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Temps de lecture estimé : 23 mn
12/10/11
corrigé 12/06/21
Résumé:  Suite de la visite de Jean dans la rue Saint-Denis et ce qu'il advint de son accointance avec Cynthia, la prostituée.
Critères:  #humour #confession fh hh hplusag prost hsoumis voir cunnilingu pénétratio
Auteur : Alexina      Envoi mini-message

Série : Minordome

Chapitre 03
Une passe ? Je trépasse.

MINORDOME – 3 –



Résumé de l’épisode un : Récit de la première journée de Jean sous les ordres de son maître, Jacques, durant laquelle il a dû subir un châtiment à cause des fautes qu’il a commises en tapant des articles pour un journal. À la suite de cette « fouettée », il se fait vigoureusement sodomiser.

Résumé de l’épisode deux : Jacques a chargé Jean de raconter par le menu leur histoire. Mais le personnage décide de lui narrer comment il a perdu son pucelage avec une prostituée à l’époque où il faisait son service militaire.




Une passe ? Je trépasse !



La chambre est toute menue, elle m’évoque un boudoir – pas de ces biscuits qu’on couche sur un coulis de crème anglaise, et qu’on accompagne de mousseux, souvenir délicieux du temps de l’enfance… Après la madeleine de Proust, le boudoir de Jean ! – Rideaux et coussins, couvre-lit et tapisseries arborent des couleurs jaune orangé et rouges, parfois tressés de motifs en fil dorés, couleurs chaudes d’alcôve pour amants… Artifice de l’amour tarifé, l’air est saturé de cette teinte que l’éclairage tamisé accentue… Après la pénombre glaciale de la rue, le choc brûlant de la lumière intimiste. Une prégnante odeur d’encens règne, parfum capiteux qui veut peut-être masquer le suint acide et les relents âcres des débauches, abandonnés par mes prédécesseurs…


J’en ai croisé dans la rue, de ces veilleurs aux yeux furtifs en quête du plaisir monnayé… leurs regards à la fois fuyants et inquisiteurs, en quête de la « femelle » qu’ils pourront traiter en putain sans se soucier de la femme… Avais-je ce même regard tout à l’heure ? Peut-être… mais j’espère que non…

Si je commence à ruminer ce genre de pensées, c’est foutu… Il faut que je me ressaisisse !

J’ai laissé mon regard errer sur la chambre : la cloison est percée d’une ouverture qui donne sur un sanitaire à peine plus grand qu’un placard : lavabo, bidet, et mini douche. Le tout d’un blanc qui tranche avec les ors du boudoir.


La jeune femme a retiré sa fausse fourrure et l’a accrochée à une patère derrière la porte. Elle a une grâce dans ses mouvements fluides, qui me semble déplacée dans ce lieu. Que fait-elle là ? Quel vilain destin l’a amenée dans ce décor criard ?



J’avais recouvré mes sens en égarant, en chemin, le désir fiévreux et la peur. La fièvre est encore en moi, mais différente, contrastée : moins lubrique, plus lucide, plus froide, moins délirante… (« une fièvre plus froide » dans un chiasme à la con… pour le coup, c’est moi qui délire et pourtant je n’ai rien bu.)



Elle me jette un regard à pétrifier Persée… et sans répondre, me tend la main. Je vois bien que ce n’est pas pour que je la lui baise, mais pour éviter toute confusion, elle me précise : « On paie d’abord ! » ; puis, comme pour racheter la brusquerie de son ton (celui de comptable à voix de miel !), elle ajoute, « C’est la coutume ! », manière de me dire qu’elle n’a rien contre moi en particulier, mais qu’elle se méfie quand même.


Je farfouille fébrilement dans mes poches et extirpe trois billets froissés… ma quasi paye de bidasse ! Trois mois de galère offerts d’un coup dans l’espoir d’une extase passagère… (et je sais que nul assureur ne se hasarderait à garantir une telle entreprise !) Qui me dit qu’elle va honorer son contrat et me laisser l’honorer, elle, comme j’en ai envie ? Les billets se couchent voluptueusement dans un petit coffret à bijoux… choux, cailloux, genoux… cadenassé. Trop tard pour revenir en arrière.


Voulez-vous, maître Jacques, comme dans la chanson, avoir quelques nouvelles de ma plume à ce moment précis du paiement ? Eh bien, ma plume, enfermée dans le tissu d’un caleçon – logiquement – poisseux, aurait été bien en peine de participer à l’envol de n’importe quel oiseau, fut-il serin, colibri ou oiseau-mouche ! Elle est en berne, ma plume… et le devient plus encore lorsque Cynthia, m’ordonne –c’est comme ça que je l’ai pris, en tout cas – d’aller me la laver… proposant même de m’y aider si je le désirais (et cela sans supplément !). Je lui ai répondu, « Merci, sans façon ! » : je n’étais pas demeuré au point d’avoir besoin d’une nurse pour me pomponner le zigouigoui ! Vu l’état de celui-ci, il y avait de toute façon, peu à récurer… « Allez, petite chose fripée, vite, viens te faire bouchonner ! ». Après m’être désapé promptement, j’ai rejoint le lavabo en cachant avec un naturel que vous imaginez, mon petit truc, et l’ai ablutionné (honnêtement, je ne peux dire « ablutionner mon membre »… ce serait par trop orgueilleux).


Mais tout en ablutionnant, j’ai jeté un coup d’œil discret (!) vers Cynthia, accroupie au-dessus du bidet. Elle avait retiré sa jupe… forcément portefeuille, la vénale, une jupe grise plissée sur le devant qui avait moulé à ravir son bassin que je vois nu désormais au-dessus de l’autre bassin, celui des ablutions. Sa main enfouie entre ses cuisses procède à un lavement en profondeur que je trouve des plus décourageants… Seuls, les bas noirs et le porte-jarretelles auraient pouvoir de m’émoustiller…


Le robinet vomit son eau sur l’émail blanc, la chair est lavée sans état d’âme… hygiène gynécologique, les gestes sont précis, usinés ; je ne vois pas son visage penché, ni le reste d’ailleurs, et c’est sans doute tant mieux. Déjà que mon bigorneau est tout recroquevillé… si ça continue, il me faudra trois mois pour le faire sortir de sa coquille !


Pour une première, c’est réussi ! Eh ! Oui… je suis encore puceau à cet instant précis. Mais, foi de veau qu’on a mené à l’abattoir, dans quelques minutes, je sortirai vainqueur de cette malédiction… À cet effet, je convoque en fermant les yeux, des images susceptibles de réactiver mes désirs… un peu comme lorsque je gravissais la montagne glacée en compagnie de mes Brigitte fantasmées. Je rêve Cynthia marchant pieds nus sur le sable d’une plage bretonne avec le vent qui plaque sa jupe contre ses cuisses, moule sa silhouette de danseuse… et puis tourbillonnant, soulève ses juponnages de fête, révèle les doux secrets de ses dentelles murmurantes… le bruit des vagues battant la roche est censé alors se substituer au bruit de l’eau coulant dans le bidet.


Le résultat est… médiocre. Bigorneau reste en sa coquille !


D’où la facilité avec laquelle la demoiselle de la rue Saint-Denis a pu m’enfiler sans coup férir un préservatif sur le zob… avec les conséquences esthétiques qu’on imagine. Même les mouettes s’esclaffent : c’est comme si un nouveau né se retrouvait le pied chaussé d’une basket de Parker !

Ne riez pas, maître Jacques ! Car, après le trac, c’est le ridicule qui tue en nous le désir… Et ce soir-là, j’ai été servi ! Toutefois, je dois avouer que Cynthia s’est impeccablement comportée : pas un sourire pour m’humilier davantage. Elle est restée professionnelle jusqu’au bout ! Impassible.


Impossible pour moi, en revanche, de reconquérir mon quant à moi. Je cours à la catastrophe… Qu’est-ce qui pourrait me sauver de cette déconfiture ? (après avoir connu la compote et la marmelade ?)…



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Jacques ! 22 heures !… On est toujours le 4 juillet, jour de la fête nationale des Américains et Will Smith est sur le point de sauver le monde des envahisseurs extraterrestres, mais pas moi qui me suis fourvoyé dans un piteux immeuble de la rue Saint-Denis où je vais périr à coup sûr, carbonisé, dispersé, sublimé ! Ça y est je m’égare… Que le retour au réel est dur.


PS : Qu’on ne me fasse pas ici, reproche d’un flagrant anachronisme… Il est volontaire !


J’ai écrit, écrit, écrit, le temps a passé, passé, passé… Je n’ai pas mangé, mangé… J’ai tout oublié… perdu dans mes souvenirs : le beau paradoxe !



Je me lève d’un bond :



Je m’aperçois que j’ai faim, en effet. J’obéis donc et dévore un sandwich élaboré en hâte, à base de jambon, d’œufs durs, de salade et de mayonnaise… et bien entendu, beurré à souhait… Deux verres de vin et un café plus tard, je regagne le bureau. Jacques sourit. C’est de bon augure.



Je souris, un peu jaune :



Il se lève de son fauteuil, et j’imagine – bêtement – qu’il veut qu’on se fasse une partie de jambes en l’air… Bien entendu, il n’en est rien ! Hier, il m’a surpris par son attaque à revers, ce soir, il me surprend de nouveau en me congédiant à sa façon :



Il feint de s’en aller et se retourne juste avant de sortir de la pièce :





Mercredi 5 juillet


J’ai mal dormi… Des rêves de fuite… Revoir Chantal et faire connaissance avec ses caribous ! Mais non, ce matin, c’est presque le même rituel que la veille. Jacques est parti de bonne heure. Souriant, heureux… ça roule au boulot. Dehors, il fait gris. Pas de lever de soleil qui éclabousse de ses « doigts de rose » les murs de la cuisine.

Ménage… vite fait… Envie de retrouver le passé, de m’enliser de nouveau dans l’atmosphère de la rue Saint-Denis. Ça m’empêchera de penser à ma Canadienne !… ma tendre, ma voluptueuse…



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« Voilà, nous sommes propres… » (J’imagine ma mère me disant : « C’est du propre ! », façon de me signifier au contraire que c’est sale et qu’il faut, illico presto, que j’aille à confesse !) Nous nous sommes bien lavés… il n’y a plus de microbes, plus de morpions, plus de risques… Et l’hygiène est venue à bout de mon désir… Quoique !


Cynthia a retiré son chemisier… elle est nue sur le lit – sauf son porte-jarretelles et ses bas –. Je me tiens debout, à son chevet, et je la regarde : c’est Olympia… elle en a très exactement la pose, allongée, le bras droit en soutien nonchalant, la main gauche cachant chastement son bas-ventre. Pas de négresse effarouchée portant des fleurs… pas de fleur dans les cheveux…et aucun ornement superfétatoire, hormis ces bas et ce porte-jarretelles, qui, pour le coup, me semblent tout à fait déplacés !… Olympia, peut-être en plus belle, sûrement, même ! Olympia qui me regarde avec ses yeux d’un bleu douloureux… Des yeux tellement clairs qu’on les dirait faits avec le vent… Dieu dit : « Que les yeux soient… » Et les yeux de Cynthia furent !… Le Verbe est dans ses yeux. Et les dieux me regardent à travers eux.


Mais ce qu’ils voient doit les décevoir ! Le misérable Nimbus dépouillé de son Cumulo ! Le chiffon translucide de la capote qui peine à tenir au bout de mon vestige de queue, en témoigne !… « Misère ! Misère ! » Comme chantait Coluche. Je voudrais, de dépit, m’en aller rejoindre le train… train d’une vie quotidienne sans surprises et sans filles.


Impensable ! Pas avec la sage femme alitée devant moi… quand je dis sage, je parle de son silence et de son immobilité. Manet doit être content de son modèle ! Son corps est tout en longueur, un corps de ballerine horizontale allongée sur un lac de signes… Le buste est peu marqué, les seins s’effacent, élégants, mais presque sans reliefs alors qu’en dessous, au contraire, les côtes se dessinent nettement. La taille étroite repose sur des hanches presque androgynes. Les jambes sont interminables, fuselées comme deux Concordes sans ailes, mais on devine le muscle vigoureux sous les bas noirs. D’aucuns la trouveraient – comme dans la pub de la Vache qui rit – trop maigre, trop grande, trop raide… ! C’est vrai qu’elle a quelque chose d’un peu figé dans sa pose allongée, mais pour moi, elle figure une flèche divine, taillée pour fendre les nuages, le ciel et mon cœur d’artichaut.


Je m’aperçois alors que je suis en apnée depuis que j’ai commencé à contempler cette Vénus aérobie : mes poumons me le font savoir en se gonflant brutalement de manière réflexe… J’inspire et expire avec tant de force que Cynthia en sourit ; alors je lui souris à mon tour. Presque complices… J’ose alors poser une fesse précautionneuse au bord du lit, à un centimètre et demi de sa propre fesse ! Mais, mes mains m’encombrent et je les place mécaniquement sur mon bas-ventre.


Vous me direz avec raison que si elle et moi disposons de la sorte nos mains, nous ne risquons guère de nous jointoyer ! Sauf que, sa main droite, la téméraire, celle qu’elle m’a tendue pour réclamer son obole de trois cents francs (!), s’est lentement déplacée pour venir effleurer ma cuisse, puis se poser dessus… Et bien, Mesdames, Messieurs, admirez le miracle, ce simple effleurement innocent a métamorphosé d’un coup ma morphologie : j’ai enfin pu combler – partiellement, soyons honnête ! – le vide tirebouchonné de mon préservatif… Je me suis mis à bandouiller !


Le fer à souder de ses doigts (Je sais, j’en fais un peu trop… mais l’hyperbole vise à mieux faire comprendre mon état physiologique…) brûle intolérablement ma peau… C’est par trop délicieux. Elle ne dit rien, pas d’encouragement… il y a juste son satané regard en embuscade qui épie mes réactions… elle me scrute ou m’invite… allez savoir ! Je sens que mon cerveau, de nouveau, se met en grève. Il marmecompofiture !


La nature supplée le mutisme cérébral dont je souffre… L’appel des sens agit sur mon corps… mon bras se déplace doucement, horizontalement, parallèlement au mouvement que celui de Cynthia a suivi pour toucher ma cuisse, mais en sens inverse… de sorte que ma main, ma propre main privée de ma propre volonté, ma main mue par celle de la bête qui sommeille en moi, amerrit sur sa peau, entre son aine et le liséré sombre de son bas… Et mes doigts me rapportent l’histoire de la douceur inouïe, inimaginable de sa peau, une douceur tellement duvetée, tellement chaude et lisse que ma main se met d’elle-même, comme un esquif naufragé livré à lui-même, à naviguer sur cette mer étale de chair en velours. Elle suit l’aber qui remonte de son ventre à sa gorge… Ses seins menus, nerveux, dardent leur rude téton marron, érigé comme un phare miniature, cerné d’une corolle plissée presque aussi sombre. Je ne peux m’empêcher de les toucher : je tâte, j’explore, je découvre, pareil à un élève emprunté, méticuleux, maladroit… La nymphe étendue ne dit rien, ne soupire pas. Je m’enthousiasme, elle gît. Je crains presque d’être un anti Pygmalion : mes caresses vont-elles pétrifier de nouveau Galathée ? Non, car elle bouge, ses doigts se sont doucement refermés sur ma queue, vivants chauds et taquins !… Ils montent et descendent en un rythme lent mais très convaincant… et aussitôt, ma bite s’exalte dans la capote… Elle gonfle encore, la prétentieuse. Elle se prendrait pour un spi, bientôt ! Je crois que je suis en train de redresser la barre et, pour le coup, de gagner le bon cap !


Je me suis hasardé à pinçoter ses mamelons, oh ! très gentiment… timidement même… Or ce simple geste, comme un sésame, a provoqué l’ouverture des longues cuisses de ma Némésis. Et, dans le même temps, sa main chaste – celle qui couvrait… couvait ? – son pubis, vient se poser avec légèreté sur ma nuque :



Je ne me fais pas prier et mes lèvres mutines butinent aussitôt un mamelon au goût de… mamelon ! Quoi ? Ce n’est pas original ?… C’est le premier mamelon que je déguste… je ne vais pas inventer une saveur « mentholée ou vanillée ou réglissée ! » pour faire plaisir à des érotomanes habitués à des comparaisons stéréotypées bien souvent fallacieuses. Ce mamelon a un goût prononcé bien à lui… et c’est tout ! Et ce goût me laisse sur ma faim. Je passe donc à l’autre mamelon… Il a le même goût… ou presque. Voulant m’assurer de la chose, je reviens au premier… avant de repasser de nouveau au second… De la sorte, je vais et je viens entre ses seins, oubliant le goûter pour me livrer à une tétée entêtée qui durcit ses tétins têtus et ma queue que ses doigts délicats continuent de bercer d’un souple mouvement masturbatoire.



En réalité, je prends soudain conscience du chronomètre dont son âme de comptable est dotée… Le tiroir-caisse exige sans doute d’autres émoluments. Elle veut achever au plus vite ce client tétonphile pour engranger le blé d’autres victimes à venir.


L’extase excitée me fait quitter le sommet de ses seins, j’obéis, et ma tête quêteuse navigue sur son ventre, plat comme le pays de Brel, survolant le petit terril sombre à l’envers, de son nombril. À ce propos… – ça y est, allez-vous dire, il va encore digresser !… Eh bien oui ! C’est mon privilège de faire durer le plaisir de la « ruminiscence », autrement dit, la rumination de ces petits détails du passé qui prolonge à l’infini, par le miracle de la plume, la magie trop courte d’un souvenir trivial mais si jouissif…– À ce propos, donc, une pensée ridicule me caresse l’esprit : mon propre nombril est serti de… comment appeler cela ?… une bille de chair ?… une excroissance impromptue ?… un tendre nodule chauve ?… Autour de cette petite boule, au creux du nombril, viennent souvent se loger de minuscules flocons de laine ou de lin déposés là par le frottement de mes vêtements sur mon abdomen. Mâchés par la sudation, ces résidus de tissus s’incrustent insidieusement… Et je prends un plaisir proche de la volupté à retirer, le soir, ces petits parasites qui me démangent autant l’esprit que la peau…


Je sais Jacques, vous allez me trouver bien nombriliste… mais finissons avec cette digression – qui est aussi une façon de retarder la découverte du trésor convoité de la femme ! –. Il m’est venu à l’esprit, alors que mes yeux l’effleuraient, que le nombril de Cynthia était fait pour accueillir en son terril à l’envers, le tendre nodule du mien ! Je m’enterais à sa chair, retrouvant le chemin perdu du cordon originel, nous deviendrions jumeaux siamois, échangeant nos fluides… inséparables… amoureusement fusionnés… nous nourrissant l’un l’autre… mythiques androgynes…


Stop ! Imagine-toi, bêta, subissant les passes d’armes de la péripatéticienne avec ses clients ! Imagine-toi, la péripatéticienne subissant les remontrances de l’adjudant chef mal luné ! Cauchemar !… Tu sais pourtant que l’enfer, c’est l’autre… (Fin de la digression.)


J’arrive au paradis : je veux dire que mon visage surplombe le Mont de Vénus… J’ouvre grand les yeux, je me vautre dans la muette contemplation de ce trésor désespérément espéré ! C’est comme un abricot velouté ! Juste sous le triangle de poils noirs savamment taillé par un expert jardinier, le sexe d’un rose sombre apparaît, renflé, fendu, mystérieux. Les sentinelles des lèvres sont pincées, on dirait qu’elles font la moue… Deux doigts qui ne m’appartiennent pas, surgissent soudain dans mon champ de vision et se posent de chaque côté de la fente close… Fasciné, je les vois ouvrir la plaie qui révèle deux délicats pétales de chair, fines lamelles rougeâtres qui à leur tour s’écartent sur un monde caché… La pourpre en est luisante, tourmentée, l’intérieur de la vulve est si troublant… si profond semble le chaos de viande du vagin que j’entrevois…


Au sommet le clitoris : il sort sa petite tête de moine chauve de sous le capuchon de chair rose qui l’abrite… Seigneur, qu’il est attendrissant ! Je suis comme un enfant au pied de l’arbre de noël, qui découvre son cadeau !



Ce n’est pas la prière d’une femme en quête d’extase… c’est la comptable qui veut que je lui règle son compte… alors que moi j’étais dans un conte à mettre debout ma queue, un conte de cul-te ! Je roule sur le lit avec une grâce de panda anorexique (ne me demandez pas pourquoi cette image !) et ma tête vient se loger entre les hémistiches des cuisses de Cynthia… Sus à la césure ! Mes narines, écarquillées comme des yeux, hument un arôme d’entrailles… mentholées ! Et pour le coup, ce n’est pas une figure de style, ni un artifice d’écrivaillon… Cynthia a dû, préalablement à nos effusions (je ris !), s’oindre le coquelicot avec une quelconque crémasse à la menthe…


« Pour l’odeur de la femme, me dis-je, tu repasseras ». J’aurais pourtant, tant… tant aimé respirer les effluves authentiques, pittoresques peut-être, typiques sûrement, de la belle… Mais voilà qu’elle me sert son V à la menthe !


Contre mauvais parfum, je fais bonne langue : j’alexandrine, je rimaille le cœur de sa chatte, comme d’autres estoquent et cyranosent. (À la fin de l’envoi, je touche !). J’engloutis mon vaisseau lingual dans ses algues au goût de menthe ! Les parfums et les goûts se répondent… malheureusement !


Dieux ! Que j’aime, malgré tout, palmer de la langue dans l’antre de son intime ventre. Je m’enlise avec délice dans sa substance intime, gourmand, vorace même. Je suis allé le plus loin possible dans la chatte offerte… plus loin, j’y égarais ma langue, elle s’en allait sans moi ! Mais j’ai beau récurer ses profondeurs marines, Olympia ne bronche pas… ou peu. Elle ne se donne même pas la peine de simuler pour me stimuler… Alors je me stimule tout seul… Bon sang, j’ai cent francs de supplément au bout de la langue, il faut à tout prix que j’en profite. Et mon membre – cette fois je peux le désigner ainsi, mais n’allez pas imaginer non plus qu’il a la taille d’une pine de cheval ! – est d’accord avec moi… Pour une fois que nous nous entendons ! Il est gonflé à bloc, rigide, tendu, au bord de la crise de nerfs !


J’ai tenté de converser un moment avec Monsieur Clitoris (il pourrait sans doute m’en raconter de belles). Toutefois, le petit chauve, raidi, si joliment nacré, est peu disert… Il se laisse taquiner, lécher, sucer, sans manifester plus que cela de reconnaissance. C’est à peine s’il daigne se décapuchonner ! J’achève mon ouvrage en aspirant dans ma bouche les juteuses petites lèvres de la vulve… j’ai envie de les mâcher, de les mastiquer, d’en revêtir ma langue pour de bon… feuille de rose à volonté ! Tu me les prêtes, Cynthia ?…



Arrête ton délire… Et tu fais toujours dans l’anachronisme !


J’ai oublié comment je me suis retrouvé allongé de tout mon long sur le corps de ma belle. J’en tremble, bouleversé… Mon bassin est confortablement calé entre les guillemets de ses cuisses, et ma queue a trouvé presque naturellement le chemin de son ventre…


Je suis, pour la première fois de ma vie, greffé au cœur du corps de la femme… « Ma verge est dans son vagin !… Ma verge est dans son vagin ! » me répété-je comme s’il s’agissait d’un miracle. Mais, c’est que pour moi, c’en est un. Son ventre est chaud, il habille mon sexe comme une écharpe douillette de laine éthérée. Je ne veux plus sortir ! Laissez-moi tranquille… je suis planté dans ma terre d’origine…

Et il y a autre chose : je me tiens, à bout de bras, le buste soulevé pour ne pas peser trop sur elle –gentleman, en plus ! Je ne me vautre pas, moi, Môssieur ! – et j’accomplis le mouvement immuable, éternel des reins qui se lèvent puis qui se baissent… Dans cette position, mon visage surplombe son visage et c’est ainsi que je reçois l’offrande de son regard attentif. Je n’y lis pas d’ironie ou de moquerie… Elle me semble juste concentrée. Je bois ses yeux, ses yeux grand ouverts, ses purs yeux d’azur qui font le tour de mon cœur, comme le dit si joliment Éluard. Je sais que mon âme est marquée à jamais par cette image, l’image des yeux de mon Ève, parce que première. Mon corps le sait, ma chair le sait ; ma queue le sait aussi, qui explose en myriades de comètes séminales, coincées dans le caoutchouc frustrant d’une vulgaire capote… capote enfilée par Cynthia sur mon sexe comme une fin de non recevoir…


Je me laisse choir, vidé, ma tête nichée contre son cou, déprimé, avec une envie de pleurer incongrue… J’ai dû tenir quarante secondes et encore ! Quarante secondes, le temps d’agoniser en fait : à peine l’avais-je pénétrée que j’ai senti venir ma mort prochaine ! J’ai mal joui de jouir trop vite… je n’ai pas eu le temps de vivre pleinement l’orgasme parce que je fulminais, je résistais, je me battais, pour retenir, empêcher l’inévitable jouissance.


Tâche impossible, car le regard, le fameux regard de Cynthia m’a submergé comme un ras de marée, l’eau de ses yeux a giclé dans mes yeux, s’est ruée dans mon corps, m’a traversé de part en part, irrésistible torrent d’azur dans mon sang, et j’ai eu l’impression que c’est lui, mêlé à mon sperme, que j’éjaculais avec toute la vigueur d’un forcené !… Avais-je éjaculé le bleu de ses yeux ? Le pitoyable réservoir du préservatif ne contient qu’un liquide blanchâtre !


Elle m’a doucement repoussé… Mais j’avais vécu un instant le nez enfoui dans l’herbe odorante de ses cheveux, tout contre son cou humide. Son beau visage me sourit gentiment. Un peu de sueur orne son front… J’ai, un peu, respiré sa véritable odeur de femme… Imprime le parfum épicé de sa sueur dans ta mémoire, Jean…


Elle se lève, toujours gracieuse. J’admire son déhanchement sensuel, tandis qu’elle s’éloigne vers le cabinet de toilette. Ses hautes fesses blanches oscillent avec une sorte de gaieté primesautière. Elles sont fermes, rondes, tentantes… J’ai envie de les croquer ses deux pommes roses.


Je la rejoins, pour me laver. Elle se pomponne… ses petits seins pointent leur museau de musaraigne devant le miroir… Je capte toutes les images que je peux pour les coucher dans ma mémoire, bien au chaud, prêt à les faire resurgir lorsque je me retrouverai de nouveau seul, là-bas, dans ma caserne… En regardant ses lèvres charnues, un peu boudeuses, je me dis soudain que j’aurais dû lui demander de me sucer ! Trop tard… De toute façon, vu ma sensibilité, si elle m’avait taillé une pipe, je serais bien vite parti en chaleur et poussière.


Lorsque je suis rhabillé, elle me fait comprendre que je dois partir seul, avant elle… Il n’est sans doute pas question qu’elle se commette en public avec un client qu’elle vient de recevoir… cela risquerait de gâcher le plaisir du suivant… « Au suivant !… Au suivant !… ». Le décor change, ce n’est pas tout à fait la chanson de Brel, avec son bordel pour une armée en campagne et je ne suis pas nu dans ma serviette…

Mais au fond, est-ce bien si différent ?


La rue est froide. La lumière des réverbères est froide. Je suis glacé. Il est minuit et quelques… Je gagne la gare Montparnasse… J’ai le mouron. Cynthia est-elle en train d’offrir de nouveau, le V mentholé de son ventre à l’assaut d’un passant ?


La gare est déprimante. Le grand hall est presque vide. Les bruits nocturnes y résonnent, stridents, presque effrayants. Je m’installe dans la salle d’attente où dorment quelques voyageurs en transit… Ça sent la sueur et le rance… Je repasse dans ma tête, les événements de la soirée et je me sens vraiment piteux.


Je me demande si cette nuit je n’ai pas fait une erreur d’aiguillage…