| n° 15609 | Fiche technique | 30429 caractères | 30429Temps de lecture estimé : 18 mn | 14/05/13 |
| Résumé: Tous la prenaient pour une dame patronnesse ; moi seul sais maintenant qu'elle peut se transformer en volcan. | ||||
| Critères: fh vacances cérébral revede voir cunnilingu pénétratio -amiamour -occasion -prudes | ||||
| Auteur : Alex2 Envoi mini-message | ||||
I
Mon copain d’enfance, Théo, m’a proposé de consacrer mes deux semaines de congé à naviguer avec lui le long de la côte au large de Concarneau. J’ai sauté sur l’occasion. Natif de la région, il y avait de nombreux amis. Nous rentrions au port tous les deux jours, et le soir nous flânions au milieu des touristes. Ces soirées de juillet où la lumière paresse et éclaire l’océan de couleurs fauves, où le soleil semble immobile à l’horizon, sont comme une seconde journée qui commence avec ses surprises et ses rencontres. Comme si l’on changeait de pays. Nous allions de café en café, de boîte en boîte ; quelquefois, il invitait des gens chez lui, d’autres fois nous allions terminer la soirée chez des amis.
C’est ainsi que je l’ai rencontrée.
Elle était blonde, assez petite. Elle buvait une orangeade, ou quelque chose de ce genre. En la voyant ainsi appuyée contre le chambranle d’une porte, je me suis dit qu’elle était trop jolie et trop discrète pour se trouver au milieu de noctambules ne cherchant qu’à faire la foire et à boire de l’alcool. Sa présence chez les amis de Théo m’apparaissait inopportune. Pour se trouver là et pour sembler à ce point à l’écart des autres, elle devait avoir des problèmes ou des principes. Les uns et les autres me font fuir. Mais mon problème à moi était que je la trouvais ravissante. Quel âge lui donner ? Comme moi, ou un peu plus jeune, dans les vingt-cinq, vingt-six ans. Théo m’expliqua qu’elle était à peu près inabordable : mariée depuis plusieurs années et imperturbablement fidèle.
Marie, me dit-t-il, serait sûrement encore la vierge Marie si elle n’avait pas épousé à dix-huit ans le grand amour de sa vie, il y a un peu moins de dix ans. Elle est sobre, sérieuse, rangée, organisée, pudique et réservée : une terrible épreuve et toujours un inoubliable râteau pour les dragueurs. Je suis sûr qu’elle n’a aucun besoin des lunettes qu’elle porte, sauf pour lui donner l’allure qu’elle veut avoir, surtout lorsque son mari n’est pas là comme actuellement : celle d’une dame patronnesse, d’une assez jolie dame patronnesse.
Je me suis retrouvé près d’elle par hasard, alors que j’allais prendre le frais sur la terrasse et respirer l’air salé de l’océan. À ma plus grande surprise, elle s’est tournée vers moi et a entamé la conversation :
Sacré Théo ! Je ne lui aurais jamais demandé d’imaginer un tel mensonge. C’est un ami, mais aussi un farceur. Il me mettait dans une situation impossible : soit je démentais, soit je jouais le personnage dont il m’avait affublé. Dans l’un ou l’autre des cas j’étais coincé, et mon objectif de faire un brin de cour à cette mystérieuse femme devenait très problématique. Je ne m’en suis pas trop mal tiré :
La banalité de cette réponse m’a déçu. J’ai pris cela pour une attitude volontairement neutre destinée à confiner nos propos dans un cadre très convenu. Néanmoins, j’ai continué en lui expliquant – sans rien inventer – quelle était la nature de mon travail. J’en ai profité pour la détailler. Elle était réellement très jolie. Menue, mais bien faite. Elle portait une robe claire et contrairement à ce que les paroles de Théo avaient pu me suggérer quant à son goût, c’était une robe très moulante, faite pour souligner sa silhouette très féminine. Elle avait un regard de braise qui ne me quittait pas un seul instant. J’essayai de me la représenter en maillot de bain, et pour illustrer cette évocation je lui ai demandé :
Enfin, elle s’intéressait un peu à moi.
J’ai continué ainsi à lui parler de mon existence errante, de mes voyages. Elle paraissait s’intéresser, elle me questionnait. Je meublais tous les silences pour maintenir la conversation et qu’elle reste près de moi. Je me sentais bien avec elle. Puis brusquement :
II
Le lendemain matin, j’ai retrouvé Théo sur le pont, occupé à réparer sa radio. Il m’apostropha, rigolant :
La matinée fut longue ; j’avais hâte de revoir Marie, la petite Marie si bien sous tous rapports, l’inaccessible Marie que j’avais intéressée, du moins je l’espérais.
Guettant un petit signe favorable, je me suis demandé un instant si ce « Je vous attendais » s’adressait spécifiquement à moi ou indistinctement à Théo et moi. Je la trouvais encore plus jolie que la veille au soir. Elle portait une jupe blanche et un tee-shirt très moulant. Une fois de plus, rien dans son allure ni dans sa tenue n’évoquait cette personne sévère que Théo se plaisait à décrire. Lorsqu’elle se déplaçait, je guettais le moment où sa jupe se collerait à son corps, faisant apparaître les formes fuselées de ses cuisses et au-dessus le dessin incertain du petit triangle ombré qui me faisait rêver. J’étais plus que troublé. Troublé par son physique et aussi par le détachement et l’indifférence avec lesquels elle semblait me considérer. Il fallait lui faire comprendre qu’elle me plaisait sans le lui avouer. J’avais peur de sa réaction.
Je remarquai qu’elle devait porter des lentilles de contact, et je pouvais ainsi mieux admirer ces deux petits cailloux de malachite qui lançaient des éclairs chaque fois que nos regards se croisaient. Je n’ai pas osé lui dire que je la trouvais mieux comme cela, sans ses lunettes, et pourtant cette simple remarque assez anodine lui aurait fait comprendre l’intérêt que je lui portais. Je réalisais de plus en plus clairement que je désirais intensément cette femme et que je ne saurai jamais comment le lui dire. Rarement j’avais été intimidé à ce point.
Lorsqu’elle revint avec les cartes, elle me proposa de m’asseoir un moment et me demanda dans quel coin nous irions naviguer. Je me fis alors la remarque que depuis la veille au soir ceci ne m’avait pas préoccupé le moins du monde, que les cartes de Théo je m’en moquais pour ce qu’elles étaient, mais que je les aimais pour m’avoir permis de revoir la petite Marie. Je lui répondis que je ne le savais pas trop ; je devais en discuter avec Théo au retour. Elle insista, manifestant en cela un intérêt surprenant pour notre croisière, puis me dit :
Je savais que nous devions être de retour le surlendemain ; ce jour-là, Marie serait encore seule, et je ne manquerais pas de venir la voir. Je me dis, bouffi d’espoir, que peut-être elle savait que nous serions de retour avant la venue de son mari. Nous avons discuté très longtemps de choses et d’autres. Elle semblait réellement apprécier ma présence. Quand elle m’a raccompagné dehors, la quittant, j’ai osé, surpris moi-même par ce que je considérais comme une hardiesse mais qui n’était rien d’autre qu’une appréciation aimable :
Avec un grand sourire, elle m’a répondu :
Je regagnai le bateau, accueilli par Théo, toujours aussi goguenard et amusé. Il devait avoir deviné que Marie me plaisait, et tout le long de notre sortie de deux jours en mer il ne cessa de me mettre en boîte, sans déplaisir de ma part, car me parler de Marie ne pouvait que me ravir. Je vivais intensément cette parenthèse entre un espoir et un plaisir énigmatique et incertain.
À notre retour, il était beaucoup trop tard le soir pour aller la voir. Ce n’est que le lendemain après-midi que je filai vers sa villa. Je la rencontrai dans la rue, non loin de chez elle. Elle n’eut que le temps de me dire qu’elle était très pressée, mais qu’elle devait prendre l’apéritif chez des voisins en début de soirée.
III
Théo devait aller voir ses parents ; j’en fus soulagé. De plus, en m’invitant, Marie ne m’avait pas parlé de lui.
Le soir, à l’heure indiquée – je n’aurais pas manqué une seule minute – Marie m’attendait avec ce visage toujours aussi serein et calme. Je remarquai un changement : elle était discrètement maquillée, ce qui lui donnait l’air à la fois détaché et ardent d’une femme qui ne cherche pas visiblement pas à plaire mais qui, au-delà des apparences, laisse poindre un érotisme discret dont les irradiations me secouaient le corps. Je sentais naître une prometteuse érection qui ressemblait au plaisir coupable d’un gamin qui cherche à dérober une gourmandise interdite. Ma tête était pleine de « J’ai envie… » et j’imaginais venant d’elle un « Moi aussi ! » tout nu, lumineux et chaud.
Elle avait frisé ses cheveux. Les femmes qui me plaisent sont toujours coiffées comme j’aime qu’elles se coiffent, car j’imagine bêtement qu’elles le font pour me plaire. Elle les aurait laissés libres, raides, noués, fantaisistes ou sévères que je les aurais aimés tels parce que Marie me plaisait. Elle portait une robe bleue très simple. Je voyais dans la sobriété de ce vêtement les lignes prometteuses de son corps. J’avais peur qu’elle discerne mon émotion. Plus exactement, je souhaitais qu’un vagabondage de son imagination la conduise à comprendre – puis à admettre – mon désir sans que je sois amené à lui faire cet aveu que j’étais incapable de formuler ; car malgré quelques signaux qui auraient pu m’encourager, mon ardeur restait verrouillée par la peur de lui faire comprendre mes sentiments. Il m’était plus facile de lui laisser la liberté de me découvrir. Depuis la première fois où elle m’était apparue, distante et sévère, je n’avais cessé de me conduire en gamin angoissé et je continuais. Pourtant je ne risquais au pire qu’une désillusion passagère ; mais j’avais peur de perdre un petit paradis, et cette peur m’interdisait de m’engager sur la voie d’un aveu qui aurait pu briser mon rêve.
Elle avait fini de se préparer et, volontairement, je laissai chez elle la sacoche dans laquelle j’avais mis les cartes qui nous avaient été prêtées.
Ses amis habitaient à proximité immédiate. Nous y sommes allés en passant par la plage. Elle avait retiré ses chaussures. Pour la première fois j’ai voulu voir dans cet acte pourtant banal l’acceptation d’une intimité dont elle n’était pas coutumière. Elle était légère, elle se déplaçait comme si elle glissait avec la complicité de l’air.
Arrivés chez ses amis, elle me présenta à tout le monde comme une vieille connaissance. Il y avait dans ses propos des ambiguïtés laissant supposer que je connaissais également son mari, comme s’il lui était difficile de dire qu’elle venait accompagnée d’un homme qu’elle ne connaissait que depuis quelques jours. Cette tacite complicité me rapprochait d’elle. Un moment où nous étions un peu à l’écart, je fus sur le point de lui en demander la raison. Mais encore une fois, j’ai reculé devant la gêne qui aurait été la mienne si elle avait trouvé mes suppositions sans fondement. Lorsqu’elle m’a prévenu qu’elle désirait rentrer, je l’ai invitée à venir terminer la soirée en dégustant quelque chose de léger dans un restaurant du port, en ajoutant que je devais, quoiqu’il en soit, reprendre la sacoche oubliée chez elle.
Je sentais le temps filer inexorablement et j’étais conscient que ces derniers instants étaient ceux de ma dernière chance. Il fallait absolument jouer les prolongations, la persuader de m’accorder encore par sa présence auprès de moi quelques heures de bonheur simple. Chez elle, j’ai dû avoir un ton suppliant en lui proposant encore de venir terminer la soirée sur le port. Elle m’a souri gentiment en acceptant, mais en me faisant promettre de ne pas la raccompagner trop tard.
Je ne me souviens pas très bien comment cela s’est passé. Elle me tournait le dos, et en pivotant pour prendre sa veste qui se trouvait à côté de moi sur un fauteuil, nos visages se sont trouvés face à face très près l’un de l’autre. J’ai approché mes lèvres des siennes. Elle ne s’est pas dérobée. Nos bouches se sont soudées dans un élan passionné. J’ai écrasé son corps contre le mien tandis qu’elle prenait ma nuque pour maintenir ma bouche scellée à la sienne. Nous sommes restés de longues minutes à nous dévorer, à explorer la douceur de nos langues, de nos lèvres, à reprendre haleine pour mieux recommencer inlassablement à découvrir notre mutuel désir. Plus mon sexe devenait rigide, plus son ventre se serrait contre le mien. Elle bougeait doucement, caressant mon érection avec la rondeur de son sexe. Sans rien nous dire, nous retardions d’un commun accord ce moment sublime où nos peaux allaient se livrer leurs secrets. Son soudain abandon, son envie de m’aimer me submergeaient de tendresse. Je caressais son dos, sa nuque, ses cheveux.
Nous nous sommes séparés ; il y avait dans ses yeux une flamme humide et suppliante. Elle a déboutonné ma chemise, elle a collé sa joue contre ma poitrine, l’a embrassée. Ses mains allaient et venaient inlassablement, lentement, tendrement sur mon dos et mes épaules. J’attendais tout d’elle ; je la voulais plus hardie et plus timide, plus entreprenante et plus soumise. Elle a défait ma ceinture ; je l’ai aidée. J’ai fait glisser la fermeture Éclair de sa robe, et enfin sa poitrine nue est venue s’écraser coutre moi. Nous avons roulé à terre. Nous nous sommes prestement débarrassés du dernier et insignifiant vêtement, ultime et dérisoire obstacle à l’aventure du plaisir.
À genoux, je me suis incliné vers le corps nu de Marie. Il était blanc, menu, longiligne et infiniment désirable. Elle avait de petits seins dont les bouts dilatés se dressaient de façon provocante et impertinente. Son mont de Vénus recouvert d’une toison claire était si sagement dessiné qu’il ressemblait à sa vie dans laquelle un désordre inattendu venait d’entrer. Sa toison laissait deviner une fente légèrement ouverte, vibrante et attentive. Marie, haletante m’a parlé pour la première fois, doucement, crûment, sans que la moindre censure ne vienne altérer ses paroles. Le feu qui l’habitait faisait venir à ses lèvres des mots de braise :
Marie n’avait nul besoin de me supplier. Ses tétons étaient délicieusement mûrs. Ma langue les contournait, les aspirait, les enfonçait dans la profondeur de ses seins. Je sentais sa main ferme et serrée qui entourait et agitait mon sexe. Ce fut moi qui l’ai suppliée d’arrêter car le tumulte se précipitait en moi, dévalant inexorablement le cours de mon corps, de ma tête à mon ventre. Plus que ce qu’elle faisait, l’idée qu’elle en avait envie accélérait les rapides de mon plaisir. Mais je voulais offrir à l’intérieur de son corps mon désir entier, intact et inaltéré.
C’était une amante expérimentée : elle a immédiatement compris que la défaite de ma volonté était imminente. Elle a rejeté ses bras au-dessus de sa tête, allongeant son corps dans une attitude d’abandon total, fermant les yeux, creusant les reins et écartant légèrement les cuisses. Sa poitrine se soulevait au rythme de sa respiration saccadée. Elle m’attendait. Son sexe était un abricot mûr qui attendait d’être dévoré. J’ai posé ma bouche sur la douceur du fruit, d’abord longuement, une simple pression pour lui donner le plaisir de l’attente d’un plaisir encore plus intense. Ma langue a déblayé la petite forêt qui cachait le chemin du précieux talisman. Sa fente était douce et glissante. Je n’ai jamais su quel était l’endroit le plus sensible de cette merveilleuse et mystérieuse mécanique ; mais pour Marie, partout c’étaient des gémissements de bonheur. Je faisais rouler sous ma langue sa petite perle dure et saillante ; j’y exerçai une si forte pression qu’aux gémissements succédaient de petits cris de plaisir. L’intérieur de son sexe était une prison, une prison d’odeurs et de saveurs, que j’ai goûtées avidement. Sa chair souple s’insinuait entre mes lèvres à chaque aspiration. Parfois je changeais de position pour pouvoir explorer au plus profond son gouffre intime. Je regrettais que ma langue ne fût pas aussi rigide et aussi longue que mon pénis, et Marie le regrettait aussi, me suppliant de l’enfoncer encore plus profondément en elle.
La petite Marie, si réservée, si sobre était une tornade en amour. Quand le plaisir a eu fini de prendre possession de ses sens, quand elle a compris que plus rien ne pouvait la faire sortir de ce nouveau corps que notre désir mutuel venait de lui façonner, elle a pris l’initiative de nos ébats, joignant les gestes aux paroles. Elle m’a attiré en elle, et avant que je ne bouge, elle a gardé mon bassin prisonnier entre ses jambes, me suppliant de rester immobile et présent au fond de son ventre.
Le mot que sa passion avait choisi pour mon sexe, ce mot pourtant si commun, ressemblait à l’aboutissement d’un rêve où le désir est cru et dépouillé de tout ce qui lui est étranger. Elle m’offrait ce mot comme un cadeau aussi précieux que celui de son corps. Je pense qu’elle aurait aimé m’entendre lui parler comme elle le faisait, comme une façon de lui rendre un baiser, mais j’étais incapable de prononcer la moindre parole. Elle m’a aimé comme jamais jusqu’à ce jour aucune femme ne l’avait fait. Et elle m’a dit que je l’aimais comme elle le désirait. Ce fut une union tendre et sauvage. Elle a joui dressée sur moi ; nous avons coulé ensemble, fichés l’un dans l’autre. Elle était profonde et brûlante.
Son visage était serein et heureux.
IV
Je suis rentré au bateau vers deux heures du matin. Quatre heures d’amour interrompues seulement par des cascades de baisers et de caresses. Elle devinait à quel moment je souhaitais qu’elle prenne possession de mon sexe surtendu. Elle était toujours prête et disponible. Les jouissances multiples et répétées des femmes sont un fantasme masculin. Je ne sais pas si elle a eu des orgasmes chaque fois que nous nous sommes unis, mais c’est indifférent car elle savait si bien m’aimer que sa tendresse et le plaisir qu’elle manifestait à chaque caresse, à chaque pénétration, valait tous les abandons. Je voyais dans son regard le bonheur de me sentir en elle. Je sais seulement qu’elle a réussi à faire renaître mon désir et m’a offert de le satisfaire plusieurs fois et de plusieurs façons avec un incomparable talent.
Je devais me trouver à Paris le lendemain. Marie m’a prié de reculer mon retour d’une journée. Nous nous sommes retrouvés le lendemain après-midi dans un hôtel de Vannes et nous y avons passé la nuit. Je commençais à être très amoureux d’elle. J’aimais la voir vivre. La voir manger et boire, marcher, rire, parler. Tout ce qu’elle faisait me ravissait. J’aimais surtout la voir faire l’amour. Il n’y a rien de plus beau que le visage d’une femme faisant l’amour. Il est heureux, serein et détendu, souvent enfantin et cette beauté du visage, Marie me l’offrait et je la regardais m’aimer.
Si aucune gêne n’habitait Marie lorsque nous nous donnions l’un à l’autre, je notai par moments une attitude pensive et même un peu inquiète. Je lui demandai si elle regrettait notre aventure. Je savais qu’elle la considérerait terminée dès le lendemain matin et je craignais qu’elle en souffre comme moi. Je savais qu’elle allait regretter d’en rester là, mais la soudaineté et la brièveté de ce qui nous était arrivé devait en limiter l’enracinement affectif. Elle me regarda comme elle le faisait toujours, avec une infinie tendresse. À ce moment, elle était complètement nue et jamais elle ne m’était apparue aussi belle. Je ne me souviens pas exactement mot à mot de ce qu’elle m’expliqua, mais elle le fit si bien, avec des mots simples et si intelligents, que j’en ai gardé en mémoire l’essentiel :
Jean et moi, nous nous sommes connus très jeunes et nous nous sommes aimés immédiatement. Il m’a tout appris de l’amour, et j’ai tout aimé. Il y a deux ans, alors que j’étais seule à Concarneau, j’ai eu un coup de folie. J’ai rencontré un soir en me promenant sur la plage un homme que je ne connaissais pas. Il cherchait un restaurant, je le lui ai indiqué. Il était sympathique et très bel homme. Le lendemain à la nuit tombante, je l’ai revu sur la plage. J’ai eu brutalement une envie folle de baiser avec lui… Je sais maintenant qu’on ne peut pas résister à une telle pulsion, et je n’ai pas résisté. C’était la première fois qu’un autre homme me pénétrait, car il s’agit bien de cela, le mystère fascinant de l’inconnu ressenti un jour ou l’autre comme un fantasme lancinant par toute femme mariée. Sexuellement, il m’a saturée de plaisir, au point que je n’en ai conçu aucun remords. Jean n’est pas en cause : c’est moi seule. Il m’arrive d’avoir des flambées de désir presque incontrôlables. Ce sont la nouveauté et l’inconnu qui me fascinent. C’est très rare, mais quand je désire un homme, c’est mon corps et le plaisir qui lui est promis qui décident à ma place. Je me sens très vulnérable. Quand je t’ai dit que tu étais le premier homme en-dehors de Jean avec lequel j’ai fait l’amour, c’est vrai, car avec l’autre j’ai baisé. Et baiser, c’est très différent ; ça peut procurer un plaisir extrême, mais c’est différent. Avec toi, le physique n’a pas été le seul déclencheur. Il y a eu aussi de la tendresse, de la confiance et aussi, je n’ai pas peur du mot, de l’amour. »
Le lendemain matin quand nous nous sommes quittés, elle avait les larmes aux yeux. J’étais infiniment triste. Mais, avant de partir, Marie m’a donné le numéro de son téléphone portable et m’a demandé de lui faire savoir quand je serai occupé à travailler en France « Si je suis dans une période vulnérable, j’aimerais la passer avec toi. ».
V
Deux ans que j’attendais ça. La semaine prochaine, ce sera une piqûre de rappel contre la maladie « Marie »… Et je sais qu’elle ne se contentera pas d’une seule piqûre…