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Temps de lecture estimé : 5 mn
16/11/10
Résumé:  Une histoire de piscine et d'union contre nature.
Critères:  fhh couleurs extracon piscine parking jalousie pénétratio -amourdram -fhh
Auteur : Mamadou      Envoi mini-message
La piscine

Hôtel Rabelais, Bamako, le 6 novembre 2010



Du haut du balcon de notre chambre, je contemple la piscine de l’hôtel. Je vois Nathalie tout au bout du bassin, elle s’entretient avec des Noirs, maliens probablement, une jeune femme et trois hommes, également jeunes, la trentaine athlétique autant que je peux en juger à cette distance. Je n’entends pas les propos mais je devine que l’échange est amical, elle rit.


Á un moment donné, le ballet s’anime, les mimiques et les gestes me font penser à ces jeux d’adolescents auxquels je ne me risquerai plus. Trop vieux, trop assagi, pour ces amusements qui se terminent en course endiablée. Elle est poursuivie par deux assaillants et bien vite rattrapée. Plouf ! Tous les trois emmêlés sont dans le bassin, tandis que les deux autres, restés au sec, s’esclaffent et s’époumonent, encourageant l’un ou l’autre, ce que je devine à l’écoute des cris qui parviennent jusqu’à moi.


Nathalie ? C’est ma deuxième femme, presque trois décennies de différence d’âge. Mes enfants n’ont pas du tout compris que je prenne épouse plus jeune qu’eux, déjà qu’ils n’avaient pas digéré mon divorce d’avec leur mère. Moi aussi, cela me fait bizarre ; ça s’est fait sur un coup de tête, une opportunité, une affaire, une union gagnant-gagnant où tout le monde trouve son compte, moi bien sûr et elle aussi. Fille-mère, esseulée, désargentée, elle troquait sa liberté contre la sécurité ; j’y gagnais de la tendresse contre trois fois rien. Du moins, je croyais y gagner mais alors je ne savais pas que la jalousie pouvait faire si mal.


Le trio est toujours dans le bassin. Les corps sont groupés, probablement collés l’un à l’autre, comme le laisse supposer le reflet compact, que je devine plus que je ne vois au travers de l’eau claire. Déduction plausible et en outre compatible avec la proximité des trois têtes, si différentes et si proches, à se toucher. Soudain, je réalise que ce n’est plus un jeu innocent si tant est que j’y croyais ; celui qui est face à Nathalie est en train de l’embrasser, un vrai baiser, pas du tout fugace. Trop long pour un baiser volé ; elle est nécessairement consentante et je ne doute plus quand elle passe ses bras autour du cou de son partenaire ; le deuxième homme semble aussi vouloir sa part…


Mon estomac n’est plus qu’une boule douloureuse. Mon sexe aussi est douloureux, bandé à me faire mal, dard dérisoire, mal à l’aise sous la toile du pantalon. Ma gorge est nouée, je retiens mes sanglots et fais barrage à tout un cortège de pleurs. J’ai envie de descendre, de les rejoindre, de mettre fin à la mascarade, mais à quoi bon ? Je suis un dindon impuissant ; si je me dévoile, je serai ridicule parce que c’est mon rôle, surtout que je ne suis pas prêt à renoncer à mon union contre nature. À contrario, si je joue l’aveugle, je peux taire ma faiblesse et garder l’illusion d’une dignité à laquelle je tiens encore. Illusoire, absurde et grotesque, je sais, je ne suis pas dupe mais je supporterai bien plus encore pour garder Nathalie.


Et il y a Marion la gamine de Nathalie, deux ans au prochain printemps, adorable tête blonde, encore innocente. Je l’aime aussi. Depuis un peu plus de six mois, je joue ce père attentionné qui lui fait défaut. En ce moment Marion dort dans la chambre contiguë.


Lorsqu’on m’a proposé cette mission au Mali, j’ai hésité, pas très chaud pour les laisser seules en France. Déjà jaloux, déjà désillusionné ; c’est alors que m’est venue l’idée de les emmener avec moi. Nous avons loué deux chambres communicantes.


Le spectacle de mon humiliation m’insupporte, je rentre pour le fuir et vais jeter un œil à la petite, elle dort, cheveux épars autour de son joli minois d’angelot. Ce tableau paisible m’aide à retrouver mes esprits mais tout comme les drogués, je ne résiste pas longtemps sans mon poison.


De retour sur le balcon, la scène m’apparaît d’un coup bien vide, Nathalie n’est plus à l’horizon ni aucun de ses deux prétendants. La jeune femme noire et son compagnon, qui tous deux s’esclaffaient, il n’y a qu’un instant, sont toujours là, à la même place, ils n’ont pas bougés et discourent entre eux, mais de Nathalie, point ! Et des deux autres, pas davantage.


La disparition me désarçonne ; ma détermination initiale ne tient plus ; je veux savoir, je veux voir. Pourquoi cette fringale irrésistible ? Je suis bien en peine de répondre d’autant que de mon côté rien n’a changé, j’accepterai tout et le pire. Le pire ! Je le soupçonne.


J’ai vérifié autour de la piscine sans la trouver ; la femme et l’homme aux rires faciles me regardent chiner mais sans plus, assez peu intéressés par mon manège. Ils ne me connaissent pas, je ne les connais pas. Point ! J’ai été tenté de leur demander où était Nathalie mais, tout bien réfléchi, je n’en ai rien fait. Qu’auraient-ils répondu ? Un mensonge ? La vérité ? Et quand cela serait, qu’aurais-je fait ? Pas grand-chose, sinon dénoncer incidemment mon émoi et par suite rapprocher un peu plus ces échéances que j’appréhende.


Sage raisonnement ! Mais la lucidité ne calme pas la surexcitation qui me ronge. Mon esprit ne connaît pas la paix, mon corps refuse le repos, il me faut bouger, je suis monté sur ressort, monter, descendre est mon lot aujourd’hui, je ne tiens pas en place. J’ai parcouru inutilement les couloirs de l’hôtel. C’est par inadvertance que j’atterris sur cette passerelle surplombant le parking de l’hôtel. Une vingtaine de voitures y sont garés.


Il m’est impossible de ne pas les voir ; ils sont là, tous les trois, nus des pieds à la tête, près d’un Nissan Patrol dont une portière est restée ouverte. L’un des Noirs est en train de pisser, arrosant copieusement le pneu d’une voiture garée à proximité, l’autre homme est tout à son ouvrage. Il ahane bruyamment, défonçant le cul de Nathalie laquelle prend appui sur l’aile avant gauche, encaissant chaque coup de boutoir au prix d’un mouvement de roulis et laissant chaque fois échapper un râlement de gorge. Ses seins, qu’elle a assez lourds, balancent au rythme du roulis, frottant au passage les éléments du capot moteur.


À un moment donné, l’homme engage une main pour saisir un téton. Il malaxe et pétrit tandis qu’en réponse Nathalie cherche entre ses propres cuisses et trouve les roubignoles du mâle avec lesquelles elle va jouer un moment. J’imagine le jeu car d’où je suis posté, je ne peux voir ; en revanche je suis de bout en bout le piston qui rentre et sort du fourreau inlassablement. De mon poste d’observation je regarde fasciné l’engin formidable apparaître puis disparaître à nouveau. Une sorte d’hypnose dans laquelle je sombre, baissant ma garde, ils ne peuvent me voir. Je perds la conscience du temps. C’est avec surprise que j’entends Nathalie crier. Ses cris percent la ouate qui m’enveloppe.



Son partenaire obéissant redouble d’effort. Ses ahanements scandent le rythme et je puis aussi mesurer l’impétuosité de la poussée à la tonicité du râle de Nathalie.



L’appel me déchire le cœur. Qu’est-ce donc que je fais là ? Je fuis, coupant au plus court. La petite dort du sommeil de l’innocence. Je m’enferme dans la salle de bain et branle frénétiquement mon vit, pour extirper mon fiel autant que pour jouir.