Une Histoire sur https://revebebe.pages-perso.free.fr/
n° 14117Fiche technique10897 caractères10897
Temps de lecture estimé : 7 mn
21/10/10
Résumé:  Une jeune femme croit tenir les rênes de son fantasme. Quelques secondes seulement.
Critères:  fh hplusag collègues profélève travail amour hdomine pénétratio -amourpass
Auteur : Vi      Envoi mini-message
De l'emportement

Tout cela allait très vite, très fort. Soulevée du sol et prise en étau entre son torse et la paroi d’un béton rugueux, elle se laissait dévorer par cette bouche experte mais trop fougueuse pour prendre le temps de la douceur. Son bassin était secoué par des coups de reins puissants, elle hoquetait, chancelant entre plaisir et douleur, submergée par son audace. La pièce, emplie de ses gémissements, était sombre. La porte close. Lui silencieux, ou presque.


C’est un geste un peu fou et irrationnel qui l’avait attirée dans ce placard sombre et poussiéreux, future salle de bain d’une maison particulière encore en chantier. Ce n’était pas la première fois qu’il l’amenait sur site, mais l’occasion s’était présentée là, alors qu’ils étaient en avance sur leur planning. Tiraillée depuis plusieurs mois par un désir un peu fou, elle avait pénétré la petite cellule et lui avait offert sa peau nue. Il avait explosé exactement comme aurait explosé un homme sérieux qui, brutalement éveillé, se rend compte que la fantaisie est possible et à sa portée. Qu’on peut réaliser même les fantasmes les plus insoupçonnables. Il n’avait pas hésité une seconde. Sec, précis, réglé, il avait à peine pris le temps de l’apprivoiser que déjà leurs corps s’étaient unis.


Puis elle avait joui. Un peu avant lui, ou peut-être après, elle y perdait un peu ses esprits. Un orgasme fort, aussi dévastateur que le quart d’heure passé contre lui. N’ayant pas pris le temps de retirer ses vêtements, il n’eut qu’à remonter son jean épais et à en zipper la fermeture éclair en se retournant, vissant sur sa tête son casque jaune. Un peu honteux sûrement, il essuya son front d’un revers de manche et couvrit une seconde son visage de ses mains tremblantes. Elle se rhabillait rapidement en se remettant, pantelante, de cette union bestiale qu’il venait de lui offrir, massant son dos endolori. Elle y avait malgré tout pris du plaisir.

Sa voix de basse vint rompre le silence pesant.



Elle n’eut pas le temps de contempler le malaise dans les yeux de ce grand colosse de trente ans son aîné. La porte s’ouvrit à la volée sur un ouvrier chargé de tuyaux PVC. La conversation était déjà close.


***


Elle venait en fait de terminer des études d’ingénieur dans le bâtiment et avait été engagée dans un cabinet d’études. Il faut dire qu’elle avait eu de la chance, ou plutôt était-ce le juste retour pour tout le travail fourni pendant ces années. Elle avait déjà fait un stage dans cette boîte, et en connaissait bien le gérant.


Et pour cause, c’était son ancien professeur. C’était maintenant son patron, un grand gaillard aux multiples qualifications qui avait su bâtir sa vie comme ses constructions. Il était respecté par tous, patient en cours, même si parfois ses troupeaux d’étudiants le débordaient. L’enseignement n’était pas sa première formation, et on lui pardonnait aisément ses maladresses même après plus de vingt ans au même poste.


***


Le retour se fit dans le silence. Elle était doucement cahotée par les irrégularités de la route et bercée par le pâle soleil d’automne qui s’invitait dans l’habitacle. Elle ne parlait pas, et pour cause, elle ne savait tout simplement pas quoi dire. Elle avait aimé, mais se sentait un peu confuse.



Il lui expliqua son divorce dont elle avait eu vent, ses difficultés à faire face, seul. Il avait été triste, sûrement. Déchiré aussi. Ces vingt minutes en sa compagnie étaient, en quelque sorte, l’expression de son désespoir, de sa rage même. Il s’en voulait d’avoir été si brutal, il s’en voulait aussi d’avoir balayé sans sourciller les trente années qui les séparaient.



Ils se tutoyaient, c’était bien naturel après ces mois entiers d’apprentissage et de collaboration. Et la route reprit, baignée dans un silence complice nourri de leurs souvenirs commun d’un moment si particulier, si animal, mais si naturel.


***


Au bureau, les trois projeteurs au travail levèrent à peine les yeux de leurs écrans pour les saluer distraitement. Lui, avait récupéré toute son attitude de chef d’entreprise. Elle, de nouvelle collaboratrice.


Enfin assise dans le bureau qu’il lui avait assigné, elle eut quelques minutes pour revenir sur terre et réfléchir aux conséquences de cet acte un peu fou : l’ouverture de la boîte de Pandore du mythique « acte sexuel avec son patron », son ancien professeur, des regrets ?… puis le futur. Comment poursuivre son travail ici, avait-elle seulement envie de le revoir, et toutes ces questions qui mettent mal à l’aise. Elle fut interrompue dans ses divagations mélancoliques par deux légers coups frappés à sa porte.

Sans surprise, il entra.


Il était encore bel homme, les yeux vifs et les épaules larges. Son visage plutôt rond et ses cheveux grisonnants rassuraient. Sa voix plus basse qu’aucune autre faisait vibrer. Ses mains étaient larges sans pour autant qu’il soit maladroit. Il s’adressa à elle un peu tendu, un peu désolé, mais comme on parle à une femme qu’on respecte, les yeux dans les yeux.



Sans même prendre la temps de la réflexion, c’était volontiers.


***


Il avait choisi un petit restaurant qu’il semblait bien connaître et l’avait mise à l’aise avec des paroles simples dès l’entrée du repas. Le vin lui faisait un peu tourner la tête et elle ne cessait de rire. Son patron savait être charmant. Elle aimait le voir sourire et plaisanter, il en devenait presque timide. Il avait étendu ses jambes sous la table d’une part et d’autre de celles de la jeune femme, un peu dragueur, beaucoup protecteur. Il voulait se rattraper. Ce contact la faisait frémir : elle souhaitait ses lèvres sur ses lèvres, encore une fois. Pas une étreinte violente mais un geste simple, une sorte de romantisme niais digne de la gamine qu’elle était. Elle prit sa main dans la sienne par dessous la table.



Puis il lui glissa des compliments qui la firent tourner au pivoine : sur sa beauté, sur son corps qu’il avait vu malgré la fulgurance de l’action, sur la chaleur de sa bouche, sur la douceur de sa voix. C’en était presque benêt, c’était maladroit, mais furieusement sincère.


L’homme laissa soudain échapper un rire étonné en levant les yeux au ciel.



Et elle le rejoint dans sa joie soudaine, légère et insouciante.


***


Les jours suivants, il prit le soin de la caresser du regard chaque fois qu’ils se croisaient, lors de chaque discussion qu’ils partageaient. Il lui apportait le café le matin, lui proposait de l’emmener déjeuner le midi, la complimentait sur ses tenues qui pourtant selon elle, restaient dans le banal. On sentait de la maîtrise dans ses paroles et de la retenue dans ses gestes.


Toutes ces attentions la touchaient. Elle sentait l’envahir ce désir qui l’avait poussée à attirer l’homme dans ses bras quelques jours auparavant. Un désir plus maîtrisé, maintenant que la chose avait été consommée. Une envie de faire bien, de se faire du bien, de lui faire du bien. Parfois il entrait dans son bureau avec un sourire pour un renseignement, ou seulement pour la voir avec une excuse pas même réfléchie pour être crédible. Elle se sentait flancher, elle se pâmait comme se serait pâmée l’Héloïse de Rousseau ou une Bovary à l’apogée de son feu, sans toutefois le laisser paraître.


***


Ce jour là, à 18 heures, il faisait déjà nuit, et elle s’apprêtait à sortir. Lasse, elle mit son ordinateur hors tension, son manteau sur ses épaules et se dirigea vers la sortie pour éteindre la lumière. Elle ouvrit alors la porte, ou bien il l’avait fait, car elle se retrouva campée devant lui, si proche. Il était grand et elle savait qu’elle devait lever les yeux pour croiser les siens. Mais elle ne le voulait pas, pas encore, car inévitablement, elle ne pourrait s’empêcher de s’y noyer. La jeune femme profita de sa présence, comme figée à écouter son souffle, se repaissant de ses effluves masculines et résistant à l’envie martelante de se jeter contre lui. Sous son pull marine, elle imaginait ce torse qu’elle n’avait finalement jamais aperçu, ce ventre, ce sexe que seul le sien connaissait.


Les mains de l’homme glissèrent autour de sa taille et sa bouche rejoignit son cou dans un baiser brûlant, humide, respectueux, mais presque sexuel tant il la fit frémir. Il avait décidé de se contenir et elle s’était résignée à le laisser mener la danse, repoussant difficilement les images furtives de leur union dans la poussière qui ne faisaient que l’enflammer un peu plus. Il remonta inlassablement vers son menton puis s’échoua enfin sur ses lèvres tendues dans l’attente de sa bouche. Il s’en nourrissait, s’en délectait, la pressant contre lui. De son côté, elle ne savait pas si ses jambes continuaient de la porter ou si l’étreinte de l’homme l’empêchait de s’effondrer. Il prit le temps de se rassasier de sa bouche avant d’inviter sa langue à rejoindre celle de sa jeune collaboratrice. Il maîtrisait tout. Elle, s’abandonnait.


***


Elle ne sut pas vraiment comment il l’avait ramenée chez elle, seulement qu’elle n’avait pas eu à le supplier pour qu’il entre. Elle avait pu le découvrir et se sentir femme dans ses bras. Ses étreintes attentives l’avaient peu à peu guidée vers cet amour puissant qu’il savait si bien mettre en œuvre, portée et rythmée par les mots d’amour presque crus qu’il lui glissait à l’oreille de sa voix de baryton.