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n° 14527Fiche technique31306 caractères31306
Temps de lecture estimé : 18 mn
21/08/11
corrigé 12/06/21
Résumé:  Les pirates cherchent les deux soeurs sur le navire. Sur la terre ferme, Flaggorn mène lui aussi son enquête.
Critères:  bateau contrainte fantastiqu -fantastiq
Auteur : Rain      Envoi mini-message

Série : Féérune dans tous ses états

Chapitre 03
Chapitre III : La vengeance est un plat qui se mange froid !

Résumé du chapitre II : Kera a retrouvé sa petite sœur, Elya. Après avoir tué plusieurs pirates, elles ont réussi à se cacher dans un canot de sauvetage en attendant de trouver mieux.

Les pirates sont à leur recherche sur le bateau après que leur capitaine (Œil Noir) ait longuement souligné leur incompétence.

L’homme aux yeux rouges, agacé par la disparition des jeunes filles, a pris Sonia (l’une des deux femmes du capitaine) dans sa cabine pour mettre la pression au chef pirate qui s’en veut de ne pas lui avoir porté secours.

Flaggorn a demandé de l’aide à Melchior, le plus puissant sorcier de Murann, qui a essayé de contacter ses filles dans leurs rêves. Un lien a pu être établi mais il n’a pas appris grand-chose, si ce n’est que ses enfants se trouvaient sur un bateau… (voir n° 14487 et 14509)



Notes : Voici quelques précisions concernant la magie. Il en existe deux sortes : celle des mages et celle des prêtres.

Les mages ont besoin de posséder une intelligence hors du commun pour arriver à maîtriser les énergies qui les entourent et les canaliser sous forme de sortilèges. Les prêtres ont besoin de prier et de respecter la doctrine de leur divinité pour jeter des sorts. S’ils ne respectent pas les préceptes de leur religion, ils peuvent à tout moment perdre la magie que leur confère leur dieu.

Concernant les divinités de Féérune, il en existe beaucoup trop pour que je prenne le temps de les détailler chacune. En revanche, j’essaierai de donner le domaine que couvre telle ou telle divinité en notes. Pour le moment, il ne me semble en avoir cité que trois : Waukeen (déesse du commerce et de la richesse), Tymora (déesse de la chance), et Séluné (déesse de la lune, des étoiles de la navigation).










La main de Sonia saisit le sommet de la cagoule de cuir et tira brusquement dessus. Ne s’attendant pas à autant de hardiesse, il n’eut pas le temps d’utiliser son pouvoir de changement d’apparence. Heureusement ce pouvoir était encore efficace même si sa durée avait été considérablement réduite par la malédiction qui l’affligeait.


Ce qu’elle vit la fit hurler ! Le menton était humain. Certes ! Les joues aussi ! Le nez aussi, ainsi que les oreilles ! Mais le reste venait du pire cauchemar que l’on puisse faire. Les lèvres se résumaient à des bourrelets de chair à vif couverts de pustules purulentes. La dentition s’apparentait à celle du requin. Plusieurs rangées de dents effilochées couleur jaune pisse se chevauchaient dans une bouche noirâtre envahie de mycoses suppurantes. Mais le plus terrible était la langue ! À la manière du serpent, elle se vrillait et s’enroulait, noire comme la nuit, et grosse comme une langue de bœuf ! Et les yeux ! Deux orbites vides au fond desquelles brillait une lueur malsaine rouge. Sonia crut un instant qu’elle allait devenir folle, le visage ruisselant de larmes, choquée, sur le point de sombrer dans cet étrange abîme qu’est la folie.


L’homme mystérieux l’agrippa par les cheveux, tirant si fort que le cuir chevelu resta dans ses mains ! Cela le fit rire !


D’abord, Sonia ne sentit aucune douleur. Ensuite, en apercevant dans la main de cette créature sa chevelure sous laquelle pendouillaient des lambeaux de chair sanguinolents, elle se mit à hurler de détresse et de terreur. Enfin, une sensation de brûlure atroce irradia le sommet de son crâne et la douleur s’installa pour de bon.


Mais cette dernière ne dura pas longtemps. Il lâcha le scalp et s’approcha d’elle. Elle resta figée sur place. Des ongles longs et noirs se mirent à remplacer ceux de l’homme cagoulé et allèrent se loger dans le cou de Sonia qui s’ouvrit comme une bourse crevée par une dague. Elle essaya bien de contenir l’hémorragie avec les deux mains. Mais il était déjà trop tard. La blessure était trop large et trop profonde. Sa vision se troubla et ses yeux roulèrent dans leurs orbites. Avant qu’elle ne meure, son cerveau vit une dernière fois l’image d’Œil Noir qui regardait ses bottes. Vint ensuite le noir absolu.


Pourquoi cette garce avait-elle osé lui ôter sa cagoule ? Il détestait son nouveau visage. Horrible ! Affreux ! Laid ! Lui qui était autrefois si séduisant. Mais voilà, il avait ouvert un portail et n’avait pu ni contrôler, ni négocier avec la créature qui l’avait franchi. Pour le punir, elle lui avait ôté sa caractéristique principale. D’un simple claquement de doigts, son visage magnifique était devenu hideux…


Pourquoi fallait-il que les êtres de son espèce soient capables de déranger pareilles entités ? Certainement une perversion de plus de l’endroit d’où il venait. Plus de quatre cents ans à supporter cette « horreur » qu’il dissimulait en permanence sous cette cagoule. Il espérait que le grimoire et le parchemin qu’il avait fini par trouver au bout de ces quatre derniers siècles lui permettraient de recouvrer son apparence d’autrefois.


Ces pensées le rendirent un instant mélancolique et lorsqu’il remit sa cagoule, son humeur changea. Il était furieux ! Il savait comment cela risquait de se terminer s’il ne trouvait pas de filles à baiser. Ceux de son espèce pouvaient être amenés à faire des choses atroces avec juste une pointe de colère. Ce n’était pas l’atrocité qui le dérangeait. Oh ça non ! Ce qui l’agaçait c’était sa nouvelle apparence. Seulement ce visage laid. Et baiser lui avait toujours apporté de l’apaisement. C’était ainsi que ceux de son espèce aimaient à passer le temps.


Peut-être choisirait-il l’elfe ? À moins qu’il ne se laissât tenter par une fille noble enlevée à la Porte de Baldur, ou à Eauprofonde. Ils avaient enlevé des dizaines de jeunes filles. Mais certaines étaient « réservées. » Il devrait encore les sonder afin de ne pas se tromper. Car l’erreur pourrait être fatale. Il ne voulait pas déranger une nouvelle fois cette entité ! La mort lui paraissait plus douce.


Il se rabattrait sur l’elfe. Il l’avait décidé. Le chef pirate serait ravi de son choix ! Cette pensée dessina un semblant de sourire sous la cagoule. D’un pas pressé il retourna à la cabine du capitaine.



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Skal avait le visage constellé de poussière et de crasse, mais son sourire et ses grands yeux bleus n’avaient rien perdu de leur enthousiasme. Flaggorn lui demanda s’il allait bien et le garçon hocha la tête. Il s’avança vers le seigneur de Murann et s’agenouilla.



Flaggorn n’écoutait plus. Son cerveau s’était arrêté sur le nom de l’homme qui était devenu son ennemi. Il avait entendu parler de ce pirate recherché en Amn, au Nord, au Téthyr et même au Calimshan. Il le retrouverait et le tuerait.


Il ignora le garçon et le laissa planté là. Il avait besoin de retourner voir le mage. Il était temps de passer aux choses sérieuses !


Pendant ce temps, le jeune garçon, à la fois soulagé et déçu que le seigneur n’ait pas écouté ses excuses, se fondit dans la masse et déroba une bourse avant de rejoindre ses petites sœurs au cimetière.



ooOOoo




Œil Noir allait lui en mettre plein le cul ! Si elle était sage, il lui offrirait peut-être un esclave à la peau sombre. Il arpentait les couloirs en direction de la chambre d’Elva, souriant à l’idée de la partie de jambes en l’air qui se profilait quand il sentit une présence derrière lui. En un battement de cil, il sortit la dague qu’il gardait toujours sous sa chemise et se retourna, prêt à affronter celui qui essayait de le surprendre.


Encore cette sale tronche de cuir, je devrais le tuer maintenant. Il est rapide, mais je devrais quand même pouvoir lui porter un coup, lui arracher un de ses yeux de braise et le lui faire bouffer. Les deux, même !


Avant qu’il ne puisse continuer à imaginer la torture qu’il ferait endurer à l’homme mystérieux, ce dernier ricana. Il lit dans mes pensées, comprit le pirate. Je vais lui arracher…



L’autre ricana de plus belle et, de sous sa cape noire, sortit la tête de Sonia qu’il jeta aux pieds du pirate. Surpris et aussi un peu choqué (le sommet de son crâne avait été pelé jusqu’à l’os), il fit un bond en arrière.


Les yeux vitreux de Sonia semblaient regarder dans sa direction. Œil Noir décelait dans ses yeux des reproches. Des reproches qui lui étaient adressés.




Du moins c’est ce qu’il sembla au capitaine qui avait dirigé toute son attention vers la tronche de cuir afin de ne plus croiser le regard de la pauvre Sonia.



Le chef pirate avait perdu son calme. Il beuglait et la dague qu’il avait extirpée de sa chemise était toujours dans sa main droite qui s’agitait dans les airs en même temps qu’il menaçait verbalement « Yeux rouges. »


Il fut un instant décontenancé. Il ne voulait pas se laisser intimider, mais en même temps, savait que le pirate était une fine lame qui risquait de lui donner du fil à retordre.



Œil Noir passa à quelques centimètres de l’homme cagoulé et lui lança son regard le plus sombre. Plus tard, il demanderait à un des incapables de son équipage de récupérer la tête de Sonia et de la jeter à la mer.


Petit à petit, une émotion déplaisante qu’il n’avait pas ressentie depuis son enfance s’immisça sourdement en lui. Il était triste comme le jour où son enfoiré de père avait fini par tuer sa sœur. Elle s’était interposée afin de le protéger d’une des raclées qu’il subissait quotidiennement. Il avait alors cinq ans. Elle en avait cinq aussi. Ils étaient jumeaux. Un coup de poing en plein visage. Des bruits d’os qui se brisent. Le corps de sa sœur, face contre terre, une auréole de sang se formant autour de sa tête. Il chassa ses pensées et partit voir Elva.



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« Yeux rouges » avait choisi trois esclaves (une rousse à la peau laiteuse, une calimshite à la peau cuivrée et une noire) qu’il conduisit dans sa cabine. Elles avaient à peine plus de vingt ans et chacune était d’une grande beauté. Comme toujours, il les avait sélectionnées avec soin. Il les avait toutes les trois charmées. De toute façon, avait-il le choix ? Chaque fois qu’il avait usé de force plutôt que de ce pouvoir, il s’était retrouvé à copuler avec des filles à moitié mortes.


Il avait besoin de se distraire et ces trois-là feraient parfaitement l’affaire. Sa langue noire frotta le cuir de la cagoule et il se jeta sur les trois filles.



ooOOoo




Le vent grondait dans les voiles du navire qui filait maintenant à toute vitesse vers l’île qui servait de repère à Œil Noir et son équipage. Dans trois jours, peut-être même deux, si les vents continuaient à être favorables, ils atteindraient cette minuscule île des Nélanthères. La nuit touchait à sa fin et le jour n’allait pas tarder à poindre.


Œil Noir faisait les cent pas sur le pont, attendant des nouvelles des deux salopes de sœurs. Il avait demandé à Elva qu’elle s’enferme dans sa cabine. Il ne pouvait s’empêcher de penser à Sonia. Il la vengerait, même s’il devait y laisser la vie ! C’était maintenant qu’elle n’était plus là qu’il comprenait à quel point elle avait de l’importance pour lui. Cela faisait longtemps qu’il la connaissait et, même si l’amour qu’éprouvait Sonia à son égard n’était que le fruit de la magie, le temps passé ensemble avait fini par apporter son lot de tendresse. Et les images de Sonia qui défilaient dans sa tête engendraient des images de sa sœur. Au fil du temps, son visage n’était plus qu’une forme vague dont il avait oublié tous les détails. Et cela le plongeait dans une torturante mélancolie.


Une pluie fine se déversait sur le crâne des marins qui s’activaient à leur poste quand la vigie annonça qu’elle apercevait une gigantesque ombre à bâbord. Le capitaine ordonna à un matelot de lui faire un rapport plus détaillé.


Le jeune pirate s’approcha de la coque et avant que son regard ne scrute en contrebas, un tentacule verdâtre de plusieurs mètres agrippa le bougre à la taille, l’entraînant dans les eaux opaques. Œil Noir se mit à crier :



Kera et sa sœur entendaient à peine l’agitation qui s’était emparée de l’équipage. Cependant, quand elles sentirent que le canot de sauvetage était ballotté dans tous les sens, comme le navire, elles comprirent qu’il fallait bouger. Il fallait trouver un lieu plus sûr. Et elles n’avaient pas beaucoup de solutions. En fait, elles n’en voyaient qu’une. Il fallait retourner sur le bateau avant qu’elles ne finissent au fond de la mer.


Les lances et harpons se plantaient dans l’océan, la plupart du temps pour se perdre dans ses abysses, et amochaient rarement la pieuvre. Les marins virent, certains pour la première fois, la puissance de cette créature. Le navire avait manqué de se retourner à maintes reprises et cinq marins avaient été emportés par les tentacules.


Le capitaine du rafiot avait combattu bon nombre de monstres marins et ce n’était pas une pieuvre qui allait l’inquiéter. Il s’empara de deux lances, s’approcha de la coque, visa un court instant avant de tirer sur la créature. Toutes firent mouche et infligèrent d’importantes blessures à la pieuvre qui, avant de disparaître sous un nuage d’encre, propulsa un de ses tentacules sur Œil Noir.


D’un pas chassé sur le côté, il esquiva le tentacule qui se rétracta et disparut, comme la créature, au fond des eaux teintées d’une mare noirâtre qui s’étendait sur plus de cinquante mètres de diamètre.


Les deux sœurs avaient rejoint le pont sans que personne ne s’en rende compte. Les pirates étaient tellement occupés par le combat qu’elles n’avaient même pas pris la peine de se déplacer discrètement. Elles avaient couru jusqu’aux grandes caisses et s’étaient chacune terrée dans l’une d’elles. Dans un quart d’heure le jour se lèverait et elles espéraient que les pirates iraient prendre un peu de repos.



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Flaggorn entra chez Melchior qui l’accueillit dans le salon où il rempotait des herbes et des plantes médicinales. Le dirigeant de la cité avait les traits tirés et son ami comprit d’emblée l’objet de sa visite. Quand il mentionna le nom d’Œil Noir, le visage du mage s’assombrit. Flaggorn sut qu’il allait apprendre des choses qu’il n’aurait jamais souhaité entendre. Le sorcier semblait chercher ses mots afin de ne pas trop inquiéter son ami. Ce dernier trouvait cette attitude encore plus inquiétante et finit par le lui dire :



Les yeux de Flaggorn étaient deux perles noires de détresse et de chagrin, son visage, un masque inexpressif, insondable. Melchior devait lui mentir pour son bien ! Il ne pouvait quand même pas lui dire qu’Œil Noir vendait des jeunes filles à des peuples primitifs qui les sacrifiaient pour leurs divinités ?

Il lui répondit simplement qu’il l’ignorait et qu’il aurait des nouvelles de ses filles avant qu’il ne débarque aux Nélanthères. Il lui en faisait la promesse solennelle. Flaggorn le salua rapidement et quitta la tour pour la deuxième fois de la journée.

Il était temps de faire appel à ses anciens compagnons d’aventure. Ensuite, il lui faudrait trouver un moyen de s’approcher des îles des pirates sans que des hordes de ces derniers leur tombent sur le dos. Après tout, les Nélanthères appartenaient aux pirates depuis plusieurs siècles maintenant et ils n’appréciaient pas trop les intrusions.


Flaggorn traversa la ville jusqu’au Navire Ardent où il recruterait Vask et peut-être même le tavernier, Grizlok.



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Cela faisait plus d’une heure que le combat contre la pieuvre était terminé et les marins avaient repris les recherches. « Hors de question de vous reposer ! » Voilà ce qu’il avait répondu à ceux qui avaient osé lui demander la permission de prendre du repos.


Œil Noir était resté sur le pont, tournant en rond, l’esprit encore encombré des images de Sonia qui, à chaque fois, lui rappelaient Karia, sa sœur jumelle. L’autre allait bouffer son masque de cuir et s’étouffer avec ! Il était furieux et la colère ne faisait qu’accélérer le rythme effréné de ses pensées maussades. Il voulait crier aux dieux son chagrin, et plus que tout, il voulait se venger.


Deux heures plus tard, les seuls rapports qu’il eut de son équipage étaient toujours similaires : rien.

Il décida qu’il était temps qu’il se mette à chercher ces deux truies. Peut-être baiserait-il ces deux salopes pour atténuer sa rage. Voilà une bonne idée ! En outre, il était persuadé que cela gênerait grandement les plans de la tronche de cuir. De mieux en mieux ! Un pâle sourire commençait à se dessiner à la commissure de ses lèvres quand il commença à fouiller le pont. Il allait ouvrir toutes les caisses. Personne n’avait pensé à regarder dedans !



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Le regard de Flaggorn avait retourné les tripes de Vask et Grizlok qui acceptèrent de le suivre sur-le-champ. Le nain mit sa clientèle à la porte, et finit par faire sortir les derniers récalcitrants, encore éméchés, à grands coups de botte dans le train. Une fois à l’extérieur, il mit un écriteau annonçant que le Navire Ardent serait fermé pour une durée indéterminée et tous les trois partirent chercher leur équipement avant de rendre visite à Elios, leur ami et compagnon d’aventure, grand prêtre du temple de Séluné.


Le soleil cuisant se reflétait sur leurs armures astiquées, huilées, et brillantes. Ils marchaient tous les trois côte à côte. Flaggorn encadré par Vask (à sa gauche) et Grizlok (à sa droite.)


Le nain avait enfilé son armure complète et un heaume incrusté d’émeraudes et autres pierres tout aussi précieuses. Sa ceinture de force des géants du feu accrochée à la taille et Shot dans le dos, son marteau forgé par le clan des Clanegin de Mirabar, la cité naine au nord de Féérune.


Vask avait revêtu une armure de cuir noire sur laquelle figurait un loup blanc. Un grand sac à dos contenait toutes ses affaires de voleur ainsi que quelques pièges rudimentaires et une dizaine de dagues. De chaque côté de ses flancs se balançaient deux épées courtes et plusieurs fioles accrochées à sa ceinture.


Le seigneur portait, lui aussi, une armure complète. Le pommeau de Thurgval dépassait de dessous un pavois, à l’effigie de la ville, accroché dans son dos. Il avait passé ses gantelets d’ogre et avait pris plusieurs potions pour accroître ses compétences au combat.


Les gens qui les croisaient s’écartaient naturellement pour leur faire place. Personne n’aurait voulu les bousculer, même par inadvertance. Une force d’une puissance phénoménale se dégageait de ce trio. Ils traversèrent les docks jusqu’au temple de Séluné qui surplombait la mer sur une falaise, non loin des quais.


C’était un bel édifice fait de marbre blanc, qui possédait deux étages. Il avait la forme d’un croissant de lune et son entrée se trouvait au centre de la partie la plus arrondie. Ils poussèrent la double porte bardée de traverses de bronze agrémentées de runes mystiques. Le couloir qui menait à la salle de prière était baigné d’une lumière blanche, aveuglante.


Quand la double porte de la salle principale fut ouverte, les chants sporadiques des prêtres se firent entendre. Flaggorn s’avança vers le prêtre qui dirigeait la messe et, sans prendre la peine ni le temps qu’elle s’achève, lui demanda où se trouvait Elios.


Le prêtre trouva l’attitude du seigneur très impolie mais ne lui en fit pas la remarque. Il se contenta de lui répondre qu’Elios était dans la bibliothèque, à l’étage.


Tous les trois s’y rendirent par l’escalier en colimaçon, lui aussi sculpté dans du marbre blanc. Chaque marche avait la forme d’un croissant de lune et le nain se dit que ces prêtres avaient vraiment une araignée au plafond pour perdre un temps précieux à sculpter des croissants un peu partout.


Flaggorn martela la porte de la bibliothèque et entendit la voix de son ami qui l’invitait à entrer. Quand Elios les vit, il fut d’abord content. Mais en les détaillant de pied en cap, de l’inquiétude apparut dans ses yeux gris-bleu. Que faisaient-ils dans un temple, accoutrés comme s’ils étaient sur le point de livrer bataille ?


Flaggorn lui expliqua la situation et, quelques minutes plus tard, le grand prêtre passa le commandement du temple à son second. Il prépara son symbole religieux, son armure, son marteau, son anneau d’étoiles filantes, sa cape de lune et tout un tas de potions et herbes curatives.

Il ne leur restait plus qu’à trouver un navire et mettre les voiles.



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Elya fut découverte la première. Elle entendit le chuintement des bottes sur le pont mouillé qui se rapprochait de la caisse dans laquelle elle s’était tapie. Elle retenait sa respiration espérant naïvement faire moins de bruit quand elle fut éblouie, après avoir passé des heures dans le noir, par la lumière du jour au moment où des mains retirèrent le couvercle de la caisse.


Un rictus de contentement et d’autre chose qu’elle n’arrivait pas encore à discerner se dessinait sur le visage de la brute qui l’attrapa par le poignet. L’instant suivant elle était décollée du sol. Elle se débattit, essaya de donner des coups de pieds mais ces derniers ne décrivaient que de maigres moulinets dans les airs.


Œil Noir resserra son étreinte, manquant de lui briser le poignet. Il y apparaîtrait dans quelques heures une belle trace violet foncé qui finirait par virer vers le bleu. Il était trop fort pour elle et elle avait l’impression d’être un poisson accroché au bout d’une ligne. Elle pensa que se résigner serait la meilleure solution.


Kera qui se trouvait dans la caisse adjacente avait la cervelle en ébullition. Elle devait réfléchir. Et vite ! Elle ne pouvait pas laisser sa sœur aux mains de ces brutes. Elle voulait bondir de la caisse et se jeter sur celui qui avait découvert Elya. Elle savait que cela était une mauvaise idée.


Pourtant ce fut ce qu’elle fit. À vingt ans ce sont les tripes qui prennent le dessus sur la réflexion et la peur n’arrange en rien le calme que nécessite un plan d’action. Au moment où elle soulevait le couvercle de sa cachette (tombeau, pensa-t-elle. Je vais mourir ici), sa petite sœur était déjà saucissonnée au grand mat, mains dans le dos.


L’effet de surprise était réduit à néant. Le capitaine du navire dégaina son sabre et avança calmement vers Kera qui brandissait son pauvre couteau.



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L’homme mystérieux demanda à la noire et à la rousse qu’elles nettoient le sperme qui s’était agglutiné sur la lourde poitrine de la Calimshite. En une danse de langues humides, elles débarbouillèrent l’opulente poitrine. En les regardant faire, « Yeux rouges » sentit son sexe entrer à nouveau en érection car il entendait leurs pensées.


Aucune n’appréciait ce qu’il venait de leur demander mais, encore sous les effets du charme, elles tenaient à lui faire plaisir. Elles étaient aussi terrifiées, ce qui signifiait que son charme s’estompait un peu. Mais la crainte qu’il suscitait chez les humains les empêchait d’agir de manière inconsidérée ! Le dégoût et l’effroi qu’il leur inspirait lui donnaient envie de les prendre à nouveau ! Il élargit sa bite de deux centimètres ce qui la faisait maintenant ressembler à un gros boudin d’Athkatla, celui que l’on trouve partout en abondance sur la promenade de Waukeen, le marché géant de la capitale amnienne.

Il s’élança d’abord sur la rousse et, alors que son énorme queue allait disparaître en elle, quelqu’un frappa à la porte de sa cabine.



À ce moment-là, l’homme à la petite voix en profita pour décamper.


Il sentit le soulagement dans les esprits des esclaves et cela lui déplut ! Il se tourna vers elles, et les scrutant un instant de ses yeux rouges comme un coucher de soleil, il leur promit qu’il reprendrait plus tard cette « douce » activité avec les trois. Il claqua la porte en sortant et se rendit sur le pont.



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Kera savait qu’elle n’avait aucune chance face au chef pirate, mais s’élança néanmoins avec force sur son adversaire en brandissant son poignard dans les airs. Œil Noir s’immobilisa, les bras ballants, et lorsqu’elle essaya d’atteindre sa gorge avec le couteau, il esquiva l’attaque d’un pas de côté et balaya les pieds de Kera en la poussant en arrière. Elle se retrouva sur le dos. L’instant suivant la pointe de son sabre piquait la gorge de la belle brune.



Puis il partit d’un rire dément qui dura près de trente secondes. Cela lui faisait un bien fou. Rire à s’en retourner l’estomac.


Kera souhaitait sa mort, elle voulait lui arracher les couilles avec une dague rouillée et les brandir devant son équipage. « Regardez ce que j’ai fait de votre chef, approchez et je vous les coupe à tous ! »

Mais elle n’était pas en position de force. Elle devait s’écraser pour l’instant ! Et réfléchir ! Oui, réfléchir, c’est ce qu’elle avait de mieux à faire. Elle se leva et ne montra aucune résistance quand il lui mit les entraves.


Œil Noir détacha Elya du grand mat et retourna à sa cabine, l’esprit assailli de pensées lubriques. Elle, attachée et traînée par ce monstre, regardait le sol, les yeux mi-clos. Elle espérait que ce qu’elle allait endurer se passe vite. Très vite ! Lui espérait que dépuceler Elya puisse nuire au bâtard au masque de cuir. Mais il n’avait pas prévu qu’un de ses matelots, pensant bien faire, aille voir la tronche de cuir pour lui annoncer la bonne nouvelle. Du moins pas si vite…