| n° 14036 | Fiche technique | 13569 caractères | 13569 2324 Temps de lecture estimé : 10 mn |
05/09/10 |
Résumé: Un souffle dans une longue chevelure brune. | ||||
Critères: ff inconnu intermast exercice nostalgie -poésie -occasion | ||||
| Auteur : Louise Gabriel Envoi mini-message | ||||
| Poésie |
Esquisse féminine. Les rives d’un lac, les rivages en dérive… les sourires qui chavirent…
Tout à l’heure, la longue chevelure brune, brillante comme le jais, le sourire étincelle, l’allure fluide et glissante d’une anguille, la belle demoiselle assise à côté de moi, son épaule appuyée toujours un peu plus au fil du voyage et les soubresauts du bateau accentuent le contact. Le langage du corps, si silencieux, un imperceptible frisson, une esquisse de tension et je me souviens, vos rêves d’étroitesse des filles de l’Asie du sud est. Vous êtes toujours là quelque part. Ici ou il y a comme une étrange distance, une sorte de pudeur du geste, une douce timidité, une retenue permanente et l’évidente connivence du large sourire jusqu’au cœur des yeux parfois, quand on se frôle du regard, on se caresse de la pointe des cils, ici.
Je suis de retour des montagnes, Philippe ne m’a pas suivie, il trouvait mon escapade montagnarde trop fatigante. Il connaissait déjà un peu, alors il est parti à Nagpali sur le bord de la mer. Je le rejoindrais un peu plus tard. Escale sur le lac Inlé, pour me reposer après les longues heures de marche et l’inconfort des logements dans les montagnes, dormir à même le sol sur une simple natte et un sac de couchage laisse des traces jusqu’au creux des os. La chaleur des journées, se laver dans les rivières plutôt sommairement ont achevé de m’épuiser, je rêve, je me laisse bercer par les mouvements du bateau, je profite du contact de la peau nue de son épaule.
Arrivée à l’hôtel, de petits bungalows sur pilotis au milieu du lac, magnifique de sérénité, l’impression que tout pourrait finir ici dans la douceur.
On se bouscule à la descente du bateau, excuses de circonstances et franc sourire, direction la réception, le sempiternel remplissage de papier, passeport, les clés, enfin et la promesse d’un lit pourvu d’un matelas confortable, moelleux et d’une salle de bain. Mais comme à chaque fois, le plus de modernisme m’évoque la possibilité de prendre un café. J’en rêve depuis plus d’une semaine. Je peux me passer d’à peu prés tout des nourritures et boissons occidentales, mais je ne résiste pas à la promesse d’un expresso.
Je commande ma petite douceur sans sucre, installée dans les fauteuils sur la terrasse face au lac, moment parfait, la brise rafraîchissante, les coussins de mon siège, sensation de paradis, je m’enfonce, je me cale, là face l’étendue plane et lisse, un vrai miroir, vraiment le confort a du bon parfois.
Ma compagne de voyage arrive peu temps après, son parfum la précède. C’est lui qui me sort de ma rêverie aquatique pour me faire plonger instantanément dans une autre.
Et là, je ne sais pas séduire, je n’y connais rien en matière de drague, je suis désemparée, j’y comprends rien à ces rouages, à ces jeux là, pas plus au féminin qu’au masculin, je sens, comme un animal, le possible, la porte ouverte, mais vraiment, je ne suis d’une timidité maladive. Pas la peur du ridicule, seulement le sentiment d’une évidence qui ne devrait pas avoir besoin de parole. Pourtant il me faut trouver un truc à lui raconter, qu’elle reste encore un peu, franchir les portes du sourire, partir un peu plus loin.
C’est elle qui m’adresse la parole :
– C’est beau ici…
Elle parle le français, sa voix est un peu grave et voilée, somptueux…
Je ne sais plus vraiment ce qu’elle m’a dit juste après, j’étais sur les notes vocales, au creux de mes tympans résonnant plus profond…
Seule la fin, son prénom, Win ma ma aye…
Je réponds, le mien ici, plus facile pour tout le monde à mémoriser…
– Moi, c’est Vivi, voulez-vous boire quelque chose ?
Réponse toujours avec ce foutu sourire qui m’éclate le cerveau et cette bon dieu de voix. Je n’arrive pas à me concentrer sur l’instant, ma cervelle se ballade toujours dans les jungles moites, l’enfer…
– Oui, je vais prendre une bière…
Pas banal ici pour une fille…
La discussion est lancée, un joyeux mélange de français, d’anglais, de quelques mots de birman. Elle est guide comme beaucoup de jeunes dans le pays, elle doit le lendemain récupérer des touristes à la descente de l’avion au petit aéroport à quelques kilomètres du lac. Une de ses amies travaille pour l’hôtel, elle lui prête sa chambre pour une nuit. La plupart du personnel loge sur place.
Enfin papote de tout de rien, de la vie et trois bières plus loin, convenu de dîner ensemble, je suis au paradis.
Chacune de notre côté, la chambre, la douche et le lit, un truc de princesse, un luxe, vraiment après plus d’une semaine sans, les draps frais, la moustiquaire, les cloisons en bambou laissant filtré l’air extérieur, un petit bonheur, ma tête divague, allongée en attendant le dîner.
J’ai la sensation d’être fauve et proie tout à la fois, un amalgame, d’elle de moi, de ces putains de désirs qui naissent je ne sais où. Bon sang, pourquoi ne pas supposer me contenter de discuter tranquillement, de faire connaissance, prendre mon temps, je n’ai pas le temps. Pourquoi faut-il que le désir prenne le pas, j’en ai vu des tas des belles jeunes femmes, enfin, pourquoi celle là, peut être l’endroit, la fatigue, l’envie d’atterrir, les promesses de sa peau, la chaleur, tout est moite, les odeurs accentuées, je crève d’envie de plaisir… sans lendemain, l’instant et les frissons de tout à l’heure, je construis des châteaux avec pas grand-chose, je dois être cinglée…
Stop, arrêt de mes tergiversations, je pars pour le restaurant, elle est déjà arrivée. J’aurai pu rester sur le pas de la porte un bon moment, j’ai du y rester d’ailleurs, je ne sais plus, ces longs cheveux raides, la rondeur de son épaule…
Faut que j’arrête de fantasmer…
Dîner, bonsoir… alors… reposée, les chambres sont très confortables. Échanges respectifs de quasi les mêmes banalités et re-papote, des tous, des riens, final, la banalité des propos me convient, pas de soucis. La bière est fraîche et légère, Myanmar beer, mais même peu alcoolisée, elle finit par faire son effet. Je ne crois pas que je voulais qu’elle soit saoule non plus, je me suis demandée après si je n’étais pas un rien perverse, pour pouvoir abuser d’elle, pour la légère ivresse qui arrondit les gestes, autorise un peu plus, je n’en sais rien. On était dans le même état je crois. Sensation d’un poil d’aérien, d’inconséquence, d’audace aussi, à un moment donné, il me semble que je n’ai plus rien à perdre…
– Voulez-vous venir prendre un dernier verre sur la terrasse de mon bungalow ?
En m’attendant prononcer cette phrase, putain c’est digne d’un mauvais film, d’une ânerie incommensurable, réplique à la con, vraiment, mais c’est aussi ce dont j’ai envie, prendre un autre verre, continuer de la regarder, de l’écouter, encore !!!
La déshabiller des yeux, me gaver de ses fins poignets qui virevoltent quand elle parle, de la légère inclinaison sur la gauche de sa tête quand elle prend son verre. Je délire sur sa nuque que je n’ai toujours pas aperçu, plonger encore mon regard fureteur dans le décolleté de sa tunique qui baille un peu.
Elle dit oui, elle me suit… je plane… et pas seulement à cause des effets de la bière…
On prend notre boisson en passant devant le bar, direction la chambre, la petite terrasse et les fauteuils en rotin.
La suite, eh bien, la magie de l’endroit, une main s’égare, l’innocence prend le pas, on rigole, on se marre comme des bossues, sa gène, sa retenue, les moustiques s’en donnent à cœur joie, on rentre. Le lit de princesse, un appel au vice ce truc qui trône au milieu de la pièce, la moustiquaire comme une toile de tente tendue de chaque côté. Elle s’assoit sur le bord du lit, presque sagement, sa tête s’incline, ses cheveux tombent en cascade, sa nuque se découvre, fine, si fine, les os dessinant de petites pointes sous sa peau, je vais crever là, je vais m’évanouir, tant le désir me cisaille, je n’en peux plus, c’est trop, trop pour que je reste là, il me faut toucher…
L’audace, elle se sauve, ou elle reste… Je ne réfléchis plus, je m’approche, je m’assois à ses côtés, je l’embrasse, je la goutte cette nuque du bout des lèvres, doucement, suave… bon sang… un goût d’ivresse, sa peau dit oui, on ne parle plus, plus du tout, elle me sourit, toujours. Les vêtements glissent, je la déshabille, à chaque morceau découvert, j’y pose mes lèvres, elle se laisse faire, elle ne bouge presque pas, seuls ses soupirs un peu plus profonds soulèvent sa cage thoracique. La pointe d’un sein, oh !!! les fruits un peu bruns, la mollesse, la douceur tout s’engouffre en moi, de l’excès de réel, irréel, du divinement palpable et du léger nuageux. Je ne sais pas, elle a un goût meringue, ces espèces de pâtisserie craquante à l’extérieur et aérienne à l’intérieur, sucrée acidulée, je pourrais y planter mes crocs pour goûter encore mieux. Cannibale est l’envie.
Cette allure de liane souple et gracile, vraiment je suis plutôt fine, mais j’ai la sensation d’avoir des épaules de déménageurs, d’être forte et presque masculine, ma poigne solide, mes mains prédatrices, la voir nue toute entière, débarrassée de tout ce tissu. Le longis se dénoue, la culotte roule le long de ses jambes. Je réfrène mes ardeurs pour ne point l’effrayer, j’accentue le gouffre comme pas possible, je crois que j’ai la tête qui tourne parfois, ces narcotiques parfums, l’alcool, la déraison que je brime, ma bouche sur son ventre, ses profonds soupirs, ses cuisses s’écartent, imperceptible, ma langue poursuit sa descente, son sexe et ses parfums deviennent précis, scalpel odorant, ses gestes se délient, sa main s’aventure dans mes cheveux, enfin…
Si j’ai pris le temps d’une éternité de découverte pour la déshabiller, j’ai du en ce qui me concerne mettre quelques secondes à me retrouver à poil. Je ne veux plus que ça, la totalité du corps, les enlacements félins. Les ondulations passent de l’une à l’autre sans plus de détours, sans plus de barrières, les peaux se percutent. Le goût de sa chatte, la douceur de ses poils, ce fin duvet capturant ses effluves, ce coquillage clos, glisser la pointe ma langue, là, juste sur les bords, les écarter lentement, prendre en plein ventre ses gémissements plus accentués, poursuivre, avancer, profiter des moiteurs naissantes, de l’épice de son sexe, ses torsions, contorsions, quand ma langue va plus avant, butiner les petites lèvres, délicates et rose foncé. Sa mouille coule, ma bouche plus vorace, ma langue muant serpent, récupérer ses perles de nacres, ses cuisses s’ouvrent toujours un peu plus, son sexe se tend vers ma bouche, monsieur, je dois perdre la tête, mais j’ai pensé à vous là, juste à ce moment là, pourquoi, je ne sais pas, mais ces images m’ont traversé l’esprit.
Je vous disais, allez-y elle est à vous maintenant…
J’aurai aimé vous l’offrir, c’est vrai la jeune femme offerte aux plaisirs, juste là. Quand je glisse un doigt au chaud de son ventre, que je sens les palpitations violentes de son sexe sur la peau de mon majeur, ses soupirs, ses plaintes d’animal blessé, son bassin qui chavire, ses mouvements incontrôlables, ma bouche arrimée à son clitoris, mes mains imprimées sur le haut de ses jambes. Je coule comme une fontaine, mon sexe n’est plus que béance et contractions déraisonnables, la pointe de mes seins dure à rayer sa peau. Je me remplis et je me vide, j’ai la tête qui tourne, je vois des étoiles, je suis soule, ses mains se promènent, m’agrippent, ses longues mains fines entre mes cuisses, son audace… bénédiction…
Gigantesque et profond frisson le long de ma colonne vertébrale, la pulpe d’un doigt glisse dans ma fente, je dois hurler à ce moment là, le choc violent du contact avec mon bourgeon prêt à éclater, j’explose…
La déraison, la magie de la fin des réticences, la liberté de la gestuelle, les mélanges, les amalgames, les douceurs, les étreintes plus lointaines, les corps se fondent, la combustion fusionne les peaux, les sueurs, les odeurs, tout s’entremêle, bouches, langues, chattes, seins, cheveux, nuques, bras, jambes, pieds, le dodu des fesses, la chute des reins, tout ondule, perdre pied, complètement, jusqu’à ce que les corps rendent grâce, que la fatigue et la chaleur cloue sur place…
Je ne sais plus qui de l’une ou de l’autre s’est endormie la première. Je me suis réveillée le visage noyé dans ses cheveux, une main posée sur son sein.
Un baiser sur la fragile nuque tentatrice, elle se retourne, elle ne dormait plus, elle ne bougeait pas, les parfums persistants, le velouté de la peau, j’aurai pu recommencer au petit matin. Plus assez de temps pour elle, elle devait aller chercher ses clients.
Douche, l’eau fraîche, atterrissage, réalité, reprise petit à petit des pudeurs et des retenues, enfiler son costume pour l’extérieur, une main timide s’attarde encore, juste un peu…
Petit déjeuner pris en commun dans le silence, les yeux perdus sur les eaux du lac, la distance reprend ses droits. Échanges d’adresse sachant pertinemment que se revoir ailleurs n’a que peu de chance de se produire, le voudrait-on d’ailleurs, je ne suis pas sure.
Le bateau est là, elle se lève, on se prend dans les bras, accolade d’au revoir. Ici on ne s’embrasse pas entre amis ou connaissance. Je remplis mes narines comme si de rien, descente des marches vers le bateau, ses cheveux dansent dans son dos, ses fesses chaloupent serrées dans le tissu de sa jupe. J’avale ma salive, elle me fait saliver dans le petit matin, je dois être une tarée du cul, c’est pas possible, pourquoi, ils ou elles ont l’art de mettre dans tous mes états…
Et le fameux sourire, ah… celui-ci a le goût d’un adieu, mais ce qu’elle est belle… agitant sa main dans les lueurs matinales.
Je n’ai même pas pris une photo, c’était trop vite, trop court, exquisément intense…