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n° 15213Fiche technique17060 caractères17060
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Temps de lecture estimé : 12 mn
13/10/12
Résumé:  La vengeance est une froide déesse...
Critères:  #vengeance #confession fh boitenuit fsoumise fdomine jalousie préservati pénétratio
Auteur : Aline Issiée      Envoi mini-message
Némésis


Mon cœur était comme pris dans les glaces. À vingt-six ans, rien dans mon apparence ne laissait deviner ce froid mortel. Mon corps était toujours aussi souple, aux formes minces et pleines à la fois, mes cheveux aussi brillants, et je n’avais guère changé depuis mon adolescence. Je répugnais toujours autant à ce que les abominables magazines féminins appellent « mettre ses atouts en avant ». J’avais la chance d’être mince, élancée : un maquillage fort léger suffisait à souligner la ligne de mes paupières, et rehausser le noir profond de mes pupilles. Un jean, des bottines, un grand pull à la large encolure, une bretelle de soutien-gorge noir traçant la ligne de mon épaule et contrastant avec mon cou, une simple boucle d’oreille pour capter le brillant de la lumière sous mes cheveux bruns, sans plus : je préférais, sans m’enlaidir pour autant, passer, non pas inaperçue, mais du moins sembler inoffensive.


J’avais remarqué, d’ailleurs, que cette apparence non agressive remportait l’adhésion des jeunes hommes que je rencontrais, dans les bars ou lors de fêtes organisées chez les uns ou les autres. Je ne me souviens pas d’une seule soirée où l’on ne m’eût pas offert, sans que je le demande, un verre d’alcool, ou encore être restée seule plus de dix minutes : sans doute rassurés par mon apparente discrétion, les jeunes gens les plus timides s’enhardissaient à me solliciter.


Mais mon cœur était si froid que je coupais souvent court à toute forme de séduction : ces jeux de langage et de corps où l’on cherche à provoquer l’autre, à faire monter une excitation petit à petit, à pratiquer un libertinage d’esprit et de mouvements, tout ce que mon premier amour m’avait apporté et si brutalement retiré m’était devenu insupportable. Quand un jeune homme me plaisait, je lui proposais abruptement, sans autre forme de procès, de passer la nuit avec moi, sans lui laisser le temps de jouer à me séduire. L’étonnement se peignait sur son visage… Mais les hommes que j’appelais ainsi acceptaient tous, pourtant, avec empressement.


Je jouissais sans vergogne de leurs services sexuels. Je prenais mon plaisir : là aussi, je n’avais guère changé – mon corps s’émouvait sans problème et, si l’homme avec qui je passais la nuit se montrait trop maladroit ou trop ému, je lui expliquais calmement ce que je désirais. J’aimais que l’homme s’allonge nu sur le lit, le sexe dressé. Sans aucune caresse préalable, sans suivre du doigt les lignes de son corps, ni respirer son odeur, ni goûter, du bout de la langue, la saveur de sa peau ou l’intérieur de sa bouche, j’enlevais mon jean et mon slip, je gardais mon pull, et venais simplement, directement, m’enfourcher sur le membre qui me désirait. J’allais et venais lentement, me recueillant pour sentir, à l’intérieur de mon propre sexe, l’excitation qui montait et venait tremper ma vulve. Si l’homme tendait ses mains pour parcourir mon corps, soulever mon pull, tenter de caresser mon sexe, ma peau, ou même simplement tenir mes hanches pour imprimer le rythme de mes allées et venues – coulissantes sur le sexe luisant, dur et dressé qui m’envoyait des ondes de plaisir dans le bas-ventre, je le lui interdisais fermement : je prenais ses mains, rabattais ses bras au-dessus de sa tête, me penchais vers lui pour le maintenir dans cette position. Le bout durci de mes seins frôlait, à travers le tissu du pull, le torse nu, nos têtes se rapprochaient : je fermais les yeux, à la fois pour ne pas voir le visage défait de l’homme qui, souvent, ne pouvait plus se retenir et jouissait longuement dans moi, et aussi pour me concentrer avant tout sur mon propre plaisir. Après ce premier orgasme, si l’homme avait tenu bon et bandait encore, je lui permettais d’aller un peu plus loin, d’adopter d’autres positions, de me prendre en levrette, par exemple. Mais je prenais bien soin de limiter les contacts entre nos deux corps aux seuls sexes ou à quelques rares touchers intimes : il fallait que l’homme soit fort expérimenté, et qu’il m’ait fait jouir longuement, et à plusieurs reprises, pour qu’il ait le droit d’empaumer les globes de mes seins, de caresser mes fesses, ou d’exprimer à haute voix ce qu’il ressentait.


Une fois ou deux, l’un de ces amants d’un soir me fit crier de plaisir, alors que je mettais tout mon soin, d’habitude, à jouir en silence, sans halètements ni trémoussements, pour que mon partenaire ne puisse prendre plaisir à ce spectacle. Mais, sous les orgasmes répétés, je ne pouvais m’empêcher de me cambrer, et je sentais l’intérieur de mon sexe palpiter autour du membre qui me pénétrait, comme pour le remercier du plaisir ressenti. Le soir où je ne pus m’empêcher de crier, je laissai l’homme m’embrasser, pénétrer avec sa langue non seulement dans ma bouche, mais aussi lécher mon sexe, ma vulve trempée, mon clitoris dressé… Cet homme-là était de plus, d’une beauté physique que je ne pouvais ignorer – un regard intense, un corps splendide. Son sexe, long, à la peau d’une douceur extrême, semblait se tendre indéfiniment, et il appelait ma bouche : je le suçais à mon tour, lentement, en y prenant un plaisir que j’avais pourtant réussi à oublier depuis longtemps… Il voulut, rassasié lui-même et m’ayant baisée ainsi pendant plus de deux heures, me prendre tendrement dans ses bras, s’endormir à mes côtés, et il commençait à me murmurer des mots d’amour, ces mots si bêtes, si joliment bêtes, que j’avais crus et moi-même prononcés autrefois… Il célébrait la beauté de mes seins, la douceur de ma peau, la science amoureuse dont je faisais preuve : j’eus envie de le gifler. Je me contentai pourtant, alors qu’il était penché à mon côté, ému et pantelant, de lui griffer le dos, méchamment, faisant perler le sang, avant de me dégager de son étreinte, de filer vers la salle de bains – m’aspergeant le corps d’une brassée d’eau froide, à toute vitesse, avant de remettre mon jean – le tout si rapidement que l’homme, assis au bord du lit et complètement abasourdi, n’eut même pas le temps de m’adresser la parole.


Deux minutes plus tard, j’étais dans la rue, et le souffle frais de la nuit calmait ma violence. Mon cœur, cette fois-là, avait bien failli se remettre à battre. Or, je le lui interdisais. J’avais trop souffert quand mon premier amour m’avait quittée – pour une fille qui était d’ailleurs mon contraire : toujours vêtue de façon clinquante, avec un rire perçant quand elle entrait dans une pièce, et des minauderies qui semblaient promettre des gémissements exagérés lors du plaisir. Je ne voulais pas qu’un homme se permette de tomber amoureux de moi, et j’enrageais d’avoir laissé celui-là contempler mon plaisir et m’en donner autant.


Pendant deux mois après cette alerte, je ne sortis plus avec aucun homme. Mon corps fut forcé de se contenter de mes propres caresses, assorties de quelques jouets mécaniques. Ce ne fut qu’assurée d’avoir repris ma froideur habituelle que je repris le cours de mes soirées. Mais je n’avais plus le même appétit. Certes, les hommes s’approchaient de moi, comme avant. Je les rebutais durement, leur renvoyais les verres offerts, leur refusais d’entamer la moindre conversation. On aurait dit que le froid de mon cœur gagnait désormais mon propre corps. Je n’en souffrais pas. J’étais étonnée moi-même de mon insensibilité. Les plus beaux garçons pouvaient bien me sourire, paraître touchants, timides et dociles ou au contraire habiles et entreprenants : j’en avais perdu le goût.


Je commençai à espacer mes soirées, me concentrai sur mon travail de traductrice d’anglais de livres scolaires, pris l’habitude d’aller à la piscine deux à trois fois par semaine. Mon corps profitait de ces exercices ; ma libido, elle, s’engourdissait dans l’indifférence…


Un soir, pourtant, je poussai à nouveau la porte d’un de mes bars préférés, où la musique de jazz rehaussait l’atmosphère sensuelle de l’endroit. Je sentis tout de suite les regards converger vers moi, malgré la simplicité de ma mise : c’était en plein été, je portais un tee-shirt, assez ample pour dissimuler mes formes, et une jupe courte, certes, qui montrait mes jambes nues, mais rien de provoquant, pas même de talons hauts : de simples ballerines, qui, légères, me donnaient une démarche dansante.


Cela faisait si longtemps que je n’avais pas baisé que je me sentais, pour une fois, assez encline à accepter la première sollicitation venue. Pourtant, je refusai un, deux, trois verres qui m’étaient offerts, et rembarrai un sourire un peu trop entreprenant à mon goût. Allais-je une fois de plus rebuter les hommes qui m’offraient ce que je venais précisément chercher là ? Je quittai la table discrète où je m’étais installée, m’approchai du bar, m’installai sur le haut tabouret de moleskine. À côté de moi, un homme, plutôt bien bâti et grand, buvait à petites gorgées, une bière, une Jone’s Smith. Il ne m’accorda pas un regard : est-ce pour cela que, sans bien m’en rendre compte, je décidai que ce serait à lui que je dédierais ma nuit ?


La chance me sourit : l’homme était Anglais, et je pus traduire pour lui sa seconde commande. Ce ne fut qu’en entendant mon accent, qui dénotait ma longue pratique de l’anglais, qu’il daigna s’intéresser à moi. Je choisis, sur son offre, une Whitebread… J’appris qu’il s’appelait Josh, et qu’il était l’heureux possesseur d’une Harley-Davidson.


Je souris intérieurement : l’indifférence partielle de Josh à mon égard s’éclairait d’un jour nouveau. Les motards, et spécialement les amateurs d’Harley, sont connus pour leur passion exclusive de leur « terrible engin », comme le chantait B.B. dans les années 70. Ils sont parfois dragueurs, mais le plus souvent indifférents à la fille, qui se laisse séduire autant par la moto que par l’homme… En France, grâce à la chanson de Gainsbourg, l’Harley est à la fois symbole de sexe mais aussi d’indépendance de la femme. Cela me plaisait assez… Et puis, je n’avais encore jamais goûté à ce mythe absolu.


Était-ce justement parce que la Harley est un mythe ? Toujours est-il que moi, Ludivine, je mentis à Josh :



Les possesseurs de Harley sont souvent assez démunis, en matière de mythologie grecque. Je regardai Josh droit dans les yeux :



Josh prit quelques secondes pour me répondre. Visiblement, mon offre ne l’étonnait guère… L’effet Harley ? Deux minutes plus tard, nous étions dans la rue, et devant la superbe moto, une Électra.


En tout cas, Josh possédait deux casques, et m’aida d’abord à poser le mien, avant de m’expliquer comment me tenir à lui, où poser mes pieds. Il enfourcha la moto, mit le contact : je m’installai derrière lui, et tout s’accéléra.


Et d’abord les battements de mon cœur : la vitesse de l’engin était tout bonnement stupéfiante, même si la maîtrise de Josh, même pour quelqu’un de complètement inexpérimenté comme moi, était éclatante. Mais c’est surtout la sensualité absolue qui se dégageait de notre posture qui m’emportait. On ne peut s’installer à l’arrière d’une Harley sans écarter largement les cuisses, sans entourer le chauffeur de ses bras, sans sentir le cuir s’écraser sous votre entrejambe. Moi qui refusais tout contact autre que sexuel avec les corps des hommes que je venais chercher, comme on cherche un simple plat dans un réfrigérateur, là je devais non seulement me laisser pleinement aller, mais encore suivre voire anticiper les mouvements de Josh. La nuit entière semblait siffler à nos oreilles, et les célèbres vibrations, si suavement chantées autrefois par une Brigitte Bardot cuissardée, montaient à présent le long de mes propres reins.


Quand Josh arrêta la Harley, au sortir de la ville et devant sa maison, mon sexe était déjà humide, et le plaisir sensuel que j’avais ressenti pendant tout le parcours, joint à mon abstinence des derniers mois, était tel que j’étais prête à m’agenouiller dans l’instant devant le conducteur, à ouvrir la braguette de son pantalon de cuir, et à lui faire la pipe de sa vie ! Josh avait parfaitement senti mon impatience, mon appétit : je tremblais de désir… Mais à ma grande surprise, il commença à se déshabiller, sans même entrer dans la maison, et m’invita à faire de même. Il alla poser les deux casques à l’intérieur, revint, reprit la Harley et remit le contact.



Je connus alors une des plus fortes sensations sexuelles de ma vie entière… Josh roulait parmi les dunes, sur des routes désertes, sous les étoiles de la nuit d’été, et nous étions nus sur la Harley. Il roulait doucement, je pouvais prendre mon temps pour, entourant son torse de mes bras, caresser sa peau, m’attarder aux bourgeons de ses seins d’homme, descendre plus bas, effleurer un sexe qui durcissait malgré les vibrations et les mouvements de la moto. Nos jambes semblaient s’épouser, ma bouche était collée à sa nuque, et quand Josh arrêta la moto, qu’il en descendit, j’attendis qu’il me prenne dans ses bras pour m’enlever, d’un seul geste, du siège arrière.


J’étais incapable de contrôler, comme je le faisais auparavant, mes sensations. Ce fut bien Josh qui décida de la manière dont nous allions baiser… Ce fut lui qui m’allongea et me pénétra au plus profond, pendant que la Harley, tout près de nous, semblait protéger nos ébats. Josh était un très bon amant, expérimenté, prudent : il guida ma main qui mettait en place le préservatif, il ralentit le rythme de ma bouche pendant que je suçais son sexe, il me retourna enfin, passa sa main entre mes fesses, introduisit un doigt dans mon anus pendant que, de l’autre, il jouait avec mon clitoris… Je jouis longuement, et cette fois-ci, les yeux grands ouverts : je voulais voir, pendant que le sexe de Josh me labourait, la moto qui se dessinait derrière lui, dressée contre les étoiles. Quand, à son tour, Josh déchargea, pendant que je le suçais, je ne voulus pas perdre une seule goutte de ce sperme de biker, qui m’avait donné tant de plaisir.


Je passai trois jours chez Josh. Pendant la journée, il m’apprenait à conduire l’engin. La nuit, toujours nus, nous partions à la plage et baisions comme des forcenés… Mais au bout de trois jours, je demandai à Josh de rentrer : d’abord, il fallait quand même que je change de tenue, même si j’avais été beaucoup plus souvent nue qu’habillée, entre ses bras… Et puis mon travail m’attendait.


Josh me fit alors une proposition surprenante : le week-end suivant, une célèbre concentration de Harley se tenait dans le pays du Forez, dans le Puy-de-Dôme, au village de Cunlhat. Il me proposait de l’y accompagner, mais à une seule condition : il fallait que je « joue le jeu », que je me transforme en compagne de biker.


J’avais été si comblée, pendant les trois jours de baise et de moto que je venais de vivre, que je reçus cette proposition comme une douche glacée. Je savais déjà que, dans cette histoire, Josh m’avait non pas asservie mais dominée. Je savais aussi que si je m’étais bien plus ouverte à lui qu’à aucun autre, c’était grâce aux sensations reçues de la Harley-Davidson que nous chevauchions. Mais sa proposition me renvoyait directement à la trahison de mon premier amour, dont je ne m’étais jamais complètement remise, malgré ma prudence et ma froideur sentimentale. Une compagne de biker doit s’habiller à peu près comme une pute, jupe au ras du bonbon et seins mis en avant pire qu’une figure de proue. Elle doit être très maquillée, rendre sa bouche pulpeuse grâce à d’épais rouge à lèvres, être clinquante et sexuellement marquée… Je devais donc, si je voulais suivre Josh, me transformer en la réplique de celle pour qui mon premier amour m’avait trompée. Je devais ressembler à ma rivale victorieuse…


Soudain, je me mis à détester Josh. Sa passion pour sa moto, qui lui permettait de me maintenir sous sa dépendance, devait être punie. Je repensai à tous ces hommes qui m’avaient fait jouir, mais que j’avais pourtant méprisés. Josh méritait-il mieux ? À part sa moto, qu’avait-il de plus que les autres ?


Le projet commença doucement à germer dans ma tête. En apparence, rien n’était changé : Josh venait me chercher pendant la journée, nous faisions les magasins de fringues pour préparer le week-end à Cunlhat, je me laissai transformer en poupée Barbie, simple accessoire de la moto…


Mais à l’intérieur, la haine grandissante que j’éprouvais pour les hommes qui trahissent les femmes ou leur demandent d’être de simples objets décoratifs me brûlait. Je « jouais le jeu », cependant, et demandais simplement en retour à apprendre de plus en plus à conduire la moto de Josh.


La veille du départ pour Cunlhat, je volai la Harley, ce qui, pour un motard comme Josh, équivalait au pire des crimes ! J’avais fait trop boire Josh, il était endormi, le sexe détendu entre les jambes, et encore luisant de la cyprine que j’avais répandue en jouissant sous lui : j’arrivai à pousser la moto suffisamment loin de la maison pour qu’en mettant le contact, le bruit ne le réveille pas…


Je laissai derrière moi la tenue sexy achetée pour la rencontre de Harley, et un simple mot : la traduction exacte du nom que je m’étais donné :


« Némésis »


J’étais enfin vengée.