ces deux bras.



Je l’ai débarrassé de son fardeau (si je puis dire), et j’ai retourné tous les livres sur le lit où ils sont tombés en formant un tas pour le moins impressionnant.





8. Concerto pour deux cor (p) s. Con grande resolutione




Tout cela était certes bien amusant, mais il fallait maintenant que je lui assène le coup fatal, celui qui allait l’embarrasser et le mettre face à un défi qu’il n’avait probablement jamais relevé. Alors qu’il s’avançait vers moi pour entamer les préliminaires d’une danse nuptiale qui devait le titiller sérieusement depuis trois ou quatre heures au moins, je l’ai à nouveau interpellé en lui faisant remarquer qu’il n’avait pas encore et toujours satisfait à mes exigences initiales.


À nouveau, un grand silence d’incompréhension s’est installé dans la chambre et le pauvre garçon, ayant probablement compris qu’il devait absolument en passer par là, s’est résigné à un nouveau retour sur la case de départ.


D’abord, il me fallait activer la fausse espérance du type qui te dit :



J’étais presque sûre que cela allait se produire et c’est effectivement ce qui s’est passé lorsque je lui ai demandé :



Cela lui a pris moins d’une petite minute et, sans que je lui explique (ce qui était déjà en soi un très grand progrès), avec un grand sourire, il a plongé la main dans sa poche pour en sortir la boîte de préservatifs, boîte qu’il m’a brandie ostensiblement, avec un air de grand soulagement.


Il manquait néanmoins encore une ultime condition, celle qui à la fois m’amusait, m’excitait et me donnait l’occasion de voir jusqu’où pouvait aller ce Jean-Philippe bien échaudé.



Comme un grand imbécile, il a regardé la cravate qu’il avait au cou, m’a regardé, a regardé à nouveau la cravate, m’a regardée à nouveau, a plissé le front dans un grand effort de concentration, et ces grandes manœuvres intellectuelles ont finalement conduit son état-major cérébral à une proclamation solennelle que Jean-Philippe a traduite en ces mots :



J’ai bien vu sur son visage que le grand état-major cérébral avait à ce moment décampé. Alors je me suis lancée :



Cinq secondes :




* * *



Tu aurais vu la panique sur son visage ! Tu aurais dû voir ça, il était quasiment en colère et s’il avait pu me saisir au corps, sois sûre qu’il m’aurait secouée pour me remettre les idées en place, sans parler des autres risques d’atteinte à mon intégrité physique. Mais il était quand même difficile de m’engueuler dans un immeuble rempli de monde, et il a bien dû se retrancher dans ce qu’il a pu :



Alors, prenant mon air de femme un peu agacée, je lui ai sorti la grande tirade que j’avais longuement méditée, persuadée que j’étais qu’il aurait bel et bien fallu le convaincre en ce moment décisif :



Nous, les femmes, nous avons d’autres nécessités. Nos fantasmes à nous sont un peu plus subtils, un peu plus sophistiqués, et l’idée que tu sois capable de faire pour moi quelque chose qui sorte du commun, notamment de faire ce que je viens de te demander, de prendre des risques, ça c’est vraiment quelque chose qui éveille en moi une envie de te voir me prendre dans tes bras, et de te laisser me prendre comme tu as envie : si tu veux tout savoir, oui, ça, ça m’excite. Dis-moi, pourquoi crois-tu que certaines femmes admirent les militaires ? Pour leur intelligence ? Mais non ! C’est parce qu’elles savent que ces gars vivent des moments intenses où ils risquent leur vie.

Alors, si tu veux coucher avec moi, épate-moi s’il te plaît, et donne-moi l’impression que je vais passer la nuit avec un homme hors du commun.


Comme il hésitait encore, je lui ai donné l’estocade finale, la petite touche faussement subtile qui, j’en étais quasiment sûre, allait le décider une fois pour toutes. J’ai pris mon petit air compatissant et plein de patience et, hypocritement, je l’ai mis face à ses responsabilités de mâle en rut :



Il s’accroche le bougre !




* * *



Le pauvre ! Il venait de rêver à des choses obscènes pendant trois ou quatre heures, il avait passé je ne sais combien de temps dans un sex-shop, il venait de dépenser une petite fortune à s’acheter des livres où les femmes s’offrent en quelques secondes, il venait dans un certain sens de virer son copain, et voilà qu’en plus, on l’atteignait dans son orgueil bien masculin.


Je ne suis pas un homme mais je me targue de parfois mieux les comprendre qu’ils ne se comprennent eux-mêmes : dans le plateau de gauche, il y avait, certes la gourmandise purement charnelle de mon corps, mais également la perspective de devoir se mettre en position de faiblesse (tant hors de ma chambre que dedans), avec le risque de se faire choper dans les couloirs avec une inculpation d’outrage aux mœurs ; dans le plateau de droite : rien ! Sinon le sentiment d’avoir évité de subir les caprices d’une femme à l’esprit torturé mais aussi la perspective de se dire, plus tard, qu’il avait peut-être raté quelque chose d’exceptionnel. On a beau être femme, on comprend très bien ces choses-là !


Je m’y attendais : il a marqué (enfin !) son accord.



* * *



Si tu savais alors la poussée de dopamine ! Comme j’avais envie de son corps ! Je me suis approchée, me suis collée autant que possible contre lui en lui plaquant la bouche ouverte comme la sienne, nos langues entamant alors un combat pour savoir laquelle s’insinuerait dans la bouche de l’autre ; et je lui ai fait également bien fait comprendre, en me poussant bien en avant, que mes seins ne devaient rien à un effet d’optique lié au port d’un soutien-gorge trompeur. Il n’a fallu que quelques secondes pour m’apercevoir que son état de stress d’il y a quelques minutes avait changé de nature, un objet contondant s’interposant progressivement entre son corps et le mien.


Ses mains ont commencé à me serrer et à me palper les deux fesses, il était plus que temps de me retirer.



De toute évidence, il était maintenant déterminé : comme quoi, quand il s’agit de leur secouer la queue, les hommes sont vraiment des moutons. Il est sorti sans dire un mot. Je me suis assise sur le bord du lit, en me disant que le plus difficile était fait.



* * *



Je ne savais ce qui m’a fait le plus d’effet pendant cette période transitoire : en fait, deux choses m’occupaient l’esprit : d’abord bien entendu, il y avait le plaisir de l’imagination, plaisir tout immatériel et dont l’objet était le corps de Jean-Philippe exclusivement.


Ah, l’idée de le savoir rentrant dans sa chambre en se disant que cette fille était aussi attirante avec son corps (ce qui je traduis en langage des hommes par « bandante et trop bonne ») que tordue avec ses idées saugrenues, de commencer à se déshabiller rapidement dans sa salle de bain ou dans sa chambre (heureusement d’ailleurs, me suis-je dit, que David n’était pas là), de se rendre compte qu’outre le fait qu’il était livré à la merci du premier regard venu une fois la porte de son appartement franchie, il devrait aussi rendre compte d’un phallus fonctionnel et dirigé, si pas vers le cinquième étage, du moins d’une horizontalité certaine (j’ai ri intérieurement à l’idée qu’il est en train d’essayer de débander avant de sortir, en le coinçant par exemple entre ses jambes ou en tapant dessus), de boire un grand verre pour se donner du courage, de détourner les yeux de l’armoire à glace et de se dire que vraiment, il était con de prendre de tels risques ; d’ouvrir la porte et de tendre l’oreille, de faire en courant (ou au contraire en avançant très prudemment) les couloirs qui le séparaient de l’escalier de secours (je ne l’imaginais quand même pas prendre l’ascenseur), d’éventuellement devoir battre en retraite (j’allais ajouter « la queue entre les jambes ») au premier bruit suspect, de grimper quatre à quatre les marches de cet escalier (là au moins, il avait peu de risque de rencontrer quelqu’un) qui séparaient le troisième étage du mien, de repasser dans le hall des ascenseurs (« Doors opening » !), et de courir aussi vite que possible avec une queue qui se balançait de gauche à droite au gré de la course éperdue vers la chambre. Ça c’est vraiment une jouissance intellectuelle !


L’autre chose qui m’occupait l’esprit était nettement plus concrète, c’était le paquet de livres qui traînaient sur mon lit. Décemment, je ne pouvais pas les laisser comme ça, au risque de faire croire à Jean-Philippe qu’il pouvait me considérer comme une des leurs (je veux dire des femmes qui acceptent que leur corps soit mis à la vue de tous, ouvert à tout venant) et qu’il lui suffirait de paraître en prononçant les trois mots magiques (veni, vidi, vici), pour repartir immédiatement, une fois l’acte rapidement consommé et l’ennemi laissé sur le carreau, et jouir de ce que pudiquement on appelle le repos du guerrier : de tout cela, il n’en était pas question ; de tout cela, je n’en avais d’aucune manière envie. J’ai donc pris tout le paquet d’albums illustrés, et je l’ai planqué dans un de mes tiroirs non sans y avoir préalablement jeté un œil.


Bon, dire que cela ne m’a pas interpellé, ce serait faire l’hypocrite : les hommes sont parfois beaux (avec leurs belles tablettes de chocolat, leurs petites fesses dodues et avec ce que tu sais) mais ce n’était pas cela qui me faisait le plus d’effet. Non, crois-moi ou pas, j’avais surtout l’attention attirée par les femmes, non pas leurs corps (non, rien à faire, je ne suis vraiment pas lesbienne) mais surtout par l’expression de leurs visages au moment où elles fermaient les yeux pour profiter aussi intensément que possible du plaisir (interprété ou authentique, peu importe d’ailleurs) que leur procurait une main, une langue, une queue ou tout simplement l’idée de l’orgasme : à cette simple idée, rien à faire, j’avais beau essayé de me détacher, j’avais vraiment envie de me sentir à leur place. Ce qui n’a rien fait bien entendu pour calmer ma libido qui, franchement, n’avait vraiment pas besoin d’un tel apport supplémentaire.


J’ai ensuite installé les petits gobelets sur la table ainsi que les cannettes de bière, me suis finalement ravisée en laissant traîner sur la table deux des livres que j’avais rangés dans le tiroir (en prenant, après un bref examen, ceux que je considérais comme les plus softs, tout étant bien entendu relatif en cette matière). Et puis j’ai attendu.




9. Deuxième interlude




Maintenant Alice, laisse-moi de poser une question (toute rhétorique) : Souhaites-tu que je poursuive ?


Cela fait maintenant une demi-journée que je suis assise devant mon ordinateur, à relater mon aventure. J’en suis déjà à environ 14. 000 mots. Jusqu’ici, après tout, il ne s’agissait que du jeu de la séduction (même si l’épisode du cinéma était déjà un peu limite), un jeu certes rondement mené mais où personne n’a encore dévoilé la moindre parcelle de sa peau (ah si, tout bien réfléchi : une fois quand je suis revenue à l’hôtel).


En fait, tout bien pensé, mon récit en est arrivé à l’étape où, dans les films « convenables » (autrement dit, les films qui ne sont pas apparentés aux livres du tiroir), l’on voit, sur fonds de musique romantique, la porte se refermer sur un couple qui s’embrasse (avidement ou tendrement) et où l’on passe, après quelques secondes, à un paysage qui est sensé décrire un saut temporel, saut pendant lequel les deux amants sont restés sagement dans les bras l’un de l’autre. Mais personne n’est dupe évidemment : tout le monde se doute bien qu’ils ont enlevé leurs vêtements, qu’ils se sont caressés, qu’ils se sont couchés dans un lit ou ailleurs, avec des mains qui se sont égarés et des sexes qui, eux, ne se sont, plus que probablement, pas ignorés, sans parler du reste.


Et pourtant, de ça, il n’en est jamais question explicitement au cinéma, cela ferait « très mauvais genre ». Je suis donc arrivée, tu t’en rends bien compte, au moment où mon récit risque effectivement de faire « très mauvais genre ». On pourrait donc passer au lendemain, assis tous les trois au mess de la résidence, Jean-Philippe et moi sexuellement rassasiés, échangeant des regards complices, à côté d’un pauvre David complètement hors de propos et passablement embarrassé, voire inopportun. C’est une option que j’ai vraiment envisagée. Cela m’aurait permis de ne pas être vulgaire et de ne pas dévoiler une partie de mon existence, qu’on appelle généralement le petit jardin secret.


Mais finalement je me suis décidée à tout raconter, en grande partie parce que j’écris sous le couvert de l’anonymat (comment en effet pourrait-on avoir honte de quelque chose quand il n’y a personne pour vous voir) ; et je pense que le fait que je puisse en cette heure me regarder bien en face dans mon miroir, en me disant que tout cela était tellement bon, n’autorise ni Dieu (en qui je ne crois pas) ni ma bonne conscience (avec laquelle, en la circonstance, je me sens en pleine harmonie), à me faire le moindre reproche à cet égard.


Voilà, à toi de choisir : si tu le préfères, tu peux sauter toute la suite du récit et remonter à partir de la fin juste avant le dernier paragraphe scabreux. Quant à moi, sans retenue, je passe donc à ce qui s’est produit quand la porte s’est refermée sur les acteurs de cette histoire, ou plutôt, en l’occurrence, avant que la porte ne se soit ouverte.




10. Concerto pour deux cor (p) s. Con melisme



Très sincèrement, j’ai bien cru que Jean-Philippe s’était dégonflé : les dix premières minutes, je comprenais très bien qu’il est lui était impossible de réaliser dans ce délai tout ce qu’il devait faire : deux minutes pour descendre (il est à ce moment encore habillé), une pour se déshabiller, une pour prendre son verre de réconfort, et puis, selon les hasards des rencontres dans le chemin du retour, un peu plus de dix minutes me semblaient raisonnables. Ajoutons-y le délai indéterminé pour essayer de débander, (délai d’autant plus long qu’à mon avis il n’y avait à cet égard aucune chance de réussite), cela nous donne donc au maximum un quart d’heure, vingt minutes. Après, il y avait un risque croissant que le soufflé se soit piteusement laissé aller. Il y avait aussi le risque que Jean-Philippe, malgré ses efforts pour passer indiscret, se soit fait remarqué et emporté par des agents de l’ordre chargés de lutter contre le genre de dérèglement sexuel que nous étions en train de perpétrer.


Là, je dois dire que je me suis vraiment interrogée sur le fait de savoir si Jean-Philippe était aussi courageux qu’il avait bien voulu me le faire croire. Aussi, c’est un peu soulagée que j’ai enfin perçu le bruit libérateur d’une main qui grattait à la porte, porte près de laquelle je me suis rendue non sans avoir en passant éteint les lumières sur mon passage.


Combien il était agréable de l’imaginer là, debout derrière la porte, exposé sans pudeur à tout colocataire en transit (et ce d’autant plus que ma chambre était vraiment très proche du hall des ascenseurs et qu’il n’était qu’un peu plus de huit heures). Je me suis sentie à ce moment investie du pouvoir de le laisser se morfondre dans son sentiment d’anxiété profonde : je ne pouvais bien entendu pas lui refuser l’accès (sinon je me serais punie moi-même) mais je pouvais à ma guise faire durer encore un peu la situation. Aussi, j’en ai un peu profité.



Sept ou huit, il rigole ou quoi ? : il ne sait pas si c’est sept ou si c’est huit ! Alors j’insiste :



Grand soupir de sa part, puis les huit mots libérateurs :



Et je suis rapidement partie me cacher dans cette grande armoire à glace, dans ce qui faisait office de penderie, bien tapie au fond. Très franchement, quand je pense à l’étudiant ou l’étudiante qui va venir passer son année académique prochainement, je trouverais presque dommage qu’il ou qu’elle n’ait pas l’imagination assez fertile pour envisager la moitié de ce qu’on pourrait faire avec ce mobilier si élémentaire pendant son absence.


Bien entendu, il n’a pas respecté le délai des dix secondes mais très sincèrement je ne pouvais lui en vouloir. Pouvait-on lui reprocher cela après ce qu’il venait d’accomplir ?


Il a d’abord marqué un temps d’arrêt, le temps je suppose que ces yeux s’habituent à l’obscurité ; puis j’ai cru comprendre qu’il a été d’abord dans la salle de bain (c’est bien conforme au fantasme des hommes ça, d’associer la douche avec le corps nu de la femme qui se fait asperger par le pommeau), puis que petit à petit, éliminant possibilité après possibilité, il ait conclu que je devais me trouver dans ce qui restait, et, dernier recours, il a ouvert à deux battants l’armoire dans laquelle je m’étais assise.


Il ne m’a pas vue immédiatement : il a d’abord jeté un regard étonné sur le fait que ce meuble ne contenait rien, n’ayant pas eu sur-le-champ l’idée d’abaisser le regard. Ceci dit, symétrie oblige, mes yeux étant plus habitués à l’obscurité que les siens, je l’ai vu depuis le sol dans la pénombre ; et même si c’est avant tout sous la forme d’une masse indistincte que mon regard s’est posé sur son corps, je voyais distinctement que, merveille des merveilles, il s’était bel et bien conformé au défi farfelu que je lui avais lancé : une forme massive, apparemment un peu trop poilue (mais dans le noir, c’était difficile à certifier), mais pas de doute, c’était bel et bien la version originale que j’avais devant moi. Nous allions pouvoir commencer les choses sérieuses ! Pour mettre un terme à cette situation qui n’en finissait pas, j’ai alors émis un petit « coucou » discret qui lui a fait baisser le regard sur ce qui promettait d’être, à ses yeux, la pièce principale d’un festin de roi.



* * *



Dire qu’il m’a relevée serait trop doux : il m’a quasiment assaillie avec ses mains et sa bouche, lesquelles, toutes ensemble, ont entrepris directement l’assaut des principaux points stratégiques de son attaque, autrement dit, tout : bouche, bras, seins, dos, cul, sexe, ventre. Non, cela ne pouvait pas continuer (et finir si je laissais faire) comme ça et aussi rapidement. Je l’ai alors repoussé violemment, et il est tombé en arrière, un mètre plus loin, en se demandant ce qui lui arrivait.



Je suis passée à côté de lui, j’ai allumé la lumière, et le spectacle que j’ai vu était, comment dire ? Allez, je l’écris comme je l’ai pensé alors, même si c’est un peu trop direct : « putain, quelle belle queue ! » (si tu en doutais encore, on vient de quitter une bonne fois pour toutes les films « convenables »), tout en ajoutant : « et quelle horrible cravate ». Hormis cela, il avait des biscotos que tu n’as qu’une seule envie de te faire cajoler dedans, sans parler du fait que le voir là assis par terre, s’excusant presque de sa précipitation et de sa bêtise n’enlevait rien à l’intérêt du spectacle. Quant au système pileux, c’était finalement le plus marrant : on aurait dit qu’il était constitué de deux morceaux : rien au-dessus du nombril, et tout en dessous. C’était pour le moins insolite mais je me suis bien abstenue d’en rire ou même d’en sourire, la situation ne s’y prêtant pas.



Il s’est mis debout, a bafouillé un très vague pardon, m’a montré par la même occasion que sa queue avait été affectée par le refus qu’elle venait d’encourir (et cette fois, ma chère Alice, respire un bon coup, je te le promets, je vais enfin me dévoiler (tant au propre qu’au figuré) et me cantonner définitivement dans le genre des récits « non convenables » !)



Jack, je ne sais si tu l’ignores, c’est le nom que donne les Britanniques à leur drapeau (enfin ils disent pour être précise : - Union Jack), et comme Jean-Philippe était toujours ridiculement affublé de sa cravate (qui lui allait comme un pied d’ailleurs, il l’avait nouée trop courte), j’ai eu l’idée de lui donner le nom de Jack. Pas à Jean-Philippe bien entendu mais… à sa queue.


Il fallait que j’aie vite avant qu’il ne comprenne et tant qu’il était occupé avec sa cravate, qu’il enlevait en la faisant passer au-dessus de sa tête. Sa queue si prometteuse était pour le moment en piteuse situation et j’avais vraiment envie de… Alors, j’ai vite touché la main de Jean-Philippe, l’ai rapidement embrassé sur les deux joues puis lui ai donné un baiser tout aussi pressé sur la bouche, puis j’ai dit :



Alors j’ai saisi à pleine main ce membre viril encore endormi en le secouant une ou deux fois (la réaction de raidissement n’a pas commencé tout de suite, il a fallu quelques secondes à Jean-Philippe pour qu’il comprenne), je me suis mise à genoux devant lui (position un peu dégradante mais c’est pour la bonne cause), lui ai donné, à lui aussi, des bisous rapides à gauche et à droite, et j’ai mis résolument dans ma bouche ce bout de Jean-Philippe par lequel je le menais depuis si longtemps. Pas de mouvements de tête, pas de mouvements de corps de la part de Jean-Philippe (je l’ai bloqué par avance), non j’ai juste déposé ce petit morceau, bien tendre encore, sur ma langue, l’ai simultanément bien enserré entre mes deux lèvres, dans la position stylisée d’une femme qui ne bouge pas la tête quand elle embrasse son amant. Mais, comme dans un baiser, j’ai fait bouger ma langue pour lutter contre cet envahissement que j’avais moi-même provoqué.


Évidemment, il n’a pas fallu dix secondes pour que ce qui ne comblait pas entièrement mon appareil vocal finisse par littéralement déborder vers l’avant de ma gorge et m’oblige ainsi à reculer un peu la tête. Mais ce n’était pas grave, j’avais eu ce que je voulais : faire gonfler un sexe dans et par ma bouche : et un fantasme réalisé, un de plus !

Je ne sais pas comment a réagi Jean-Philippe à ce moment précis. Pour moi, c’était vraiment trop fort, je ne pouvais que fermer les yeux. En tout cas, il a eu le tact de ne pas me dire une phrase du style :



Évidemment, après la culbute qu’il venait de subir, il s’est probablement dit qu’il valait mieux se tenir à carreau à moins pendant plusieurs minutes. De toute façon, pour lui, c’était enfin la toute première concrétisation sexuelle de toute cette procédure préliminaire qui devait à ses yeux lui sembler plutôt fastidieuse. Mais il ne fallait pas qu’il se méprenne : la procédure était loin d’être terminée : pour tirer son coup, il devrait encore faire preuve de beaucoup de patience !


Aussi, après m’être relevée et avoir repris mon air un peu digne, j’ai repris le vouvoiement en lui indiquant :



Jean-Philippe n’a pas objecté, entrant même dans le jeu et demandant pour lui une bière bien fraîche et en exhibant les yeux d’un homme qui savait définitivement – enfin ! – qu’il n’était pas venu pour rien. Situation pour le moins « bandante » : pour moi, parce qu’il était intégralement livré à mon regard (et franchement je ne me privais par de le reluquer sans montrer la moindre réserve et en le lui faisant bien sentir) ; pour lui, parce que j’étais à l’inverse encore entièrement habillée et que, contrairement à lui, j’avais encore tellement de choses à lui faire découvrir. Les choses étaient d’autant plus contrastées que nous étions debout, comme dans un pub, et qu’aucune table ni aucun croisement de jambes n’était de nature à arrêter notre regard (enfin surtout le mien) !




11. Concerto pour deux cor (p) s. Con tanto piacere nella boccha




Les bières à défaut d’être fraîches furent en tout cas servies non sans avoir préalablement expulsé une part considérable de mousse (situation qui m’a permis de faire remarquer que c’était un bon présage pour une autre explosion à venir) (hop : plus 3 millimètres !), y avoir trempé le doigt avant de me mettre dans la bouche (hop ! plus 1 millimètre). Bien entendu, nous n’allions pas rester là à nous regarder les yeux dans les yeux pendant toute la nuit. Mais pas de souci, j’avais prévu quelques sujets de conversation suffisamment intéressants pour notre propos. Premièrement, bien entendu, je me suis enquise des incidents de son voyage jusqu’à ma demeure, à travers les périls d’un hôtel fort peuplé. J’ai eu droit, entre autres, à l’épisode de la queue qui ne voulait pas renoncer à son élongation avant le départ (comme prévu), aux murmures (sans suite) perçus au fond d’un couloir au troisième étage, de la course endiablée à travers l’ultime couloir et au pouls de l’intrépide durant toute cette activité oh combien stimulante.




* * *




Évidemment, lancé dans son récit et dans les fous rires qui l’accompagnaient, mon Jean-Philippe n’avait plus en tête cette seule idée fixe qui l’avait motivé jusqu’ici et, conséquence de ce fait, il avait perdu une partie de sa rigidité, ce qui finalement m’amusait assez.



Et sur ce, j’ai défait le premier bouton de mon chemisier, découvrant ainsi le dessous de mon cou mais sans encore dévoiler que, sous ce chemisier, une deuxième épaisseur bloquait (enfin très relativement) le passage de la lumière vers mon corps.



Le temps de poser son gobelet (les droitiers ne savent pas en effet se masturber avec l’autre main, ou alors ils le font très mal, c’est une chose dont je me suis rappelée ce jour-là), et Jean-Philippe m’offrit le spectacle d’un homme totalement soumis à ma volonté et qui prenait du plaisir à m’abandonner toute l’initiative. Je ne savais pas s’il avait l’habitude de vivre une telle situation, mais je ne savais pourquoi, j’ai pensé que ce devait être la première fois.


La défaillance de Jack n’étant que due qu’à un léger manque d’attention, et Jack lui-même étant de nature plutôt optimiste, il ne lui fallut pas longtemps pour se rétablir ; j’ai donc proposé à Jean-Philippe de lui laisser un peu d’oxygène, ce qu’il a fait, non sans avoir auparavant, comme tout homme qui se respecte, secoué sa queue de façon plus vigoureuse tout juste avant de la lâcher un peu à contrecœur.



* * *



Moi, bien entendu je contrôlais encore et toujours ; mais sincèrement, j’avais moi aussi envie de ma part de plaisir sensuel. Aussi je me suis empressé de passer à mon deuxième sujet :



Là, je ne sais vraiment pas ce qu’a pensé Jean-Philippe : d’une part, la femme qui lui demandait cela n’appréciait pas beaucoup ce qu’elle appelait elle-même « les fantasmes des mecs » ; d’autre part, demander de traduire en français des termes qui, de toute façon, étaient strictement de connotation sexuelle, était une invitation à la débauche. Mais, il s’est dit que ce devait être plutôt un signe d’encouragement qu’un signe de curiosité strictement intellectuelle. Et il s’est donc lancé.


Je me suis dit en l’écoutant que Jean-Philippe connaissait un fameux paquet de termes très, très spécifiques et je l’ai soupçonné de passer ses soirées devant l’écran à ausculter autre chose que les séries policières américaines ou les bons vieux westerns.


Bon, je connaissais bien tous ces termes mais il faut reconnaître qu’ils n’étaient pas très aguichants : en fait, ce que je voulais, c’était d’arriver à la page qui m’intéressait, celle où une femme se fait littéralement déchirer par deux mecs, l’un par-devant, et l’autre par derrière (femme qui, soit dit en passant, levait la tête en donnant l’impression de hurler son plaisir comme un loup hurle à la lune). J’ai attendu qu’il lise encore un peu, plus j’ai dit :



Et je montre la photo d’une femme assise sur un homme couché sur le dos, lequel homme la pénètre ailleurs que là où conventionnellement on estime bien seyant que cela soit fait.


Embarras de notre Jean-Philippe qui de toute évidence a du mal – et c’était là tout à son honneur – à dévoiler les secrets de sa vie intime avec d’autres femmes à celle qui le questionnait en ce moment précis — et de façon plutôt indiscrète — sur ses vies antérieures.



Tout à son honneur, comme je l’ai dit, mais j’avais vraiment envie de le savoir :



Il a examiné la chose quatre secondes puis m’a quelque peu décontenancée en disant :




* * *



Là, j’ai bien dû me dire à moi-même que j’avais commis une erreur en lui donnant une occasion de demander une chose à laquelle je ne pourrais que difficilement me refuser sous peine de ne pas paraître aussi curieuse que je le prétendais. Mais après tout, sous mon chemisier, même s’il n’y avait pas de soutien-gorge, il y avait quand même quelque chose et, arrangement pour arrangement, je me suis dit qu’après tout, connaître les détails de la vie sexuelle d’un homme, ce n’était pas une occasion donnée à toutes les femmes : même quand ils sont mariés, les hommes ont tendance à gommer tout ce qui pourrait leur porter ombrage ou qui seraient de nature à les présenter comme des êtres pervers aux yeux de leurs épouses (preuve en est que souvent même ils ont plutôt du mal à « avouer » qu’il consulte discrètement les sites spécialisés).



Cela ne l’enchantait guère, je le voyais bien à Jack qui était en train de nous faire une syncope.



Rien à faire, il tenait à sa vie privée (à défaut de tenir à son intimité sexuelle immédiate). Alors, j’ai tenté le tout pour le tout :



Jack a bien entendu compris avant lui, il est sorti de son évanouissement et m’a tendu à l’avance un regard bienveillant. Et sans attendre, je me suis accroupie une seconde fois devant lui, l’ai redressé délicatement avec deux de mes doigts, tout en le regardant bien fixement, comme je l’avais annoncé.


Ceci dit, ce n’était pas seulement dans l’intention de connaître les péripéties sexuelles antérieures de cette queue qui n’attendait maintenant plus qu’une chose et que je m’apprêtais à l’embrasser : cela faisait maintenant aussi trop longtemps que moi aussi je me languissais de passer au concret. Aussi, tout en m’en rapprochant très progressivement, comme dans un film au ralenti, j’ai levé les yeux vers le visage qui scrutait avec impatience l’avancée du mien, et oubliant (assez volontairement ceci dit…) d’enlever les trois boutons promis, j’ai entamé une procédure d’approche verticale pour être juste au-dessus de la tête de ce sexe tendu déjà au maximum ; et, après avoir prononcé les mots :



J’ai abaissé toute ma tête pour sucer du bout des lèvres l’extrémité de ce qui frétillait littéralement d’envie de se faire gober.



* * *



Chère Alice, je ne sais si tu fais partie de cette majorité de femmes qui ne peuvent pas comprendre comment on peut éprouver du plaisir à introduire dans sa bouche le pénis d’un homme, même si c’est celui de son amant, et même si on sait que cela lui fait le plus grand plaisir (parfois même un plaisir plus intense que la pénétration dans le corps d’une femme, enfin, je veux dire par un autre côté que la bouche). Bon, je ne veux juger personne, on a chacune son opinion sur le sujet, ses sensibilités, et je veux bien comprendre que ça en dégoûte plus d’une. Après tout, c’est quand même par ce chemin que les hommes pissent, cela sent l’urine ou la transpiration en cas d’hygiène douteuse, c’est quand même aussi du sexe, avec tout ce que ce mot comporte de dégradant et d’immoral quand il est employé dans le discours bien-pensant.


Il faut aussi convenir que les hommes ne font rien pour nous encourager à les satisfaire (et si des hommes lisent ceci, qu’ils en tirent au moins les leçons qui s’imposent pour avoir encore une chance d’en bénéficier) : ils ne peuvent s’empêcher, une fois qu’ils ont obtenu ce qui est quand même un satané privilège, et alors que nous nous humilions déjà en nous mettant à genoux à leurs pieds, de nous lancer à la tête des expressions du style « oui, c’est ça, pompe-moi le dard » ou encore le très cliché « suce-moi la bite. »


(Un jour, Nicolas m’avait demandé :



Ils ne peuvent pas s’empêcher de te le demander à chaque fois que tu couches avec, comme si c’était un droit acquis (c’est quand même nous qui décidons, à la fin !), ou de se branler littéralement dans notre bouche (au passage, en se faisant mal lorsqu’ils nous accrochent les dents, beau retour des choses) ce qui est plutôt désagréable ; ou bien, dans le pire des cas, de t’éjaculer leur sperme, ce qui est terriblement dégueulasse.


Avant d’en arriver là, je comprends très bien que nombre de femmes mettent immédiatement le frein à ce qui, un jour ou l’autre, risque de devenir franchement dégradant pour elles. Tout ça, je le répète, je le comprends très bien. Maintenant, rien n’empêche d’éduquer les hommes à éviter ces maladresses : ils y ont tout intérêt puisque finalement à défaut ils deviennent les victimes d’eux-mêmes.



* * *



Mais pour la minorité de femmes dont je fais partie, je ne peux mieux comparer cela qu’à une viennoiserie que tu te tapes à la terrasse d’un salon de thé en compagnie de ta meilleure amie, sans te soucier de savoir si cela aura des conséquences sur ta ligne ou non.


D’abord, pour la viennoiserie, je pense que le fait d’avoir comme cela un objet dans la bouche (il faut bien le reconnaître, à ce moment-là, toute queue devient un objet pour la femme qui l’adopte) ne peut manquer d’être comparé à une satisfaction, si pas gustative, au moins tactile. D’une certaine façon, un objet rond comme cela, qui te remplit presque entièrement la bouche, c’est une sorte de renvoi aux souvenirs de la petite enfance, quand nous tétions le sein de notre mère et qu’en faisant cela, nous recevions la meilleure récompense possible : son lait, sa protection et sa chaleur. Ou encore, si tu le préfères, c’est un peu comme si nous continuions à l’âge adulte à sucer notre pouce.


La compagnie de la meilleure amie, ensuite, c’est celle de l’homme avec qui tu partages ce plaisir : je ne suis pas un homme et je ne sais pas définir avec beaucoup de précision en quoi la chose est tellement jouissive. Ceci dit, j’ai bien mes petites idées pour expliquer cet engouement.


D’abord, j’ai remarqué que pour les frustrer, il suffit de leur faire une fellation sans qu’ils puissent voir ton visage : ça les énerve, tu ne peux pas imaginer ! Ils veulent enlever tes cheveux, ils se contorsionnent (et risquent pour le coup de perdre tout). J’en conclus donc que l’aspect visuel est primordial.


On peut par exemple supposer que le fait d’utiliser la bouche (qu’ils voient tous les jours, contrairement au reste) à un usage non initialement prévu par la nature est la concrétisation d’une chose qu’ils imaginent lorsqu’ils te regardent parfois de façon un peu trop appuyée. On peut aussi se dire que l’association entre ce qui est le plus intime chez eux (et ce dont ils sont le plus fiers), d’une part, et ce qui est le moins caché chez les femmes, d’autre part, est un contraste pour le moins saisissant. On peut également supposer que l’association d’une chose aussi brute et aussi peu raffinée que leur queue et d’une autre chose aussi belle que le visage d’une femme leur donne probablement l’occasion de se taper un remake de la Belle et la Bête. Je ne vais pas épiloguer plus longtemps là-dessus, mais franchement, ça ressemble à une sorte de summum et ce serait dès lors stupide, quand tu n’es pas dégoûtée, de ne pas être à l’origine d’un tel plaisir.


Enfin, en ce qui concerne l’allusion à l’absence de scrupule sur les conséquences pour ta ligne : c’est tellement bon de pouvoir faire des choses que la morale bien-pensante repousse, surtout quand personne n’est en mesure de te reprocher quoi que ce soit, dès lors que personne ne peut te dénoncer (sauf l’homme en question, mais il aurait bien tort de se couper ainsi d’une amie très, très proche). Après tout, si tu regardes les femmes que tu croises dans la rue, il est vraiment impossible de faire la distinction entre celle qui font partie de ma minorité et celle qui font partie de la majorité. Moi, j’aime cette ambiguïté et très souvent il m’arrive de m’amuser à deviner quelles femmes, parmi celles que je croise en rue, font partie ou non de mon clan (surtout d’ailleurs quand elles sont accompagnées de leur époux, compagnon, ou amant).


Tout ça, pour te dire que dans la position où je m’apprêtais à m’installer, Jean-Philippe n’avait aucune crainte à avoir sur le fait que je pourrais le regarder en train de me balancer ses histoires pornographico-érotiques. Un plaisir comme celui-là que j’allais me prendre, surtout avec un homme lavé depuis peu, à ma merci (je le bloque s’il bouge), et qui ne pouvait de plus me fourguer des insanités sur ce que je lui faisais (il devait me raconter une histoire dans laquelle je n’étais pas actrice), moi, ça me faisait monter un peu plus près du septième ciel et, dans ce moment-là, crois-moi, j’y allais les paupières closes.



* * *



Je ne suis pas sûre d’avoir bien suivi tout ce qu’il m’a raconté.


D’abord, et en faisant un mauvais jeu de mots que j’assume, je dois dire que véritablement je prenais mon pied en prenant son pieu : cela faisait tellement longtemps que cela ne m’était plus arrivé ! Le souvenir qui m’en était resté avait sous-estimé la montée vers le plaisir qu’un tel acte ne pouvait manquer d’engendrer dans ma tête : disons, pour te donner une idée de ce que j’ai ressenti, que d’abord, ce fut comme un léger bourdonnement d’oreilles, du genre de celui qui tu entends quand tu ressens le besoin de bailler ou quand tu fermes très fort les paupières, sauf qu’ici ça te prend toute la tête, que c’est sans effort, que ça dure et que c’est bien plus stimulant.


Puis, c’est ta cage thoracique qui reçoit la deuxième vague de l’assaut : ton cœur bat à toute allure, ta respiration s’accélère (et je pense que la chaleur de ton souffle ainsi que le bruit de ton excitation donnent aux hommes qui en sont l’origine une raison de plus de se réjouir de ce qui leur arrive). Et puis, comme un liquide qui s’écoule tout le long de ton corps, l’influx nerveux se précipite, comme dans un entonnoir, à l’extrémité ultime de ton bas-ventre, te faisant sentir que maintenant le plaisir ne pourra être pleinement plaisir que par l’irruption d’un orgasme libérateur. Comment, dans de telles conditions, pouvais-je être une auditrice attentive à ses propos, quels qu’ils soient !


En second lieu, et je pouvais très facilement en comprendre la cause, Jean-Philippe avait une fâcheuse tendance à hacher considérablement son débit de parole et ne contrôlait pas non très bien sa respiration. C’était en fait comme au cinéma : tu commences à parler mais si le film est trop intéressant, tu finis par oublier ce que tu avais commencé à dire. Ceci dit, ici, contrairement au cinéma, on pouvait interrompre la projection. Et il m’est arrivé quelquefois de prendre mes distances (oh, quelques centimètres seulement) lorsque le fil du récit avait trop tendance à se déliter, me réapprochant quand il recommençait, et avançant progressivement, au fur et à mesure de la narration, le long de ce gros membre en ce moment-là on ne peut plus viril. Enfin, à chaque fois qu’il passait d’une fille à l’autre, je sortais sa queue, lui passait très lentement la langue, depuis la base des couilles jusqu’au sommet, et, le regardant droit dans les yeux, je terminais par la phrase :



Bien entendu, mes mains ne restaient pas immobiles (« ne pouvaient pas rester », serait une expression plus correcte), il fallait qu’elles bougent. Tout ce qui était à portée y est passé : elles avaient de fait perdu tout sens de l’orientation, le seul point de ralliement que leur était encore disponible étant cette queue qui commençait maintenant à vouloir se mouvoir lentement d’avant en arrière (je le retenais régulièrement mais aussi rapidement, le mouvement d’oscillation semblait vouloir à chaque fois repartir) : les testicules furent malaxés et encore malaxés, la queue elle-même fit l’objet de façon périodique d’une prise en main de toute évidence jugée intéressante par l’observateur du dessus (qui dans ces moments avait besoin d’un souffleur pour poursuivre son récit), les poils entre le nombril et ce sexe qui satisfaisait ma gourmandise étaient tirés à l’occasion, les fesses voyaient elles aussi mes mains les passer régulièrement dessus, enfin, outre son buste et ses jambes de toute apparence moins sensibles, l’irruption soudaine et inattendue pour Jean-Philippe d’un de mes doigts près de son anus provoquait des réactions de contraction dont je ne pouvais déterminer si elles étaient une invitation à poursuivre ou une injonction d’arrêter. Une chose à la fois, me suis-je alors dit, nous approfondirions la chose plus tard si l’occasion s’en présentait.


À l’entendre (enfin, quand je le pouvais), je compris en ce moment que Jean-Philippe était soit un très chaud lapin (comme on dit quand on parle d’un mec), soit un sacré vantard. Des huit filles dont il me parla, en décrivant sommairement les plus beaux attributs corporels de chacune d’elles (les beaux nichons de Maria, les beaux petits culs de France et d’Alicette et le nettement plus gros d’Angela, le clitoris hors norme de Caroline, etc.), il m’apprit, entre deux souffles courts, que toutes avaient accompli ce que je lui faisais au moment même (peut-être de façon moins sophistiquée toutefois), que Sophie était la plus perverse (il était accompagné de trois potes à lui quand elle lui a fait l’honneur de le faire entrer dans son intimité), que (si j’avais bien compris) il en avait sodomisé au moins la moitié (en fait quand il parlait de cul, je ne comprenais pas toujours s’il s’agissait de sodomie ou seulement de « simple » fornication). Avec l’une d’entre elles (Maria si je me souviens bien), il avait pris son pied quatre fois au cours d’une même nuit (et c’est notamment ici que je me suis dit que les hommes ne pouvaient jamais s’empêcher à un moment où l’autre de nous sortir leurs salades, encore et toujours cette stupide vantardise typiquement masculine).



* * *



Ceci dit, les mots qu’utilisaient Jean-Philippe avaient une fâcheuse tendance à devenir de plus en plus franchement pornographiques à mesure que les relations de confiance se fortifiaient entre Jack et moi.


Là, je sens que tu vas me dire que franchement je déconne à plein tube : c’est vrai quoi : Je suis à genoux, aux pieds d’un homme que je viens d’aguicher pendant des heures, à lui démontrer (et comment !) qu’il a eu raison d’attendre pour obtenir cette vision en haute définition, je lui titille les parties les plus sensibles du corps, et je lui en voudrais d’être porté à la vulgarité ! Mais, je n’en pouvais vraiment rien : ces mots qui ne me blessaient pas encore à ce moment précis, je sentais confusément qu’ils allaient devenir indésirables lorsque le temps de parole dédié aux épisodes héroïques des temps passés serait clôturé et qu’on en viendrait à des considérations beaucoup plus présentes.


Et pourtant, en même temps, je sentais confusément que pour Jean-Philippe, ces mots, avec toutes leurs connotations sexuelles, avec surtout tout ce à quoi ils s’associaient dans l’imaginaire masculin, il lui serait difficile de les réprimer au moment de l’assaut final.


Comment ai-je pu résoudre si facilement le problème ? C’est ce que je suis encore à me demander. Malgré les conditions hors normes, mon cerveau produisit néanmoins à un moment indéterminé une de ces petites perles d’inspiration pratique, dont l’évidence m’étonne encore aujourd’hui.



Et, avant qu’il n’ait pu tendre les mains, je lui ai appliqué, une toute dernière fois ma bouche gloutonne autour de sa queue – c’était aussi la toute dernière fois pour moi aussi d’ailleurs, me suis-je dit –, en prenant bien soin cette fois d’y appliquer autant que possible mes lèvres afin de le masturber aussi honorablement que l’aurait fait ma main. Cette fois, ce fut tout son corps qui se rigidifia, preuve de la réussite de ma tentative.


Je me suis alors redressée (non sans avoir préalablement donné un tout petit bisou sur le bout de son gland), et ne voulant pas renoncer à tout ce que j’avais préparé, malgré notre excitation commune, j’ai pris ses mains dans les miennes et, m’approchant de lui pour l’embrasser par petites touches, je lui ai d’abord murmuré dans l’oreille :



Je lui ai pris le préservatif des mains (c’est fou comme il a vite appris à comprendre mes allusions depuis le début de notre relation commune !), le lui ai enfilé de façon à ce qu’il résiste même aux vents les plus violents et alors qu’il pensait qu’il allait enfin être récompensé de sa patience (ça devait être au moins la trentième fois qu’il se repassait ce mot « enfin » dans la tête, je pense !), je lui ai demandé encore quelques minutes de délai :



Il n’a rien dit (ou alors j’étais vraiment trop tendue pour l’avoir entendu), mais en tout cas il m’a laissée docilement faire quand je lui ai fait croiser les mains derrière ses fesses, n’a rien répliqué quand je lui ai dit de ne pas les bouger avant mon signal, m’a laissée me reculer et me rapprocher de la table de nuit où j’ai été cherché ce qui était devenu indispensable à la bonne poursuite de ce voyage au bout de la nuit.




12. Concerto pour deux cor (p) s. Final à la mode orientale



Imagine-toi la scène : Moi de mon côté, je voyais un homme soumis à mes caprices les mains derrière les fesses, totalement nu et qui poussait un peu en avant son appareil génital (probablement de façon inconsciente d’ailleurs), homme passablement excité, avec une queue qui faisait des à-coups (oui, Jack sautait d’impatience, ou alors Jean-Philippe jouait sur ses muscles autour du sexe pour s’amuser de son corps, à moins que ce soit les deux) ; de son côté, lui, il voyait une femme aux formes généreuses certes, mais toujours dans son emballage d’origine (et ce n’était pas le malheureux bouton que j’avais enlevé qui y changeait finalement grand-chose), une femme passionnée, et qui lui apparaissait en plus, je n’en avais aucun doute, aussi excitée que lui.


C’était un peu comme si nous étions retournés à notre pub improvisé comme tout à l’heure mais cette fois, nous n’en étions vraiment plus à rester debout sans bouger devant la table (table au demeurant sur laquelle les deux revues pornos de tout à l’heure n’avaient strictement plus aucun intérêt pour celui qui les avait achetées).



* * *



Je parie que tu vas me demander ce que j’ai bien pu aller chercher dans mon tiroir. Allez, devine : un sextoy ? Non, d’abord je n’en ai jamais eu et en plus, je t’ai dit que j’étais partie en Angleterre avec le moins de bagages possible et que j’avais eu un peu de mal à retourner seule dans le sex-shop tout à l’heure. Un truc sado-maso alors ? Mais non !


Allez quoi ! Réfléchis une seconde : qu’est-ce que tu penses que j’allais faire maintenant ? Eh bien voilà, tu as compris : enlever ce qui m’empêchait d’être à moyen terme dans la même situation que Jean-Philippe, autrement dit me débarrasser de ces vêtements qui étaient maintenant de plus en plus déplacés. C’est bien.


Question suivante : de quoi a-t-on besoin pour faire un effeuillage ou, plutôt, à quoi associe-t-on normalement un effeuillage ? Tu l’as dit : à de la musique, bien sûr. Mais il était dix heures du soir (enfin, au point où j’en étais, j’ai estimé qu’il devait en être ainsi), nous étions dans un hôtel qui servait d’habitude à des étudiants pour y trouver les meilleurs conditions possibles à leur réussite, notamment le silence des voisins : je ne pouvais donc pas tourner le bouton d’une chaîne pour diffuser de la musique, aussi douce soit-elle. Au départ, j’avais pensé pouvoir danser sans musique, mais, comme je te l’ai dit, les propos de Jean-Philippe m’avaient inspirée : la musique, j’allais la trouver dans mon IPod (c’était ça l’objet dans le tiroir) ; et ça m’excitait, ça m’excitait de penser que pendant que je bougerai sur la musique que je me serai choisie, écouteurs dans les oreilles, Jean-Philippe pourrait m’assener tous les propos orduriers qui lui passeraient pas la tête pour faire croître encore un peu – si c’était encore possible ! — l’envie de me passer sur le corps.



* * *



Ah !, si tu avais été présente (simplement d’esprit, pas de corps !), tu m’aurais vue passer, dans les mailles du sous-vêtement, sous mon chemisier, la tige d’une épingle de nourrice (j’ai ai toujours une sur moi, c’est tellement pratique une épingle à nourrice, ça sert à tellement de chose : la preuve !), laquelle a été également passée dans le cuir protecteur de mon baladeur. Je n’avais que quelques secondes pour me décider mais j’avais déjà une idée de ce que j’allais me mettre comme musique d’ambiance : la musique mystico-religieuse du groupe Niyaz ; tu sais : ce groupe de musique un peu planante (mais pas trop) qui a réussi à transformer les chants traditionnels de l’Iran en une sorte de musique pop très propice à la méditation mais aussi à ce que j’allais faire sous les yeux de Jean-Philippe (qui a d’ailleurs tout de suite compris).


Le bouchon dans l’oreille gauche, le bouchon dans l’oreille droite, le volume assez fort (maintenant tu sais pourquoi on dit que faire l’amour, ça rend sourd) et, après avoir activé l’option « répéter le morceau » et avant d’appuyer sur le départ, je me suis adressé à ce malheureux Jack qui n’en pouvait plus, en lui disant :



Puis levant les yeux vers le visage de Jean-Philippe, qui donnait l’impression lui aussi d’être complètement au désespoir, je lui ai dit :



Et sur ce, après avoir choisi le titre qui me donnait le mieux l’impression de convenir, j’ai lancé la musique.


Si tu ne connais pas cette musique, cela s’appelle « Ghazal », Je t’en supplie : va l’écouter sur You Tube (si possible tu la mets en boucle, tu l’écoutes assez fort (c’est indispensable), avec des écouteurs, tu fermes les yeux, et tu te mets à bouger ton bassin au rythme de la musique, pour – excuse-moi de te proposer cela, mais j’aimerais tellement te faire partager même une centième partie de ce que j’ai ressenti si fort alors – pour te mettre dans la situation qui était alors la mienne).


Cette musique, je la connaissais auparavant, cela va de soi : mais, ce soir-là, dans ma chambre anglaise, elle était envoûtante au possible, terriblement propice à la danse : d’abord, il y avait ce rythme à quatre temps, dont le premier battait comme un coup de rein, rythme pas trop rapide ni trop lent, répété inlassablement, qui me donnait le groove et la pulsion indispensables pour bouger mes hanches de façon à hypnotiser Jean-Philippe (de plus en plus en état de transe et, paradoxalement, figé sur place) ; les sonorités orientales quant à elles m’invitaient à tomber corps et âme dans la lascivité ; et puis, et puis, surtout, il y avait cette voix ! la voix suave et sensuelle de la chanteuse, par laquelle les rimes en « a » des fins de strophe et des vocalises sonnaient comme autant de cris, chaque fois différents, de jouissance typiquement féminine, où les « r » persans, selon les moments, raclaient le fonds de la gorge ou, au contraire, te caressaient les oreilles ; et quand, au milieu du morceau, sa voix montait dans la gamme, c’est mon plaisir qui s’envolait avec elle…


La musique de l’extase, la musique de l’abandon, une musique qui m’obsède, et que j’écoute de façon ininterrompue, à nouveau en boucle, depuis mon retour et même en écrivant ces lignes.


Dans ces conditions, le contraste (et comment !) entre mon fonds sonore et celui de Jean-Philippe était pour le moins saisissant : moi avec ma sonorité à la sophistication extraordinaire, pendant que lui créait son fonds musical en allant plutôt puisé dans l’étage le plus inférieur du registre : un peu comme si l’on comparaît la harpe au tuba, le madrigal à l’Oberbayern, les filles du Rhin et le Nibelung !


En poussant sur le bouton de mon appareil, j’ai juste eu le temps d’entendre les mots :



Et, heureusement, le morceau a commencé. Jean-Philippe bougeait toujours les lèvres mais je ne percevais plus la signification de ce qu’il disait : tout au plus, je suis parvenue à lire exceptionnellement sur ses lèvres « espèce de grosse pute » et « secoue tes nibards », et à entendre entre les morceaux (les intertitres duraient ordinairement moins de cinq secondes et je le soupçonne d’ailleurs d’avoir profité des moments où aucun son ne filtrait plus de mes écouteurs pour me balancer ses expressions favorites) des subtilités guère plus relevées (« j’adore quand tu me bouffes la queue », « tu aimerais bien te faire enculer, hein ? »). Et crois-moi, je me suis alors félicitée de mon idée, même si techniquement, elle relevait plutôt du bricolage.



* * *



Ceci dit, il y avait encore un petit problème : plus petite que lui d’une bonne dizaine de centimètres, il fallait que, d’une façon ou d’une autre, je lui fasse sentir encore un peu que je lui étais supérieure, juste le temps du strip-tease. Il n’y avait pour cela que deux moyens : soit monter sur la table mais si l’idée avait son charme pour moi (j’aurais été alors vraiment au-dessus de lui) et pour lui (l’idée d’avoir une femme sur une table à manger lui aurait sûrement inspiré cette joyeuse pensée rhétorique :



Certes, c’était plus éloigné de Jean-Philippe, c’était moins haut aussi, c’était plus convenu, mais au moins nous aurions fini la soirée sans intervention de la Croix-Rouge de Sa Gracieuse Majesté. Pour ce faire, il fallait commencer par enlever, dans un geste souple et suffisamment érotogène, mes deux chaussures à talons, ce qui ne fut pas si évident (je perdais en plus quelques centimètres) puis une fois grimpée sur le matelas, j’ai entamé ce que j’estimais être une danse lascive.


Je ne sais pas si tu te rappelles que pendant que nous étions ensemble au lycée, j’étais toujours première de gym et que j’adorais aller m’éclater dans mon club de danse. Eh bien, sache que depuis ce temps, j’y suis encore et que j’y suis même devenue prof (pas rémunérée malheureusement). J’apprends à de jeunes adolescentes à mieux connaître leur corps, à ne pas en avoir honte, à savoir le faire bouger de manière plus ou moins artistique, le tout dans la saine pratique d’un sport. Bien entendu, il ne nous vient alors absolument pas à l’esprit que nous faisons tous cela pour les gars qui pourraient nous voir : en général, nous sommes entre filles et si un homme vient à passer, il m’étonnerait fort que ce soit avec la tête remplie de pensées lubriques.


Mais ici, le public était différent ! Et si la technique de base était après tout la même, ici, j’avais le droit de faire bouger mes mains là où j’en avais envie (essaye de faire ça dans une salle de danse !), pas seulement sur mon ventre, mais aussi sur mes seins, sur mes cuisses, sur mes fesses et, pour dire les choses comme il convient de le dire, sur mon clitoris, mes lèvres (pas celles de mon visage), mon anus. J’avais aussi bien entendu la possibilité d’adopter toutes les poses qui pouvaient avoir un équivalent dans l’acte sexuel proprement dit : écarter les jambes, mouvoir mon cul, m’arranger pour que celui-ci soit au plus haut de mon corps, simuler mon mouvement montant et descendant sur un sexe d’homme, secouer mes seins et tenir une queue purement virtuelle et faire semblant de me la mettre en bouche ou ailleurs dans le corps.


Quant aux spectateurs, ils étaient effectivement complètement différents : d’habitude, quand tu es en représentation, les gens te regardent danser sans rien dire, assis dans leur fauteuil, en attendant que tu aies terminé, et applaudissant (plus souvent par politesse que par conviction) à la fin de ton passage. Ici, au contraire, si le nombre de spectateurs est réduit à seulement deux (rien à faire, je compte Jack pour une personne à part), je gagnais en intensité visuelle et en manifestation d’intérêt tout ce que je perdais en encouragement convenu. En outre, même si je ne percevais pas très bien le flot d’images pornographiques qui se déversaient sur moi par l’intermédiaire des mots sortant de toute évidence de plus en plus nombreux de la bouche de Jean-Philippe, ici au moins, il s’agissait de commentaires louangeurs que j’estimais à leur juste valeur.



* * *



Honte de mon corps, il ne pouvait en être question dans ce moment qui est resté dans ma mémoire comme un des plus beaux moments de cette soirée : non seulement la musique m’inspirait des ondulations quasiment frénétiques, mais en outre la vue de Jean-Philippe était une illustration parfaite de ce que peut être la violence des femmes dans l’acte sexuel : pas de fouets, pas de partenaires attachés, pas de vêtements déchirés, pas d’insultes, pas de queues introduites dans la violence, non, juste la violence psychologique, concrétisée ici par les menottes toutes imaginaires qui empêchaient Jean-Philippe de se masturber alors que de toute évidence il était désormais tourmenté par une sorte de contrainte biologique qui l’obligeait quasiment à le faire, pas de cordes au pied pour l’empêcher d’avancer vers ce lit où il aurait pu m’empaler sans difficulté compte tenu de sa masse musculaire, pas de vêtements déchirés (il était venu de son plein gré se montrer à moi dans toute sa nudité et dans toute sa faiblesse), le silence (sans bâillon) si je l’avais également décrété, et je pense que les mouvements de sa queue n’étaient en rien la simple expression d’un exercice musculaire sans portée mais reflétait plutôt une douleur psychique qui, si elle se prolongeait encore longtemps, risquait bien de lui devenir insupportable. Ceci dit, j’étais également atteinte de contractions musculaires qui, moi aussi, me donnaient de plus en plus l’envie de franchir les derniers kilomètres de l’étape du jour.



* * *



Le déshabillage n’arrangea pas non plus les choses pour lui : plutôt que d’enlever le chemisier, j’ai en effet pris la décision de commencer par enlever le bas : d’une part je trouvais que le rouge de mon maillage et le fuchsia de mon pantalon bouffant n’étaient pas très bien assortis (même dans ces moments, on parvient parfois à avoir de ces considérations ridicules) ; mais, surtout, d’autre part, il fallait absolument que je termine avec ce seul sous-vêtement suggestif : pour cela, il fallait que ce soit la toute dernière pièce que Jean-Philippe puisse voir.


Ainsi, c’est par mes jambes qu’il a commencé à voir le paquet-cadeau s’ouvrir : le regarder d’abord dans les yeux pendant que je détachai mon bouton et donnant des coups d’avant en arrière pour simuler le déplacement de mon sexe le long du sien, dépasser le stade de mes hanches, et (moment toujours le plus délicat pour l’érotisme), enlever les jambes du pantalon non sans au passage prendre certaines poses qui, probablement, ont été à l’origine d’un nouveau déferlement venant de la bouche du principal intéressé. Mais comme le chemisier était long, rien à faire, Jean-Philippe, il te fallut encore attendre un peu avant de pénétrer par les yeux au sein même de la forteresse assiégée qu’était devenue mon corps.


Je me suis quand même dit qu’il était temps de relâcher un peu la pression psychologique : regardant Jean-Philippe droit dans les yeux je lui ai intimé l’ordre libérateur :



Je ne sais pas si le fait de l’avoir insulté a contribué à l’exciter plus encore, mais après tout, pour une fois que je perds de ces bonnes manières-là, tu ne vas pas me le reprocher. J’ai eu un peu peur, je peux bien le dire, qu’il gâche tout avec une éjaculation précoce mais Jean-Philippe, à cet égard, s’est conduit en homme responsable en n’usant de l’autorisation que je lui avais donnée que de façon modérée. Je te l’ai dit : un parfait gentleman !


Il ne restait maintenant plus que le chemisier, qui fut ouvert, bouton après bouton (il y en avait encore six à ouvrir), le tout également en moins de cinq minutes jusqu’au moment où je me suis enfin décidée une bonne fois pour toutes à l’enlever entièrement.



* * *



Waowh ! Les yeux de Jean-Philippe : même s’il avait plus ou moins deviné tout à l’heure, quand j’étais à ses pieds, que quelque chose se dissimulait encore sous ce chemisier, il ne s’était pas attendu néanmoins pas à voir apparaître… comment dire : à la fois mon corps et à la fois mon pas-corps : c’était certes les beaux gros seins qu’il avait imaginés tout à l’heure, c’était bien le sexe qu’il convoitait depuis si longtemps, il en voyait les mamelons, il en voyait le triangle pileux, mais tout cela était recouvert par une sorte de filet comme il en voyait probablement dans ses films préférés. Le caractère ambigu de la chose lui a quelque peu fait perdre le sens du rythme et j’en ai profité pour lui dire :



Chose qu’il fit sans montrer aucun signe de résistance ou de mécontentement : après tout, il approchait de la place forte, c’était encore en soi un grand progrès.


Évidemment, quand je lui ai ordonné ensuite de s’agenouiller au bord du lit et de placer ses mains entre le matelas et le sommier, sans lui donner l’occasion de lancer de suite l’abordage, il n’a pas montré le même enthousiasme ; il s’est néanmoins placé devant moi comme je lui en avais intimé l’ordre, sans que j’aie besoin d’insister.


Mais quand, après lui avoir pris la queue dans la main, après l’avoir branlée jusqu’à ce que son visage m’implore de lui permettre d’enfin poser les mains sur moi, j’ai barré le chemin de l’ambitieux en ajoutant :



Et qu’immédiatement après j’ai également coincé la tête du pauvre Jack entre le matelas et le sommier, alors, j’ai vu, pour la première fois depuis qu’il avait accepté de revenir en cravate, j’ai vu, dis-je, l’oriflamme de la résistance se lever dans le regard de l’opprimé.


Et puisqu’il en était encore temps mais que le répit ne pouvait plus être de très longue durée, j’ai entamé les ultimes opérations : tant pis pour les boutons en dessous des seins, il fallait désormais me hâter : j’ai donc ravalé mes ambitions initiales et me mettant debout, jambes écartées au-dessus de la tête de Jean-Philippe, j’ai détaché, un à un, en prenant juste le temps nécessaire, les cinq boutons qui maintenaient encore par le bas ce voile qui était tout sauf pudique.


Ça y était enfin, le pont-levis était levé : là, sous moi, Jean-Philippe essayait d’appliquer sa bouche sur cette chose qui le fascinait, avide de goûter à ce fruit dont la vue lui avait été interdite et pour l’obtention duquel il avait dû se résoudre à tellement d’abnégations successives. Évidemment, je m’arrangeais pour qu’à chaque fois, l’échec de ces tentatives ne soit dû qu’à la présence d’un ou de deux centimètres. Et puis, je me suis mise en état de recevoir ce baiser galant dont moi aussi je rêvais depuis si longtemps.


Il est toujours bon quand on raconte une histoire d’avoir sous la main une petite anecdote pittoresque. En tentant d’étouffer Jack sous le matelas, j’avais bien eu l’intention de frustrer son maître. Mais finalement il s’en est bien tiré : en fait, pendant que mes derniers défenseurs tombaient les uns après les autres, Jack, le bélier, s’entraînait pour sa part à défoncer les portes en dessous du matelas : oui, tu as bien compris : Jean-Philippe se branlait dans le matelas !



* * *



Et puis, ce qui devait arriver arriva : Nous faisant 1789, brisant les chaînes de l’esclavage, celui qui fut soumis pendant une période millénaire entreprit de s’emparer du pouvoir. Celui qui était encore les genoux en terre lança ses premières divisions sur Versailles et toutes ses richesses : les mains de Jean-Philippe ne s’étaient pour le moment qu’emparé d’une partie somme toute dérisoire de mon territoire corporel mais il était clair qu’il gagnait rapidement du terrain et que son objectif à court terme serait la prise immédiate et impérative de la source principale de mon plaisir.


Il avait la voie libre, mes troupes réputées fidèles, de toute évidence, m’avaient déjà abandonnée et j’allais être livrée sans défense à la soif de vengeance de celui dont les mains venaient maintenant d’atteindre mes cuisses. Il y eu néanmoins un répit : contrairement à mon attente, ces mains changèrent d’objectif et au lieu de s’emparer sur-le-champ de ce point de ralliement naturel, elles entamèrent un mouvement tournant pour monter plutôt à l’assaut de mes seins.


Repousser ce stupide habit rouge au-dessus de ma poitrine et sous mon menton fut fait de façon tellement expéditive et avec tellement peu de délicatesse que j’estime que cela n’en vaut pas le peine de t’en parler, sauf à te dire que l’IPod et les oreillettes s’étaient décrochés, et que finalement cela n’avait plus d’importance, Jean-Philippe ayant, avec toute la sensibilité que je lui connaissais, privilégié depuis peu le recours aux profonds sons gutturaux (non sans de temps à autre revenir à l’occasion à l’un de ses expressions accoutumées).


Et c’est après que ces deux magnifiques ornements de ma féminité eurent reçu l’hommage d’une bouche qui tenta de les y aspirer en entier l’un après l’autre, c’est quand je commençais à fondre sous une langue qui s’apprêtait à me faire franchir les barrières de l’au-delà vers l’infini, en s’engageant sur la route qui conduisait de mes seins à mon clitoris, avec détour obligé vers mon nombril, c’est à ce moment-là, d’une intensité prodigieuse, que la machine bien rôdée que j’avais eu tant de mal à mettre en place s’est mise à perdre une vis et à se déglinguer en un temps record.



* * *



Que veux-tu, même si je ne suis pas très forte en arithmétique, j’ai néanmoins appris à compter jusque cinq : or, deux mains, celles de Jean-Philippe, qui étaient figées sur mes deux seins ; une de mes mains qui caressait ses cheveux, l’autre qui se faisait mordiller par mes propres dents, et, enfin, une autre qui s’était introduit, en venant de derrière, au sein même de mon vagin, rien à faire, j’avais beau compter et recompter, cela faisait bien cinq : il y avait donc un léger souci et quel que soit mon état de délabrement moral, psychologique et intellectuel au moment précis où je fis cette découverte, il a bien fallu que je détourne mon attention de mon activité principale et que je m’interroge sur les causes de cette particularité comptable pour le moins étrange, tu le reconnaîtras avec moi !