Petits dialogues d’ici ou d’ailleurs.
* Première érection *
Paris, un soir de 1852.
- — Arrête, Gustave, arrête, tu me chatouilles ! Tu n’as vraiment rien compris ! Toutes les filles du bordel et moi, avons tout essayé : le classique, le grand jeu, la passe de trois, la tentacule indienne… Tout le Kamasutra y est passé !
- — Et tu as même consacré des jours à étudier le porte-jarretelles de Lulu… Et elle est bonne la Lulu !
- — Rien n’y a fait. Tu dois vraiment te faire une raison, écris bien ça dans ton cerveau : tu es incapable de la moindre érection. Monsieur Gustave Eiffel est incapable de la moindre érection…
- — Et pourtant j’y arriverai, j’y arriverai !
* En deux tours de main *
New York, septembre 1975.
- — Cette interro n’était vraiment pas compliquée ! Il fallait simplement appliquer le théorème de Thalès que nous étudions depuis des jours et des jours ! La question était quand même simple : je vous demandais de calculer la hauteur du World Trade Center en connaissant la longueur exacte de son ombre sur le sol et la longueur exacte de l’ombre d’un poteau de 10 mètres à la même heure ! C’était tellement simple que vous avez tous mérité un vingt sur vingt. Tous sauf un ! Et qui c’est qui s’est tapé un zéro ? Qui c’est qui n’a rien compris au théorème de Thalès ? Qui c’est qui est incapable de mesurer la hauteur du World Trade Center ? C’est notre ami Ben, bien sûr ! Vous avez une explication, élève Ben Laden ?
- — Non monsieur, mais j’y arriverai, j’y arriverai !
* Mise au point G. *
- — Allo ? Mon amour ?
- — Oui, ma chérie. Je vois que ton nouveau GSM fonctionne.
- — Oui, mon G va très très bien. Il te dit qu’il t’aime.
- — Tu es adorable.
- — Tu sais qu’on t’attend !
- — Oui, ma chérie mais je te l’ai déjà dit, je suis toujours au bureau et nous avons une réunion très importante.
- — Je viens de prendre un bain mousse bien chaud, j’ai fait un masque, je me suis rasée…
- — Partout ?
- — Partout.
- — Arrête !
- — Maintenant, je suis couchée sur le lit et je suis encore trempée…
- — J’arrive le plus vite possible !
- — C’est tout doux et il y a un super slow à la radio…
- — Attends-moi, je t’aime.
- — Prends ton temps mon amour. J’ai installé le vibreur sur mon portable, sur mon G, je raccroche puis tu me rappelles…
Mais, s’il te plaît, laisse sonner longtemps, longtemps…
* Sérial killeuse *
- — Reprenons donc depuis le début.
- — Mais j’ai déjà tout raconté à votre collègue…
- — Il nous manque encore quelques éléments pour clore votre déposition et la transmettre au tribunal.
- — Mais pourquoi ? Le temps que la justice prenne l’affaire en main la justice se sera faite toute seule.
- — Je fais mon travail, j’ai des instructions et puis j’aimerais comprendre, ce n’est pas tous les jours qu’on interroge une tueuse à gages.
- — D’accord, ça va. Je vais tout vous dire : ça me fait plaisir de passer un moment avec un bel homme, même les médecins sont moches dans ce triste hôpital. Que voulez-vous savoir de moi ? Vous avez de beaux yeux.
- — Commençons depuis le début, votre premier « contrat ».
- — Oui, le premier. C’est toujours le plus difficile. Je vous raconte : c’était il y a sept ans, quelque temps après le 23 février 1980. J’étais désespérée, au bord du gouffre, sans aucune raison de vivre et sans rien en poche pour m’en offrir une. Alors, vous comprenez, quand le Docteur m’a proposé un pont d’or pour quelques instants d’amour…
- — Un amour mortel.
- — On meurt souvent d’amour. Une belle mort, non ?
- — Ça dépend de quel côté on se place… Continuez. Vous pouvez parler doucement, vous paraissez si faible…
- — Merci. Je continue donc mon histoire. C’est le Docteur lui-même qui m’a donné toutes les directives. Sur la photo mon client, comme vous dites, avait l’air de rien. J’ai heureusement vite compris qu’il fallait surtout pas que je m’attache. Quoique ce n’est pas si évident, car il fallait que cet homme, lui, s’attache à moi. Il ne fallait surtout pas qu’il croie que je n’étais qu’une fille de passage. Pour être sûre que le travail soit fait il fallait que nous vivions une sorte de lune de miel, torride, faite de nombreuses nuits d’amour.
- — Et vous y arriviez, sans scrupules ?
- — Ce n’était pas toujours facile ; dans la locution « faire l’amour » il y a quand même le mot « amour ».
- — Bref, reprenons, vous me parliez de votre premier contrat.
- — Oui, c’est vrai. Le pauvre, un homme d’affaires, brillant, intéressant, trop occupé par son travail pour comprendre pourquoi sa femme le délaissait de plus en plus. Ça a été beaucoup plus facile que prévu. Sous ses grands airs de bon travailleur et de mari fidèle, se cachait un homme plein de doutes, en manque de tendresse et de réconfort. Alors, quand je me suis présentée à lui comme journaliste décolletée et intéressée par le développement de sa petite entreprise dans le cadre du marché européen, il s’est accroché à moi comme à une bouée de sauvetage. Vous savez, j’avais un certain charme à cette époque.
- — Il vous en reste quelque chose, le charme n’est jamais entièrement rompu.
- — Arrêtez de me flatter, vous allez me réconcilier avec les hommes ! Ce n’est pas le moment. Où en étais-je ? Ah oui. Tout s’est passé si vite, quelques réunions de travail, quelques heures supplémentaires, quelques verres partagés, un dîner d’affaires à deux et on s’est trouvé enlacés sur son bureau.
- — Vous avez fait l’amour ?
- — C’était le but, non ?
- — Et il ne prenait pas de précautions ?
- — Il ne pensait qu’à l’amour, c’est la première fois qu’il trompait sa femme, il n’avait pas d’expérience. Trop honnête. Puis à cette époque ce n’était pas un sujet à la mode.
- — Mais comment cela se passait-il ?
- — Vous voulez des détails, mon petit cochon ?
- — On m’a souvent traité de poulet, mais jamais de cochon !
- — Un cochon à plumes, c’est mignon, non ? Mais je m’éloigne. Au début je lui montrais mon amour à coup de vaseline, mais, suivant les conseils du Docteur, j’ai vite arrêté. Il fallait que, comment dire, que nos contacts soient directs, violents… Je lui disais que je n’étais pas prête et, ce qui m’arrangeait bien, ça l’excitait encore plus. Le chou, il voulait même me faire des mamours soit disant pour m’aider. Mais je refusais systématiquement, des fois que ça marche. Je reste quand même une femme avec un cœur et un entrejambe. Il était tellement amoureux qu’il a vite fait de m’engager comme secrétaire particulière. Là, c’était facile, avec une jupe flottante et moins que le minimum en dessous, on faisait l’amour tous les jours. Je lui ai fait découvrir ce que sa bourgeoise de femme ne lui avait jamais offert. Ça vous va comme détails ou vous en voulez des plus croustillants, comme la couleur de mes porte-jarretelles, mes positions favorites ou la taille de son pénis ?
- — … Continuez s’il vous plaît.
- — Notre vie de couple illégitime a duré trois mois de cachettes en cachettes, histoire que madame ne sache rien. S’il avait su, le pauvre.
- — Comment saviez-vous que sa femme était la commanditaire ?
- — Pure intuition féminine. Je savais tout de lui, sur l’oreiller on a toutes les confidences d’un homme, même si l’oreiller est remplacé par une machine à écrire ou un appui-tête de voiture.
- — Et quand avez-vous su que votre mission était terminée ?
- — C’est le Docteur qui m’a dit que c’était fini. Il se basait sur mes récits détaillés, sur ses fameuses statistiques et surtout sur les prélèvements qu’il faisait. Tout ça c’est scientifique. Moi, j’ai su que c’était fait quand j’ai reçu le solde de mes gages.
- — Des remords ?
- — Je n’ai eu aucune nouvelle de lui, je suis partie comme un fantôme. Je lui avais quand même donné quelques instants de bonheur, l’illusion d’être désirable et moi je me suis offerte des vacances de rêve, comme jamais j’en avais eues dans ma petite vie de femme trop honnête.
- — Vous savez que sa femme, trop impatiente, lui a fait un procès pour adultère ? Elle a ainsi pu partir avec son amant en attendant l’héritage pendant que lui mourait, et pas seulement de remords.
- — Arrêtez, je vais pleurer.
- — Et le suivant ?
- — Les vacances ça coûte cher ! Et puis le Docteur m’a recontactée. Je n’ai pas refusé.
- — Un verre d’eau ?
- — Merci. Le deuxième ? Pas mal, beau mec, riche, politicien en vue, trop parfait pour ne pas attirer les jalousies. J’ai cru que je n’y arriverais pas. Je me suis présentée comme une militante fervente et libre, prête à tout pour défendre ses idées, prête à lever tous les tabous. Mais l’homme public a gardé le dessus, il m’a simplement présentée à son meilleur ami et bras droit. Il m’a laissée ainsi pendant quelques temps à admirer sa façade, puis un jour elle s’est écroulée. Son cher bras droit est venu me voir, me disant que son cher patron et non moins ami, voulait absolument me voir pour me confier une mission de la plus haute importance, demandant la plus grande discrétion. J’avais rendez-vous dans un restaurant de province et le cher ami me conseilla même de mettre en évidence mes atouts, son cher patron aimant tellement les beautés féminines. J’entrais dans le monde des faux-culs, j’étais dans mon élément, mais ces hommes ne m’arrivaient qu’à la cheville.
- — Vous êtes dure avec vous-même.
- — Je suis réaliste. Et puis j’ai une carapace maintenant.
- — Vous ne voulez toujours pas donner de noms, de détails pour l’enquête ?
- — Je croyais que vous ne vouliez que des détails cochons.
- — Je ne plaisante pas.
- — Moi non plus. Je ne vous parle pas pour dénoncer qui que ce soit. Vous êtes bien capable de faire votre enquête tout seul. Peut-être que si vous venez souvent me voir et m’écouter dans mes élucubrations, peut-être que je vous donnerai quelques informations supplémentaires, au goutte-à-goutte, au baxter…
- — Pas de problème, je suis payé pour écouter, pour faire parler.
- — Beau métier, j’aurais dû vous rencontrer plus tôt. Le soir, vous mettez aussi des menottes à votre femme ?
- — On s’éloigne, continuez votre récit.
- — Oui, vous avez raison, vous n’écoutez pas tout, uniquement ce que votre supérieur vous demande. J’en étais donc à mon rendez-vous avec mon client. Après deux trois phrases très conventionnelles, la façade est tombée tout de suite. Il n’avait pas l’habitude qu’on lui résiste, il trouvait mon cul bandant et il voulait l’avoir tout de suite. Il allait me prendre et me jeter, ce qui risquait de faire échouer ma mission. J’ai donc feint la femme choquée, j’ai pesté, j’ai même commencé à faire un scandale dans le restaurant. Et ça a marché ! Tout de suite, il s’est montré plus aimable, s’excusant même. Je voyais son désir monter dans ses yeux et plus bas au fur et à mesure que ma poitrine haletante montait et descendait. D’un cri, j’avais changé la donne, il ne m’a plus regardée comme une pute mais comme une femme à séduire, à conquérir. J’avais gagné, je le tenais par les couilles. Il ne s’est donc rien passé cette nuit-là, mais il m’avait donné un autre rendez-vous, pour « se faire excuser ». Notre idylle a duré près de trois mois. Tout compte fait c’était pas mal, un peu violent mais bon quand même. J’ai découvert la vie secrète et très bien cachée des grands de ce monde. Nulle et minable. Il n’a pas compris que je le quitte, mais mon compte en banque était suffisamment approvisionné, alors adieu.
- — Un détail pour qu’on puisse l’identifier ?
- — Attendez, ah oui, il avait une tache de naissance sur la fesse droite.
- — Merci quand même. Ça pourra servir lors d’une éventuelle autopsie. Et le troisième ?
- — Le dernier ? Tout a été très vite. Le Docteur avait mis au point une technique infaillible, sûre à cent pour cent. La perfection dans l’horreur. J’ai suivi les instructions à la lettre : je l’ai rencontré un soir où j’avais mes règles, je l’ai coincé dans sa voiture, lui ai fait une de ces fellations… et puis je me suis empalée sur lui d’une telle façon qu’il n’a pas eu le temps de réfléchir un instant, il était déjà au paradis.
- — Ou plutôt en enfer.
- — Tout est relatif.
- — Et il n’a rien senti ?
- — Dans l’extase la douleur et le plaisir sont si proches, c’est le visage du Christ sur la croix qui me l’a appris maintenant que je fréquente les églises. Non, il n’a pas senti l’incision que je lui faisais avec le morceau de lame de rasoir implanté entre mes dents.
- — Pourtant ça doit faire mal !
- — Pas si c’est fait sur le prépuce, et puis n’oubliez pas qu’il avait la tête et les mains ailleurs.
- — En tout cas c’est efficace, d’après son médecin, il est en route pour la morgue. Et pour le Docteur, vous avez une explication ?
- — Vous y croyez, vous, à son suicide ? Tout ce que je sais c’est qu’il avait « engagé » une autre de ses clientes pour le même boulot. Il m’avait demandé des conseils sur la façon de lui présenter la chose. C’est tout ce que je sais. Mais ce qui lui est arrivé ne m’étonne pas, à force de côtoyer des assassins haut placés et prudents, on devient indésirable…
- — Mais pourquoi racontez-vous tout ça maintenant ?
- — Il me reste peut-être un peu d’une honnête femme qui aimerait que tous ceux qui tuent paient. Ou alors, comme je vous l’ai dit, je parle pour avoir quelqu’un qui m’écoute à côté de moi.
- — Vous avez quand même presque trois morts sur la conscience. Il y a de quoi vous condamner à mort.
- — Avec la lenteur de la justice ce sera une condamnation par défaut. Mon bourreau a déjà fait son œuvre.
- — Quand même c’est difficile à avaler.
- — Vous savez, je n’avais rien à perdre et surtout vous devez comprendre que c’est un vrai homme, un vrai grand amour, l’homme de ma vie, qui m’a poussée dans le gouffre avant de s’enfuir la queue entre les jambes. Lui il m’a tuée par amour et pour se vider les couilles, c’est pas très brillant.
- — Une sorte de vengeance contre les hommes ?
- — Pas vraiment. Une fuite en avant ? L’envie de partager une souffrance ? Ou plus simplement l’appât du gain pour pouvoir réaliser un vieux rêve de petite fille : une nuit à Monaco, près du Prince, dans un hôtel très chic… Risible, non ? Folie pure.
- — Excusez-moi mais combien de temps vous reste-t-il ?
- — Une ou deux. Une ou deux secondes, une ou deux semaines ou une ou deux perfusions. Pas plus. Le Sida tue.
- — Mais de là à l’utiliser pour tuer les autres…
- — Au moins je n’ai pas joué à l’hypocrite comme l’homme de ma mort. Je l’aimais, il m’aimait, il se savait malade mais a préféré me tuer plutôt que de m’en parler et que de mettre un caoutchouc sur son noble sexe…
- — Je peux faire quelque chose pour vous ? Des cigarettes ?
- — La dernière ? Non merci, et vous ? Une dernière pipe ?
- — Euh, non merci. Au revoir. Je dois y aller.
- — Adieu.
* Pas de quoi se faire une branlette… *
- — Bonjour mademoiselle, asseyez-vous.
- — Bonjour. Merci.
- — Bon, que savez-vous faire ?
- — Tout.
- — Vous pouvez développer ?
- — Ben tout quoi… Branlette, pipes, pénétrations dans toutes les positions, l’amour avec des filles, tout quoi.
- — Parfait, vous pouvez me faire une petite démonstration ?
- — Je vous fais une pipe ?
- — Non, commençons par une séance de masturbation. Vous pouvez vous caresser un peu, que je voie ?
- — Bien sûr. Je me déshabille ?
- — Oui, posez tout sur le divan.
- — Je peux garder mes chaussettes ? J’ai un peu froid.
- — Pas de problème. Faites à l’aise.
- — Comme ça vous voyez bien ?
- — Oui, écartez un peu. Vous devriez vous raser la chatte, mademoiselle, les chattes poilues ça ne se fait plus… Il y a un rasoir sur le lavabo là.
…
- — Je rase tout ?
- — Oui, oui, c’est mieux.
- — Voilà, ça va comme ça ?
- — C’est parfait, continuez où vous en étiez.
- — La branlette ?
- — Oui, c’est ça, la masturbation.
…
- — Et si vous y mettiez un peu plus d’entrain ?
- — Oui. Vous voulez que je mette les doigts ?
- — Allez-y, allez-y… Vous savez jouir ?
- — Aaaaah oui, oui, c’est bon !
- — OK, c’est bon pour moi aussi. Vous pouvez me faire une fellation avec cette bouteille de Coca ?
- — Mmmmm…
- — Vous avalez ?
- — Le Coca ?
- — … Ok, vous êtes prête pour une pénétration ?
- — Oui monsieur.
- — Jean, tu viens ?
- — Oui patron ?
- — Tu veux bien défoncer Mademoiselle sur le divan, s’il te plaît ?
- — Oui patron. En levrette ?
- — Par exemple.
- — Comme ça vous voyez bien ?
- — Oui, tournez bien vos fesses vers la caméra… Vous savez jouir ?
- — Aaaaaaah oui, oui, c’est bon !
- — Vous pratiquez aussi la sodomie ?
- — Oui, en extra.
- — Jean, enfonce-lui ce gode s’il te plaît puis tu l’encules, la vaseline est sur la table. Et mettez-y un peu de cœur.
- — Aaaaaah oui, oui, encore, c’est bon, encore, encore…
- — Qu’en penses-tu, Jean ?
- — Pour moi c’est bon, ça devrait aller.
- — Ok mademoiselle, merci. L’équipe de direction va visionner les images. J’ai vos coordonnées, on vous recontactera.
- — Merci monsieur…
- — Suivante !
- — Bonjour.
- — Bonjour Mademoiselle, que savez-vous faire ? … Et merde, l’autre est partie avec le gode… Faut regarder à tout dans ce métier…
… Vraiment être le responsable castings dans une boîte de production de films pornos, il n’y a vraiment pas de quoi bander, et encore moins de se faire une branlette…
Ce soir, comme tous les soirs, c’est décidé, je m’enfile une bouteille de whisky.
Jielel