| n° 13654 | Fiche technique | 15266 caractères | 15266Temps de lecture estimé : 9 mn | 12/01/10 |
| Résumé: Une soirée avec un ami et sa nouvelle petite amie. Un hébergement proposé, une rivalité émergente, une loyauté bafouée. | ||||
| Critères: fh jeunes extracon contrainte dispute facial fellation -occasion -voyeuroca | ||||
| Auteur : Atlante | ||||
Je monte en sifflotant.
Elle me fixe, debout sur le palier en bois du troisième étage du vieil immeuble. Je cogite sur le coup. En tout cas je dois avoir l’air con, essoufflé par les escaliers antiques, une bouteille de whisky en pogne.
J’ai dû rater un épisode. Bon, Arno le pote de bourre du lycée, installé depuis peu dans la ville universitaire, n’était pas seul. Il aurait pu prévenir en m’invitant pour cette première. J’allais découvrir sa tanière. Je me suis préparé une soirée entre mecs.
C’est peut-être une coloc. Remarque, il a peut-être déjà trouvé une petite amie. Par manque d’éléments je songe à un trompage d’étage, voire de bâtiment. Delirium tremens ? Mes capacités de jugement avaient déjà pris un coup lorsque j’avais testé, avant de venir, ledit whisky. Bref, pas frais et pas à la page.
J’entends Arno m’appeler au loin, derrière l’espèce de cerbère. Pas d’erreur, c’est la bonne adresse et la bonne porte. La soirée entre potes déchirés semble compromise. L’espace d’une seconde je pense dévaler les escaliers en criant une excuse bidon. Une saine réaction face à cette Gorgone qui risque de me relayer au bon copain qui vient tenir la chandelle. Pas de panique, restons calme.
Je la détaille et tente de calculer mes chances de lui échapper. Elle est mignonne, peau mate, cheveux bruns bouclés lui tombant sur les épaules. Des courbes harmonieuses sur lesquelles coule mon regard. Jolie créature née de la mer Méditerranée et du matriarcat ensoleillé. Avec sa robe noire sage et ses pieds nus, je distingue ses formes élancées, la finesse de sa taille. Son sourire se montre, redoutable. Ses yeux marron clair en amande, presque au niveau des miens, m’interrogent. Puis la minuterie décide du noir. L’embrasure dessinée par la porte de l’appartement, derrière elle, émet un halo lumineux rectangulaire. Mamma mia, elle se transforme en Bond girl des génériques. La robe devient tulle. Elle met les mains sur les hanches, les jambes à peine écartées et demande :
Je réponds péniblement à son corps que non. Elle réalise qu’elle est vue nue et disparaît dans la lumière. Je la suis, ébloui. Mon Dieu, faites qu’elle soit cruche, pimbêche, gnangnan. Faites que rien ne puisse nous accrocher, à part Arno.
Je suis déjà mordu.
Passé un large couloir qui fait cuisine, je débouche dans la salle principale. Petites pièces sous les combles avec des poutres apparentes aux charmes rustiques. Une seule persienne un peu trop haute donne dans la nuit. Un canapé face à une télé et une table basse entre les deux en guise de bar auquel j’associe ma bouteille maltée. Arno assis derrière la télé, dos tourné, est scotché à son bureau, nez au PC.
Retrouvailles.
Il lâche le jeu bourrin des tueries et fait pivoter son fauteuil de bureau. Poignées de main viriles, sourires francs et présentations.
Je lui lance en jetant un coup d’œil vers la créature qui s’affale dans le canapé :
Je commence fort. Il faut faire disparaître la fille du contre-jour. Légère moue de la belle mais je sens qu’elle a décidé de faire des efforts. Chacun a ses limites. En pochetronnant avec son mec à bloc, je suis sûr qu’elle fera la gueule. Salaud, il le faut. C’est sa muse et je me refuse d’être celui qui cherche à ravir la belle en détruisant notre amitié. Qu’elle m’apprécie moyennement, tant pis. Troie 2 n’aura pas lieu.
La soirée démarre rapidement. Apéro musclé, sortie en bar pour retrouver un groupe d’amis plus ou moins proches puis retour tranquille dans les rues désertes du centre-ville. Je ne suis pas aussi ivre qu’espéré. J’ai peu échangé avec Manon et me suis assuré d’aborder des sujets de mecs : les soirées trashes, les résultats footballistiques… Bref des trucs de mâles pour la mettre « out ».
Le contrecoup de mon attitude a été de sentir le regard pesant de Manon sur mes faits et gestes toute la soirée. Chacune de mes paroles a été disséquée, étudiée, interprétée.
Arno a pris de l’avance sur l’allégresse recherchée et s’épanouit d’un rien. Il a atteint l’ivresse de ceux à qui tout sourit. La mienne est petite, amère. Je me maudis en silence et je maudis Arno de ne pas m’avoir prévenu. Quel con !
De retour dans l’appart, je roule une cigarette maison avant de m’en aller. Arno, les yeux rougis par la fumée, insiste pour que je dorme chez lui. Enfin, chez eux. J’accepte vraiment pour en rajouter une couche auprès de madame.
Derrière le canapé, la porte de la chambre m’est ouverte. En bon pote, il m’invite à dormir sur un matelas au pied du lit deux places. Une insertion dans l’intime alcôve qui doit déplaire secrètement à la maîtresse de maison.
On installe le matelas dans l’espace restant, gênant l’accès à la salle de bain. Le canapé de la pièce principale m’aurait suffi. Mais sans rideau à la fenêtre j’étais sûr de me réveiller aux premiers rayons de soleil. Trop risqué pour échapper au mal de tête, et cramer ma journée de demain. Manon s’absente dans la salle de bain qui donne directement dans la chambre. L’eau coule derrière la porte refermée sur mon oreiller. Oreiller, tu m’appelles. Je finis ma clope, garde T-shirt et boxer puis m’enveloppe péniblement du drap. Il fait bon, presque trop chaud. Arno éteint la lumière et laisse la porte un tout petit peu entrebâillée. Je sais qu’il s’installe à son PC avec casque audio. Il a l’énergie des vainqueurs. De ceux habitués aux jeux en réseau. Dans ce domaine, la nuit appartient aux meilleurs. Il en fait partie.
Je commence à sombrer quand la porte de la salle de bain s’ouvre. Au-dessus de ma tête m’apparaît, juste une seconde lumineuse, un entrejambe culotté de dentelle blanche sous une nuisette crème. Puis de nouveau le noir. Le grand lit à côté bouge et le silence tombe. Bof, ce n’est pas la première fois que j’en vois. On fait juste un peu plus connaissance. Je souris. Quel merdeux je suis !
Impossible de trouver un sommeil paisible. Je vois défiler un générique imaginaire de James 007 avec ombres féminines habillées de culottes dentelle claires. Noir et blanc, chaud et froid, fatigue et énervement. Mon pouls tape aux tempes et rythme la musique assortie. Goldeunnayceuuuu… Le cauchemar. Autant se lever et laisser passer l’orage. Problème. Le ciné a eu son petit effet. La gaule. Et je ne compte pas me présenter auprès du pote avec mon porte-étendard. La tuile ! Je regrette beaucoup de choses ce soir.
Je m’assois. Le regard au niveau du cul de Manon, exposé juste à côté. Elle me tourne le dos en chien de fusil. Une lumière faible et chaleureuse pénètre par l’ouverture restreinte de la porte. Où est la crème de sa nuisette ? Le drap a glissé et la nuisette est remontée dans le creux de ses hanches « Goldeunnayce ». Merde ! Merde de merde !
Un marteau frappe mes tempes. Plus de réflexion, place aux réflexes. Je pose ma main. Elle ne réagit pas. Le tissu de sa culotte laisse glisser mes doigts. Adieu le pote. Ma main se loge entre ses cuisses. Elle bouge. J’attends la claque magistrale, l’engueulade. Son bassin ondule. Somatique ? En tout cas je vole la femme du presque frère, trahissant mes valeurs, le code de l’amitié. Je suis un autre, plus vil, plus brutal, plus sauvage.
Je me persuade qu’elle dort profondément. Que son rêve est érotique et que son corps répond à ma caresse par pur mécanisme. Je pose ma seconde main sur sa hanche, parcours ses fesses. À travers sa culotte, ses nymphes gonflées enserrent mon pouce. En le relevant, je cherche à la pénétrer du doigt préhensile. La seule chose qui me distingue encore de l’animal. Le tissu la protège. Son cul se cambre, donne des coups en arrière. Sa chorégraphie, son humidité, son arôme me commandent. Je souffre. Mon sexe douloureux réclame sa part. Comprimé dans le boxer, il est de bois et si sensible. Il explosera à la première attention. Help !
Arno crie. Je me tétanise. Il n’a pas bougé. Il jubile. Il gagne. Moi, par contre, je me ressaisis.
Il continue de jouer, elle de bouger.
Je retire mes mains. J’ai mal au ventre, au bas-ventre et la tête me tourne. Je me laisse tomber sur le dos et je commence une branlette compensatoire discrète. Manon ne s’est pas réveillée. Je suis sauvé. Ni salaud, ni loyal.
Elle se retourne. Je m’immobilise. Je perçois ses yeux dans la pénombre. Elle susurre avec une voix de petite fille :
Je suis grillé et je fume par tous les pores. Brusquement je me présente à genoux et reprends ma branlette sans retenue. Ma main libre va chercher sa tête. Je la tire par les cheveux vers ma bite dure. Elle se retrouve à quatre pattes sur le lit, la tête plus bas que son cul émergeant. La nuisette a glissé sur ses épaules. J’ai envie de son cul, de la prendre par la taille, de la remplir. Mon attention revient vers sa tête. Je sens sa résistance. J’insiste jusqu’à ce que sa langue parcoure mon gland. Je suis Minotaure et ignore ma puissance. Je force et possède sa bouche. Ma bite coulisse entre ses lèvres. Elle tente de s’exprimer. Il n’y a aucune place pour son avis et ses paroles sont étouffées par mon intrusion. Aucune politesse mais quelques bonnes manières s’imposent. La bouche pleine, Manon pose sa main sur mon ventre pour ne pas basculer complètement sur moi. Évitant ainsi de s’empaler mon pieu tout au fond de la gorge. Sa langue tente de jouer avec mon gland. Elle m’aide comme elle peut ou comme je veux. Surtout comme je veux. Je l’aide à me satisfaire en me branlant d’une main.
Violemment, j’explose par saccades en retenant mon cri. Ma jouissance n’en finit pas. Je ne suis que jouissance. Investi d’une toute-puissance divine, je me sens l’enfant des dieux.
Le sperme lui coule dans et sur la gorge. Je souille la nuisette et une amitié.
Je m’effondre, repu, sans force. Incapable de la moindre parole. Manon est restée en position. Elle ne bouge pas. Sauf l’une de ses mains qui semble être entre ses jambes. Elle a pris du plaisir sans pour autant jouir. Partenaires, nous avons partagé, surtout moi. Je ne suis plus une brute égoïste. Nous sommes juste deux égoïstes.
Dans la pénombre je distingue, sur son visage et sa poitrine découverte, des gouttes argentées, dessinant un sophistiqué collier de perles, prix de ma brutale traîtrise.
Elle se lève, m’enjambe pour rejoindre la salle de bain. J’ai droit à un « salaud » au passage. La porte se ferme et les canalisations chuchotent.
La culpabilité, la honte prennent place. Salaud, je le suis. Une pensée qui me poursuit quand je sombre dans un sommeil plombé.
Plus tard dans la nuit, j’entends la belle infidèle réclamer des attentions à son homme. Lui aussi est vidé par trop de combats sur le PC. Il décline. Je me réjouis de l’insatisfaction subie, rassuré de la savoir faible. Manon n’est pas la femme parfaite et je la laisse au cornu qui trouvera son bonheur auprès d’elle.
Le réveil est pour moi difficile. Je regrette et m’excite à l’idée de pouvoir recommencer. J’ai abusé de ses rêves puis de son envie. Elle m’aurait repoussé, se serait plainte, m’aurait accusé… j’aurais plaidé coupable. Elle n’a rien fait. Nous sommes complices. Elle peut m’en vouloir d’être le seul à jouir de son hospitalité, de son corps. Je l’ai traitée comme une adversaire et l’ai possédée. J’ai gagné une future relation compliquée. Quel con, je suis ! Quel cul elle a, aussi !
J’ai la gaule matinale et dérangeante. J’attends… rien à faire. Je fais défiler toutes les horreurs du moment. La guerre, la famine, la pollution m’accompagnent dans une reprise des sens. Mon sexe reste sensiblement autonome cependant il consent à adopter une forme présentable pour la circonstance.
Je me lève. Arno ronfle encore et la douche de madame sollicite la tuyauterie. J’enfile mes fringues en me cassant la gueule et me traîne jusqu’à la cuisine où du café chaud vient d’être passé. Je m’octroie une tasse debout contre l’évier. Manon sort de la salle de bain. Elle m’apparaît dans le salon, en serviette rose. Sa poitrine déborde et visiblement le moindre mouvement expose son intimité.
Stoïque, j’apprécie et j’appréhende sa réaction. Elle enfile une culotte assortie à la serviette, sous la persienne. Une nymphe étincelante dans un puits de lumière. Les yeux plissés, je contemple la belle. Une minute d’éternité. Je sens mon sexe gonfler. Manon se retourne et me lance :
Douche froide. Je bafouille :
Elle s’habille de sa robe noire, en m’ignorant. C’est la guerre, aucun doute. Elle va m’ignorer jusqu’à la fin de mes jours. Je décide de l’aider.
Le soleil n’a plus la même force sur ses courbes. Elle s’approche et me souffle, haineuse :
Blessé de cette vendetta, coupable, je fuis, empreint de mon souvenir. Une transgression inavouable, un vol fabuleux, un orgasme fulgurant.
Les escaliers n’en finissent pas. L’alcool ingurgité la veille fait son petit effet : l’équilibre précaire, une vision réduite, un encéphale de poisson rouge. Je sors de l’immeuble, confus.
Manon est là-haut, en robe, sans soutien-gorge. Je bande. Il y a des passants, ombres mouvantes dans la lueur du soleil matinal. Aveuglé, je déambule gêné et crasseux jusqu’à mon appart. J’ai l’impression de m’être donné en spectacle avec un pantalon déformé à bloc.
Vivement une bonne douche, et une branlette libératrice ! Être propre de corps et d’esprit. Et puis du repos pour oublier.
Je crains l’attachement, l’obsession et la passion. Une tragédie grecque s’installe dans mon microcosme.