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n° 13838Fiche technique17685 caractères17685
Temps de lecture estimé : 10 mn
01/05/10
corrigé 12/06/21
Résumé:  Mahesh, humble coursier, phantasme sur une cadre de direction.
Critères:  fhh couleurs collègues travail fdomine chantage pied fellation humour -bureau
Auteur : Pieteke  (Essayiste et prix nobel de la paix 2014 (j'y travaille))      
Quand Krishna aide le pauvre Mahesh

I



Mahesh garde toujours le meilleur pour la fin. Dernier étage de sa tournée, le cinquième est également le domaine de la belle de ses rêves, de son phantasme absolu, de celle qui, il le sait bien, ne sera jamais pour lui. Cadre de direction, Anne-Sophie le regarde à peine lorsqu’il vient déposer le courrier. Son bonjour coincé lui suffit cependant amplement et la vue brève de cette Pārvatī (a), parfois assise derrière son bureau, parfois debout, de dos, pendant qu’elle parle à son acolyte, le comble jusqu’au lendemain.


D’autres fois, c’est plus rare mais plus jouissif pour le regard, il l’entrevoit penchée sur un amas de documents bougeant frénétiquement ses bras, ce qui en passant, laisse dans sa mémoire à la fois un décolleté sobre mais splendide et un bruit familier de bracelets qui s’entrechoquent. Ce cliquetis revient, lorsqu’il s’apprête à s’endormir, titiller sa mémoire en mélangeant des images d’un film bollywoodien à la réalité : la belle Anne-Sophie se transforme en danseuse indienne et bouge langoureusement son ventre sur une musique envoûtante. C’est que Mahesh n’a pas l’imagination fertile.


Inspirant un grand coup, tout en cherchant ses enveloppes, il essaye de garder son sang-froid en passant la tête dans le bureau. Son bonjour expédié lui laisse peu de temps pour admirer la merveilleuse paire de jambes bronzées qui s’entrecroisent sous un bureau avec lequel notre coursier échangerait, bien volontiers, sa place.




II



14 heures ! Il ne s’est pas encore remis du spectacle du jour précédent. Le « bing » de l’ascenseur l’angoisse lorsqu’il s’ouvre sur le cinquième. Les roues de son chariot sont silencieuses. Tant mieux ! Mahesh aime passer inaperçu. Cet étage, réservé au management, est très calme et peu fréquenté. Ses occupants sont le plus souvent en réunion, en déjeuner ou à l’étranger.


Les lentilles épicées préparées par son épouse la veille n’ont pas pitié de lui, aujourd’hui. Son ventre ballonné a envie de se vider d’air à chaque pas. Son foie est lourd, sa bouche pâteuse. Voulant éviter un accident honteux devant l’incarnation de la divinité qui se trouve à l’autre bout du couloir, il se dirige vers les sanitaires en prenant soin de laisser son chariot dans un placard. Son chef, tyrannique, n’aime pas qu’il s’absente en tournée, même en cas de besoin naturel. Et il contrôle souvent !

À peine installé sur la lunette, toute proprette parce que jamais utilisée, sa tentative d’évacuation est coupée dans son élan par l’arrivée impromptue d’un autre usager. Retenant son souffle et les gargouillis de ses intestins, Mahesh attend. La porte de la toilette voisine s’ouvre. Moins d’une minute plus tard, la stupéfaction s’empare de notre brave car il entend un bruit qui lui est familier, le produisant lui-même presque chaque jour ; ce bruit de va-et-vient ponctué par un claquement de chair et un bruit métallique de ceinture qui claque. C’est certain : son voisin se masturbe !




III



Non ! Ce ne sera que des fruits, aujourd’hui. Son épouse, vexée, retourne dans sa cuisine, son plateau empli d’un merveilleux curry de légumes. Mahesh n’a pas envie de refaire l’expérience de montgolfière humaine de la veille. Et puis, la cochonnerie dont il a été le témoin discret lui coupe sa gourmandise habituelle. La cerise sur le gâteau, c’est qu’il est certain qu’il s’agit de Marc, l’assistant de la belle Anne-Sophie. Comment un cochon pareil peut-t-il respirer le même air que cette dame d’une pureté presque virginale ? En sortant des toilettes, il l’a vu rentrer dans son bureau.


En déposant le courrier, ce n’est pas, pour la première fois depuis le début de sa carrière de sept années dans la Société Nierens, la belle qu’il regarde, c’est la face rouge de Marc, l’air satisfait et soulagé de sa honteuse libido. Et c’est plein de rage en repensant à sa face de colon grassouillet qu’il se met, un peu plus tard, à écrire un e-mail anonyme à sa muse. Un message conclu par un :



Car vous savé, ce port ne mérite pas travaillé avec vous.



Satisfait d’avoir remis un peu de moralité dans ce monde sali par tous ces vils instincts.

Mahesh se promet de ne pas imiter Marc et au contraire de lui, se jette corps et âme dans sa dévotion quotidienne à Ganesh (b).




IV



Mais Ganesh ne l’entend pas. Krishna (c), au contraire, donne à ses phantasmes une forme réelle et tangible, et cela effraye Ganesh. Est-ce possible ?


Résumons : le troisième jour à dater du début de ce récit, le lendemain donc, de l’absorption contre son gré des bruits causés par le plaisir solitaire de Marc, le 2601ème jour de son entrée dans l’entreprise, Mahesh se rend comme à son habitude au cinquième étage. À cette différence près que ses sentiments sont mêlés : de l’angoisse qu’Anne-Sophie devine l’auteur du mail qu’elle doit avoir déjà lu et de l’envie de se gorger d’une image supplémentaire de cette icône de beauté magique.


Ce qu’il voit est tout différent. Cela l’horripile, l’excite, le rend coi. Toujours silencieux, il se rend vers le bureau. L’inspiration est profonde, nasale, inaudible. Une seule lettre à déposer et, en entrant dans la pièce, son cerveau met cinq minutes à accepter ce que lui disent ses yeux. Marc est debout, et le souffle court, il exulte pendant qu’Anne-Sophie englobe de sa bouche bourgeoise son pénis long et poilu, allant et venant sensuellement, en s’arrêtant de temps à autre pour donner sur le gland un coup de langue gourmand. Le sang de Mahesh ne fait qu’un tour. Figé, il essaye de s’en aller sans faire de bruit.


La dernière image qu’il voit est un grand assistant au visage crispé, le nœud de cravate défait, qui pousse un « Haaa » presque muet mais vibrant. Le soir même, dans ses songes éveillés, Anne-Sophie est en train de lécher avec toute la poésie du monde son propre phallus. Sa main, faute de mieux, vient donner à ce rêve un peu de vie. Mais Krishna n’a pas dit son dernier mot.




V



Est-ce la légendaire lubricité de Krishna qui s’empare de Mahesh ce jour-là ?


C’est une Anne-Sophie absorbée derrière l’écran de son ordinateur qu’il découvre le lendemain. Impossible de deviner que cette employée de bureau classique et sobre s’est livrée à de pareilles activités sur son lieu de travail. Le coursier s’approche de l’armoire à l’entrée, dépose le courrier un peu plus lentement que prévu en appuyant son regard sur la belle. Cette dernière relève la tête. Bien plus tard encore, Mahesh attribuera aux dieux l’audace qui s’empare de lui, et le hasard merveilleux que Marc soit absent.



Elle devient pâle. Elle se lève, marche vers Mahesh qui ne sait plus où se mettre, ferme la porte derrière lui, en abaisse le loquet de sécurité, le regarde de ses yeux bleus métalliques et lui dit :



Elle ne lui laisse pas le temps de répondre, au pauvre bougre. Elle prend le dessus, défait sa boucle de ceinture avec précision et rapidité, et sort un magnifique lingam (d) presqu’en érection. À l’odeur musquée vient s’ajouter l’odeur d’un mélange d’épices que le corps du chanceux a transformé. Elle le prend directement en bouche ; la douce sensation de chaleur et sa langue qui ondule délicieusement autour du gland ont tôt fait de provoquer une belle érection. Rien que technique, presque comme un devoir, Anne-Sophie fait jouir l’homme. Quel est donc ce goût particulier, cette saveur dans sa semence ? Du curcuma ?




VI



Ses doigts bleus dansent sur la flûte et lui font accoucher d’une mélodie enchanteresse. Radha (e), qui a pris les traits d’une européenne cadre de direction, s’avance, irrésistiblement attirée par la musique et par le libidineux charisme du musicien, qui agit comme un aimant sur toutes les femelles se trouvant à dix kilomètres à la ronde. Krishna, sous les traits d’un honnête coursier d’une entreprise belge, s’apprête à s’accoupler à sa compagne éternelle, mais ledit coursier s’éveille et ses yeux rencontrent le corps assoupi de son épouse.


De retour à la réalité, Mahesh se lave consciencieusement, se parfume et part au travail, d’une humeur joyeuse et coupable à laquelle son âme simple n’avait jamais goûté avant. Les heures sont longues. Le classement lui tape sur les nerfs. Son chef lui semble encore plus grossier et infâme qu’à son habitude et c’est avec un plaisir non feint qu’il entame sa tournée. Il sent des fourmillements dans son bas-ventre quand l’ascenseur le prévient qu’il est arrivé au cinquième étage. Tout est toujours silencieux. Marc sera-t-il là ? Toute l’horreur du début de journée trouve son apothéose lorsque notre coursier entre dans le bureau d’Anne-Sophie. Oui, Marc est là, et il est seul.


Mahesh lui souffle un bonjour presque inaudible. Marc lève la tête, il devient rouge, ses yeux lancent des éclairs et notre héros manque de s’enfoncer sous terre. Il n’a pas le temps de dire au revoir qu’il entend résonner dans son dos une voix hargneuse qui lui dit :





VII



La peur au ventre, il s’avance. Cet étage signifie tellement d’autres choses qu’un simple moyen de se rincer l’œil, aujourd’hui. Il ne regardera pas à l’intérieur, cette fois-ci, promis ! Non, il tient à conserver sa place. Qui d’autre voudrait de lui, à 54 ans ? Que dirait sa femme ? Il prend en un seul souffle le courrier qui leur est destiné, le dépose rapidement sans rien dire et s’apprête à sortir. Une voix féminine tranchante et autoritaire le retient.



Il se raidit, se retourne, voit Anne-Sophie dressée de tout son long qui le regarde sévèrement. Marc, à côté, est pâle et semble râler.



L’opprimé regarde le sol, ne sachant quoi dire ni comment.



Elle se lève, se dirige vers une table ronde dont elle écarte les chaises alentour, et s’assied brusquement dessus.



Les deux non-violents s’exécutent, n’osant braver l’autorité de cette splendeur en furie.

Doucement, elle s’allonge sur la table, se débarrasse de ses souliers à talons aiguilles, pose le pied droit sur l’épaule gauche de Marc et son pied gauche sur l’épaule droite de Mahesh.





VIII



D’abord, il hume doucement, en inspirant lentement, sans que son souffle gêne sa partenaire. Du talon au gros orteil, il s’enquiert de chaque saveur qui se dégage de ce pied si précieux. Ensuite, il entreprend de lécher le bord intérieur de ce pied blanc magnifique. Pris d’une pulsion érotique sans précédent dans sa vie, il suce chaque orteil comme s’il s’agissait de la plus onéreuse des glaces italiennes. Ce faisant, ses bras caressent les jambes de sa déesse. Car c’est ainsi qu’il la considère. Marc essaye de le singer mais ce sont des :



Elle ôte ses petons jolis, se relève, et indique à Mahesh de prendre sa place. Ce qu’il fait sans discuter. La belle défait son pantalon, duquel jaillit un pénis plus droit qu’un obélisque. Elle l’observe et soupire d’aise. Elle ôte sa culotte, remonte un peu sa jupe et s’aide d’une chaise pour monter sur la table. D’un coup, d’un seul, elle enfourche sa proie bien dure qui à son contact pousse un « Huugh » d’agréable saisissement. Elle le chevauche, se déplace tantôt en haut, tantôt en bas, se tortille de gauche à droite, avance son bassin vers l’avant, pour bien sentir Mahesh à l’intérieur d’elle. Marc regarde, jaloux. Le coursier est aux anges. La jouissance vient vite. Un petit « Houuu » rauque pour elle, un « Han » bref, indien, pour lui. Une incompréhensible rumination intérieure pour Marc, tant les mots durs sont nombreux.




IX




Marc souffle intérieurement, ne voulant plus souffrir de l’humiliation de la veille.



Elle enlève les pantalons de chacun avec brusquerie. Elle avise un moment le cul tout brun et très poilu du premier et celui tout blanc et presque sans poil (mais avec un peu de cellulite) du second. Elle s’approche. Mahesh sent alors une langue qui caresse la raie de ses fesses.



Mais cette première expérience lui fait du bien. Particulier ! Marc lui, semble y prendre plus de plaisir. Après quelques allers et venues, elle les retourne. Deux pénis en pleine forme, de taille presque équivalente, deux beaux monuments, lui font face.



Et elle prend dans sa bouche les deux membres à la fois. L’Indien grimace de dégoût. Marc, curieusement, semble trouver cela agréable. Cela ne dure pas longtemps, toutefois. Cela fait mal à la mâchoire de la meneuse du jeu. Elle commence alors une fellation individuelle, mettant en œuvre tout son talent de nymphomane aguerrie.


Ce qui suit ? Un tremblement de terre. Quelqu’un frappe à la porte et, sans laisser le temps aux trois compères de prendre une position plus décente, entre. Le chef de Mahesh devient blême. Il ne dit rien, tourne les talons et s’enfuit presqu’en courant.




X




Mahesh le coupe :





XI




Elle n’ose en demander la raison à son époux, qui déguste le poulet tikka massala qu’elle lui a préparé. Bah, certainement qu’Adināth lui a prêté les derniers films de Bollywood !




(a) Pārvatī - hindouisme : déesse de l’amour.

(b) Ganesh - hindouisme : dieu de la sagesse, de l’intelligence.

(c) Krishna - hindouisme : divinité suprême.

(d) lingam - hindouisme : symbole phallique du dieu Shiva.

(e) Radha - hindouisme : compagne de Krishna.