Une Histoire sur https://revebebe.pages-perso.free.fr/
n° 13652Fiche technique31850 caractères31850
Temps de lecture estimé : 18 mn
11/01/10
Résumé:  Avec l'aide de Jarmi, Cynthia va infiltrer la citadelle et tenter de déjouer les plans de son Seigneur aliéné.
Critères:  fh bizarre fsoumise fdomine cérébral fantastiqu -fantastiq -internet
Auteur : Philipum      Envoi mini-message

Série : Ancestor

Chapitre 06 / 06
Ancestor, épisode 6/6

Mise en situation : Cynthia a découvert une citadelle cachée au sein du monde virtuel préhistorique d’Ancestor. Comment est-ce possible ? Que s’y trame-t-il ?






Il fallait que je prévienne les autres au plus vite. Tout se bousculait dans ma tête. Cela n’avait aucun sens et je n’étais pas suffisamment posée et claire d’esprit pour démêler les fils de cette énigme. Je me rendais pourtant bien compte qu’il se passait des choses graves et que la situation risquait de dégénérer de manière incontrôlable.


Un bref regard à la fenêtre m’apprit que l’heure était déjà avancée : la nuit tombait. C’était toujours déboussolant de revenir à la réalité. Voilà bien six ou sept heures que j’étais plongée dans le jeu, ce qui paraissait à la fois très long et très court, étant donné que dans le jeu, j’avais vécu une journée et une nuit entières. Où était Hérald ? Avec un effort presque physique, je fouillai dans mes tiroirs-souvenirs ; oui, il me semblait bien qu’il m’avait dit qu’il serait en service de nuit.


Mais il y avait autre chose. Quelque chose d’urgent qu’il fallait que je fasse, c’était quoi, déjà ? … La citadelle ! Prévenir les autres ! Mais ils devaient être rentrés chez eux, ils devaient être fatigués après les bains chauds, je n’allais tout de même pas les déranger… Cela suffirait-il de leur envoyer un email et attendre le lendemain ? Mais qu’allais-je faire entre-temps, dans mon cachot ?


Je décrochai le téléphone et à tout hasard, en désespoir de cause, je composai le numéro du bureau. Je fus surprise d’entendre la voix de Jarmi.



Je pris une grande inspiration et commençai mon récit invraisemblable : les rumeurs qui circulaient sur le forum, mon expédition vers les montagnes, la gardienne de la citadelle. Lorsque j’eus terminé, elle réfléchit un moment et déclara :



Pendant ce temps, le garde du cachot continuait à m’insulter :



Il me frappa.



Il me frappa encore.



Le garde arracha mes vêtements et me viola. Ce ne fut pas long : il me laissa par terre dans un recoin du cachot et sortit, verrouillant la porte derrière lui.



Comment n’y avais-je pas pensé ? En tant que développeurs, nous avions la possibilité de jouer des fantômes. Aussitôt cette option enclenchée, je me mis à passer au travers des murs. Il y avait là un véritable dédale de souterrains presque déserts.



J’amenai mon fantôme aux étages supérieurs, débouchant sur une grande cour intérieure où des guerriers s’entraînaient au combat. Ils avaient fière allure : plus grands que la moyenne et avec des muscles impressionnants, et de longues épées qu’aucune des forges rudimentaires d’Ancestor n’aurait été capable de produire. Nous passâmes par une grande porte et pénétrâmes dans une immense salle à manger. Des servants s’affairaient à débarrasser les restes d’un festin. L’un d’entre eux avala un morceau de viande en douce, et se fit violemment réprimander par une autre servante :



Depuis la cour, en levant les yeux vers le ciel, nous pouvions apercevoir plusieurs tours : l’une d’entre elles était plus haute et majestueuse que les autres.



Je fis voler mon avatar invisible et eus bientôt un magnifique panorama sur la citadelle élancée ainsi que les montagnes qui l’entouraient. La tour centrale s’élevait jusqu’à des hauteurs vertigineuses, elle dépassait même les monts enneigés. Juste avant le sommet, elle s’élargissait. J’entrai par la grande fenêtre d’un salon meublé de manière somptueuse. Une femme enceinte en haillons était à quatre pattes, en train de récurer le parquet. Son dos portait des marques rouges de flagellation.



Depuis la pièce où nous nous trouvions, il y avait une porte ouverte qui donnait sur un escalier en colimaçon, et une autre porte fermée. Je décidai d’aller voir ce qu’il y avait derrière et passai au travers. J’entrai dans une magnifique chambre à coucher. Sur le lit en baldaquin, un couple faisait l’amour. En observant la scène plus attentivement, je remarquai que la femme était attachée : elle avait les poings liés au-dessus de sa tête, et des cordes nouées à ses chevilles la forçaient à écarter les jambes. L’homme était grand avec une généreuse chevelure noire ondulée qui lui retombait sur les épaules. Il la montait énergiquement, tout en proférant des paroles du genre :



En m’approchant, je parvins à mieux distinguer les détails du visage de la jeune femme. Ses traits semblaient exprimer à la fois la souffrance et l’extase. En cet instant irréel, je la reconnus. Je fus paralysée par le choc, au point de ne même plus entendre les exclamations de Jarmi. L’homme avait cessé ses mouvements. Lentement, imperceptiblement, il tourna la tête dans ma direction. Son regard, ce terrible regard qui ne m’était pas étranger, creva l’écran pour me transpercer. Soudain, tout se brouilla et s’immobilisa.



oooOOOooo



Je restai interdite. Puis la colère monta en moi. Comment osait-il s’approprier mon image pour nourrir ses phantasmes, et épancher sa soif de possession ? Il aurait mieux fait de s’acheter une poupée gonflable. Mais elle ne lui aurait pas donné de princes…


Pendant ce temps, Jarmi se faisait de plus en plus insistante au téléphone.



Deux minutes plus tard, je me tenais, essoufflée, sur le quai du métro. Je connectai mon téléphone portable à Internet et consultai un annuaire électronique. Je trouvai le numéro de Fassin et le composai au moment même de franchir la porte. Le métro démarra, la tonalité retentit, mon cœur pulsa. Une voix me pria de laisser un message. Que pouvais-je dire ? « Ne fais pas de connerie » ? Comment le prendrait-il ? Je raccrochai sans laisser de message et rappelai Jarmi.



Elle continuait à me raconter ce qu’elle faisait, mais je n’écoutais qu’à moitié. La voix de Jarmi émanant des écouteurs de mon portable, le bruit électrique et métallique du métro, le brouhaha des passagers, tout se mêla, se brouilla, se fit distant, et sembla former une musique de fond accompagnant la danse des lumières qui défilaient à toute vitesse. Je ne conserve aucun souvenir de ma sortie du métro, ni de ma promenade jusqu’à l’appartement de Fassin ; j’accomplis tout cela comme une somnambule. Arrivée devant sa porte, j’avançai machinalement ma main vers la sonnette, et ce fut à ce moment-là que je revins à mes esprits, essayant tout d’un coup de me remémorer ce que j’étais venue faire ici. J’avais toujours Jarmi au bout du fil.



Je poussai tout doucement la poignée de la porte et elle s’entrouvrit.



Trop tard, j’étais déjà à l’intérieur. Il y faisait chaud. L’appartement sentait le renfermé. Il était beaucoup plus en désordre que la dernière fois que j’y étais venue : des cartons de pizza étaient empilés près de l’entrée, des vêtements traînaient par terre et sur des chaises, et des papiers s’entassaient sur la table de la cuisine. Sans bruit, j’ôtai mon manteau et mes chaussures. Je conservai un écouteur dans une oreille, avec le portable toujours dans ma main et le fil dissimulé dans ma chevelure.


J’aperçus Fassin. Il était dans sa chambre, assis devant son ordinateur, en train de taper très vite sur le clavier. Il était entièrement nu. Sur sa gauche, une chaise vide.


Il faisait vraiment chaud. Je ne comprends pas ce qui guida mes gestes : j’avais l’impression de jouer une scène maintes fois répétée. Je savais exactement ce que j’avais à faire. Sans le moindre trac, sans gêne, je me déshabillai complètement et allai prendre place auprès de lui. Les yeux rivés à l’écran et les doigts jouant toujours sur le clavier, il déclara :



Devant lui se trouvaient deux écrans, et devant moi, un laptop. L’écran sur lequel Fassin portait son regard fiévreux était parsemé de diverses fenêtres : des terminaux et des fichiers texte. Dans mon écouteur, Jarmi m’expliquait à voix basse qu’il lui avait interdit tout accès aux niveaux supérieurs de manipulation des données d’Ancestor, ce qui la limitait à observer, impuissante. Les fichiers de programme source étaient bloqués par plusieurs couches de protection cryptée. Mais Jarmi pensait avoir découvert une brèche du côté du système de communication instantanée : un bug, à vrai dire, dont seulement elle et moi avions connaissance, que nous avions négligé, et qui pourrait à présent être tourné en notre faveur.


L’autre écran affichait une scène étrange : des guerriers et des guerrières en armure, montés sur des tigres, loups et ours géants, se tenaient en cercle en bordure d’un cratère fumant. Je reconnus la femme à la tête de cobra et repérai d’autres personnages à l’accoutrement fantastique : probablement des princes et des chefs de guerre. Du centre du cratère incandescent émanait une lumière rouge. Fassin se tenait juste au-dessus, suspendu entre feu et ciel. De son sexe dressé émanait une intense aura indigo. Il avait les bras écartés et la tête rejetée vers l’arrière. Devant lui flottait le corps allongé d’une jeune femme nue, entouré d’une faible aura bleue. Elle semblait inerte. Ses longs cheveux blonds flottaient tout autour d’elle.


Sur l’écran du laptop, la même scène était vue d’en-haut, avec la femme au centre ; son visage aux yeux clos n’était autre que le mien.


Tandis que Fassin continuait à s’affairer, je consultai l’historique des messages échangés durant les dix dernières minutes. Cela donnait à peu près ça :



Soudain, Fassin se tourna vers moi. Ses yeux ne regardaient pas, ils étaient hallucinés, obnubilés.



J’avançai une main hésitante vers la souris du laptop. Les câbles s’emmêlaient et allaient se perdre derrière les meubles, hors d’atteinte ; peu importait. Mon avatar était seulement endormi, il me suffisait de le réveiller. J’ouvris les yeux, et mon aura se fit claire et intense. Je me redressai lentement. L’armée rassemblée autour de moi se mit à m’acclamer. Une énergie effrayante m’anima, monta en moi comme le souffle d’un brasier bleu, soulevant ma chevelure au-dessus de ma tête.


La femme-cobra, jalouse, émit une parole méprisante. Je réagis au quart de tour : je tendis mon bras devant moi, visai, et libérai un rai d’énergie qui la transperça de part en part. Les morceaux désarticulés de son armure s’éparpillèrent ; son casque, qui contenait toujours sa tête décapitée, tomba dans la lave et disparut.



Je désignai Fassin.



Ce disant, je m’avançai vers lui et le chevauchai. Nos bassins s’entrechoquèrent. Je le fis entrer brusquement en moi. Nos auras se mêlèrent et se muèrent en une lumière blanche, aveuglante.


Je m’étais attendue à des réactions de la part de la galerie, mais c’était le silence complet, même sur la messagerie écrite. Le moment me semblait approprié pour énoncer une prophétie, mais ma voix ne portait plus dans le monde d’Ancestor. Je tapai quelques mots ; ils n’apparurent pas à l’écran.



Après avoir parcouru en vitesse quelques fichiers, Fassin poussa un juron, suivi d’un rugissement.



Pendant ce temps, le chaos s’installait peu à peu parmi les guerriers et les guerrières. Muets, ils se mirent à remuer à droite et à gauche et à se bousculer les uns les autres ; certains tombèrent même dans le cratère ; d’autres dégringolèrent le long des flancs du volcan.



Il sembla avoir une idée ; une lueur apparut dans ses yeux et un demi-sourire vint tordre les commissures de ses lèvres. Il reprit son tapotement frénétique sur le clavier.


Un grondement sourd se fit entendre peu de temps après. Nos deux avatars-dieux étaient toujours enlacés, au centre d’une boule de lumière bleue. Le sol trembla ; tout le paysage sembla subir de violentes secousses. Ce fut la panique au sein de l’armée de Fassin, qui s’éparpilla en débandade sur les pentes du volcan.


Soudain, une première explosion. Des pierres incandescentes furent propulsées vers le ciel et retombèrent en une pluie de feu. Une deuxième explosion déchira les bords du cratère et libéra la lave, qui s’écoula en longues traînées ardentes, liquéfiant tout sur son passage. Depuis notre boule d’aura protectrice, nous contemplâmes la progression du feu ; il n’épargna rien ni personne, pas même la citadelle qui, à quelques centaines de mètres de là, fut ruinée en quelques instants.



Le cratère sembla s’élargir encore, tel une immense gueule qui s’apprêtait à engloutir le ciel. Le sol tremblait toujours. Le magma bouillonnait au centre du volcan, et une forme commença à se profiler à sa surface, comme sortie des entrailles de la Terre. Lentement, une immense créature émergea de la matière en fusion. Son long cou étincelant d’un beau vert émeraude se redressa gracieusement, et ses ailes se déployèrent, se soulevant au-dessus de nos têtes. La tête du dragon, ornée de cornes en spirale et dont la gueule aurait facilement été capable de nous engloutir d’une seule bouchée, se tourna vers nous. La créature poussa un cri strident et nous regarda de ses yeux reptiliens.



Nous grimpâmes sur le dos du dragon. Purs et rayonnants, nos cheveux au vent, nous ne faisions qu’un avec la puissante créature. Après quelques formidables battements d’ailes, nous prîmes notre envol ; les pattes du dragon, dotées d’énormes griffes, se replièrent sous son ventre ; sa longue queue ondula majestueusement derrière nous lorsque nous prîmes de l’altitude.


Les terres d’Ancestor m’apparurent comme je ne les avais jamais vues auparavant. Elles défilaient devant nous, magnifiques, fertiles et verdoyantes, s’étendant jusqu’à l’horizon.


Au loin, un rassemblement d’oiseaux attira mon attention. Je commandai au dragon de se diriger dans cette direction. Les grands oiseaux noirs, de la même sorte que ceux que j’avais combattus lors de mon expédition vers la citadelle, tournoyaient au-dessus de la prairie. En survolant la scène, je compris qu’un petit groupe d’hommes et de femmes était attaqué, non seulement par les grands volatiles, mais aussi par des gorillas qui les encerclaient et resserraient impitoyablement l’étau. Avec un choc, je reconnus Nicki : elle se défendait vaillamment, mais ses flèches commençaient à s’épuiser.


Ma colère fut terrible.


Le dragon ouvrit la gueule et un feu dévastateur sortit du fond de sa gorge. En un instant, les oiseaux furent réduits en cendres. Puis, il se posa près des gorillas et les écrasa un à un sous ses puissantes pattes ; il en attrapa quelques-uns dans sa gueule et les dévora.


Nicki me regarda, estomaquée.



D’un signe impérial, j’ordonnai à ma monture de reprendre son envol.



Cela me tenta, mais une petite voix intérieure m’incita à ne pas me plier entièrement à sa volonté. Peut-être bien que notre destin était tout autre. Ou peut-être voulais-je seulement faire durer le plaisir.



Je nous fis prendre de l’altitude ; nous nous élevâmes vers les cieux en une grande spirale, toujours plus haut, jusqu’à ce que le monde d’Ancestor nous apparaisse comme un continent aux tons verts et beiges, posé dans le vaste océan. J’eus bientôt la certitude que nous allions toucher le Soleil. Alors, par ce contact suprême, plus rien n’aurait d’importance : en nous unissant à l’Absolu, dépouillés de toute substance, notre gloire serait totale.



oooOOOooo




J’étais en train de regarder bêtement l’écran devant moi, qui ne montrait plus rien. L’exclamation victorieuse de Jarmi me fit l’effet d’une douche froide. Je me rendis compte que j’étais nue, assise à côté de Fassin, nu lui aussi ; il était resté hébété face à son écran noir.


Il sembla reprendre ses esprits. Ses yeux se focalisèrent sur la surface de l’écran. Sa réaction fut si soudaine et d’une telle violence que je poussai un cri d’effroi, mon cœur bondissant dans ma poitrine : il saisit l’écran de ses deux longues mains, l’arracha rageusement à ses câbles et le fracassa contre le mur. L’autre écran et le laptop suivirent bientôt la même trajectoire et subirent le même sort : ils volèrent en éclats lors de l’impact. Fassin se tenait debout, tous les muscles de son corps contractés à l’extrême. Une horrible grimace déformait son visage. Ses lèvres tremblantes s’étaient retroussées, découvrant ses canines ; des rides s’étaient formées autour de son nez ; et ses sourcils cachaient presque complètement ses yeux, devenus deux petits brasiers.


Je me tenais complètement immobile, osant à peine respirer, tandis que mon cœur battait à tout rompre. C’était comme se retrouver enfermée dans une cage en compagnie d’un ours en furie : le moindre mouvement, le moindre bruit de ma part aurait attiré son attention sur moi et m’aurait condamnée à un sort que je n’osais même pas imaginer.


Mais l’expression de son visage se transforma. Ses yeux restèrent plissés et sa bouche resta entrouverte ; mais la colère s’effaça peu à peu pour faire place au désarroi, puis au désespoir. Ses traits retombèrent, ses muscles se relâchèrent, et tout son corps s’affaissa. Il tomba à genoux, les bras ballants, la poitrine secouée de hoquets. Il me regarda, et la détresse indescriptible que je lus dans son regard était si profonde, si fondamentale, que je sus que je ne pourrais jamais vraiment la comprendre ; jamais je ne serais capable de soutenir un tel poids, je ne pourrais même pas m’en approcher sans me perdre moi-même.


Je rassurai Jarmi que tout allait bien et éteignis mon portable. Je fis alors ce qui me parut évident : j’accueillis Fassin dans mes bras. Son malheur éclata comme un barrage qui se rompt. Ses sanglots s’écoulèrent en un torrent de larmes, entrecoupés de cris de détresse et de paroles inintelligibles. Je le pris par la main et le guidai jusqu’à son lit ; il se laissa mener comme un enfant abandonné. Une fois allongé, il enfouit son visage entre mes seins et resta là longtemps, très longtemps, déversant toutes les larmes de son corps et toute la misère du monde, pendant que je lui caressais les cheveux et lui murmurais doucement quelques paroles de réconfort. Les hoquets se firent de plus en plus espacés, et il finit par s’assoupir. Je me dégageai délicatement et le couvris ; il était profondément endormi. Je me levai et allai ouvrir la fenêtre. Je me dis qu’il avait probablement une énorme quantité de sommeil à rattraper.


Je rassemblai mes vêtements, m’habillai, et sortis. Dehors, il faisait nuit. Une pluie fine s’était mise à tomber. L’idée d’aller m’enterrer dans les stations de métro me rebuta ; je décidai donc de prendre le bus. Le voyage fut calme et méditatif. Tandis que le bus était arrêté à un feu rouge, je crus apercevoir mon mari qui marchait à grands pas sur le trottoir. Le bus redémarra et je me retournai. Pas de doute : je reconnus le parapluie d’Hérald. Que faisait-il si loin de l’hôpital ? Peu importait, finalement ; il n’était pas encore rentré, cela m’éviterait de donner des explications à ma propre absence.


Le lendemain, Fassin ne vint pas travailler, ni les jours suivants. Nous organisâmes une réunion spéciale, durant laquelle Jarmi et moi rapportâmes les faits dont nous avions connaissance. Notre récit donna l’impression d’une action concertée lorsque j’avais provoqué le crash en guidant l’avatar de Fassin en-dehors des limites du monde d’Ancestor. Semona nous apprit qu’elle avait reçu la démission de Fassin ; il avait sous-entendu qu’il quittait carrément le pays. Elle nous félicita. Nous avions sauvé la réputation de la boîte, car tout ce que les joueurs avaient retenu des événements de mercredi soir, c’était une panne momentanée du système de communication, suivie d’une éruption volcanique. Rien de bien inhabituel, en somme ; certains prétendaient avoir aperçu un dragon, mais ils n’étaient pas pris au sérieux.


Durant les semaines qui suivirent, il ne s’avéra pas nécessaire de trouver un remplaçant. Les responsabilités de Fassin retombèrent surtout sur les épaules de Madan et Argus. Ancestor se tenait solidement sur ses bases, et comme Za-ham ne s’était pas encore lancée dans un nouveau projet, globalement, la quantité de travail diminua.


Peu de temps après, je réalisai tout d’un coup que mes règles avaient deux semaines de retard.