| n° 14310 | Fiche technique | 18430 caractères | 18430Temps de lecture estimé : 14 mn | 05/03/11 |
Résumé: Comment la femme et le mari, l'amant et la maîtresse peuvent-ils continuer une vie sans histoire? | ||||
Critères: grp couplus soubrette -humour -théâtre | ||||
| Auteur : Samuel Envoi mini-message | ||||
| Concours : Pièce de théâtre |
MARI – Je suis le mari. (applaudissements)
FEMME – Je suis la femme. (applaudissements)
MARI – Oh que je t’aime, ma femme !
FEMME – Oh que je t’aime, mon mari !
MARI – (au public) En fait, je l’ai épousée pour son argent. C’est la fille d’un gros sidérurgiste.
FEMME – (au public) En fait, je l’ai épousé parce qu’il a une belle situation.
MARI – Je suis publicitaire et je gagne bien ma vie en embellissant la ville, que je couvre de panneaux immenses.
FEMME – En public, nous sommes un couple uni.
MARI – Nous n’avons pas d’enfants.
FEMME – Mais nous avons déjà une baby-sitter.
MARI – C’est simplement pour qu’elle s’habitue à nous. Je la ramène chez elle le soir.
FEMME – Des fois, il est long à la ramener.
MARI – (méchamment) Toi, tu n’es jamais longue à la ramener !
Brusquement s’ouvre un placard.
MAÎTRESSE – (apparaissant nue, seulement couverte d’un drap de soie, dans le placard) Je suis la maîtresse (applaudissements) et je pète dans la soie.
AMANT – (apparaissant en caleçon dessous le lit) Je suis l’amant. (applaudissements) Parfois sous le lit, souvent sur le lit, toujours à l’horizontale.
MARI – Oui, je le confesse, j’aime les fesses de ma maîtresse Agnès. Mais je suis discret.
MAÎTRESSE – Il me présente comme sa secrétaire. Secret-taire, deux mots qui me résument.
FEMME – Oui, je le reconnais, mon amant Armand est ardent. C’est une vraie bête, jamais fatigué.
AMANT – Je fais mon devoir d’amant. C’est pas toujours rigolo de faire le gigolo. Surtout que mon amour est ailleurs.
FEMME – Tailleur ! Quel bon goût !
AMANT – Non, ailleurs, pas tailleur, mais jardinier.
JARDINIER – (apparaissant dans sa tenue traditionnelle) C’est moi Didier, le jardinier. Une fois que Madame dort à côté de Monsieur, Armand l’amant vient dans ma cabane et nous nous aimons au milieu des bêches et des bûches, comme des phoques au milieu des aurores boréales.
AMANT – Et c’est à lui que je donne tout mon cœur et tout le reste.
MAÎTRESSE – Oui, je fais mon devoir de maîtresse en soignant mes fesses, mais en fait je suis éprise d’Yvonne.
MARI – La bonne ! La bonne blague.
BONNE – (apparaissant dans sa tenue traditionnelle) Non, Monsieur, la bonne ne blague jamais. Quand Monsieur dort à côté de Madame, Agnès et moi nous nous aimons dans le placard à balais.
MAÎTRESSE – J’aime les caresses subtiles et la peau satinée de la bonne Yvonne.
BONNE – Et inversement.
JARDINIER – Mais voilà pas qu’un matin de juin, je découvre la bonne nue dans le placard à balais alors que je venais chercher un ramasse-poussière. Elle était encore émotionnée de son acte saphique probablement et incapable de retrouver son tablier. (à la maîtresse) Je l’ai vue nue comme je vous vois là !
MAÎTRESSE – Oh là là !
BONNE – Et voilà pas qu’un matin de juin, tout en liesse du plaisir que m’avait donné Agnès partie soigner ses fesses, je suis découverte nue par le jardinier Didier qui se découvre à son tour de ses atours.
JARDINIER – Mon sang ne fait qu’un tour.
BONNE – Un tour, oui, mais ça a suffit ; je ne pourrai jamais oublier ce tact et ce contact qui me firent gémir et frémir.
JARDINIER – Bref, nous nous aimons, mais comment faire ? Moi au pré, elle au loin.
BONNE – Nous ne pouvons plus nous passer l’un de l’autre. Mais comment faire ? Lui à la cave, moi au grenier.
JARDINIER – Aussi, Monsieur, Madame, voici ma démission. Nous partons nous aimer sous d’autres hospices.
BONNE – Que Madame qui a toujours été bonne avec la bonne me pardonne, mais voici, désolée et désolante, ma lettre de démission. Notre union a besoin d’une réunion.
MARI, FEMME, MAÎTRESSE, AMANT – Malheur, tout s’écroule !
MARI – Si pour de bon, la bonne Yvonne aime Didier le jardinier, ma maîtresse Agnès ne viendra plus se faire gamahucher ici !
FEMME – Si le jardinier aime la bonne, mon amant trouvera un autre amant ailleurs et peut-être tailleur !
MAÎTRESSE – Sûr que si je perds la bonne et la volupté délicieuse qu’elle me procure, je n’ai plus aucune raison de rester sous ce toit et le regard sévère de ton épousée.
MARI – Mais admettons que je te donne de l’argent ou de l’argenterie ?
MAÎTRESSE – Je ne suis pas une poule. Et puis d’ailleurs, tu m’en donnes déjà. Quelle différence alors ? Et quelle indifférence !
AMANT – Sûr que si mon amour en bottes de caoutchouc me délaisse pour une dévergondée à moitié gouine, je me tire de ce lieu de débauche.
FEMME – Mais si je te fais un chèque sur le chéquier de mon mari ?
AMANT – Je ne suis pas une call-girl, et d’ailleurs je n’ai pas encore eu le temps de déposer le chèque que tu m’as fait la semaine dernière.
MARI, FEMME, MAÎTRESSE, AMANT – Malheur, tout s’écroule !
MARI – Une civilisation si patiemment construite !
FEMME – Une organisation à la limite de la perfection !
MAÎTRESSE – Un système où on avait tout à gagner !
AMANT – Une société où on n’avait rien à perdre !
JARDINIER – Mais est-ce ma faute si l’amour est le plus fort ?
MARI – L’amour ! Mais qu’est-ce que vous connaissez à l’amour, mon pauvre petit ? Surtout vous, toujours en échec scolaire !
BONNE – N’a-t-on pas le droit de former un couple heureux ?
FEMME – Le bonheur, le bonheur, vous n’avez que ce mot-là à la bouche ! Passez votre bac d’abord, ou au moins le certificat d’études, après on verra !
JARDINIER – Je voudrais un enfant.
MARI, FEMME, MAÎTRESSE, AMANT – Un enfant de la bonne ! Quelle pitié !
BONNE – Un enfant de jardinier qu’on arrosera avec la rosée.
MARI, FEMME, MAÎTRESSE, AMANT – Un enfant de jardinier ! Et puis quoi encore !
MARI – Je vous renvoie tous les deux sans indemnités, sans ménagement, sans costumes. Vous allez être chassés nus comme Adam et Ève du paradis. Ah, vous voulez la guerre !
FEMME – Dépravés, faux-culs, pédales, travelos, va-nu-pieds, va-cul-nu !
MAÎTRESSE – Toi que j’ai aimée alors que tu faisais reluire les couverts en argent…
FEMME – Et voilà pourquoi mon service n’est pas impeccable !
AMANT – Toi que j’ai possédé pendant que tu plantais des choux…
MARI – Et voilà pourquoi le choux d’avant-hier avait un arrière-goût ! Et même un avant-goût !
JARDINIER, BONNE – Renvoyés ! Sans rien ! Qu’allons-nous devenir !
MARI, FEMME, MAÎTRESSE, AMANT – Chômeurs, inutiles à la société, SDF, mendigots, exilés afghans !
JARDINIER, BONNE – Et notre enfant ?
MARI – En prison, à la première récidive !
FEMME – À la deuxième, a dit le président.
MARI – Non, à la première, puisqu’il s’il y a récidive, c’est qu’il y a déjà eu une première fois.
FEMME – Donc, j’ai bien dit, à la deuxième.
MARI – Tu es analphabète comme tes pieds ! De toute façon, ce sera un voyou de banlieue.
MAÎTRESSE – Un délinquant récalcitrant !
AMANT – Un alcoolique drogué à l’ecstasy !
MARI – Mais si vous reprenez vos habits et votre travail chez nous…
FEMME – Si vous renoncez à cette union déshonorante et morbide…
MAÎTRESSE – Si vous rejouez de la corde à sauter bisexuelle…
AMANT – Si vous nous redonnez le goût des amours ancillaires…
MARI, FEMME, MAÎTRESSE, AMANT – Alors…
JARDINIER, BONNE – Alors quoi ?
MARI – Si vous repassez le chiffon, on passera l’éponge.
FEMME – Si vous travaillez plus, vous gagnerez plus et notre estime.
MAÎTRESSE – Nous ne serons pas avares en chocolat belge et en cognac mexicain.
AMANT – On sera les parrains de votre fils qui deviendra flic à la mondaine !
JARDINIER, BONNE – Mais quel flic et quel fils si nous ne pouvons nous aimer comme des…
MARI – Vous en adopterez un qui viendra vous manger dans la main.
FEMME – Un petit Coréen du Nord.
MARI – Du Sud !
FEMME – Du Nord !
MARI – Du Sud ! Qui parlera quatre langues et qui saura manger avec des baguettes.
FEMME – Des baguettes de pain ? Il va grossir !
MARI – Non, idiote, des baguettes de chinois !
MAÎTRESSE – Oui, un chinetoc ravissant qui fera des jaloux.
AMANT – Un jaune dans la blancheur de l’aube, calme et philosophe comme un vieux chien.
JARDINIER, BONNE – Bon d’accord. Mais est-ce qu’il voudra bien aller au catéchisme ?
FEMME – Bien sûr, si on lui donne des éclairs au chocolat à la sortie de la messe.
BONNE – Et s’il devient pédé comme son père ?
JARDINIER – Ou bonne à tout faire, mais alors à vraiment tout faire, comme sa mère ?
MARI – Rassurez-vous, ça saute une génération. Et puis, imaginez que vous vous mariiez. Au bout de six mois, elle voudra un amant et vous une prostituée. En avez-vous vraiment les moyens ?
FEMME – Sans compter qu’aujourd’hui tous les amants sont bi !
MAÎTRESSE – Moi, je suis secrétaire, mais une pute, disons comme moi, ça coûte des mille et des cents, surtout parce qu’on pète dans la soie et dans la joie comme des filles.
AMANT – Moi, ce n’est pas que je coûte cher, mais j’ai des exigences de propreté, dessus et dessous le lit, d’excellence de nourriture, pour une bonne qualité de vit.
JARDINIER, BONNE – Bon d’accord, mais…
MARI, FEMME, MAÎTRESSE, AMANT – Il n’y a pas de mais !
JARDINIER, BONNE – Bon d’accord.
MARI – Mon amour de femme, je t’adore !
FEMME – Tu as raison, nous sommes en public
BABY-SITTER – (entrant en imperméable) Je suis la baby-sitter ; étudiante le jour, travailleuse de nuit. Je garde les bébés pendant que les parents sont au théâtre et voient des pièces qui parlent de leur vie sexuelle. Alors évidemment, le mari est émoustillé et quand il me ramène dans ma résidence universitaire, il me caresse les cuisses que j’ai bronzées et les seins que j’ai petits, mais fermes. Il me parle des personnages féminins qu’il a vus sur la scène. Il me dit qu’il y avait une actrice qui me ressemblait ; elle était un moment nue et que c’était superbe avec les lumières qui lui balayaient le corps comme un vêtement multicolore, et qu’on pourrait faire pareil avec moi et les phares de la voiture. Sauf que ce serait unicolore, je lui dis. Il acquiesce et arrête la voiture sur aire déserte. Il veut que je me déshabille vite pour ne pas lui décharger la batterie. Une fois nue, il veut me prendre sur le capot de la Mercédès, mais je lui dis que je pourrais griffer la carrosserie avec mes ongles et il renonce. La braguette ouverte, il reparle théâtre et me dépose en face de ma chambre universitaire. Ma colocataire, Ingrid, a mis un drapeau norvégien sur la porte ; c’est le signe qu’elle baise avec un scandinave et que je peux entrer. Elle aime qu’on la voie dans ces moments-là. Je la regarde donc et le scandinave s’arrête un peu pour me considérer et m’inviter à entrer dans le jeu. Je leur réponds en anglais que j’ai un partiel demain en allemand. Je me mets à ma table de travail et j’écris dans les cris de jouissance qui n’en finissent jamais et souvent pour m’épater. La nuit sera longue, ponctuée de visites des amants poisseux qui viennent lire par-dessus mon épaule avant d’aller à la douche que le scandinave prend froide avec Ingrid qui hurle, frigorifiée parce que moins habituée. Ils sortent frissonnants et dégoulinants, et ornent mon travail de fines gouttelettes. Un bisou derrière mon dos est le signal que le couple se sépare. Je tombe aussi de fatigue et dans le lit tiède que je partage avec ma colocataire à la chair de poule qu’il me faut réchauffer un moment avant qu’elle me récompense de tendresses savamment étudiées. Alors, maintenant que vous me connaissez mieux, vous comprenez qu’il n’y a aucune place chez moi pour une vie sexuelle, si ce n’est quelques caresses furtives après les cours avec mon petit copain quand les toilettes sont libres. Mais, je finis mes études et je me rattraperai ensuite.
MARI – Il est important que la baby-sitter vienne bien avant la naissance de l’enfant, et qu’elle s’habitue à la place des meubles, à la disposition des pièces, à l’agencement général de l’intérieur. Sinon, quand elle aura le bébé dans les bras, elle le cognera par inadvertance. C’est inévitable et très dommageable pour l’enfant. En effet, la tête d’un bébé est très fragile, et la malléole est encore malléable.
Mademoiselle, vous allez prendre ce bébé en celluloïd et le promener dans l’appartement en imaginant qu’il pleure. On le berce, on le secoue gentiment pour le calmer, sans ne jamais le prendre par les pieds et sans ne jamais se prendre les pieds dans le tapis persan. Une fille au pair ne doit pas commettre d’impair. (la baby-sitter s’exécute)
Vous savez l’anglais et vous apprenez l’allemand. Alors il serait souhaitable que vous lui parlassiez dans ces dialectes. Je tiens à ce que mon gosse ait la bosse des langues. Il sera un grand diplomate ; je le pressens. (la baby-sitter s’exécute)
C’est bien, mon enfant, maintenant il faut lui chanter quelque chose. Cela non plus ne s’improvise pas. Si vous commencez à chanter quand l’enfant sera né, probablement vos chants ne seront pas au point et il aura l’oreille gâtée pour la vie. Chantez, bon Dieu de cul !
BABY-SITTER – (elle chante)
Mon petit, il faut dormir.
Dans le ciel, la lune est pâle,
Comme si elle allait vomir.
On dirait qu’elle a la gale
Tant elle a de gros boutons
Sur sa gueule de salope.
Les nuages comme des moutons
La suivent partout. Hop ! Hop ! Hop !
La lune n’est peut-être qu’un cul
Qui n’a jamais pris l’soleil
Un cul livide et velu.
Un médicament pareil
À un cachet d’aspirine
Trempé par un jet d’urine,
Idéal pour le sommeil.
MARI – Oui, pas mal, instructif, donc ça peut l’endormir. Mais imaginons qu’il soit réfractaire à tout enseignement scolaire. Il vous faudra donc danser avec lui dans les bras. Voyons un peu. Musique !
La baby-sitter dans le tango avec l’enfant dans les bras.
MARI – Admettons, mais s’il déteste comme moi les danses classiques, il faudra danser et vous désaper en même temps, lui montrer un sein, ce sera pour lui un objet du passé et un sujet de l’avenir. Essayons voir. (la baby-sitter s’exécute) Je dois tester la douceur de ce sein où mon enfant s’endormira. Laissons cette cellulite en celluloïd. Ce qu’il est gras ce bébé ! Et n’oubliez pas que vous êtes fille au père.
BABY-SITTER – Non, monsieur, vous vous égarez. Je suis la baby-sitter, mais je ne suis pas jeune fille au pair puisque vous me ramenez tous les soirs, que j’ai une colocataire à la résidence universitaire et que votre chambre de bonne est occupée par la bonne.
MARI – En fait, je vous laissais envisager une promotion, mais si vous montrez autant de réticences, j’en ferai peut-être profiter une autre. Moi, je vous ai fait confiance en vous montrant mes attributions dans la vie et mes attributs dans la voiture. Vous savez que je travaille dans la publicité et que je peux faire de vous la reine d’un abribus. Là, où les malheureux lève-tôt viennent frissonner, compter leurs pièces de monnaie et baisser les yeux sur leurs chaussures humides. Oui, mais quand ils relèvent la tête, c’est pour apercevoir dans un paysage caribéen – imaginez ! – votre minois qui vend le pneu idéal pour la pluie et votre cul qui ne dit pas le contraire. Alors, ils salivent !
BABY-SITTER – Mais s’ils attendent l’autobus, c’est qu’ils n’ont pas de voiture, alors pourquoi ils saliveraient pour un pneu ?
MARI – L’objectif du publicitaire, c’est justement de vendre des pneus à des gens qui n’ont pas de voiture, parce que ceux qui ont une voiture, en général, ils ont des pneus.
FEMME – Monsieur mon mari, je suis désolée de vous déranger dans votre séance de régression libidinale avec midinettes, mais je vous annonce que je souhaiterais une villa en Grèce.
MARI – Mais nous avons déjà une villa en Sardaigne, et une autre… Où déjà ? Je ne me souviens plus. Pourtant, je me souviens qu’il y avait un moyen mnémotechnique pour me…
FEMME – En Andalousie.
MARI – Exactement, et je l’avais achetée en Andalousie par jalousie parce que nos voisins qu’on adore en ont une en Andorre. Ceci dit, on n’y va jamais. Donc pas de villa en Grèce.
FEMME – Une villa en Grèce, ou c’est le divorce.
MARI – Tu as de la chance d’avoir pour père un gros industriel. Si sa fille divorce, il peut perdre des marchés avec le Vatican, et comme je suis un grand patriote, que je veux éviter à la France l’affront de capitaux étrangers dans le patrimoine familial, je vais encore céder.
FEMME – Avec un ponton.
MARI – Avec un ponton.
FEMME – Et un bateau.
MARI – Je te fais souvenir que la dernière fois que tu es montée sur un bateau…
FEMME – Ce n’est pas le bateau qui m’a fait vomir, mais simplement le fait que justement ce n’était pas le nôtre, que nous étions sur le bateau d’un type qui savait mieux vivre, qui savait mieux se faire valoir que nous puisqu’il avait un bateau et que nous n’en avions pas. Et surtout le fait que toi tu ne vomissais pas en constatant tout cela, c’est cela qui m’a fait vomir. Ton indifférence devant le succès des autres m’a rendue frigide. Alors oui, j’ai vomi, mais c’était pour dégueulasser les fauteuils en cuir, les tapis berbères, les robes de chez Dior et les chiottes en or. Tout ce que nous n’avions pas.
MARI – Mais enfin, nous ne pouvons pas avoir tout ce qu’ont les autres ! Il y en a qui ont des hélicoptères, des avions privés, des pénis de 25 centimètres, des piscines olympiques, des restaurants panoramiques sous-marins, des femmes-fontaines qui pissent jusqu’au plafond quand elles jouissent, des armées de body-guards, des forêts amazoniennes remplis de perroquets qui imitent le bruit de l’orgasme à force d’entendre hurler les amazones, des pyramides de truffes du Périgord hautes de 90 mètres, des usines de chocolat fondant dans la bouche, des manteaux de fourrures d’animaux préhistoriques, des golfs à 38 trous, des parachutes dorés à l’or fin, des existences de 125 ans sans la moindre grippe et des sodomies silencieuses au moment du journal télévisé !
FEMME – On ne peut pas tout avoir, peut-être, mais on peut choisir dans ce catalogue. Et moi, j’ai choisi une villa en Grèce avec ponton et, accroché au ponton, un bateau. (elle sort)
MARI – Bon reprenons nos cours de…
MAÎTRESSE – (entrant en coup de vent, maquillée à l’extrême) Quoi ! Tu me refuses un abonnement à Vogue et tu payes un village grec à ta femme !
MARI – Pas un village, une villa.
MAÎTRESSE – Avec un poteau et un gâteau ! Pour quoi faire ?
MARI – Je l’attache au poteau et je lui donne du gâteau à la petite cuiller; c’est son fantasme.
MAÎTRESSE – Et à moi, pourquoi tu ne m’as jamais fait cela ?
MARI – Tu ne me l’as jamais demandé non plus. Eh bien, je te propose le vendredi 5 à 14 heures.
MAÎTRESSE – D’accord. On est attaché nue ?
MARI – Bien sûr. Je te mets de la crème partout, et ensuite les fourmis finissent le travail.
MAÎTRESSE – Moi, qui adore les fourmis ! On reste attaché longtemps ?
MARI – C’est un attachement qui durera toute la vie !
MAÎTRESSE – D’accord. (elle sort)
MARI – Bon, alors, où en étions-nous ?
BABY-SITTER – On parlait de pneus.
MARI – Bon d’accord pour les pneus, mais la voiture, ce sera plus tard. Soyez compréhensive, vous au moins.