| n° 14564 | Fiche technique | 22634 caractères | 22634 3882 Temps de lecture estimé : 16 mn |
07/09/11 corrigé 12/06/21 |
Résumé: Compilation des textes parus sur le forum du site sur le thème antilogique « Fade incandescence ». | ||||
Critères: fh hplusag hagé douche cérébral revede délire #recueil | ||||
| Auteur : Collectif Antilogies Envoi mini-message Co-auteur : café-clope Envoi mini-message Co-auteur : J. Deaux Envoi mini-message Co-auteur : Hidden Side Co-auteur : iam.knowbodies Envoi mini-message | ||||
| Collection : Antilogies |
La collection « Antilogies » regroupe des textes courts (si possible entre 1500 et 6000 signes) mis en ligne sur le forum de Revebebe le 30 du mois qui suit une proposition de sujet « antilogique » par un des membres.
Tous les lecteurs peuvent avoir accès au forum : Concours et jeux d’écritures – Antilogies et autres jeux (ré)créatifs – les textes ou Antilogies et autres jeux (ré)créatifs – les discussions.
par Iam.Knowbodies
L’homme soupira, une fois de plus… Avec lassitude, il jeta un regard circulaire sur sa cellule. La flamme falote de la chandelle n’éclairait que son bureau, laissant le reste – pour l’essentiel, un grand lit recouvert de draps de satin, et un salon en miniature qui lui servait à recevoir ses bien trop rares visites — dans une ombre déprimante.
La pièce bénéficiait certes d’un confort certain, mais n’en demeurait pas moins une cellule, avec une lourde porte verrouillée de l’extérieur, et des barreaux à l’unique fenêtre présentement dissimulée derrière de lourds velours. D’ailleurs, s’il tenait à conserver ces petites satisfactions matérielles, il avait intérêt à se remettre à l’ouvrage !
L’intermédiaire avait été on ne peut plus clair, la dernière fois. Il revenait le lendemain, et s’il n’avait pas un manuscrit fini à faire parvenir clandestinement à son éditeur, ce dernier le laisserait tomber. Ce n’était pas avec la misérable pension que lui versait sa famille – ce ramassis de racaille traîtresse – qu’il pourrait vivre décemment dans ce purgatoire.
Le problème, c’était que Girouard, cette canaille d’imprimeur, lui réclamait toujours plus d’outrance dans ses textes… Oh, bien sûr, au début, il s’était délecté à imaginer, puis coucher sur le papier les sévices qu’il faisait subir à ses héroïnes… Il avait joui des violences toujours plus brûlantes qu’il leur infligeait.
Mais cela était bien loin, désormais… « On » lui réclamait toujours de nouvelles « œuvres », plus incandescentes que les précédentes, afin d’enflammer – sous le manteau – une certaine intelligentsia prête à payer un bon prix pour vivre par procuration des sensations fortes. Récemment, il se surprenait à récurer les plus sombres et profonds culs de basse-fosse de son esprit, afin d’en exhumer de nouvelles tortures, tant physiques que spirituelles.
Un énième soupir vint ponctuer le point final. Le contrat était rempli, le destin de Juline était le pire qu’il eut jamais réservé à ses personnages.
Il se sentait… las… vide. Ce texte marcherait peut-être – probablement – mais cela ne changerait rien au fait qu’il n’était qu’un interminable catalogue d’horreurs sans queue ni tête. Que n’aurait-il donné pour pouvoir écrire une simple histoire de sexe, avec juste quelques petites perversions bien innocentes pour l’assaisonner subtilement. Mais il ne le pouvait plus. Son esprit cautérisé par des tombereaux de vice ne savait même plus imaginer une telle chose…
Alors qu’il apposait sa signature au bas de son manuscrit – pour la beauté du geste, car elle serait évidemment passée sous silence par l’imprimeur ! –, il songea à l’ironique à-propos de son patronyme…
Donald Alfred Francis, Marquis de Fade.
oooOOOooo
par Hidden Side
Les couples tournent au milieu de la piste. Une valse lente, aussi lente que leurs mouvements approximatifs. Il ne fait pas bon devenir vieux, ah ça non alors ! Et regardez-le, l’autre grand-père : 90 ans bien sonnés et ça joue les jeunes hommes au bras d’une rombière. Tourne, mon vieux, tourne ! Ça t’empêchera pas de finir au trou, va. Comme tout le monde, d’ailleurs. Qu’ils sont pathétiques, ces vieillards branlants qui font semblant d’être jeunes. On parle de troisième âge pour être poli, mais eux ce serait plutôt le quatrième, voire le cinquième !
Je garde mes réflexions pour moi. Géraldine n’aime pas que je dise tout haut ce que les autres pensent tout bas. Elle trouve ça méchant… Ce n’est pas méchant, simplement réaliste, pragmatique si vous voulez. C’est une chouette fille, Géraldine, incapable d’une pensée mesquine ou vile. Pour elle, une grand-mère qui bave ou un papi qui soliloque, c’est une princesse déchue, un pauvre homme un peu triste et solitaire. C’est dire ! Alors, pour lui faire plaisir, je fais semblant d’apprécier ce spectacle désolant et je me tais.
On dirait qu’elle ne les voit pas, ces chairs pendantes, ces trognes ridées, ces bouches édentées. Comme si son regard transformait toute cette misère et cette solitude sommairement maquillée en silhouettes gracieuses et délicates. Et pourtant… C’est plein de gens âgés ici, ça pue la vieille fringue amidonnée et aussi la pisse, un peu. Y en a sûrement qu’ont dû oublier de changer leur couche, avant de venir au thé dansant ! Des petits gâteux qui ont bu trop de thé avec leurs petits gâteaux… Un vrai zoo humain, quoi.
Je sais vraiment pas ce qu’on fout là, c’est d’un glauque !
J’en ai soupé, moi, de perdre mon temps dans ce genre d’endroit cafardeux. Vivement que tout ça se termine et qu’on se barre d’ici ! Vivement qu’on se retrouve ailleurs, n’importe quel ailleurs ! Sous la couette, par exemple… Oui, parce qu’il faut vous dire que la môme Géraldine, elle a une sacrée carrosserie ! Oh putain oui ! Il me tarde de l’allonger dans un lit, de préférence toute nue et les cuisses écartées, pour mieux admirer le travail du créateur. C’est qu’avec elle il a réalisé de la belle ouvrage, le vieux barbu ! Une gueule d’ange, des courbes alléchantes partout où il faut… et des creux humides et secrets dont je ne vous parle même pas. C’est simple, un corps fait pour l’amour. Et moi, l’amour, je veux le lui faire à mort !
Alors je reste patient, je la suis bien fidèlement dans tous ses petits délires altruistes. Je me fais doux comme un agneau, sage comme une image, gentil comme un bon garçon. Tout ça parce que la Géraldine, je la kiffe grave, comme on dit.
Dans une demi-heure, une heure tout au plus, je la prends par la main et on se tire d’ici. On laisse tous ces vieux débris retourner à leur télé et à leur partie de Scrabble. On va courir dans les rues calmes et désertes, abrités sous mon parapluie, et puis on va monter à l’hôtel. J’ai réservé une chambre dans le coin, au Marceau Beaulieu, un quatre étoiles dont elle va me dire des nouvelles. Je nous ferai monter du champagne pendant qu’elle sera sous la douche, puis j’irai la rejoindre. On se savonnera l’un l’autre, ses petites mains passeront dans tous les recoins de mon corps et inversement. J’en bande déjà !
Une bonne femme s’approche, la cinquantaine bien tassée, le cheveu lisse et tiré en arrière en une queue de cheval bien proprette. Elle a la tronche d’un bouledogue déguisé en infirmière. Sûrement la garde-chiourme du club vermeil.
Qu’est-ce qu’elle me veut, celle-là ? Elle croit quand même pas que je vais la faire valser, non ? Si tu t’emmerdes, grosse conne, t’as qu’à inviter le papi, là-bas en face !
Tiens, c’est marrant ! À côté du vieux tout fripé il y a aussi une infirmière à gueule de dogue, habillée tout pareil. On dirait presque sa jumelle, vue de dos. Elle s’adresse en vain au pauvre type à l’air hébété qui ne l’écoute même pas. On dirait un légume, celui-ci. Un légume particulièrement atteint. Il me regarde avec son air ahuri, ses yeux larmoyants, des yeux qui lui mangent tout le visage sous son front chauve couvert de taches de vieillesse. Le pépé lève une main hésitante, comme pour me faire signe. Qu’est-ce qu’il y a, l’ancêtre, tu veux ma photo ?
Une brusque confusion s’empare de moi. Je baisse la main tandis que le vieux en face fait de même. Je tourne la tête. Géraldine n’est plus là. Elle est partie sans moi, il y a de cela un demi siècle. Je ferme les yeux. Une larme roule lentement sur ma joue flétrie…
oooOOOooo
par Café-clope
Aujourd’hui, j’ai renoncé à aller chez le psy.
Aussi étrange que ça puisse paraître, j’ai trouvé la force de ne pas aller au rendez-vous. Enfin, la force, façon de dire.
Disons plutôt que je ne trouvais plus force d’y aller. Ça fait un bien fou, tout de même !
Il faut être honnête : je n’en pouvais plus, de maintenir cette fiction que j’appelais « ma vie privée ». Oh, bien évidemment, le début était envoûtant : je racontais, et il m’écoutait. À défaut d’exister pour moi, ça existait pour lui. Patiemment, il prenait note de chaque détail que je lançais, et, bien évidemment, très subtilement, il tiquait à chaque fois que je lançais les plus révélateurs. Qu’il était plaisant de le voir réagir comme espéré !
Ce n’était pas tout le temps le cas, qui sait ce qu’il avait réellement dans la tête ? Mais, globalement, ça prenait. Et ça prenait même bien. Il me laissait parler, hochait la tête en marmonnant quelques phrases, l’air concerné. C’était grisant, et, rapidement, je n’ai plus vécu mes journées de travail et mes weekends que dans l’attente de nos séances. Rapidement, ça a commencé à me bouffer la tête.
Mais chez moi, je ne m’ennuyais plus : je passais mon temps à me documenter, pour construire mon récit, en gommer les incohérences. Cela dit, je n’étais pas non plus parti de rien ; je connaissais déjà un certain nombre des ressorts de nos âmes complexes pour élaborer une trame qui tenait debout : éducation parentale stricte, devoir d’excellence, angoisse face à l’échec, pression constante, impuissance, angoisses, tentation de l’alcool. Mes récits le tenaient en haleine. Ou bien était-ce moi, qui prenais plaisir à découvrir l’histoire que je tricotais fiévreusement ? Peu importe. Je me couchais tard, pour construire et apprendre cette histoire dont j’étais le héros.
Je me suis inventé des liaisons, de multiples liaisons. Beaucoup sans lendemain, par peur de l’engagement, de la réussite, en appliquant une méticuleuse stratégie de l’échec. Et le psy me posait des questions qui allaient dans ce sens ; parfois, il m’offrait même sur un plateau des pistes inexplorées. Je n’avais qu’à me laisser guider par ses intuitions pour broder autour. Deux séances par semaine, ça me coûtait de l’argent, pas mal d’argent, je n’ai jamais calculé combien, au juste, mais les fins de mois étaient difficiles.
Je lui racontais ce qui pouvait, ce qui aurait pu être, mais n’était pas. N’est toujours pas, d’ailleurs, et ne sera sans doute jamais. Mais, d’une certaine manière, je vivais une vie. Je me suis inventé une autre famille : un père, véritable connard, avec qui je ne me suis, en plus de trente ans, jamais entendu ; une mère absente, diaphane et volage ; et une jeune sœur avec qui j’entretenais depuis aussi loin que remonte ma mémoire des relations troubles. Je n’ai ni frère ni sœur, dans la réalité, et je me félicite d’avoir pu si bien rendre le vécu d’une relation frère/sœur de la sorte. Quant à mes parents, ils ont toujours été du genre aimants, pas trop présents, pas idéaux non plus, mais ils ont de tous temps fait de leur mieux. Ce n’était pas eux que j’avais envie de raconter. Je l’ai vu tiquer, en parlant de la fois où j’avais fouillé dans les affaires de ma sœur. Je ne voulais pas dire le mot, je l’ai laissé faire, ça n’a pas été sans peine.
Inceste.
Une fois formulé, il m’a empli d’un trouble incroyable.
J’ai embrayé sur l’idée, forgeant, et l’image de mes maîtresses afin qu’elle concorde avec celle de ma sœur, du moins dans les caractéristiques que je retenais en elle. Je me suis bien vite fait déborder par ma libido : j’y ai impliqué les deux collègues sur lesquelles je fantasme depuis mon arrivée, Marie et Kahina. J’ai laissé planer le doute en le noyant sous des questionnements de puceau : avaient-elles envie de moi ? Marie n’était-elle pas plus ou moins secrètement amoureuse de moi ? Mon narcissisme n’était pas en reste : ce connard de Bertrand, du contentieux, ne me jalousait-il pas d’avoir débloqué le dossier Durocher sans son aide ? Et dans ce cas, pourquoi ne trouvais-je pas la force de me mettre en avant ?
Par peur de paraître prétentieux, pardi !
Dans le cabinet du Docteur Kirchener, exposer mes fantasmes et les faire vivre dans l’esprit d’un autre, mon psy en l’occurrence, leur donnait corps, et cette nouvelle réalité, certes ténue, accompagnait désormais chacune de mes soirées humides de solitude. Catherine, ma petite Catherine, seize ans de blondeur ondulée, lorsqu’un soir, après une énième dispute avec les parents, je suis venu la réconforter, la serrant contre moi jusqu’à l’étouffer ou presque. Catherine, au corps juvénile, presque frêle. Ma sœur, mon sang. Elle est devenue femme, ce soir d’août étouffant. Je devais avoir vingt-quatre ou vingt-cinq ans. Non, non, ça ne va pas du tout. Disons plutôt dix-huit ou dix-neuf.
Mais maintenant, ces fantasmes sont usés jusqu’à la corde, et mon sexe flasque ne daigne même plus relever la tête lorsque je les invoque. Trop sophistiquée, ma biographie semble échapper à mon psy. Je dois être trop créatif : ça ne lui parle plus.
Soulagé. Mais tout de même…
Je me retrouve un peu con, comme ça, ce soir, avec rien à faire, ni à penser. Je n’ai même pas allumé la lumière. Seul l’écran de mon ordinateur illumine un peu la pièce d’une clarté bleutée. Je n’ai même pas coupé le traitement de texte, hier. Ma fiction biographique est toujours affichée. Je pourrais la remettre en forme, la partager avec d’autres. Faire croire que… mais à d’autres personnes. Je me lève, fasciné par l’écran et l’idée qui germe en moi comme un mal insidieux.
Je suis un imposteur.
Je vais devenir écrivain.
oooOOOooo
par Olaf
Encore chiffonné par une longue nuit d’insomnie, je contemple son corps à demi dénudé dans la pâleur du petit matin. Pas de lascive exhibition, pas de pose étudiée, juste un abandon, au hasard des mouvements de la nuit.
Immédiatement, je ressens dans ma chair à quel point cette femme a tout pour m’exciter. Parmi tant d’autres charmes, dont je sais être l’unique usufruitier, ses petits seins sensibles, ses fesses pleines et rondes, la douceur de sa peau, tout comme les trésors cachés entre ses cuisses, provoquent en moi d’affolantes sensations dès l’instant où je les redécouvre.
Il suffit que je déplace un pli de tissu, relève la nuisette sur ses fesses, pour que déjà je m’emballe. La perspective de me repaître de ces délices me met dans un état second. De nombreuses résurgences de notre vie érotique se mélangent à des fantasmes inavoués. Ce que je peux contempler d’elle fait monter en moi une sourde envie, brute, animale. Comme par ensorcellement, tout ce qui ne participe pas à mon excitation disparaît alors de mon horizon érotique.
J’écarte ses cuisses du revers de la main, délicatement. Elle n’a pas besoin de s’animer pour m’exciter. L’habitude que j’ai de sa présence et la douce chaleur de son corps endormi suffisent à me mettre en rut. Rien ni personne ne domptera plus la bête qui piaffe dans mon ventre. Il me faut cette femme, son sexe, le plaisir que j’en tire et que jamais elle ne me refuse.
Dernier regard avant de m’emparer d’elle. Une évidence s’impose dans ce sursaut de lucidité. Cette femme, en plus de ce qu’elle offre de si excitant, a tout pour me séduire. Son intelligence, son humour corrosif, sa vivacité autant que son élégance, la rendent attirante, désirable et font compter double les heures passées en sa compagnie.
Des visions fugitives de plaisirs partagés exacerbent mon désir. Mes mains brouillonnent, ma bouche s’impatiente. Je joue maladroitement avec ses cheveux, couvre sa nuque des caresses et des morsures que je la sais apprécier. Les pointes de ses seins se dressent, signe de son prochain réveil. Je considère égoïstement sa passivité comme une preuve de consentement. Cette vulnérabilité ne serait-elle d’ailleurs pas la vraie raison de mon soudain désir ? Qu’importe, sans perdre de temps en maladroits préliminaires, j’approche mon sexe bandé de ses fesses, puis glisse au coup par coup jusqu’à son entrejambe. Attiré par la tiède moiteur, je m’enfonce d’un impérieux coup de reins dans sa vulve à peine entrouverte.
Alors seulement, pour mieux jouir de cette étroite conjonction, je m’impose un instant de retenue. Ignorant les vagues qui agitent mes hanches, je reste immobile entre ses cuisses. Bref répit qui me laisse la liberté de me souvenir à quel point cette femme excitante et séduisante a aussi tout pour m’attacher à elle. Tant par ses talents domestiques, son sens artistique, que par la place si parfaite qu’elle sait donner à chaque chose autour d’elle. Sans oublier sa manière de mettre son corps en valeur, de jour comme de nuit, et cette troublante habitude de jouer naturellement de sa féminité pour m’inviter, ou me provoquer, à sa convenance.
L’élégance de ses dessous, qu’une sensuelle fébrilité me pousse maintenant à malmener, en est la preuve tangible. Une main sur un sein, l’autre sur sa nuque, je l’étreins fermement pendant que je m’active en elle. Sans me donner la peine de l’associer à la montée de mon plaisir, je me délecte longuement d’une volupté quasi solitaire. Pourtant, malgré les pulsions viriles qui me poussent à une rapide jouissance, l’ambivalence de sa passivité commence à me troubler. Impossible d’ignorer qu’elle me laisse m’emparer d’elle, comme si, à défaut d’embrasement des sens et du cœur, son emprise sur ma virilité suffisait à la contenter. L’intensité de mon désir n’est sans doute pas une réelle source de plaisir pour elle. Quant à la jouissance, elle ne fait depuis longtemps plus partie de ce qu’elle attend de moi.
Il est trop tard pour y remédier, je ne suis plus en état de maîtriser la situation. Elle connaît les sortilèges qui me font succomber sans qu’elle ait besoin de s’impliquer vraiment. Quelques contractions intimes et un long gémissement parfaitement simulé suffisent à me désarçonner. Le spasme particulièrement jouissif qu’elle provoque de la sorte me plaque contre ses fesses. Profondément enfoncé en elle, je me répands déjà dans son ventre.
Les saccades d’une longue et intense éjaculation me libèrent des tensions accumulées au cours de la nuit. Elles me soulagent sans me procurer de réelle satisfaction. Pire, lorsque tout est consommé, un étrange et douloureux sentiment me paralyse. En acceptant d’être le simple réceptacle d’un débordement auquel je ne l’ai pas conviée, cette femme, ma femme comme je m’autorise encore à la considérer, a joué mon jeu dans la plus totale abnégation. La perfide servilité sensuelle dont elle fait ainsi preuve me rend à jamais responsable, coupable même, de cette fade incandescence que je nous ai imposée.
Elle ouvre enfin les yeux et tourne la tête vers moi. Son sourire un peu triste m’achève. La pâle satisfaction que je crois lire sur son visage ne suffit pas à me rassurer. Seule une sourde jubilation doit en être la cause, que provoque l’évidente mainmise de son cul sur mon sexe affamé. Si seulement elle pouvait un jour m’adresser le moindre reproche…
Aucun doute que cette femme a tout pour m’exciter, me séduire et m’attacher à elle. C’est précisément cette certitude qui me ronge et rend mon désir si vain après un tel naufrage. Mon Dieu, comment en suis-je arrivé à perdre jusqu’à l’envie de l’aimer encore ?
oooOOOooo
par J. Deaux
Il m’énerve. Dieu qu’il m’énerve !
Je n’étais pas sûre que ça puisse se faire, que ça puisse exister. Car voyez-vous, normalement, moi, quand ça crie, ça se dispute, ça m’ennuie, ben je n’ai pas envie. Je m’assèche comme le désert et mon corps se crispe, impossible de me toucher.
Oui mais voilà, il m’énerve.
Et plus il m’envoie des réflexions mesquines, plus il essaie de me prouver que j’ai tort, plus mon corps s’embrase, ma respiration s’accélère. Incompréhensible.
Et là, je suis censée faire quoi ? Je ne sais pas comment réagir moi, on ne m’a pas appris. D’ailleurs, si on y réfléchit, tout ce qu’on m’a appris, c’est renvoyer les coups, reproche pour reproche, critique pour critique, vacherie pour vacherie. Une dispute, ça se gagne, ma fille, pas question de baisser sa garde ! Il va voir, il ne va pas s’en tirer comme ça, il finira par te dire qu’il a tort, c’est comme ça, pas autrement, tu m’entends ?
Oui mais là, il m’excite.
Pourquoi lui, pourquoi maintenant surtout ?
Le sujet de la dispute ? Vous ne le croirez pas. Il a renversé la poubelle. Et bien sûr, c’est de ma faute… Je n’avais pas dû bien la fermer, la poser, alors elle s’est renversée quand il est passé. Je ne vais pas en faire un flan, c’est de ma faute de toute façon. Voilà, alors pourquoi, pourquoi diable ai-je envie de lui maintenant ? Il est chiant, énervant de toute façon. Puis ses yeux bleus qui me fixent, ça ne devrait pas me faire fléchir.
Oui mais voilà, j’ai envie de lui.
Donc maintenant il va bien falloir faire quelque chose, l’arrêter, lui dire stop, ok, tout ce que tu veux, mais laisse-moi planter mes crocs dans ton cou et t’ôter ta chemise. D’accord, la poubelle est magique, elle bouge seule, pourquoi pas après tout, mais pose tes mains sur mes hanches. Ok, c’est pas grave, on va tout ramasser et oublier, mais avant s’il te plait, fais-moi l’amour, prends-moi comme si c’était la dernière. Mets fin à mon supplice !
Oui mais voilà, ça ne se fait pas.
Ce ne sont pas ces mots-là qui sortent de ma bouche et on s’empêtre. C’est à qui fait le plus d’efforts, c’est à celui qui n’a pas lavé la vaisselle hier soir, qui a laissé son débardeur traîner dans la salle de bain. C’est moche. Et quand on en est à dire à l’autre que franchement on serait mieux seule qu’avec lui, comment lui avouer son désir ? Je suis conne. Bien conne. Je l’aime.
Oui mais voilà, je ne lui dis pas.
Chéri, s’il te plait, voudrais-tu m’enlever mon t-shirt, regarde, j’ai mis mon coordonné en dentelle bleue qui te plaît tant. Mon cœur, s’il te plaît, pourrais-tu glisser ta main entre la dentelle et mon sein, oh ! et puis non, inutile ce bout de tissu ! Mon amour, s’il te plaît, déshabille-moi, déshabille-toi aussi. Mon trésor, je t’en supplie, couche-moi là, à même le sol, peu importe, mais rentre en moi.
Oui mais voilà, il s’en va.
Comment rattrape-t-on l’être aimé lorsque ses mots ont dit l’inverse de ses pensées ?
La porte claque. Seule avec moi-même, seule avec mon désir, seule avec mes regrets…
Quand il reviendra, je ne le laisserai pas parler, quand il reviendra, je l’embrasserai, je lui dirai qu’il faut oublier. Quand il reviendra, je le trainerai dans notre lit, je lui dirai que je suis désolée. Quand il reviendra, je l’allongerai et caresserai son corps en entier en lui demandant pardon. Quand il reviendra, je me mettrai sur lui et le chevaucherai jusqu’à le faire jouir et quand il aura joui, je lui dirai à quel point je l’aime.
Quand il reviendra… Quand… Mon dieu, faites qu’il revienne !