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n° 14869Fiche technique32038 caractères32038
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Temps de lecture estimé : 24 mn
20/03/12
Résumé:  Entre réflexions sur l'art et réflexions sur l'amour, deux amants remettent à plat leur relation et leurs propres personnes.
Critères:  #théâtre fh hotel amour fmast hmast fdanus fsodo exercice -amouroman -regrets #collaboratif
Auteur : Shiva__ & Café-clope  (Texte co-écrit avec Café-clope)
Co-auteur : shiva__      Envoi mini-message
Co-auteur : café-clope      Envoi mini-message
Je pense souvent à mon ex, Anne

Claire : Jamais un homme ne m’a fait l’amour comme toi.


Paul : Comment ?


Claire : Comme Gustav Klimt.


Paul : C’est tout un art.


Claire : Mmmm… Sans doute. Han… oui… je veux bien te croire. Tu es… talentueux.


Paul : C’est parce que tu m’inspires, beauté. C’est à cela que se résume l’art de faire l’amour. Tu ne penses pas ?


Claire : Là, comme ça, je ne saurais te… diire… mais… c’est coloré (soupir)… harmonieux. Oui, mordille mes tétons. Mmmm… tes doigts…


Paul : J’adore les faire bander. Tout dépend de ce que tu entends par « art ».


Claire : Reste attentif tu veux. Ohhh…


Paul : Sorti de l’esthétisme, en considérant simplement le savoir-faire… Oh oui, ondule ton corps…


Claire : L’art est partout.


Paul : Tu crois ? Nous serions tous des artistes ?


Claire : Peut-être… chacun sa spécialité. Me faire l’amour en est une pour toi.


Paul : Donc, d’après toi, ce serait exceller dans un domaine ?


Claire : Nous avons tous des talents cachés… tes lèvres dans mon cou sont un délice.


Paul : Pour moi aussi. Ta peau est si douce… Je te dévorerais bien.


Claire : Pas de précipitation…


Paul : Ne t’inquiète pas, je vais te déguster ma belle. Avec précision…


Claire : Houuu… je sens effectivement que ton doigt se trouve précisément où il fffaut… Han… comme ça, oui. Mmmm…


Paul : Mais alors, quand on parle d’art culinaire ?


Claire : Tu as une idée ? Ça m’intéresse. Moi aussi j’ai faim.


Paul : Non, je ne te parlais pas de cela. Quoique… il y a de la sauce chocolat et des fraises au frigo.


Claire : Pas tout de suite, donne-moi un premier orgasme avant.


Paul : Promis. Mais qu’est-ce que je te disais ?


Claire : Ton doigt précisément positionné… Cooomme ça (sa main guide celle de Paul)


Paul : Oui ma chérie, sers-toi de mes doigt comme de l’un de tes jouets… J’en étais où ?


Claire : Au bord de mes lèvres, mon gourmet. Mmm… Me goû…ter. Han !


Paul : Oui, l’art qui nous entoure… Vivons-nous d’art ou bien est-ce la vie qui serait un art ?


Claire : L’art de vivre ?


Paul : C’est quoi selon toi ?


Claire : Vivre heureuse.


Paul : … ?


Claire : Ne t’arrête pas, s’il te plaît. Reste concentré sur ton œuvre.


Paul : Comment ça ?


Claire : Eh bien, glisse tes doigts, tourne-les, masturbe-moi. Tu veux que je te montre ?


Paul : Non, ça j’ai compris.


Claire : Vooiilàà… oh oui, continue, c’est bon !


Paul : J’aime tes petits cris, ton corps qui frémit, mes doigts plongés en toi, tes cuisses qui se resserrent, tes mains qui me retiennent.


Claire : Pfiouu… plaisir partagé. Obtenir ce que je désire me rend heureuse.


Paul : Tu veux dire : réaliser tes rêves ?


Claire : Je ne te parle pas d’espoir, mais de volonté. Par exemple, là, si tu voulais me montrer les étoiles avant de décrocher ma lune…


Paul : Oui, de la volonté. Tout est question de perception de l’esprit. Un moine bouddhiste prenait l’exemple de la graine, pour illustrer le secret du bonheur et de la réussite. Faire germer la graine dans son esprit et penser à partager sa production. Partager rendrait heureux et décuplerait nos richesses.


Claire : Tu vas trop loin là… Perception / persuasion… Tu es mon petit Prince. Quand tu m’emplis de ta semence, ça me procure un bien fou.


Paul : Et crois-tu qu’il faille être riche pour être heureux ? C’est à cela que se résumerait la vie ?


Claire : Il s’agit de richesse de l’âme, mon cœur. Reviens à ton art de me faire l’amour.


Paul : Et tu désires quoi ?


Claire : Maintenant, trembler entre tes bras.


Paul : En me plaçant comme ça… et en remontant par là… ?


Claire : Mmmm oui… tu es en bonne voie. C’est bon. Tourne aussi pour voir… Oh oui, comme ça, c’est parfait. J’ai chaud.


Paul : Oui, je sens que tu n’es pas loin de… Mais tes désirs… ?


Claire : Oui… ? Attends, je vais te montrer autrement (elle se redresse à genoux, cuisses écartées fesses tendues vers Paul.). Et comme ça, ça t’inspire ?


Paul : Oh oui, mon antilope, tu es ma muse.


Claire : Alors, amuse-toi mon petit philosophe. Viens me branler…


Paul : Mmmm… ton corps tout à moi…


Claire : Oh ouiii… Trembler dans l’étreinte de nos corps.


Paul : Sauvage !


Claire : Oui, continue comme ça… « Empreinte-moi ». Tu vois, au contact de la chair, c’est comme si tu faisais de l’art brut.


Paul : Ce mot est laid, il me fait penser à des parpaings, alors que tu es si…


Claire : Je ne suis pas en porcelaine, mon chéri. Soit plus ardent, plus précis, p… plus fff…fo…ooort ! Han !


Paul : Tu trembles…


Claire : Mmmm…. De sentir tes doigts en moi, oui… Oh, mon dieu, c’est bon ! (elle prend appui sur ses bras) Ne t’arrête surtout pas !


Paul (faisant tourner son pouce sur l’anus de Claire) : Et comme ça ?


Claire : Oh c’est… Mmm… Fff… Fantastique !


Paul : En te voyant réagir comme ça, j’ai l’impression de… de jouer avec ta chair, comme avec de l’argile.


Claire : C… est ça, c’est ex…ac…tem’… Mmm… ouch… Woouuuuh… tu sais y faire ! Exactement ça… façonne ton désir de moi.


Paul : Je crois que je vois. Tu es magnifique, comme ça, ma chérie.


Claire : Frotte un peu plus fort, mon bel artiste. Comme si…


Paul : … comme si ?


Claire (le souffle presque coupé) : Comme si tu voulais… rentreeeer… Ouffff… par derrière…


Paul : Détends-toi…


Claire : Je te sens presque en moi… ça vient…


Paul : Et si…


Claire : T… tu p… parles trop… cont…emmmm…ple… ton…œuvre ! Aaaaaaaaaaah ouiiiiiiiiiiii !


(Elle jouit bruyamment, et se laisse tomber à plat ventre.)


Paul : Alors ?


Claire : … ?


Paul : Heureuse ?


Claire : Tu vois mon chéri, ce sont des moments comme cet instant précis qui me ramènent à la réalité.


Paul : … ??? Développe…


Claire : Cela me rappelle simplement que mon « art de vivre » à moi ne se résume pas à un orgasme avec toi.


Paul : Que veux-tu dire ?


Claire : MON orgasme, c’est bel et bien une création. TA création, mon chéri. Les flagorneries ne sont pas d’à-propos.


Paul : Mais, … tu en as bien profité.


Claire : Sans doute. Mais l’art ne s’arrête pas à cela. L’artiste, le vrai, a toujours un sentiment d’inachevé, même sur la plus parfaite de ses œuvres. En travaillant la matière, tu as créé quelque chose, quelque chose qui n’était pas là tout à l’heure. Quelque chose de beau, mais n’en fais pas trop quand même.


Paul : C’est aussi beau qu’éphémère…


Claire : Pas tant que ça, regarde : mes jambes tremblent encore.


Paul : Oui, mais après ?


Claire : Après, il pourra y avoir d’autres œuvres qui seront exposées dans une galerie de souvenirs. Les nôtres.


Paul (sceptique) : Ah oui, peut-être…



*****




(Claire s’est redressée, appuyée contre la tête de lit, ses jambes ramenées en tailleur.)


Claire : Passe-moi la bouteille de San Pe’, s’il-te-plaît.


(Elle boit une longue gorgée d’eau, assoiffée, l’eau déborde et ruisselle de ses commissures pour se perdre sur ses seins.).



Claire : Qu’est-ce que tu regardes ?


Paul : D’après toi ?


Claire : Tu sais que je n’aime pas ça.


Paul : Quoi donc ?


Claire : Que tu me fixes avec ces yeux.


Paul : Je te contemple.


Claire : …


Paul : Tu m’offres un tel spectacle : ta vulve béante… suintante… étincelante…, c’est magnifique.


(Sa main caresse la cheville de Claire pour remonter lentement à l’intérieur de sa cuisse.)


Claire : C’est désobligeant, inconvenant.


Paul : Tu fais trop de manières… En même temps, ta pause n’a rien de très élégant. Comme quoi, c’est beau aussi la vulgarité.


Claire : La beauté, ça ne veut rien dire, c’est subjectif.


Paul : Tu trouves ?


(Paul prenant des allures de fauve, lui croque tendrement le cou, l’épaule, tandis que Claire est toute à sa réflexion.)


Claire : Bien sûr, question d’éducation.


Paul : Les goûts et les couleurs…


Claire : Exactement !


Paul : Ta manie de tout intellectualiser… Et si tu me parlais de la suite de l’expo ?


Claire : Tu ne penses qu’à ça.


Paul : Avec toi, toujours. Ne pas y penser serait un péché. Tu es née pour cela. Tu pourrais t’appeler Vénus ou Aphrodite que ça ne m’étonnerait pas.


Claire : Une rétrospective de la vie de Klimt, avec beaucoup d’œuvres de sa période aux feuilles d’or.


Paul : Je ne te parlais pas de celle-ci.


Claire : Évidemment !


(La main de Paul a entrepris de se glisser et fouiller dans l’entrejambe de Claire, sa langue lèche les gouttes d’eau suspendues et retenues par les bouts de ses seins et en caresse les aréoles avant de les gober.)


Claire (agrippant la chevelure épaisse de Paul, collant son bassin au sien) : Être sérieux ne doit pas faire partie de ton vocabulaire.


Paul : Oui, c’est vrai, j’ai besoin d’une maîtresse qui m’apprenne…


Claire : Je capitule.


Paul : Non pas si vite, c’est trop facile. Je t’aime quand tu es revêche et indomptable. Bouder n’a rien d’excitant. Écoute ton corps, comme il reçoit mes doigts, ma main…, et comme il voudrait ma…


Claire : M…mmm… Je suis tout ouïe. Mmmmm… Viiennns…


Paul : Oui appelle-moi, avec tes souffles, tes gémissements, tes frémissements. Quand tu te bats avec ton corps qui dit oui et tes pensées qui disent non…


Claire : Mmm… sssss… Ce n’est plus de l’art dans ce cas-là.


Paul : Détrompe-toi, réussir à convaincre et persuader, c’est une forme d’art.


Claire : La… hhh… manipulation peut être vue comme une qualité, à la rigueur ; une manière de faire. Mais ça n’a rien d’artistique.


Paul : À cet instant précis, te manipuler pour mieux te maîtriser me sied parfaitement. Je n’ai pas honte. Ou alors, qu’est-ce que c’est bon… ! Tu ne trouves pas ?


Claire : Marionnettiste serait un autre de tes talents ?


Paul : Oui, et je pense même à une petite mise en scène improvisée.


Claire : De quel genre ?


Paul : Nous sommes des bêtes.


Claire : … ?! Pas très original. Et puis, c’est si réducteur.


Paul : Quand je te vois tantôt câline, tantôt féline, je ne suis plus moi-même.


Claire : Tu es mon petit Lion.


Paul : C’est tout ?


Claire : C’est déjà beaucoup. Tu as un petit quelque chose de souverain. Han !


Paul : C’est trop d’honneur, ma gazelle…


Claire : Tu veux manger, ou bien t’accoupler ?


Paul : Va savoir. Je me sens l’âme zoophile…


(Il se serre de plus en plus contre Claire, lui caressant l’intérieur des cuisses.)


Claire : N’importe quoi…


(Elle se cambre, plaquant ses fesses contre le bassin de Paul.)


Paul : On dirait pourtant que l’idée te plaît… Tu sais que, comme ça, je pourrais te faire à peu près tout ce dont j’ai envie ?


Claire (frottant, impudique, ses fesses contre le sexe de Paul) : Remarque purement rhétorique. J’adore te sentir là, conquérant. Sur le point de forcer les portes du palais…


Paul : Sur le point, mais rien n’est encore fait.


Claire : Il ne tient qu’à toi de prendre d’assaut la forteresse.


Paul : Allons bon, nous voilà dans le registre martial, maintenant.


Claire : Pourquoi pas ? Les Chinois considèrent la guerre comme un art, aussi.


Paul : Un art pour le moins transgressif, alors.


(Il couvre de baisers la nuque de Claire, puis commence à descendre le long de l’épine dorsale.)


Claire : Qu’est-ce que tu as derrière la tête, vilain ?


Paul : Plein de choses très vilaines. (Ses lèvres s’attardent sur le sacrum.) Mais c’est encore une question rhétorique, n’est-ce pas ?


Claire : Mise en scène du désir, rien d’autre. Séduction et préliminaires ne sont qu’une mascarade.


Paul (avant que sa bouche ne se perde entre les fesses de son amante) : Tu y vas fort. Mon désir n’est pas feint.


Claire : Mais toute la partie somatique l’est. Un rituel d’adoration. Ou une pièce de théâtre. OUH ! C’est un peu comme si… oui, doucement… comme si la ferveur des fidèles était… comment dire ? Attisée par l’indifférence de la déesse, tu vois ?


(Elle promène distraitement ses doigts sur son clitoris.)


Paul (s’interrompant brièvement) : Ou une rock star.


Claire : Si tu veux. C’est la mécanique de la religion, de la séduction, du désir. (Sa main s’active plus vigoureusement.) L’impénétrabilité du chef, de la femme, de l’œuvre, tout ça… oh mon dieu, tu sais bien t’y prendre ! Tout ça concourt à attiser le désir, en titillant l’ego. Comme j’ai pu le faire… Oufff… avec toi, en me frottant contre toi tout en…


Paul : Oui ?


Claire : Tout en faisant… oui, comme ça… semblant de ne rien savoir de tes… intentioooons.


Paul : Sans pour autant me repousser, si je suis bien.


Claire (lui appuyant sur la tête) : T’arrête pas, t’arrête pas ! Ne t’arrête surtout… paaaaas… (Le mouvement de sa main se fait frénétique.) Tu vois, savoir quand s’arrêter… oufff… ou pas, c’est aussi de l’art. Un art, en tout cas… Oh là là, qu’est-ce que tu me fais ! Je vais…


Paul (glissant un doigt dans l’anus lubrifié de Claire) : Non, pas tout de suite. J’ai besoin que tu te tiennes un peu tranquille un instant… J’entre dans une phase critique de mon ouvrage !


Claire : Comme tu veux, mon chéri. Tu fais ça si bien… Mmmmmh… Parfois, je me demande si je ne pourrais pas partir au septième ciel, comme ça…


(Elle recommence à se caresser, mais il l’en empêche.)


Paul : Ta main… Dis-moi, à quoi crois-tu que nous ressemblons, là, maintenant ? Un nom, un titre ?


Claire : Rien de si transgressif, finalement. Rops, peut-être ? (il introduit un second doigt et entame un lent mouvement) Pourtant, tu te montres si tendre… (elle soupire d’aise) Je pense…


Paul (malicieux) : Je t’écoute…


Claire : Je pense aux… aux… Nymphéaaas… Ouh comme c’est bon !


(Tout doucement, il se repositionne, son sexe à nouveau à hauteur des fesses de Claire.)


Paul : Ferme les yeux… Tu vois les Nymphéas ?


Claire : Oui, mais…


Paul : Laisse-toi-faire. Peins ta propre toile sur la face intérieure de tes paupières.


(Avec mille précautions, il retire ses doigts, et appuie son gland contre l’anus de son amante.)


Claire : Je vois, oui… (il lui glisse une main entre les cuisses, et commence à la caresser tout en la pénétrant doucement) HAN ! Doucement, doucement, tu…


Paul : Cette fois-ci, c’est toi l’artiste, je ne suis que ton outil.


Claire : Je te sens… me remplir…


Paul : Laisse-toi aller. L’art est spontané, aussi…


Claire (haletante) : Ce n’est pas pour autant… ouiiiiiiiiiiiii mon chéri ! Ce n’est pas n’importe… quoi… non plus !


Paul : Qui prétend que ça l’est ? (il accélère un peu les mouvements de son bassin et de sa main)


Claire : Pas moi… Enfonce-toi tout entier, je me sens… prête… Oh, oui ! Comme ça, toujours… en douceur !


Paul : Et que vois-tu, là ? Toujours les Nymphéas ?


Claire (se mordant la lèvre) : Difficile à dire… Je vais… Mmmm… Ouaaahhhhh… Ça ressemble plus à la Nuit Fleurie de Kim Bokja. Mmmmmm… ououuuuiiii…


Paul (attendri) : Tu es encore plus belle, quand tu prends du plaisir… Tu t’en rends compte ?


Claire : Tu dis ça pour me… Ouuuuuuuuuuuh ! Viens, je veux que… prennes… ton pied en moi… Je veux te sentir… comme j’aime… palpitant…


Paul (accélérant encore le mouvement de sa main, devenue glissante) : Jouir… de concert ? Un concept plaisant…


Claire : Chéri, je… ouiiiiiiiIIIIIIIIII ! (elle tambourine sur le matelas.)


Paul : Aarrrrrrhh ! C’est…


(Ils continuent un instant leurs mouvements, incapables de parler, puis se laissent retomber sur le flanc.)


Paul : Alors, les Nymphéas ?


Claire : Tu sais, j’avais la tête qui tournait, ça faisait comme des petites étoiles.


Paul (amusé) : Peins ça sur une toile, et ce sera une œuvre à part entière. À fortiori si tu l’intitules « Mon Orgasme » !


Claire : Un vague ersatz, au mieux.


Paul : Tu es dure, j’aurais dit un écho.


Claire : Tu m’as comprise, non ? Ce n’est qu’une représentation. Mais, là, ce que tu viens de me donner, c’est indicible, tu vois ? Plastiquement, verbalement… On ne pourrait pas non plus le mettre en musique !


Paul : Et pourquoi pas ?


Claire (lascive) : … C’est une idée. Exploiter nos sons, nos mots, nos souffles, nos sensations et les accorder ; les harmoniser, les orchestrer… Un air de … ?


Paul : Une mélodie…


Claire (ailleurs, les yeux dans le vague) : Oui. Tu sais, une œuvre peut être parfaite techniquement parlant, mais ne rien dégager.


Paul : Que veux-tu dire ?


Claire : Il faut d’autres ingrédients, comme la passion, pour émouvoir. La perfection sans vie, c’est hermétique, comme l’art contemporain ou ces lofts épurés par leurs grands volumes, leurs lignes droites et leurs couleurs sobres et froides.


Paul : Quel rapport avec nous ?


Claire : Nous, nous baisons.


Paul : Et tu aimes.


Claire : J’aime ton savoir-faire et ta technique.


Paul : Ça ne te suffit pas ?


Claire : L’amour et la passion sont comme les contrastes d’une œuvre. Ils donnent du relief et de la profondeur à la toile ; la rendent vivante, comme les accords d’une partition, comme…


Paul (sur la défensive, il interrompt l’engouement de Claire) : Tu doutes de mon amour pour toi ?


Claire : Je suis convaincue de ton amour de moi.


Paul : … ?… J’aime te caresser, j’aime te goûter, j’aime t’entendre et te voir jouir, j’…


Claire : Mais tu ne m’aimes pas.


Paul : Toi non plus, tu ne m’aimes pas.


Claire : C’est important pour toi ?


Paul : …


Claire : Tu vois, tu ne sais pas.


Paul : Je ne te suis plus.


Claire : Rassure-toi, cette réponse me suffit. Elle est parfaitement claire. Tu penses qu’il suffit de baiser pour être amoureux. C’est une illusion. Ce serait trop simple.


Paul : …


Claire (d’un air condescendant et ironique) : Allons…, je t’ai perturbé ? Ce n’est pas grave voyons. TU es un amateur, mais un parfait amateur. Ça ne doit pas t’empêcher de bander et de me désirer.


(Claire prend délicatement les bourses de son amant entre ses mains et les masse avant de les gober et de lécher et masturber le sexe gisant de Paul, pour donner un regain de vie.)


Paul : Ton discours…


Claire : Chuuuuut… Détends-toi et laisse-moi faire.


Paul : Non, c’est trop facile.


Claire : …


Paul : Toi qui fais preuve de tant d’exigences et intransigeances, que mets-tu derrière le mot « Aimer » ?


Claire (elle soupire, se tourne exaspérée et roule sur le côté.) : Que pourrais-je dire de plus que les poètes et grands penseurs n’ont déjà dit ?


Paul : Ton avis personnel. Rien d’autre.


Claire : Avec Amour, il y a essence et pas apparence ;

Il y a magie et pas routine ;

Il y a spontanéité et pas contrainte ;

Il y a confiance et pas de trahison ;

Il y a sérénité et aucune crainte ;

Il y a unique et pas multiple ;

Il y a épanoui et pas tristesse ;

Il y a liberté et pas prison ;

Il y a espace mais pas de temps ;

Il y a ressenti et pas de mots.


Paul : Je parle trop ?


Claire : …


Paul : Si je te demandais de vivre avec moi ?


Claire : Ce n’est pas nécessaire.


Paul : Pourquoi ? Si je t’aimais ?


Claire : Tu as dit « SI ». Et puis, l’amour, c’est accepter et respecter l’autre tel qu’il est. Ce n’est pas forcément « vivre » avec l’autre. Le schéma du couple « parfait », qui vit sous le même toit et construit une famille n’est pas fondamental pour afficher et vivre son amour, surtout si chacun a besoin de préserver sa liberté pour se sentir bien. C’est une invention de l’Homme. C’est cette invention du schéma social qui crée tant de dilemmes, de mensonges, de vrais « faux-couples ».


Paul : Tu t’emportes.


Claire : Tu voulais savoir… Si je t’aimais, peu m’importerait de t’avoir à mes côtés ou pas. Je n’en souffrirais pas en sachant que tu es là et parce que je me nourrirais du souvenir des moments partagés en attendant les prochains. Je ne poserais pas la question de savoir du quand, ni du comment, parce que je saurais qu’ils seront.


Paul : Et tu penses que c’est pour cela que je ne t’aime pas.


Claire : Je pense que tu n’as pas confiance en toi et que tu t’accroches à une illusion de l’Amour, pour des raisons que tu ignores. Je crois que tu es sincère dans ce que tu me dis, mais je ne crois pas que tu le ressentes. C’est souvent le problème des gens en pleine errance avec eux-mêmes, qui s’accrochent à une rencontre qui les fascine en pensant que c’est l’Amour, alors que c’est une simple amitié.


(Un temps.)



*****




Paul (prêt à se relever, perplexe) : Je vais prendre une douche… (se ravisant) Pourquoi intellectualiser à ce point ? Tu ne sais donc pas vivre les choses simplement ?


Claire : Je peux te retourner la question. De ton côté, tu ne sembles pas capable d’apprécier à sa juste valeur ce qui nous unit.


Paul : Et de quoi s’agit-il ? Qu’est-ce qui, selon toi, nous « unit » ?


Claire : Le désir. La passion, la communion des chairs. Rien de plus, mais c’est déjà beaucoup. Te rends-tu compte de ce que nous avons vécu ? Peu de personnes connaîtront un jour ce qui fait ce « nous ».


Paul : Je me demande sincèrement si je peux me contenter de ça.


Claire : Tu en voudrais plus ? Aller plus loin ? Tu voudrais expérimenter des trucs limites ?


Paul (dans un soupir) : Tu sais ce que je veux dire. Ce… plaisir, cette montée de sève, ça ne peut pas être un horizon indépassable !


Claire : Et, dans l’absolu, ça ne l’est pas ! Mais, en l’occurrence, c’est tout ce que j’échange avec toi. Je prends de toi et te donne du plaisir.


Paul : La plus littérale illustration du terme « commerce charnel »…


Claire : Commerce… Ne dramatise pas, c’est un échange. Comme te prêter mon briquet quand tu as oublié le tien, avant que tu ne le fasses pour moi en retour. Combien de fois l’avons-nous fait ?


Paul : Un nombre incalculable de fois. Mais ce n’est que du tabagisme. Le sexe est un peu plus important, impliquant.


Claire : Pour toi, peut-être. Mais pas forcément pour tout le monde, le sexe, pour moi, n’est rien d’autre que le sexe. Crois-tu que je suis tombée amoureuse de tous les hommes avec qui j’ai couché ?


Paul : Bien sûr que non. Mais nous, ça fait combien ? Trois ans ?


Claire : C’est ça. Trois ans de liaison torride. Enfin, pour moi. Et puis quoi ? Ne me dis pas que j’étais la seule… Je commence à croire que je me suis trompée sur ton compte.


Paul : Trompée ? Comment ?


Claire : Je pensais que tu prendrais les choses avec la même légèreté que moi. J’en avais sincèrement l’impression, tu sais. Tu semblais si sûr de toi, si décomplexé. C’est aussi pour ça que je me suis toujours sentie si bien dans tes bras : rien ne semblait grave, dramatique.


Paul : Bien sûr. C’est aussi ça, la séduction : une mascarade dont personne n’est dupe. Je croyais que tu m’avais démasqué dès le début.


Claire : À d’autres. Nos premiers instants n’ont été que le reflet de l’alchimie de nos désirs mutuels, et tu le sais parfaitement. Ne réécris pas l’Histoire.


Paul : …


Claire : Tu te rappelles, cet hôtel à Vendôme ? Nous ne sortions que pour manger un morceau et reprendre des forces pendant que la dame de ménage s’occupait de la chambre. Est-ce ça, pour toi, l’amour ?


Paul : C’est un début.


Claire : Ou une fin. Comme ces films, ayant parfois cinq, six suites. Aucune d’elles ne vaut l’original, aucune ne se justifie. Pire, en rallongeant la sauce, elles affadissent le premier, le seul qui aurait dû exister. En toute amitié, tu es un amant adorable, mais je ne suis pas amoureuse de l’homme que tu es ; inconnu pour moi et qu’il m’importe peu de connaître autrement. C’est si pathétique.


Paul : Pourtant, je t’…


Claire (l’interrompant) : Je sais ce que tu vas dire. Abstiens-toi, s’il te plaît. D’abord pour toi. C’est naturel, de confondre. À tout le moins à un certain âge. J’ai fait les mêmes erreurs, et pleuré des océans, il fut un temps. Mais c’est aimer un fantasme. Rien d’autre. Comment peux-tu prétendre m’aimer ? Tu me connais si peu…


Paul : Je connais pourtant chaque centimètre carré de ta peau…


Claire : Et alors ? De toi, je peux dire la même chose. À force de corps à corps, je connais chaque nuance de goût et d’odeur de toute ta personne. Mais je ne t’ai jamais vu téléphoner à ta mère, tu ne m’as jamais vue pleurer. Je n’ai jamais rencontré ton meilleur ami, et tu ignores jusqu’au nom du mien. Tu aimes cette inconnue ? Qu’as-tu bien pu inventer, pour en tomber amoureux ?


Paul : Inventer ? Non, ce n’est pas ça…


Claire : Pourtant, je t’assure que si. Tu inventes, tu brodes. Tu te mens. Je reste persuadée qu’au fond de toi, tu sais ce qu’il en est entre nous.


Paul : Facile à dire, pour toi… tout n’est pas si clair. Comment ai-je pu me tromper à ce point ? Tu as un cœur de pierre et tu ne crois pas au coup de foudre…


Claire : Que veux-tu ? La faute à la lâcheté des hommes… À ton cœur tendre, je préfère ton sexe d’acier et ta douceur charnelle. Tu m’as voulue à l’image de ton idéal romantique. Ta barbe de trois jours ne trompe personne. Tu n’es pas un baroudeur, pas un Casanova. Tu as le cœur trop fragile pour ça.


Paul : Pourtant, je te prie de croire que j’encaisse. Je suis assez grand pour dépasser tout ça. Pour me dépasser moi-même.


Claire : Fort bien. Alors… (elle se repositionne entre les jambes de Paul, face à lui.)


Paul : Tu me fais peur, là.


Claire : Il n’y a pas de raison. Mets-toi à l’aise, et masturbe-toi pour moi, s’il-te-plaît.


(Hésitant, il s’allonge face à elle ; l’idée d’un jeu un peu pervers redonne à sa verge un peu du volume et de la rigidité perdus.)


Paul : Comment je m’installe ? Comme ça ?


Claire : Comme tu le sens. Comme tu aimes le faire quand tu es tout seul. À quoi est-ce que tu penses, dans ces moments-là ? À quoi, à qui ?


Paul : Je dois te l’avouer, pas tout le temps à toi.


Claire : Je m’en doute. Je ne pense pas non plus à toi à chaque fois. Alors ?


Paul : Je pense souvent à mon ex, Anne. À ce que nous avons fait, ce que je rêvais de faire et qui ne s’est jamais fait…


(Il se masturbe lentement et distraitement, pendant qu’elle parcourt du regard l’ensemble de son corps.)


Claire : C’est pour cela qu’elle était cocue… Écarte un peu plus les jambes. Voilà, comme ça, c’est bien. Alors, qu’aurais-tu aimé lui faire, à cette pauvre malheureuse ?


Paul : Elle disait souvent qu’elle aimait être dominée, rudoyée…


Claire (s’agaçant les tétons du bout des doigts) : Dis-m’en plus. Fellation forcée, poses humiliantes ?


Paul : Pas seulement. Elle me disait qu’elle aimait se faire traiter de pute, de salope, des choses comme ça. J’avais envie de le faire, pourtant, je n’ai jamais osé…


Claire : Tu l’aimais trop, sans doute, d’une certaine manière… ou alors la culpabilité de tes maîtresses à répétition. Maintenant, je suis sûre que tu serais prêt. Tu ne crois pas ?


Paul : Sans doute… (Son sexe a repris son envergure initiale.)


Claire : Vas-y, étire-la doucement. Ferme les yeux, et pense à elle. Comme tu es beau, ainsi ! Beau, et excitant ! (Elle glisse sa main entre ses cuisses à la recherche de son humidité) Si tu savais…


Paul : Oh, je me doute ! Mais raconte-moi quand même…


Claire : Mes lèvres sont entrouvertes, soyeuses et gonflées… Encore cette chaleur dans le ventre, jusque dans les reins….


Paul : Anne me racontait parfois comment elle était, ce qu’elle ressentait…


Claire : Et ça t’excitait, mon bel amant… Quoi d’autre ? Invoques-tu d’autres ex ? Des femmes que tu n’as pas eues ? Des hommes, peut-être ?


Paul : Un peu… oufffff… de tout ça. (Les mouvements de sa main sur sa verge s’accélèrent.)


Claire : Même des hommes ? Tu me surprends ! Allez, qui ?


Paul : Pas un homme en particulier… Juste…


Claire : … pour l’expérience ?


(Sa poitrine se soulève de manière saccadée, et ses yeux sont à demi-clos.)


Paul : C’est… ça… avoir…


Claire (une main s’agitant entre ses cuisses) : Avoir le sexe d’un autre dans la bouche, et lui donner du plaisir ? Comme j’aime à t’en donner ?


Paul : Oui, j’aimerais connaître… ça…


(Claire s’installe à califourchon sur la jambe de Paul et imprime à son bassin un lent mouvement de va-et-vient.)


Claire : Ce sentiment de puissance, lorsque tu fais ruisseler son sperme dans ta bouche… eucharistie païenne…


Paul : Ça doit être bon…


Claire : Meilleur que ce que tu peux imaginer. Caresse-toi les bourses et le périnée. On dirait que tu fais ça pour la première fois. Doucement, tout doucement…


Paul : Et toi ? Tu…


Claire : Oui, je…


(La main de Paul s’active de plus en plus vite sur sa verge.)


Paul : Anne, je t’en prie…


Claire : Oui ?


Paul : Prends-moi dans ta bouche ! S’il-te-plaît… c’est trop…


(Claire approche son visage du sexe de Paul, la bouche entrouverte.)


Claire : Est-ce que tu le mérites ?


Paul : …


Claire : Comment faisait Anne ? Elle prenait ton gland entre ses lèvres ? Et puis ? Elle pressait un peu, comme avec un fruit à jus mur à point ?


Paul : Je ne sais… pas… je vais…


(Les mouvements du bassin de Claire s’accélèrent.)


Claire : Tu vas… quoi ? Oooooh, coquin…


Paul : Je sens… Oh mon Dieu…


Claire (guidant l’autre main de Paul) : Glisse ton doigt, là… Tu verras comme c’est bon…


(Paul s’exécute ; le temps s’arrête, et leurs mots sont remplacés par leurs respirations saccadées et de discrets clapotis. Leur plaisir explose comme un coup de tonnerre, et Claire se laisse tomber sur le lit.)


Claire : Tu m’as appelée Anne…


Paul : Possible…


Claire : Combien de fois as-tu pensé à elle, depuis que nous sommes « ensemble » ?


Paul : Tu fais ta jalouse, maintenant ?


Claire : Non. Mais… on dirait que tu n’arrives pas à tourner la page.


Paul : Ça n’a rien de facile. Elle revient, parfois.


Claire : Elle revient ? Ou tu l’invoques par culpabilité inconsciente ?


Paul : Est-ce que ça ne revient pas au même ?


Claire : Oui et non. Oui, car, dans les deux cas, « nous », c’est a priori pour toi rien d’autre qu’un emplâtre. Un antidouleur pour lutter contre cette plaie vive qu’Anne a pu te laisser, en décidant de te quitter, parce que tu étais trop faible pour le faire toi-même. Préférant fuir et trouver en tes maîtresses un placebo. Et je serais alors, à mon tour, un dérivatif de plus pour penser à autre chose, regarder ailleurs. Non, car, si tu l’invoques, ça signifie que tu te complais dans ce manque.


Paul : Tu ne crois pas que tu vas trop loin ?


Claire : Pourquoi ? C’est si confortable, de s’installer durablement dans l’échec. En regrettant le passé, tu t’autorises à dénigrer le présent, le seul réel qui te soit offert. Tu peux tout à loisir refuser tout bonheur qui ne correspond pas à ton idéal.

Paul : Qu’en sais-tu, de mon idéal ?


Claire : Oh, il est facile à deviner. Pavillon, voiture familiale. Un enfant. Deux, peut-être ? Allez, une fille et un garçon ! La terrasse, le jardin. Tu es trop sophistiqué pour m’infliger le barbecue. Mais pas forcément assez pour m’épargner le labrador qui court à en perdre haleine. Et une musique romantique au synthétiseur comme bande originale. Genre « Chi Mai » d’Ennio Morricone… En voilà une idée de mélodie ! Plutôt « mélo » d’ailleurs…


Paul : Comment… ?


Claire : Comment je le sais ? Ouvre les yeux : vous êtes si nombreux à caresser le même rêve… Un rêve à six pour cent d’intérêts sur vingt ans. Un rêve préfabriqué.


Paul : Est-il mauvais pour autant ?


Claire : S’il est choisi, non. Mais dans ton cas, peut-on dire que tu l’as choisi ? Toi, tout ce que tu veux, c’est être « tranquille ».


Paul : Tu deviens vexante…


Claire : Pose-toi la question : depuis quand as-tu ce rêve ?


Paul : Je ne sais plus. L’adolescence, mes dix-sept, dix-huit ans, quelque chose comme ça.


Claire : Et, à cet âge-là, alors que tu étais peut-être encore vierge, tu as adhéré à ça, sans réfléchir. Les spots publicitaires après le journal de vingt heures se sont substitués à tes goûts, ta personnalité. Tu traînes ce rêve comme un boulet. Il t’empêche de vivre au présent, de voir ce qu’il y a juste sous ton nez. Tu fuis en avant.


Paul : Ça va, je crois que j’ai compris que ce n’était pas ton rêve. Pour autant, crois-tu vraiment pouvoir dire que je n’y serai pas heureux ?


Claire : Tu t’y croiras heureux, après t’être accablé de dépenses pharaoniques, en table basse, cuisine aménagée en pin massif et télé haute définition que tu ne regarderas que d’un œil distrait. Tu te réfugieras derrière ces dépenses comme un conquistador ayant brûlé derrière lui sa caravelle, pour ne pas rebrousser chemin. Tu t’acharneras à croire à cette vie grâce à ton couple, et à ton couple grâce à cette vie, comme un Di Caprio dans « Les Noces Rebelles ». Mais, pour combien de temps ?


(Silence mortuaire.)


Paul : Ce soir, c’était donc un adieu ?


Claire : Pas forcément. À toi d’en faire ce que tu veux.


Paul : Tu me demandes de choisir, alors. Choisir entre ce que tu me proposes, mais pas plus, et poursuivre mon rêve, quitte à ce que ça ne soit pas à tes côtés ?


Claire : C’est ça.


(Nouveau silence, encore plus pesant et long. Chacun évite soigneusement de croiser le regard de l’autre. Finalement, Paul se lève.)


Paul : Je crois que je vais y aller tout de suite. J’ai besoin… enfin, je crois que tu vois.


(Il se rhabille.)


Claire : Je comprends. Je n’ai pas voulu te faire du mal.


Paul : Je crois que je le sais. Mais, vois-tu, j’ai besoin de temps, pour avaler tout ça. (sa voix tremble.) Je ne pensais pas que cette soirée se passerait ainsi. Je ne pensais pas que je découvrirais tout ça, ces sentiments, ce malentendu…


Claire : Moi non plus. Je voulais juste passer un moment agréable avec toi, comme tous les autres l’ont été à tes côtés.


(Il se penche vers elle pour l’embrasser, puis se ravise.)


Paul : Dors bien.


(Il sort.)