| n° 14735 | Fiche technique | 21611 caractères | 21611 3425 Temps de lecture estimé : 14 mn |
01/01/12 |
Résumé: La vie érotico-politique d'un village de la France profonde en 2036. | ||||
Critères: #sciencefiction f fh campagne voir fmast | ||||
| Auteur : Domi Dupon (Homme encore du bon côté de la soixantaine (le temps passe)) Envoi mini-message | ||||
| DEBUT de la série | Série : Chroniques de Nordec Chapitre 01 / 04 | Épisode suivant |
Mercredi 3 septembre 2036 : Mise en perspective
Un pâle soleil éclairait le coteau d’une lumière douce. En ce début septembre 2036, les températures avaient déjà beaucoup baissé. Bien que l’été n’ait pas été très chaud, il n’avait pas plu depuis le début du mois de juillet. Malgré ce manque de chaleur, la vigne profitant de la sécheresse donnerait sans doute une vendange de qualité. La première depuis plusieurs années.
En cette fin de matinée et à quelques jours de la récolte, les vignerons dégageaient leurs treilles. Devant le prix exorbitant des carburants et la difficulté à se fournir en pièces détachées, ils économisaient leur matériel et retrouvaient peu à peu les gestes de leurs ancêtres. Une grande jeune femme, carrure d’athlète, longs cheveux blonds retenus par un chouchou, apparut. Vêtue d’un jogging rouge et d’un t-shirt qui moulait son torse sculptural, elle gravissait alertement, dans une course régulière, le dernier lacet du chemin de terre qui l’amènerait au point culminant du vignoble.
Marlène Crochet, au prix d’un ultime effort, atteignit le grangeon qui marquait la fin de la route. Plus haut, à l’époque de la mécanisation à outrance, les parcelles trop accidentées avaient été laissées en jachères. En trois décennies, la nature avait repris ses droits ; arbustes et ronces fermaient le paysage. Seuls d’étroits sentiers mal entretenus, uniquement utilisés par les chasseurs permettaient l’accès aux crêtes. La jeune femme ne s’y serait pas aventurée seule.
Lors de son jogging quotidien, elle s’arrêtait souvent, au terme de cette montée, à l’ombre de ce cabanon avant d’attaquer la descente sur le village. Elle s’assit sur un rocher, enfila sa veste de survêt. Le vignoble, aux feuilles rougissantes à l’approche de l’automne, s’étendait à ses pieds. Une multitude de chemins serpentait entre les parcelles cultivées. Elle contempla quelques instants les silhouettes qui s’agitaient en dessous d’elle. Son regard plongea sur sa droite : l’embranchement. Même pas un carrefour. De la nationale qui menait à la Suisse s’extirpait, brouillonne, une petite route au revêtement fantaisiste, unique accès routier à Nordec. Elle longeait sur plus d’un kilomètre la rivière Norev avant de s’engouffrer dans le village.
Celui-ci, sur la gauche de Marlène, se nichait au fond de la vallée, protégé par les flancs de la montagne. Les maisons accolées les unes aux autres, pour économiser la place, occupaient tout l’espace disponible. Leurs ouvertures donnaient d’un côté sur des rues étroites, de l’autre sur de minuscules jardins ou sur la Norev, là où elle traversait le village. Les panneaux solaires qui recouvraient, depuis peu, les toits pentus défiguraient, un tant soit peu, le paysage. Au centre du village, la place : la mairie et l’école faisaient face à un commerce de détail et au café, baptisé pompeusement l’Auberge du Luiset. D’où elle se trouvait, elle pouvait voir quelques consommateurs attablés en terrasse. L’heure de l’apéritif approchait.
Cette vision, pourtant enchanteresse et paisible, la déprima. Elle lui renvoyait la précarité de sa situation, sa « misérabilité » aussi.
Comment, avec ses dix ans d’études, elle se retrouvait, à 35 ans, au chomdu, à squatter chez sa mère-grand. Facile : ingénieur chimiste, engagée dès sa sortie de l’université par un grand groupe international, elle s’était fait virer trois mois auparavant. Conséquence immédiate, on lui avait demandé de quitter l’appartement dans la résidence sécurisée appartenant à la multinationale.
Dommage collatéral, son petit ami (160 cm, 62 kg) en avait profité pour la larguer. Il avait assuré comme homme au foyer durant les trois ans de leur liaison mais le pauvre chéri n’acceptait pas cette perte de standing. Amant infatigable, elle le regrettait pour ses prouesses sexuelles qui satisfaisaient pleinement ses forts besoins hormonaux. Par contre, la conversation, le ménage laissaient à désirer et sa mère-grand cuisinait bien mieux que lui.
Depuis qu’elle avait quitté Lyon, ses seuls amants avaient été ses godes et ses doigts. Sans être une obsédée sexuelle, il fallait qu’elle fasse l’amour plusieurs fois par semaine. L’idéal étant une fois par jour.
Le geste en symbiose avec la pensée, elle pelotait sa poitrine à travers son t-shirt. Lorsqu’elle courait, Marlène ne portait jamais de soutien-gorge. Elle aimait sentir ses seins se balancer au rythme de ses foulées. Cette sensation exaltait sa sensualité, exacerbée par cette abstinence forcée. À cette seule pensée, ses tétons se durcirent, son ventre entra en ébullition. Elle regarda autour d’elle. Pas un peg à moins de 500 mètres. D’ailleurs, ils étaient trop occupés. De la pulpe des doigts, elle roula sensuellement ses mamelons érigés.
Sa respiration apaisée après ce temps de récup s’altéra. Sentiment d’urgence. Crainte/désir d’être vue. Sa dextre s’insinua dans son pantalon de jogging, franchit allègrement l’obstacle de la culotte en coton. Un index conquérant pressa son bouton irrité, le força vers sa fente détrempée. Sa senestre comprimait convulsivement ses deux seins l’un contre l’autre.
Aucun fantasme, aucune image projetés dans son esprit, Marlène se donnait et prenait narcissiquement du plaisir. Ses caresses précédaient les demandes de son corps. Deux doigts effectuaient un rock endiablé entre les parois ruisselantes de son vagin, alors que le pouce, sourde rythmique, pinçait la corde d’un clitounet enflammé.
Négligeant toute prudence, sa main gauche avait relevé le t-shirt. Fugitive chair de poule sur sa poitrine agressée par l’air frais. Une touche supplémentaire dans la montée de son plaisir. Ses ongles se plantèrent durement dans ses tétons. Son corps fut secoué par une série de spasmes pour une jouissance aussi brève que violente.
Yeux fermés, doigts enfoncés dans la chatte apaisée, main crispée sur la poitrine délicatement balayée par la brise, elle savoura cet instant de félicité. Retrouvant sa lucidité, elle rendit la liberté à ses seins, redescendit son maillot. Elle aurait volontiers gardé encore son artefact de bite dans son nid humide mais bon. Avec regret, elle les retira. Elle les porta à sa bouche et les suça avec délectation. Après l’amour, elle adorait nettoyer. Ses doigts, ceux de son amant, surtout son pénis. Leurs sécrétions combinées exhalaient un fumet qui mettait un point d’orgue à sa jouissance. Le mélange cyprine/transpiration du jour, bien que fort goûteux manquait d’un ingrédient capital.
Sa dégustation terminée, elle remit un peu d’ordre dans sa culotte mise à mal par sa main impatiente. Retrouvant son état normal, elle prit peur. De la folie de se laisser aller en pleine nature à un geste condamné par les prêtrimams jusque dans l’intimité. Son désir de jouir avait été si grand qu’elle en avait oublié tout danger. Heureusement, à la cambrousse, on n’appréciait guère l’U. S. D. Et il régnait une grande tolérance. Peu probable, malgré tout, que son exhibition reçoive la bénédiction des villageois. En ville, un tel comportement lui aurait valu un séjour en camp de rééducation.
D’un bond elle fut sur ses jambes. Elle avait faim. La fin de parcours était en descente. Dans dix minutes, elle découvrirait ce que mère-grand lui avait concocté pour midi.
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Contrairement à ce que pensait Marlène, sa petite représentation avait eu un témoin. Mélisse Hingaliers, une viticultrice d‘une cinquantaine d’années, n’en avait pas perdu une miette. Dissimulée dans un creux du terrain pour satisfaire un besoin naturel, elle avait échappé au tour d’horizon vigilant de Marlène. En se reculottant, elle avait aperçu la petite fille de Sophie, quelques mètres au-dessus d’elle. Elle s‘apprêtait à l’interpeller quand elle comprit à quelle activité cette dernière se livrait.
Mélisse appartenait à une génération qui avait grandi avec les derniers flamboiements de la liberté sexuelle. Avant que l’empereur, sous la pression des intégristes menés par son benêt de fils, n’interdise tout moyen de contraception. Les relations hors mariage étaient encore tolérées. Mais dans toutes les grandes métropoles, fiefs de l’U. S. D., cette tolérance, dans les faits, n’existait plus. Ironie de l’histoire, les campagnes, traditionnellement conservatrices, sociologiquement toujours catholiques romaines, restaient les derniers bastions d’inertie.
Si Marlène voulait se faire plaisir, elle n’allait pas la déranger. Bouger risquait de les mettre dans une situation gênante. Il lui fallait attendre l’aboutissement. Bien qu’elle voulût se monter discrète, elle ne pouvait s’empêcher de jeter un œil. Cette grande jeune femme au corps ciselé par la pratique sportive, la poitrine offerte, la main qui s’agitait dans le pantalon. Soudain, Mélisse avait chaud. Elle se rendit compte qu’elle mouillait sa culotte. Elle qui n’avait pas fait l’amour depuis son veuvage et qui n’avait pas joui depuis son mariage. Joie et honte se mêlèrent. Joie d’éprouver une émotion sensuelle, honte que cette émotion soit provoquée par une femme qui se masturbait. Elle n’était pas gouine ! Aussi est-ce avec un certain soulagement qu’elle vit Marlène se rajuster et reprendre sa course.
Mélisse sortit de sa cachette, regarda l’heure. D’abord midi, il était temps de remballer. Elle avait une réunion d’adjoints. Après avoir rangé ses outils dans son sac à dos, elle enfourcha son VTT. Elle coupa, acrobatiquement à travers les vignes, pour rejoindre le chemin mal goudronné qui surplombait le village. Descente au radar, elle oublia vite la séquence qu’elle venait de vivre et sa réaction. La réunion qui l’attendait ne l’enchantait guère. Elle ne supportait pas la fausse bienveillance de Madame le Maire et l’arrogance de son premier adjoint. Chacun à un bout de l’échiquier politique, ils avaient pourtant une totale identité de vue quant à la gestion de la commune.
Depuis le début de la décennie, Nordec avait connu un afflux de nouveaux habitants fuyant les villes, leur fanatisme religieux et leur ambiance insurrectionnelle. En surfant sur ces violences urbaines, le Conseil avait été élu, sur un programme sécuritaire d’apocalypse programmée, grâce à l’apport des voix des nouveaux venus. La plupart des conseillers vivaient depuis peu au village. Mélisse et Mario Melchin, le boucher, leur servaient de caution locale. Leur première décision, créer une police municipale. Six policiers municipaux armés, pour une population de 800 habitants. Équipés de moyens de communication sophistiqués, ils travaillaient en duo, 7 jours sur 7 et 24 h sur 24. Un délire complet, selon Mélisse, mais qui avait reçu l’assentiment des électeurs.
Elle abandonna son vélo dans la cour de la mairie. Elle rejoignit la salle du conseil. Bien sûr, elle était la dernière. Autour de la table se trouvaient déjà les quatre personnes qui, avec elle, dirigeaient réellement la commune.
À tout seigneur, tout honneur, Madame le Maire, Yvane Silet-Chovy trônait en bout de table. Grande blonde bien en chair, d’une quarantaine d’années, elle portait un de ses habituels tailleurs pantalons, attestant son autorité dans ce monde d’homme. Elle ne pouvait cependant résister à affirmer sa féminité, son chemisier immaculé largement ouvert exposait sa poitrine voluptueuse. Après son divorce, elle avait délaissé un poste de cadre supérieur dans l’industrie automobile pour reprendre l’exploitation de son père, plus gros propriétaire terrien du canton.
Officiellement pour être plus près de ses administrés, elle avait renoncé au château familial pour emménager dans un appartement au-dessus de la mairie. Selon les mauvaises langues, elle avait peur, la propriété se trouvant à plusieurs kilomètres de toute habitation. D’autres disaient même que l’appartement de son adjoint sur le même palier… Un sourire carnassier dévorait son visage lorsqu’elle salua Mélisse.
Ricanement servile des trois hommes présents.
Seuls éléments féminins de ce conseil, les deux femmes se détestaient cordialement. Physiquement opposées. Yvane, débordante de sensualité, aux formes pleines évocatrices de plaisirs interdits. Mélisse, coupe à la garçonne, austère, toujours fringuée comme l’as de pique. Leurs seuls point communs : l’absence de mecs (quoique, pour madame le maire !) et leur caractère de cochon.
Intervention du clergyman laïc qui se tenait à la droite du Maire, Luc-Olivier Mélencenot. Cet ancien professeur des écoles était le premier adjoint, l’éminence grise de Silet-Chovy (et accessoirement son amant). Aussi à gauche qu’elle était à droite, leurs peurs les rapprochaient. Divorcé, veuf ou célibataire, le mystère restait complet, il avait exercé une dizaine d’année la fonction de directeur de l’EPEP de la vallée du Nia. Il habitait alors dans l’école de Nordec par nécessité de fonction.
À la retraite depuis six mois, il avait dû abandonner son appartement de fonction. Heureux hasard, un studio s’était libéré fort opportunément (avec l’aide active de Mme le maire) en face de celui de Silet-Chovy. Il l’avait immédiatement occupé pour la plus grande joie des commères.
Âgé d’une soixantaine d’année, Mélencenot avait la sécheresse d’un marathonien. Quelque soit le temps, la saison, il courait ses 15 km quotidien. Malheureusement, son esprit relevait de la même sécheresse, de la même raideur marxiste.
Les deux autres protagonistes, Mario Melchin et Gaël Bilts, s’ils n’avaient guère de poids au niveau décisionnaire – un sourire appuyé de Madame le Maire suffisait à emporter leur adhésion – n’en avaient pas moins leur importance. Melchin, dont la famille tenait la boucherie du village depuis plusieurs génération avait l’oreille des vieux Nordéciens. Visage rubicond, épaules larges, ventre confortable, la caricature du boucher. Pas vraiment porté sur la discussion et le compromis. Un coup de fusil valait mieux qu’un bon discours. Cinquantenaire, curaillon, il était un admirateur inconditionnel de Silet-Chovy dont il était secrètement amoureux.
Bilts, beau jeune homme de 31 printemps, béait, lui aussi, d’admiration devant la mairesse. Amoureux probablement pas ! La vox populi lui prêtait des mœurs pour le moins spéciales. Doté de doctorats en informatique, en télécommunication, il semblait promis à un bel avenir mais il se contentait de télétravail. Ses spécialités le lui permettant. On supposait à tort qu’il s’était replié sur Nordec devant la montée en puissance des idées rétrogrades de l’U. S. D. Pour pouvoir vivre son homosexualité. (Nicolas 1er montrait une grande tolérance envers ces hérétiques mais, à 81 ans, sa santé déclinait rapidement. L’inéluctable arrivée au pouvoir du Prince Jean, entièrement sous la coupe de l’archimam de la mosquédrale de Paris, effrayait tous les récalcitrants à l’ordre Un Seul Dieu.)
En soupirant, Mélisse s’assit à la table. Elle sortit sa tablette et la connecta au réseau interne. Yvane Silet-Chovy prit la parole :
Qu’est-ce qu’elle a encore inventé, se dit Mélisse alors que fort inopportunément la poitrine sculpturale de Marlène avait traversé la pièce en battant des ailes. Les autres étaient suspendus aux lèvres de l’édile.
Mélisse ne put s’empêcher de pouffer. Si elle imaginait tout à fait Yvane s’en prendre une, elle ne voyait pas ce cul serré de Mélencenot s’ouvrir à de telles pratiques. Elle réalisa que, si elle exceptait Mario, marié à une espèce de virago, leur point commun était l’absence de partenaire sentimental officiel.
Les panneaux solaires, une des grandes idées du tandem régnant. Donner à la commune son autonomie énergétique en cas de chaos. Un vue satellite du village apparut sur l’écran géant qui couvrait tout un pan de mur. Une grande partie des toits se teinta en rouge.
Il continua :
Seuls les cinq membres de cette assemblée et le technicien de la commune qui avait secondé Bilts connaissaient cette particularité qui mettait la commune hors-la-loi.
Suite qui fut expédiée en trois coups de cuillères à pot. On aborda les sujets qui seraient ouvertement traités en conseil municipal : la version ERDF de production d’électricité, les captations d’eau qui rendraient le village autonome, l’agrandissement des aires cultivables et autres sujets de moindre importance.
Deux heures avaient sonné au clocher, quand Bilts, Melchin et Mélisse quittèrent la mairie laissant Yvane et L.-O. à un de leurs habituels conciliabules.
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À peine la porte refermée sur les trois adjoints, la poitrine d’Yvane se collait contre le dos de L.-O., sa main se plaquait sur la braguette de l’homme. Il bandait. Il la laissa tripoter sa queue à travers le tissu. Sans aucune pudeur, telle une chatte en chaleur, elle se frottait contre lui quémandant des caresses qui ne venaient pas. Quand il la sentit bien excitée, il la repoussa sans ménagement.
Elle essuya une nouvelle rebuffade.
Le salaud en question, durant la réunion, avait trouvé le moyen de se déchausser et de lui caresser l’entrecuisse. Habituée à ses attaques sournoises, elle avait gardé son calme mais l’état de sa culotte prouvait que cette maîtrise n’était qu’apparente.
Yvane était une maîtresse femme. Intellectuellement, elle dominait son amant et donnait le ton dans la direction de la commune. Mais dès qu’il la touchait, elle prenait feu, devenait sa chose. Elle ne pouvait lui résister… et il en profitait.
Ils furent interrompus par l’arrivée de Melinda.
S’adressant à Mélencenot,
Elle accompagna sa remarque d’une moue significative.