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n° 13309Fiche technique19361 caractères19361
Temps de lecture estimé : 12 mn
24/05/09
Résumé:  Je fais des photos de ma belle-soeur qui est enceinte.
Critères:  alliance enceinte jardin photofilm nopéné nonéro
Auteur : Macapi            Envoi mini-message
Séance photo avec ma belle-soeur

Elle me l’a demandé et moi, comme une conne, j’ai accepté. Non, c’est trop facile, je dois avouer que je me suis proposée pour jouer à la photographe. Qu’est-ce qui m’a pris ? Il faut dire que je m’entends très bien avec ma belle-sœur Sylvie. Elle est mon aînée de quatre ans, une sorte de grande sœur que je n’ai jamais eue. Alors lorsqu’elle nous a annoncé sa grossesse, je lui ai proposé de faire des photos d’elle enceinte. Je voulais lui faire plaisir.


Maintenant je regrette un peu, je suis tellement inexpérimentée dans ce domaine. C’est vrai, je fais des photos de paysages assez honnêtes, mais pour ce qui est des portraits, ça reste un domaine un peu négligé. Au mieux, je réussis, comme par hasard, à capter un beau moment. Au pire, mieux vaut ne pas en parler.


Pour me donner une contenance, j’ai avancé qu’il fallait que le printemps soit là, avec les fleurs et la verdure, que ça serait plus beau ainsi. J’ai gagné deux mois. Elle était contente, Sylvie, c’est comme si je lui avais dit que j’attendais que son ventre soit plus visible, une sorte de renaissance printanière, rien que pour elle. Je crois que ses hormones commençaient à la travailler sérieusement.


C’est donc hier soir qu’elle m’a appelée pour fixer le fameux rendez-vous.



Plus banal comme réplique, on ne fait pas. Moi qui ponds d’habitude une grande quantité de phrases intelligentes, on dirait que je me suis transformée en dinde pour ce coup.



Et voilà comment je me suis fait piéger. Le manque d’assurance mêlé de prévenance envers une belle-sœur enceinte et me voilà prise dans un étau qui se referme doucement mais sûrement sur moi. Il me fallait absolument un plan, ou plutôt une solution parce que je n’avais plus le choix. Toujours choisir le moindre des maux.



Deux minutes et le sort en était jeté. Je devais assumer ce que je ne suis pas, c’est-à-dire le rôle très sérieux de photographe de femme enceinte. C’est qu’elle va vouloir paraître belle malgré son surpoids, ou encore avoir de plus belles photos que sa copine, elle aussi enceinte. Bref, trop de contraintes pour une activité qui est censée être mon loisir.


J’adore Sylvie, mais franchement je ne vois pas comment je vais pouvoir transformer les pantalons informes, qu’elle porte depuis le début de sa grossesse, en quelque chose de passablement beau. Et l’idée même d’en tirer quelque chose de sensuel, sexy, ou même juste attirant, me semble carrément hors de portée.


Le lendemain matin, un café à la main, les idées se bousculent dans ma tête. Je dois me préparer pour cette sortie. Le parc en question est presque entièrement aménagé. Une partie comporte des tables dans l’herbe pour manger. Puis, au détour d’un sentier et d’un petit bois, quelques étangs artificiels confèrent un petit air sauvage. Les fleurs y poussent en toute liberté, les oiseaux se posent dans l’eau et le bois qui borde le sentier offre des lieux de refuge naturels un peu à l’abri des regards. Je dois avouer que, comme tant d’autres citadins en mal d’expériences naturelles, j’ai batifolé une fois dans un de ces recoins, à la tombée de la nuit. Mais c’est une autre histoire, un peu banale, une histoire de jeunesse qui ne se passe pas et d’amour un peu trop romantique.


Je prends mon sac à dos et y fourre tout ce qui pourrait être utile ou me rendre la vie plus facile. Mon appareil photo trouve la première place, parce que sinon, je serais bien capable de l’oublier pour me donner une raison de reporter la séance. Puis, j’entasse pêle-mêle une couverture de pique-nique pour ne pas rencontrer d’intrus à six pattes, de la crème solaire ainsi que de l’huile de bronzage pour ne pas brûler de peau sensible, un foulard pour nouer dans les cheveux s’il y a trop de vent ainsi que de l’eau pour ne pas se déshydrater.


Ça devrait suffire. Après tout, ce n’est que pour quelques heures. Sylvie n’est pas une poupée fragile, elle n’est pas malade, elle est juste en phase procréative. L’expression est presque drôle et si tout ne virait pas au drame dans mon imagination, je rirais volontiers. Mais je sens mon estomac qui se noue de trac, trop de pression, une impression d’être une adolescente en train de faire une présentation devant une classe hostile.


À neuf heures précises, la sonnette retentit. Mon cœur bat encore plus vite si c’est possible. Je respire un grand coup et je vais ouvrir.



J’en tombe presque à la renverse. La Sylvie d’il y a deux mois, habillée de pantalons en sac de pommes de terre et mal dans sa peau, a complètement disparu. J’ai en face de moi une femme, une vraie. Resplendissante dans une robe d’été fleurie qui descend jusqu’aux genoux, agréablement étalée sur un ventre de 6 mois, le visage rayonnant, la posture fière, je ne m’attendais pas du tout à la voir changée à ce point. Et tout ce que je trouve à lui dire, c’est :



Je savais que la grossesse pouvait transformer, mais j’avoue que je suis très étonnée. Bien sûr, Sylvie n’était pas laide avant, même qu’elle avait un certain charme, mais sans plus. Quelques kilos de plus l’ont plutôt favorisée. Et j’étais restée dans l’idée qu’elle continuerait à mal s’habiller pendant neuf mois, mais j’aurais dû savoir qu’avec l’arrivée du printemps les robes ressortiraient du placard. Et ma belle-sœur avait quand même une garde-robe assez bien remplie. Normal donc que, les premiers mois passés, elle retrouve un plaisir certain à se faire belle, à être jolie, à se faire admirer. Apparemment, il reste des avantages à user de sa fertilité. Tous les hommes devaient se retourner sur elle dans la rue.


Elle revient, souriante et me précède à l’extérieur. Le parc n’est pas très loin et je lui propose de marcher, ce qu’elle s’empresse d’accepter. Soudain, je me sens toute petite et insipide à côté d’elle. Tandis que je l’écoute me donner des nouvelles de sa mère, une petite introspection me fait me rendre compte que je suis jalouse. Jalouse de sa luminosité, jalouse de l’attention qu’elle doit recevoir, jalouse de ne pas avoir d’enfant, jalouse de ne pas avoir d’homme dans ma vie, jalouse de tout ce qu’elle représente et que je ne suis pas. Comme une petite fille qui n’a pas reçu son cadeau à Noël et qui voit sa meilleure amie qui, elle, l’a reçu… Et pourtant, j’aime Sylvie, nous avons une belle complicité et je ne voudrais pas perdre cela. Seulement, les larmes me viennent aux yeux quand je pense à ma vie gâchée.



Trop perspicace, la belle-sœur. Je me ressaisis donc en riant bêtement et nous continuons enlacées jusqu’au parc.


Je n’aime pas les gens. Dans mes photos je veux dire, je n’aime pas qu’il y ait des gens lorsque je prends une photo de nature. Alors évidemment je n’aimerais pas qu’il y ait un tas d’inconnus en train de pique-niquer sur une photo que je ferais de Sylvie. Alors je l’entraîne vers un coin tranquille près des étangs.


Elle semble ravie de l’endroit. Il faut dire qu’avec toutes les fleurs violettes, blanches et jaunes, c’est un décor très bucolique, la campagne en pleine ville. Quoique des fleurs avec sa robe à fleurs, ça commence à faire beaucoup de fleurs. Comment vais-je pouvoir faire de belles photos dans ces conditions ? Mes angoisses nouent à nouveau ma gorge. Dans quelle galère me suis-je fourrée ? Et pas question de faire machine arrière, question d’honneur, tout ça parce que j’ai grandi avec la notion qu’une promesse est une promesse et qu’il n’y a pas de parole reprise.


Comme je regrette aujourd’hui d’être aussi sage dans ma vie. Pourquoi, pour une fois seulement, je ne pourrais pas tout envoyer promener et écouter ma tête qui me crie de partir en courant ? Parce que je suis fondamentalement gentille bien sûr, merci maman. Et parce que j’aime bien Sylvie et qu’au fond de moi j’ai vraiment envie de lui faire plaisir.


Je prends une grande respiration et je dépose mon sac à dos à l’ombre dans l’herbe pendant que Sylvie prend place sur une roche plate près de l’eau et contemple le paysage. Elle est belle, son ventre se détache un fond d’eau, son visage est encadré par de hautes herbes. Comme une automate, ma main ouvre mon sac et se saisit de mon appareil. Peu à peu, mon désir de photographe s’éveille, vainquant mes résistances conscientes.


Je laisse aller mon regard sur la beauté, autant du paysage que de la femme magnifique qui est assise devant moi. Je me déplace un peu pour trouver un meilleur angle et, un peu sans m’en rendre compte, mon doigt appuie sur le déclencheur. Elle ne m’a pas vue, elle ne sait pas que je suis là, que je l’observe. Ces instants sont magiques. Sa main se pose sur son ventre, comme à l’écoute d’un signe, et son visage prend une expression béate que je réussis à saisir entre deux marguerites. Je me suis en effet accroupie et je la surplombe de presque un mètre.


Comment ne voit-elle pas que je suis tout près d’elle, presque en face, pour capter son visage ? Comment peut-elle ainsi rester contemplative, comme en dehors de notre monde ? Une minute s’écoule, en silence, en émotions. Puis elle tourne la tête dans ma direction, me sourit, se relève et se dirige vers moi, toute en grâce. Je la suis du regard, d’accroupie je tombe assise, mon regard veut suivre le sien, mon appareil photo la désire, rien ne compte plus que ce moment merveilleux.


Elle passe tout près de moi, me frôle avec sa jupe, je suis dans un état second, comme si une fée m’était apparue. Mon doigt s’active doucement, seul, autonome, une photo qui se prend toute seule, rapidement, avant que tout ne disparaisse. Et j’ai l’intuition que la photo sera réussie.


Je la laisse remonter jusqu’à mon sac, je m’attarde quelques instants, le temps de jeter un rapide coup d’œil à la dernière photo prise. Le temps s’arrête. Mon regard se fige devant la beauté de ce que je vois. Une jupe fleurie que traversent les rayons du soleil, une vue en contre-plongée d’une petite culotte blanche un peu dans l’ombre, plus haut un ventre magnifié par la lumière diffuse, des courbes magnifiques, cette image me met en émoi, il n’y a pas d’autre mot.


Je me relève lentement et vais rejoindre Sylvie sous les arbres. Sans un mot, je sors la couverture du sac et l’étend dans l’herbe moelleuse. Je me retourne et fais mine de chercher autre chose pendant qu’elle s’allonge sur la couverture. Je tente ainsi de masquer mon trouble, parce que l’image de sa culotte blanche, de son ventre bien rond et du soleil dans sa jupe, me reste en tête et le sang me martèle les tempes. Je ne contrôle plus rien, ma respiration ne se ralentit plus, je rougis et prends malgré moi un air coupable. Au bout d’un moment, je suis bien obligée de faire face à ma belle-sœur.



Elle est très perspicace, encore une fois. Que dire ? Que faire ? Faire semblant de rien, simuler un malaise passager, tout lui expliquer ? Toutes les options s’offrent à moi. Comme je suis honnête, j’opte pour la vérité, malgré tout ce que cela me coûte en courage. J’affiche la photo sur l’écran de mon appareil et je la lui montre.



Et un silence pesant s’établit. Je sais que la balle est dans son camp. Je me renfrogne déjà un peu, en attente de représailles pour avoir osé prendre une photo aussi osée, c’est le cas de le dire. Pourtant, c’est bien malgré moi que je l’ai prise, mais je crois que ça me fera une bien maigre défense.


Puis, lentement, je tourne la tête franchement vers elle et je vois qu’un sourire se dessine, le genre de sourire en passe de devenir coquin. Elle m’explique alors une idée qui la titillait depuis quelques temps.



Ça me prend bien deux minutes pour comprendre. Sylvie me parle de photos osées, érotiques, sensuelles, cochonnes… Ce dernier mot me choque délicieusement, tout en me terrorisant un peu plus. Si je pourrais sûrement m’en sortir avec la séance normale d’aujourd’hui, je ne me fais absolument pas confiance pour le genre de photos qu’elle voudrait. Et je suis quand même sa belle-sœur, je me sens mal à l’aise de partager ou en tout cas de visionner son intimité de cette façon.


Pas stupide du tout, elle voit mon trouble et s’empresse d’essayer de l’apaiser.



Je ne sais pas, peut-être qu’avec une bonne copine à moi, j’aurais fait le saut sans problème et j’aurais pris toutes les photos du monde. Mais là c’est différent, Sylvie n’est pas une de ces filles avec lesquelles je sors en boîte, ni une de mes colocataires qui m’aurait vue sous mon pire jour. Qui plus est, elle est enceinte. Je ne voudrais pas la perturber émotivement, risquer d’être la cause de problèmes dans son couple. Je sais, je suis compliquée, mais dans ma tête, c’est ainsi que tout cela se présente. Je suis donc relativement contente qu’on puisse continuer presque comme si rien ne s’était passé.


Elle est maintenant à demi allongée sur la couverture, appuyée sur ses coudes. Le soleil joue dans ses cheveux brun foncé. Mes mains se remettent à l’œuvre lentement, elles reprennent leur position sur l’appareil, mon esprit se concentre sur la simple beauté du moment. Le malaise s’estompe complètement.


Je profite amplement des jeux d’ombre et de lumière sur ses cheveux, sa peau, la petite robe fleurie, ses mains posées sur son ventre. Un sourire complice et la position change, un décolleté généreux s’affiche, une cuisse se dévoile, le soleil réchauffe la peau. Un mot de sa part et nous tirons la couverture un peu plus à l’écart. Elle se lève, marche, danse, rit face aux arbres muets, dévoile sa joie de vivre au monde invisible des insectes. Le bonheur qu’elle éprouve, j’espère en capter ne serait-ce qu’une partie infime dans les pixels enfermés dans ma petite boîte sans vie.


Absorbée par le jeu de poser, encore et encore, Sylvie ne semble plus se préoccuper de moi. J’ai l’impression qu’un film grandeur nature se joue dans sa tête, qu’elle voit Frédéric, que celui-ci la touche, la caresse, l’enlace. Son corps à elle se déplace avec grâce, dans un ballet unique dont je tente de comprendre l’essence. L’abandon est total, la fougue d’une jeune femme vivante est omniprésente. Je n’aurais pas pu rêver meilleure modèle.


La chaleur a raison d’elle et la ramène un peu à la réalité. Elle s’assied de nouveau sur la couverture, les yeux fermés, la bouche ouverte, offerte. Sa robe est remontée et dévoile le haut de ses cuisses. Elle détache d’un seul mouvement deux ou trois boutons qui laissent apparaître l’impudique rondeur de ses seins gonflés.


Comme hypnotisée, je continue à prendre des photos en retenant un peu mon souffle. L’arbre qui nous surplombe projette une ombre ajourée sur la peau mise à nue. Je me dis qu’elle le fait pour Frédéric, pas pour moi, c’est plus facile d’oublier ainsi, d’oublier le trouble qui monte en moi. Je n’y peux rien, mon corps réagit à cette sensualité.


Un rayon de soleil vient éclairer son visage. Je sais que mon doigt a appuyé sur le déclencheur, mais je reste figée à la regarder. C’est comme un ange, une intouchable, la perfection même. Je comprends confusément pourquoi les premières religions adoraient la Mère. Rien ne me semble plus beau en cet instant précis. Et, douloureusement, je comprends aussi pourquoi certains hommes ont de la difficulté à jongler avec les concepts de madone et de putain. Mon corps n’a plus rien à dire, mon cœur étouffe sous la tendresse.


Je crois que Sylvie ne s’est pas rendu compte de mon trouble, et c’est tant mieux comme ça.


Quelques jours plus tard, je lui ai apporté les photos. Elle les a regardées en silence, m’a remerciée, une drôle de lueur dans les yeux. Et je suis partie, tout simplement. Nous n’en avons jamais reparlé. C’est comme une parenthèse, vite refermée, un intermède magique dans un quotidien exigeant. Et je suis tellement fière d’avoir participé à ce moment.