| n° 14402 | Fiche technique | 36499 caractères | 36499Temps de lecture estimé : 22 mn | 15/05/11 |
| Résumé: L'eau qui dormait est troublée par la présence d'une eau chaude et très salée. | ||||
| Critères: fh ff hplusag fplusag collègues travail voyage chantage cérébral photofilm init confession | ||||
| Auteur : Toubab_7 (Coquin, câlin, malin) | ||||
| Épisode précédent | Série : Timide Audrey Chapitre 02 / 02 | FIN de la série |
Sage, timide et réservée en apparence, j’ai vite compris le pouvoir que je pouvais avoir sur les hommes, et surtout les hommes plus âgés. L’air de ne pas y toucher, j’obtiens ce que je veux sans oublier d’y trouver du plaisir.
Blandine est une de mes meilleures amies. Plus qu’une amie, une amante.
Pourtant, la première fois que je la vois, je commence par la détester. À la sortie de la fac, j’ai trouvé un emploi comme acheteuse pour une grande enseigne de boutiques de vêtements. Je gagne vite ma place, suis appréciée de mes collègues et réalise facilement mes objectifs. Je passe une première année idéale sous l’autorité d’un directeur protecteur et paternel. Enfin, un paternalisme d’apparence car, si j’en crois certains sourires et certains regards lancés à la dérobée, il doit avoir quelques pensées incestueuses. Bien sûr, je fais celle qui ne se rend compte de rien. Je ne cherche pas non plus à profiter de la situation. Disons que je me le garde sous le coude. Pour plus tard. Au cas où…
Et voilà qu’on me fourre Blandine dans les pattes. Je me demande si, à la première rencontre, c’est son physique ou son attitude qui m’ont le plus énervée. De deux ans ma cadette, elle affiche la sérénité et l’assurance d’une femme de trente ans. C’est une femme fatale, de celles dont les regards et les gestes laissent à penser que rien n’est meilleur que quelques heures passées en leur compagnie, en leur lit. Pour vous donner une idée, il lui a suffi d’un mois pour se faire détester de toutes les femmes de l’entreprise. Mais pour Blandine, la jalousie des autres femmes est un compliment de même valeur que le désir des hommes. Et pour ce qui est d’attiser le désir, elle possède tout ce qu’il faut, équipement full option version grand luxe. Longues jambes, hanches larges et fesses bombées, ventre plat, 95C haut perché et lèvres pourpres et pulpeuses. Difficile d’exister à côté d’elle. Je m’en rends cruellement compte un jour où, à une réunion, nous sommes toutes les deux en tailleur-pantalon. Sous ma veste, un chemisier blanc à peine décolleté ; à mes pieds, de charmantes chaussures plates vernies. Sous sa veste, un bustier en soie qui laisse deviner les dentelles du soutif ; à ses pieds, des talons aiguilles d’une dizaine de centimètres. Tous les hommes présents n’ont d’yeux que pour elle. Et je les comprends. Ils ont le choix entre la petite Audrey, quasi pucelle qu’il faudrait dérider avec patience, et la belle Blandine, bombe sexuelle accessible par toutes les intimités.
Pour moi et mes petites manigances, il y a danger.
Les premières semaines, entre nous, c’est la Drôle de guerre : chacune dans son camp à attendre que l’autre se découvre. Je la déteste et, en même temps, je me surprends parfois à fantasmer sur elle. Des fantasmes où je suis dominante, limite violente. Je mets ce désir sur le compte d’une trop longue abstinence. À moins que ce ne soit le contrecoup de ma merveilleuse aventure avec Corine.
Avant Corine, je n’avais jamais fait l’amour à une femme. Cela m’intriguait et m’excitait mais je n’avais pas été plus loin qu’une masturbation côte à côte et quelques caresses sur les seins avec une amie, un soir de fête. Je rencontre Corine à la MJC où nous prenons toutes deux des cours de photographie. Elle a presque deux fois mon âge mais le courant passe très bien entre nous. Très vite, j’apprends qu’elle est cadre dans l’administration, qu’elle est divorcée avec deux ados qu’elle garde une semaine sur deux. De mon côté, je suis en train de finir mes études et sa compagnie me change de la fréquentation du monde étudiant. Entre deux cours, le prof nous demande de nous exercer en prenant des photos sur un thème donné. Très vite, Corine et moi prenons l’habitude de nous retrouver pour faire nos shootings ensemble, souvent le samedi après-midi quand ses enfants sont chez leur père. Parfois, nous poursuivons la soirée autour d’un verre et d’un repas. Moments propices aux petites confidences entre filles où, alors qu’on parle de son divorce difficile, Corine m’annonce qu’elle a quitté son mari pour une femme, puis cette femme pour une autre. Elle me le dit car c’est quelque chose qu’elle ne veut ni ne peut cacher à ses copines, pour qu’il n’y ait pas d’ambiguïté. Ma première réaction est d’être flattée car cela signifie qu’elle me considère comme une amie. Ensuite, malgré ma curiosité, je me garde bien de lui poser des questions trop indiscrètes. Et puis j’y pense de temps à autre, mais sans plus.
Jusqu’à ce samedi de janvier où nous allons prendre des photos de la campagne enneigée.
Je crois que je n’ai jamais eu aussi froid de ma vie. Moi qui ne suis pas une grande marcheuse, je me laisse embarquer dans une longue balade par Corine. J’ai un peu présumé de mes forces et le retour est difficile, les arrêts se multiplient. Et c’est au cours d’un de ceux-ci que Corine, me voyant grelotter, me serre contre elle pour me réchauffer. Cela me fait beaucoup de bien. Je me recroqueville dans l’abri douillet que constituent ses bras. Et puis, en levant les yeux, je vois son visage à quelques centimètres du mien. Sans réfléchir, je tends mes lèvres vers les siennes et l’embrasse. Elle ne me repousse pas mais ne participe pas non plus franchement. Quand nos lèvres se séparent, elle dit juste qu’il va falloir penser à rentrer. Pendant l’heure de marche qui nous ramène à sa voiture, j’oublie le froid et la fatigue, uniquement habitée par la peur d’avoir fait une bêtise. J’arrête de cogiter quelques minutes quand nous arrivons dans la voiture.
Pas de réponse. Juste un sourire énigmatique. Et puis sa voiture qui se dirige vers l’est de la ville. Soulagement : j’habite à l’ouest.
Chez elle. Elle prépare le thé pendant qu’un bain coule. Il faut se réchauffer de l’intérieur et de l’extérieur. Je suis étrangement passive. Intimidée. Je suis même gênée de me déshabiller alors que je ne suis pas pudique de nature. Corine, elle, se met à nu naturellement. Cuisses charnues, fesses potelées, fine toison brune, un ventre très légèrement arrondi, des seins lourds et ronds un peu bas. Nous buvons notre thé dans le bain. Mon dos collé à elle, dans ses bras. Et ses caresses sur mon buste, mon ventre, les cuisses. Et sa main qui se pose sur mon minou, son doigt qui glisse le long de ma fente. Mon corps s’abandonne. Mon visage se tourne pour quémander un baiser. Son doigt en moi. Un orgasme muet.
Pendant une dizaine de mois, Corine et moi nous voyons très régulièrement, parfois plusieurs fois par semaine quand elle est seule. À ses côtés, je prends vraiment goût aux amours lesbiens. C’est si différent des hommes. D’ailleurs, je n’ai pas l’impression que c’est du sexe. Plus une amitié amoureuse. Une connivence intime. Pourtant, elle me pousse à accepter des folies, comme celle de lui offrir ma dernière virginité. Mais même dans ces moments-là, ce n’est pas du cul, c’est un échange réciproque de plaisir. Échange auquel elle met fin brutalement quand son ex-amie revient habiter dans la région. Et là, ça me fait vraiment mal. Pas tant pour les câlins que nous ne ferons plus que pour la fin de cette amitié que je croyais solide. Là, j’ai vraiment la peine et la rage. C’est décidé : on ne me reprendra plus d’aussi tôt à faire preuve de sincérité.
Avec Blandine, aucune sincérité n’est envisageable. Même si nulle n’a tiré le premier coup de feu, c’est un peu tendu derrière des relations cordiales de façade. Comme elle m’inquiète, je recommence à placer mes pions, à me placer. Ma cible privilégiée est mon directeur de département car, avec son attitude paternaliste, j’avance en terrain presque conquis. Je me fais encore plus angélique quand, en moi, ma diablesse prend place. Une diablesse qui, soudain, me fait voir Jean-Pierre avec les yeux du désir. Il est grand et large, avec le ventre proéminent de ces hommes de cinquante ans bien installés dans la vie et amateurs de bonne chère. Je commence à avoir envie de savoir ce que cela peut faire de se sentir écrasée sous le poids et les ruades de ce corps massif. Et sa barbe bien taillée, quelles sensations procure-t-elle lorsqu’elle frotte l’intérieur des cuisses, là où la peau est si douce et si fragile ? À plusieurs reprises, je me surprends à fantasmer sur ses doigts longs, larges et parfaitement soignés, j’imagine comme il doit être bon de les sentir en soi, me demande s’ils sont proportionnés à la taille de son sexe qui, pour le coup, doit être un énorme appendice.
Ma diablesse s’est mise en marche. J’ai envie de lui mais pour quoi faire ? Comment faire ?
Pour quoi ? Un jeu sans enjeu est un jeu sans intérêt. Et l’intérêt m’apparaît au bout de quelques semaines lors d’une discussion avec Nathalie, ma chef de service. Une succursale va s’ouvrir à Bruxelles et Jean-Pierre va en prendre la direction. Mais qui pour prendre sa place ici ? Nathalie me dit convoiter le poste. J’ai soudain très envie de l’aider. Parce que je l’apprécie et la respecte depuis mon arrivée. C’est elle qui m’a recrutée, qui m’a formée et qui a toujours été là pour moi, aidante et bienveillante. Je veux l’aider à obtenir le poste de Jean-Pierre. Pour elle et, aussi, pour moi : avec une telle alliée à la direction du département, je n’aurais plus rien à craindre de Blandine.
Comment faire ? Là est vraiment la question. Dans l’entreprise, les ragots vont bon train mais aucun ne concerne Jean-Pierre. Marié, bon père de famille, golfeur occasionnel, il semblerait que son seul défaut soit un trop grand amour de la table. À la façon dont il me regarde souvent à la dérobée, je devine qu’il croquerait bien de la jeune biche, mais comment me laisser attraper ?
Question sans réponse jusqu’à ce que Jean-Pierre présente le planning de sa tournée d’adieu des fournisseurs. Avant de partir, il a décidé d’aller visiter les plus importants. D’après lui, c’est pour tout mettre au carré avant de quitter le poste. D’après les mauvaises langues, il veut se payer une dernière tournée des popotes aux frais de l’entreprise. Même si c’est le cas, il faut reconnaître qu’il est partageur : à chaque déplacement, il a désigné quelqu’un pour l’accompagner. Étienne en Roumanie, Nathalie en République Tchèque, Jérôme en Slovaquie, Jacques en Italie, Hélène en Espagne, Mina en Tunisie, Audrey au Maroc.
C’est une double satisfaction. Déjà, Blandine n’est pas dans la liste car, étant depuis trop peu de temps dans l’entreprise, c’est son chef de service qui se déplace. Ensuite, je vais passer cinq jours en tête-à-tête avec Jean-Pierre. Une perspective qui met ma diablesse en transe. Moi qui, d’habitude, prends le temps de tisser ma toile, il va falloir que j’agisse vite, et bien.
La veille du départ. Je suis impatiente et j’ai mal dormi. Impatiente car tout est en place. Tous les dossiers sont prêts et, ces derniers jours, j’ai doublé la dose de minauderies envers Jean-Pierre. Par contre, j’ai mal dormi. La veille au soir, en consultant mes mails, j’ai eu une mauvaise surprise. Un message signé « Janus » : « Mlle Sainte-Nitouche va bien profiter de son séjour marocain. M. Jean-Pierre ne va pas enfiler des trous que sur le green d’un golf. » À cette lecture, je prends un coup de chaud. Peurs et questions. Qui est Janus ? Comment quelqu’un a pu me deviner ? Que faire vis-à-vis de Jean-Pierre ?… Finalement, après une nuit de quasi-insomnie, je décide de ne rien changer. Personne ne pourra rien savoir de ce qui se passe au Maroc.
Par contre, cela me turlupine et Jean-Pierre s’en rend compte. Quand il me demande ce qui ne va pas, la timide Audrey répond qu’il n’y a rien, peut-être juste un peu de stress, que ça va passer… Sans le faire exprès, cela rend Jean-Pierre plus présent, plus protecteur. Un rôle qu’il joue encore à l’hôtel : pour que je ne me morfonde pas dans ma chambre, il me dit de le rejoindre au bord de la piscine car il n’y a rien de tel pour se détendre et oublier ses soucis. Pour la détente, ça marche en ce qui me concerne mais je trouve Jean-Pierre soudain tendu. Tendu au niveau du caleçon de bain. Sûrement la faute à mon petit bikini jaune poussin qui moule tellement mon corps qu’il laisse quasiment deviner la démarcation de ma toison. Leçon Aubade n° 8 : mettre à l’épreuve son self-control.
Le lendemain, visite de deux fournisseurs, dont l’un à plus de trois heures de route de Casablanca. Quand Jean-Pierre me voit arriver avec mon tailleur-pantalon crème, aussi léger que cintré, il ne peut s’empêcher de dire qu’il me trouve ravissante. Et il est tout content que, de mon côté, je souligne son élégance. Pour le reste, c’est usines textiles bruyantes et routes interminables par une chaleur étouffante. En fin d’après-midi, Jean-Pierre propose à nouveau la piscine, je lui offre à nouveau la vision de mon corps en bikini. Ensuite, nous mangeons ensemble, délicieux repas un peu arrosé et très propice aux petites confidences. Je le fais parler de lui, de sa femme, de ses grands enfants… Près de trente ans de mariage et jamais un coup de canif dans le contrat. Je m’étonne, n’arrive pas y croire, un homme aussi viril, avec autant de prestance… Mes compliments le font rougir. Telle une jeune fille timide de bonne famille, je lui fais comprendre que je m’arrête avant d’en avoir trop dit. Changement de sujet : on prépare les rendez-vous du lendemain.
Troisième jour. Heureusement que nous n’avons rien de prévu l’après-midi. Notre fournisseur, pétri d’un grand sens de l’hospitalité, a absolument tenu à nous inviter à manger. Et il s’est vite découvert une passion commune avec Jean-Pierre : l’œnologie. Forcément, le repas se transforme en dégustation des meilleures productions marocaines et, même en faisant très attention, la tête se met soudain à me tourner. La tête tourne, les tripes me vrillent. Dans le taxi qui nous ramène à l’hôtel, j’ai une furieuse envie de mon directeur. C’est le moment ou jamais. Je dois tenter une attaque directe. Directe mais toute en retenue pour ne pas me trahir. Comme une passion, une pulsion, qui ne peut plus se taire.
Premier temps de l’attaque dans l’ascenseur. Je fouille dans mon sac et fais « malencontreusement » tomber mon portefeuille. Comme prévu, Jean-Pierre se baisse pour le ramasser et c’est le moment que je choisis pour faire un pas vers lui, saisir son visage à deux mains et l’embrasser langoureusement sur la bouche. Il est très surpris mais ne me repousse pas. « Jean-Pierre, j’en ai envie depuis si longtemps… mais… Oh ! je suis désolée… » Quand la porte s’ouvre, surprise et honteuse de tant d’audace, je m’enfuis en courant dans ma chambre.
Deuxième temps, une dizaine de minutes plus tard. Je tape à sa porte. Je suis venue m’excuser, que va-t-il penser de moi, je n’aurais pas dû… Je suis rouge pivoine, au bord des larmes, il cherche à me rassurer, à me consoler, le baiser lui a été très agréable mais il est marié, fidèle… Je sais mais il est si gentil, avec tant de rassurante prestance, je veux qu’il me fasse l’amour avant de partir, rien qu’une fois, qu’il me permette de concrétiser ce désir, rien qu’une fois, sans que personne ne le sache…
Je m’approche à nouveau, l’embrasse avec passion. Quand ses grosses mains se posent sur moi, ma diablesse crie victoire. Les hommes sont fidèles par peur et, si une jeune femme leur propose du sexe en toute discrétion, rares sont ceux qui disent non.
J’avais demandé une seule étreinte à Jean-Pierre. Nous avons fait l’amour une demi-douzaine de fois avant notre retour à Paris. Un retour où nous nous promettons de nous revoir très discrètement. Et il faut à tout prix que je le revoie. La meilleure façon d’obtenir quelque chose est de ne pas le demander tout de suite. Aussi, il va falloir que j’amène doucement le sujet de la promotion de Nathalie sur le tapis. En plus, le sexe avec Jean-Pierre, ce n’est pas de la poésie mais c’est jouissif. Il fait l’amour comme il mange : avec lenteur, application et voracité. Endurant juste ce qu’il faut, il se distingue par une langue insatiable et un sexe aux proportions très généreuses. Et si son corps lourd rend la position du missionnaire étouffante, je prends un vrai plaisir à le chevaucher, délicieuse impression de rebondir sur son gros bidon, merveilleuse sensation de s’empaler sur sa grosse virilité. Si c’est bon et profitable, pourquoi se priver de le revoir ?
Et puis le coup de froid, à peine rentrée chez moi, je reçois un autre message de Janus : « Recette marocaine : farcir une oie blanche avec le gros pilon d’un vieux dindon. » J’avais presque oublié le premier message et cela rend celui-là encore plus déstabilisant. En me douchant, en mangeant, en me couchant, je tourne mille questions dans ma tête, dont une lancinante : qui ? Nul ne peut savoir ce qui s’est passé au Maroc et j’ai beau passer mes collègues en revue, je ne vois pas qui pourrait agir ainsi. Ces questions me hantent et je suis quasiment prête à mettre fin à ma relation avec Jean-Pierre. Mais, en même temps, l’idée de l’échec m’est insupportable. Ma diablesse est hors d’elle : si quelqu’un veut jouer au malin avec moi, il va trouver à qui parler ! Et si je m’arrête maintenant, je n’amènerai jamais Janus à se dévoiler, ignorant son identité.
Je revois donc Jean-Pierre à trois reprises dans la quinzaine qui suit. Son prochain départ, et l’excès de travail qui en découle lui donnent une excuse toute trouvée pour expliquer à sa femme que, parfois, il doit rester tard au bureau. Nous nous voyons chez moi. À chaque fois, il arrive avec des fleurs et une boîte de chocolats – chocolats dont il mange la moitié pendant notre rencontre. Comme je n’ai plus de temps à perdre, j’amène délicatement le sujet de son remplacement sur le tapis. Il hésite entre Jacques, Étienne et Nathalie, ma chef de service. Il a une petite préférence pour cette dernière car elle est la plus travailleuse et, surtout, il n’y a jamais eu de femme à la tête d’un département. Mais, soucieux de la façon dont cela va être accueilli, il n’arrive pas à faire son choix. Moi, je ne sais pas qui il devrait choisir, tout ce que je peux dire, c’est qu’il ne doit pas faire attention aux réactions des autres : un homme comme lui n’a plus rien à prouver et personne n’a le droit de critiquer ses décisions…
À trois reprises, je vois Jean-Pierre et, à trois reprises, je reçois un message de Janus. Je réponds au second, lui demandant qui il est et ce qu’il veut. La réponse est laconique : « Continue à intriguer pour ta chef, ça m’arrange. » Là, j’avoue que je ne comprends pas. Qui d’autre que moi peut avoir intérêt à ce que je continue ? Nathalie serait complètement incapable d’être Janus : trop franche, trop entière. Et, dans le service, nous savons que si elle monte d’un échelon, elle sera remplacée par son adjoint. Qui alors ? La question se pose avec force au troisième message. Il est accompagné d’une photo de Jean-Pierre sortant de mon immeuble. Et, pour la première fois, le message est menaçant : « Preuve est faite que la jouvencelle est une petite salope. Débrouille-toi comme tu veux mais retrouve le vieux roi jeudi prochain à l’Hôtel des Prélats. Une chambre est déjà réservée. Si vous n’y êtes pas, cette photo et d’autres seront largement diffusées. »
Là, j’accuse le coup. Quelqu’un sait et quelqu’un nous suit. Jusqu’à présent, cela pouvait passer pour les élucubrations d’un esprit dérangé. Là, ce sont des dires avérés. Je n’ai d’autre choix que de m’exécuter. Je n’ai aucun mal, à l’aide de quelques mensonges, à fixer rendez-vous à Jean-Pierre au lieu et à l’heure prévus. Alors que j’étais excitée avant nos précédentes rencontres, là je reste complètement sèche. Arrivée en avance dans la chambre, j’ai regardé partout si quelqu’un s’y était caché ou avait caché une caméra. J’ai soigneusement fermé les volets. Pourquoi Janus nous aurait-il fait venir ici si ce n’est pour facilement nous surprendre ? En arrivant, je suis fermement décidée à ne pas lui donner ce qu’il veut, décidée à ne pas faire l’amour avec Jean-Pierre. Seulement voilà. Lui est arrivé dans un tout autre état d’esprit. Il est heureux et, quand il me serre dans ses bras, je ressens parfaitement l’expression rigide de son bonheur. Surtout, il m’annonce qu’il sort du comité de direction et que le nom de son successeur a été validé. Ce sera Nathalie. Là, ma diablesse n’en peut plus de joie. Elle en coule de joie. Elle a eu sa victoire. Elle me fait perdre la tête et oublier Janus. Jean-Pierre et moi copulons avec une rare intensité.
Le lendemain, un autre message de Janus. Pas de photo d’accompagnement cette fois. Mais une vidéo. Trente secondes. Trente secondes pendant lesquelles on peut voir une délicate jeune femme gémir et jouir sous les assauts d’un colosse grisonnant. Audrey prise en levrette. Audrey en train de se faire mettre et d’en redemander. J’en pleure de rage, de colère, de désespoir de m’être ainsi fait prendre au piège. Et puis j’ai peur de ce qui pourrait arriver. Jusqu’où cette histoire va-t-elle m’amener ?
Pendant trois semaines, je ne pense qu’à ça. Jamais je n’avais connu un état de crainte et d’abattement aussi prononcé. Au travail, tout le monde s’en rend compte et seul le prétexte d’un décès dans ma famille me fait échapper à des questions trop indiscrètes. Cela me permet aussi d’échapper aux sollicitations de Jean-Pierre qui, en plus de comprendre ma peine, commence à prendre doucement ses distances. Je le laisse faire maintenant qu’il ne me sert plus à rien. Par contre, ce qui m’est plus insupportable, c’est de ne pas avoir de nouvelles de Janus. Plus rien depuis la vidéo. Cela m’inquiète et m’angoisse.
C’est long trois semaines au trente-sixième dessous. Interminable. La peur ne commence à quitter mon ventre que le jour où Nathalie organise un repas pour fêter sa promotion. Son bonheur me fait plaisir et m’aide à me sentir bien. Ce soir-là, il y a Jean-Pierre. Il doit rejoindre son nouveau poste la semaine suivante. C’est sans doute la dernière fois qu’on peut se voir. Il me propose de me raccompagner chez moi. Je sais ce que ça veut dire et accepte. Pas notre meilleure étreinte mais une façon agréable de conclure nos aventures.
Le lendemain en fin de matinée, la sonnerie de l’interphone me tire du sommeil. Encore dans le brouillard de mes rêves, j’actionne le tire-Suisse. C’est Blandine.
Blandine ? Je n’ai pas le temps de me demander ce qu’elle fait là, qu’elle toque déjà à ma porte, la tête de celle qui n’a pas beaucoup dormi et des croissants à la main. Je la fais entrer et lui propose un café. Plus par éducation que par envie de discuter avec elle. Elle a un peu perdu de sa superbe habituelle, semble gênée, empruntée. Assises au salon, elle sur le sofa et moi sur un fauteuil, nous laissons un troupeau d’anges passer. Et puis, n’y tenant plus, je lui demande les raisons de cette visite. Elle a vu que je n’allais pas bien ces derniers temps, elle s’inquiète, pense qu’elle pourrait m’aider, que… Je ne l’écoute plus vraiment, ma diablesse vient de se réveiller et analyse la situation… Et puis un flash, une évidence, une colère qui devient rage quand je vois Blandine sortir un DVD de son sac.
Elle est Janus, le reconnaît et n’a pas le temps de se dire désolée que je lui saute dessus. Salope ! Garce ! Je vais te tuer !… Je pense lui avoir mis deux baffes et arraché une bonne poignée de cheveux. Et sans doute que je l’aurais étranglée si, plus forte que moi, elle n’avait pas réussi à basculer sur moi et à me bloquer les mains. Je me fige. Son regard s’embrume. Elle répète qu’elle est désolée, dit qu’elle ne voulait pas, me demande pardon… Des larmes coulent de ses yeux. Je ne bouge pas. Je ne sais ni quoi dire ni quoi faire. Pas même lorsque, se penchant vers moi, elle m’embrasse sur la bouche, entre deux : « pardon », entre deux sanglots. Et puis elle lâche sa prise et va se recroqueviller à l’autre bout du sofa.
Sa peine me touche. Ma diablesse se fâche : je ne vais quand même pas être conne au point de consoler mon bourreau !
Eh bien oui je vais le faire. Plus encore, je vais la consoler, la nourrir, lui offrir ma douche et ma couche.
Tenir le corps de Blandine dans mes bras est troublant. Pourtant, aucune pensée sensuelle ne m’effleure. Tout ce qui me préoccupe est de savoir « pourquoi »
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Autour d’un solide petit-déjeuner, j’exige des explications qu’elle me donne sans se faire prier.
Ensuite, j’ai eu de la chance. Pendant une réunion, j’ai cru remarquer que Jean-Pierre était différent de d’habitude, il semblait tout guilleret, un peu excité, comme un enfant qui sait qu’il va bientôt avoir un cadeau ou des bonbons. Forcément, j’ai tout de suite pensé à toi. Alors j’ai fait en sorte de partir en même temps que lui et en le voyant acheter des fleurs et des chocolats, j’ai compris que ce n’était pas pour sa femme. La photo que je t’ai envoyée a été prise cette première fois quand il sortait de cet immeuble. J’ai juste eu à regarder à la DRH pour vérifier que c’était bien ton adresse. Pour les fois suivantes, c’est toi qui m’as informée sans le savoir en quittant le travail bien plus tôt que d’habitude… En ce qui concerne l’hôtel, disons que j’y ai mes petites habitudes depuis que j’y ai travaillé. Mes petites habitudes et une copie du passe général. C’est toujours là que je vais quand j’ai une aventure avec un homme marié. Toujours la même chambre. Toujours la même caméra cachée sous le bureau… Je voulais que tu saches que je savais, que tu saches qu’il y avait plus fort que toi. Je ne pensais pas que ça te marquerait autant. Je te croyais plus solide. C’était juste un jeu pour moi. Je suis désolée…
C’est plus fort que moi, quel que soit le jeu, je veux montrer que je suis la meilleure. J’aurais pu te laisser faire sans rien dire. J’aurais peut-être dû… Après tout, cela m’arrangeait que tu fasses en sorte que Nathalie obtienne le poste… Oui ça m’arrangeait : j’avais enfin Jacques à mes pieds et, s’il passait directeur, j’aurais fait tout ça pour rien, il aurait fallu tout recommencer avec un nouveau chef… J’aurais pu te laisser tranquille mais… Je suis désolée… C’est plus fort que moi… Je ne voulais pas te faire de mal… Je t’aime bien… Je suis désolée…
L’ambiance est plus apaisée. Je continue à en vouloir à Blandine mais ne parviens plus à la haïr. Pour la première fois depuis que je la connais, je me sens à égalité avec elle. J’apprécie qu’elle me parle de ses remords, de ses deux dernières nuits sans sommeil. Elle a effacé les photos et les vidéos me concernant, n’en laissant qu’une trace sur le DVD qu’elle m’a montré avant que je lui saute à la gorge. Elle est prête à faire tout ce que je veux pour obtenir mon pardon. Ma diablesse imagine aussitôt mille possibilités plus tordues et sordides les unes que les autres. L’angélique Audrey commande, elle, de lui pardonner. En attendant de discuter, nous parlons. Nous parlons comme deux copines qui se découvrent.
Nous discutons de choses et d’autres autour d’un verre de vin. Puis deux. Puis trois… Les émotions, ça creuse. Je propose à Blandine de rester manger avec moi. Mais, avant, je prends une douche rapide car, avec tout ça, je suis dans le même état qu’au saut du lit. Quand je reviens dans le salon, je la retrouve endormie dans le canapé. C’est seulement là que je repense au baiser qu’elle m’a donné à la fin de notre lutte. Ce baiser, j’y repense pendant que je nous prépare de quoi grignoter. Une demi-heure plus tard, je reviens vers elle, toujours endormie en chien de fusil et je pose mes lèvres sur sa joue. Cela ne suffit pas à la réveiller alors je pose mes lèvres sur les siennes. Elle a une légère réaction. J’effleure sa bouche de ma langue. Elle s’entrouvre. J’insiste. Elle m’embrasse. Nous n’allons pas plus loin. Je l’invite à passer à table. Là, nous discutons mollement. Les émotions, ça fatigue. Je n’ai pas envie qu’elle parte. Pour la première fois depuis de longues semaines, je me sens bien. Elle peut rester dormir ici si elle veut. Elle accepte et, après avoir elle aussi pris une douche, elle me rejoint au lit où nous nous endormons sans faire d’autre folie que de se prendre dans les bras.
Lundi matin : réveil en urgence. Je dépose Blandine chez elle avant de me précipiter au travail où Nathalie m’attend pour une réunion importante. Dans la voiture, Blandine et moi avons enterré la hache de guerre et promis de nous revoir le jeudi soir chez elle. Ma diablesse imagine mille possibilités offertes par l’alliance de l’ingénue et de la femme fatale. Groupe de choc capable de prendre même les positions les mieux retranchées. Si nous créons l’union sacrée nous conquerrons le monde ou, pour commencer, toute l’entreprise.
Ainsi a commencé mon amitié avec Blandine. Une amitié qui prend une tournure nouvelle deux semaines plus tard. Soirée concert qui se termine dans un bar près de chez moi. Là, Blandine me demande ce que j’ai pensé du DVD. Le DVD ? Elle parle de celui qu’elle m’a donné juste avant que j’essaie de la tuer, ce fameux dimanche. Quand je lui dis que je l’ai rangé sans le regarder, elle fait juste remarquer que j’ai raté quelque chose. Quoi ? Elle ne veut pas m’en dire plus.
En fait, on n’en reparle que bien plus tard, quand nous arrivons chez moi, comme c’était convenu pour lui éviter de prendre un taxi. J’avoue qu’en l’invitant, j’avais une petite idée derrière la tête. Souvenir de son baiser et de cette nuit commencée tendrement enlacées. En même temps, que Blandine ne reparle pas de ces instants ni qu’elle n’essaie d’aller plus loin me semblait étrange. D’ailleurs, ce soir, j’ai très envie de lui poser la question. Mais elle me prend de court en évoquant le DVD. Je ne sais pas si j’ai envie de me voir en train de coucher avec Jean-Pierre. Juste avant de partir prendre une petite douche, Blandine rétorque qu’il n’y a pas que moi sur le film. Dans la seconde qui suit, je mets en marche le lecteur. Il y a deux films. Le premier est celui de ma séance à l’hôtel. Je le zappe et passe directement au suivant. Même chambre, même lit, protagonistes différents. Je reconnais Blandine en train de faire une pipe à un homme dont le visage n’est pas visible. Il se passe peu de temps avant qu’elle ne mette un préservatif sur le sexe masculin et vienne s’asseoir dessus, dos à lui mais face à la caméra. Elle est encore plus belle que j’imaginais. Son corps est parfait. Ses mouvements sont d’une grande sensualité. Hélas, l’homme jouit très vite et je n’ai pas vraiment le temps d’en profiter. Blandine descend de sa monture et, enfin, je vois l’homme. C’est Jacques, son chef de service. Je ne suis même pas étonnée. N’a-t-elle pas dit tout à l’heure qu’elle l’avait à ses pieds ?
Ce qui me surprend plus, c’est que Blandine est revenue dans le salon sans que je le remarque. Elle est seulement vêtue d’un drap de bain.
Je n’attendais rien d’autre pour lui sauter dessus. Comme ce fameux dimanche où elle m’a révélé être Janus, je lui saute au cou. Sauf que, là, c’est pour y enfouir mon visage, pour le dévorer de baiser. Du cou, je remonte à sa bouche. De la bouche, je descends sur ses seins avant de revenir à son visage pendant qu’un de mes doigts se pose sur sa fente rasée. Je la sens fondre et s’abandonner. J’ai gagné. J’ai gagné ma chère Blandine. Ma chère Blandine que je vais aimer et baiser.
Avec Blandine, c’est surtout l’amitié qui nous lie. Parfois, lorsque l’occasion s’y prête ou que l’envie s’en fait ressentir, nous faisons l’amour. Mais ce n’est pas très souvent. Pas assez souvent à mon goût. Pour moi, ces moments sont extrêmement jouissifs ; pour elle, ils sont seulement agréables. Je suis persuadée que, s’il en va ainsi, c’est qu’elle est encore pire que moi : sans manipulation ni contrôle, son plaisir est forcément moindre.
Après tout, peu importe que nous couchions ensemble ou pas. C’est ma meilleure amie, la seule à qui je peux tout dire et qui me comprend sans me juger. Ce n’est pas avec Matthieu que je vais en parler. Matthieu ? Mon petit copain actuel. Beau physique, bon amant, belle âme entièrement dévouée à ma petite personne. De moi, il ne connaît que l’ange d’innocence. Avec lui, ma diablesse n’a pas droit de cité. Car, pour moi, c’est l’homme de ma vie. En tout cas, c’est ce que je dis. Et j’y crois. J’y crois tellement que je le dis et le redis… même s’il y a, tout au fond de moi, l’appréhension de passer, à ses côtés, une vie d’ennui.