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n° 13428Fiche technique20239 caractères20239
Temps de lecture estimé : 12 mn
21/08/09
Résumé:  Une comtesse serbe solitaire et qui n'a jamais connu d'homme, reçoit un notaire autrichien dans son manoir.
Critères:  f fplusag poilu(e)s fdomine revede portrait -amourcach
Auteur : Philippos  (écrivain trichophile)            Envoi mini-message
La comtesse Tatjana

Nous étions en 1869 en Serbie sur le Tisza, dans une région où se mêlaient les influences hongroise, transylvaine et serbe. À cet endroit où le fleuve était fort large, gisait un manoir, fort ancien, et relativement isolé.

Le premier village était au-delà de la forêt dense qui longeait le fleuve. Dans cette région de Voïvodie la vie était rustique, élémentaire, les gens vivait pauvrement et la population autour du manoir était peu importante. Le climat était austère, froid et, en cette période d’octobre, il neigeait déjà abondamment.


Le manoir n’était occupé que par trois domestiques et la comtesse Tatjana. Celle-ci vivait seule, sans famille, sa mère était morte sept ans auparavant et ses frères et sœurs partis. La comtesse ne s’était jamais mariée et, pour tout dire, n’avait même jamais connu un homme, la quarantaine atteinte.

La comtesse aimait à passer de longues heures le soir près du feu, à lire, rêvasser. Le jour elle vaquait à ses occupations qui étaient peu nombreuses, essentiellement, faire sa toilette, dîner, puis attendre de longues heures en l’après-midi, assise sur son fauteuil une tasse de café serbe à la main. Elle sortait peu. Ses trois domestiques, trois femmes toutes âgées, s’occupaient de tout. En fait sa vie était monotone et rien ne semblait vouloir se passer.


Ce soir-là, la comtesse venait de finir de boire de la sljivovica, un alcool serbe à base de pomme et d’eau de vie, une sorte de vodka locale. Elle buvait langoureusement tout en fumant une cigarette de tabac brun, presque allongée sur son magnifique fauteuil, l’intérieur sombre, plongée dans une obscurité reposante comme elle l’affectionnait. Dans l’intérieur du salon peu meublé, mais fort agréable et distingué, elle finissait sa cigarette, puis prit la direction de sa chambre, qui était au troisième étage.


En passant dans l’escalier, voyant sa domestique Danica qui s’affairait à éteindre les bougies, elle lui dit de lui préparer le bain et d’aller se coucher. Dans sa chambre, elle prit le temps de se déshabiller lentement, comme pour un amant imaginaire, d’abord le haut révélant ses seins magnifiques et ses bras charnus fort bien dessinés. Son visage, lui, était parfaitement ovale entouré de magnifiques cheveux châtains légèrement ondulés, avec une implantation quelque peu avancée sur les tempes. Des yeux si clairs et mouillés qu’ils paraissaient transparents, rehaussés par des sourcils arqués, une bouche qui appelait aux baisers. L’air était doux mais tempétueux, terriblement slave.

Sa taille était haute, son port altier. Ce qu’il y avait de notable également chez elle, lorsqu’on la voyait nue, c’était la fourrure châtain qui partant de son nombril en un fin filet, s’épaississait et s’obscurcissait en la part intime de sa personne, pour finir en haut de ses cuisses. Cette fourrure ombrageait également ses jambes et ses aisselles jusqu’à la naissance des seins.


Elle se glissa dans son bain et commença à se frotter la peau légèrement, s’arrosant de parfum de bain tout en repoussant ses cheveux en arrière, révélant ses aisselles aux poils longs et denses. Elle en avait plus à cet endroit que bien des femmes au mont de vénus. Elle caressa ses seins puis écarta vivement les cuisses pour y glisser une main qui s’aventura dans cette fourrure aquatique. Qu’elle aurait aimé avoir un homme en cet instant !

Après quelque moment de ce jeu, elle prit une serviette et se sécha vigoureusement. C’est un spectacle qui aurait mis bien des hommes à ses genoux, que de la voir ainsi à la sortie du bain. La fourrure sèche après avoir été humide, donnait une impression plus fournie encore.

Oui la comtesse était belle, et elle le savait ! Quelle perte que de vivre en un endroit aussi isolé et surtout sans homme de sa condition…


Elle revêtit une robe de nuit puis s’allongea sur le lit, prit une cigarette en repliant le drap sur son corps si désirable. Elle rêvassait …combien de temps encore allait durer cette solitude ? Vers quel bon parti regarder ? Oui, il y avait bien ce vieil aristocrate de Subotica, mais mon Dieu, qu’il était peu attirant ! Il y avait aussi ce bel homme dans la quarantaine à Szeged, mais elle ne l’avait plus vu depuis fort longtemps. Peut-être même était t-il marié ? Et puis il y en avait d’autres, à quoi bon songer à tout cela. L’humeur était triste, maussade, en ce soir où tombait la neige devant les carreaux et elle s’abandonnait à la mélancolie, tout en tombant peu à peu dans un sommeil peuplé par un amant imaginaire et digne de l’aimer, elle… si belle, et… si seule.


Les jours passaient, tous identiques. La comtesse suivait les mêmes rituels immuables, sa vie semblait comme figée, et elle en venait à douter même de sa destinée. Pourquoi diable, une femme si belle, devait-elle vivre cette vie de solitude, alors que des femmes beaucoup moins intéressantes qu’elle, étaient comblées ? C’était là un paradoxe qu’elle avait bien du mal à supporter en ces moments là. Elle regrettait de ne pas avoir été avec le premier soupirant venu, eusse-t-il été laid…



À un mois de cela, la comtesse reçut une lettre, qui mit un peu de curiosité dans son quotidien. La lettre était d’un jeune notaire autrichien, un certain Filipp Fuchs. D’abord surprise de recevoir une lettre de l’étranger, bien qu’elle en ait déjà reçu, celle-ci ne provenait guère que de la voisine Hongrie. Elle la lut donc… Herr Fuchs lui apprenait que désormais il gérait son patrimoine, l’ancien notaire Anko Nikolic ayant cessé ses activités. Par ailleurs il annonçait qu’il se rendrait au manoir de la comtesse pour le 11 décembre !

Enfin il y avait une visite pour rompre cette monotonie, pensa la comtesse, et de prévenir ses domestiques pour les préparatifs.


Au Manoir l’atmosphère avait bien changé, désormais il y régnait une certaine gaieté – les visites de personnages d’importance était si rare. Elle s’affairait avec un enthousiasme à peine dissimulé, mettant tout en œuvre pour rendre au manoir un lustre que, d’ailleurs, il n’avait probablement jamais connu.

La comtesse elle-même avait changé, en ses yeux brillait une étincelle nouvelle et ambiguë. Certes, cette visite était avant tout d’affaire, néanmoins elle ne pouvait s’empêcher d’y voir un signe du destin comme une réponse à ses désirs secrets.


À son impatience s’ajoutait la vive curiosité de connaître cet homme, comment était-il ? Elle l’imaginait fort élégant, un notaire ne se devait-il pas de l’être ? Elle le croyait blond ; après tout, les autrichiens l’étaient souvent. Elle, elle était une femme slave du sud et elle s’amusait à l’avance de ce que son tempérament de femme joueuse méditerranéenne allait provoquer sur cet homme du nord ! Elle était espiègle et décidée coûte que coûte à jouer de sa terrible séduction de femme brune, après la « fata » étrusque ferait le reste …


Le 11 décembre arriva enfin, le manoir était luisant. La comtesse, après un repas frugal, attendait comme figée, dans le salon, assise sur son fauteuil, le dos droit, les mains jointes, les doigts jouant les uns avec les autres, nerveuse mais déterminée… une mante religieuse. Il ne s’en fallut pas beaucoup d’attendre.

Vers les quatre heures de l’après-midi, la cloche de la porte d’entrée résonna enfin ! Tekla, la bonne, alla ouvrir et fit entrer le notaire dans le manoir. Après lui avoir retiré son pardessus, elle le conduisit directement dans le salon. Elle toqua à la porte et la voix de la comtesse lui répondit de faire entrer le visiteur. Après l’avoir introduit, la domestique s’effaça.


Restaient seuls dans le salon Herr Fuchs et la comtesse Tatjana.


Il était comme elle l’avait imaginé, élégamment vêtu, blond, de taille moyenne, le nez fin, les yeux bleu foncé, la bouche fine. Ce qui était fort différent, et à laquelle elle n’avait point songé, c’était sa jeunesse. L’homme avait tout au plus, 24 ans…

Herr Fuchs lui, fut tout de suite gêné par la terrible séduction qui émanait de cette femme mature et pleine de charme… La comtesse le comprit instantanément comme seule une femme peut savoir ces choses-là. Et, voyant son avantage, elle prit une allure très sûre d’elle, souriante, carnassière, presque moqueuse. Herr Fuchs baissa les yeux, très intimidé…


Après les présentations d’usage où Herr Fuchs en vint presque à bafouiller, lui et la comtesse se rassirent, sans dire un mot. Le regard toujours baissé, notre notaire ne savait par où commencer, la comtesse était plus à l’aise que jamais !

On en vint à servir de ce délicieux café serbe qu’en d’autres lieux on appelle grec ou turc et la conversation s’engagea. La comtesse écoutait peu, se concentrant sur les expressions et les attitudes de son interlocuteur. Elle était si souriante, sans jamais rire, que pas une seule fois Herr Fuchs, tout en débitant ses chiffres, ne leva le regard, conscient de sa pénible situation et de son désavantage, sans parler des risques à regarder cette femme dans les yeux !


Tout d’un coup la comtesse décida de pousser un peu plus son avantage. Étant donné l’axe du regard (baissé) de sa proie qui était séparé de sa chasseresse par une table de salon. Il plongeait sur la partie de la table qui rejoignait le haut de la robe de la comtesse, celle-ci donc en vint à saisir sa tasse de café et à se rasseoir gracieusement, tout en croisant délicatement ses jambes, invitant le notaire à se servir également avant que le café n’ait refroidit.

Celui-ci eut alors devant lui un spectacle qui le fit tellement rougir qu’il faillit s’étrangler avec sa première gorgée de café ! En effet, la robe avait remonté sur les genoux de la comtesse et révélait une pilosité fort abondante ! La comtesse toujours souriante et ravie de son effet en vint à demander d’une voix suave à Herr Fuchs combien de temps il comptait rester. Celui-ci, troublé, répondit « cinq jours ». Elle lui dit alors qu’elle serait ravie de sa compagnie et qu’elle lui souhaitait le plus agréable séjour. Puis d’un ton plus neutre en décroisant ses jambes :



Herr Fuchs prit alors congé d’elle après l’avoir saluée en lui baisant la main à la française.

Arrivé dans sa chambre Filipp se débarrassa de ses vêtements et s’allongea sur le lit. Il méritait bien une petite sieste après ce voyage éreintant en calèche. Il avait en tête sa délicieuse hôtesse et se dit qu’il allait passer cinq jours délicieux.


Il se réveilla en sursaut vers six heures du soir, se vêtit et décida de faire une petite visite des lieux. Refermant la porte de sa chambre, il sortit sa pipe et la bourra de tabac à base de latakia puis, tout en l’allumant, il marcha à travers le couloir étroit. Il y avait au deuxième étage plusieurs chambres et des pièces de service, rien d’intéressant, puis il gravit les marches jusqu’au troisième. Là aussi, plusieurs pièces semblaient inoccupées. Il y avait néanmoins ce qui semblait être une grande chambre et il se dit que se devait être celle de la comtesse. Il grimpa au dernier étage qui était plongé dans l’obscurité la plus complète, au-dessus un escalier en colimaçon semblait mener au sommet du manoir, mais il ne s’y aventura pas.

En redescendant il flâna tout en regardant sa pipe qu’il astiquait avec les mains lorsqu’il vit une porte entrebâillée. Il s’avança sur la pointe des pieds et vit qu’il s’agissait de la salle de bain de la comtesse ! Il était en bien fâcheuse position car au moindre bruit il risquait d’alerter celle-ci et d’être dans l’embarras ! Il décida de passer en faisant le moins de bruit possible. Néanmoins, alors qu’il avait presque accompli son exploit, il retourna la tête rapidement, poussé par la curiosité et il vit la comtesse de dos qui retirait son peignoir. Il eut le temps d’apercevoir la chute de reins, les fesses, et la tête enroulée d’une serviette qui se retourna et le fixa dans les yeux, une demi seconde, beaucoup trop pour lui, qui avait déjà filé…


La cloche du souper retentit à huit heures du soir. Herr Fuchs se présenta fort élégant, tout habillé de beige, sa pipe à la main. Il vit la comtesse habillée d’une longue robe couleur bleue qui moulait à merveille ses hanches larges. Un collier magnifique ornait son cou et ses cheveux étaient tirés en arrière mettant en valeur son visage d’une beauté rare !


Lorsqu’il lui fit le baisemain, leurs deux regards se croisèrent et il y eut une gêne. La comtesse et lui s’assirent sans dire un mot à une longue table où ils se faisaient face. Le dîner fut apporté et ils mangèrent avec raffinement les délicieux mets qui leur étaient servis.


Une fois le dîner fini la comtesse et son invité prirent place sur les fauteuils près de la cheminée tout en regardant les flammes qui crépitaient. Herr Fuchs avait sorti sa pipe et la fumait avec apaisement. La comtesse affichait un sourire quelque peu mélancolique et taquin, elle semblait regretter le manque d’entrain de son invité. Elle le regardait parfois avec ce sourire qui semblait dire « osez ! » Ce fut elle qui engagea la conversation :



Ils burent tous deux de cet alcool et n’échangèrent plus un mot sauf au moment de se séparer pour aller se coucher. À vrai dire la comtesse en savait assez désormais…

Le jour suivant se passa à faire l’inventaire du manoir, des biens et propriétés de la comtesse. Il n’y eu rien de notable. Après le souper du soir la comtesse et Herr Fuchs s’installèrent à nouveau près de la cheminée et celle-ci engagea la conversation :



La soirée s’acheva ainsi. Ils se séparèrent. La comtesse monta jusqu’à sa chambre.

Dans son lit elle songea désormais à séduire ouvertement Herr Fuchs et cette excursion dans le village au bord de la rivière allait lui en donner l’occasion. Elle avait déjà en tête le piège qu’elle allait déployer pour séduire sa proie. En étant seule avec lui, peut-être les choses allaient-elles changer ? Herr Fuchs était-il un homme qui se désintéressait des femmes ? Il allait falloir tenter le tout pour le tout pour le savoir. Il restait trois jours…


Le dernier jour la comtesse ne vit Herr Fuchs que pour le dîner du soir. Elle était de plus en plus attirée par cet homme élégant, timide certes, mais qui lui plaisait. Elle n’avait plus envie de jouer, elle était séduite à son tour, se sentait femme. Ils se donnèrent donc rendez-vous pour le lendemain matin…


Après avoir peu dormi et beaucoup pensé, la comtesse se leva pour ce qui était sa dernière chance. Demain Herr Fuchs serait parti, il fallait agir aujourd’hui… Elle avait pensé à mille astuces pour séduire son jeune amant. Finalement elle avait choisit la plus simple et féminine. Elle voulait croire, elle espérait réussir. Cet homme était un don du ciel, il le lui fallait…


Ils prirent le repas de midi ensemble. Tout à coup la comtesse se mit à le regarder droit dans les yeux, avec ce regard mouillé, ce sourire de femme qui était prête à s’offrir… Herr Fuchs eut du mal à cacher son embarras mais, en même temps, il était flatté qu’une femme le regarde avec cette insistance. Une belle femme qui plus est !

Sans dire un mot ils partirent ensemble à pied car la rivière était fort peu éloignée. La comtesse baissait les yeux, Herr Fuchs rougissait un peu, quelque chose était en train de se passer… Ils arrivèrent ainsi au village et visitèrent l’affaire de Madame puis, sans dire un mot, ils allèrent sur les berges de la Tisza en un endroit tranquille entouré d’un petit bois. Là, la comtesse et Herr Fuchs s’assirent sur l’herbe côte à côte…

Elle rougissait un peu et avait les yeux brillants…



Cette fois il y eu un silence. Tous deux étaient très gênés.

Après un moment Herr Fuchs dit enfin :



Elle se leva et partit en direction du manoir. Herr Fuchs l’appela mais elle ne se retourna même pas. Il resta assis se sentant bête et méprisable de l’avoir offensée. Pour la première fois une femme lui déclarait sa flamme et enfin il songea à elle avec passion.


La Comtesse avait passé une nuit épouvantable, pleurant en silence, se disant que l’amour la fuyait encore et toujours, maudissant son destin, se trouvant laide et vieille. Elle était désespérée.

Herr Fuchs avait beaucoup réfléchi. Désormais il finissait sa valise et se préparait à s’en aller.


La calèche l’attendait sur le perron. Il dit au revoir aux trois domestiques puis vit la comtesse s’avancer. Elle paraissait très triste. Il lui dit au revoir, sans emphase, attendit que les domestiques soient rentrés, se dirigea vers l’attelage, puis au dernier moment alors qu’il s’apprêtait à monter, fit un bref demi-tour et dit à l’oreille de la comtesse qui était toute proche :



Il la salua d’un baisemain, monta dans la calèche et lui sourit tendrement…

La comtesse sourit également et baissa la tête, se disant que ce sourire-là… appelait une suite…