| n° 13060 | Fiche technique | 26370 caractères | 26370Temps de lecture estimé : 15 mn | 17/12/08 |
| Résumé: Une jeune Sibérienne croise la route d'un soldat allemand en 1944. | ||||
| Critères: guerre fh inconnu uniforme forêt cunnilingu -nature | ||||
| Auteur : Jean-Marc Manenti Envoi mini-message | ||||
Le sergent Valentina Netchaïev marchait paisiblement dans cette immense forêt de Biélorussie, les sens délicieusement enivrés par les senteurs de la végétation luxuriante. Aux aguets, elle n’entendait que les piaillements des oiseaux, le chuintement de la brise dans les hautes frondaisons, interrompu de temps à autre par le martellement lointain des tirs sporadiques de mitrailleuses lourdes. Les combats faisaient rage du côté de Minsk, Brest-Litovsk et Vitebsk.
Encore une centaine de mètres et elle allait pouvoir faire une pause au bord de la petite rivière dont elle ne connaissait même pas le nom, puisque Valentina venait du fin fond de la Sibérie. Comme beaucoup de femmes russes, elle s’était enrôlée dans l’Armée Rouge pour sauver sa petite Mère Russie. Son régiment féminin de mortiers avait été en grande partie décimé à Stalingrad. Depuis, elle faisait l’agent de liaison entre le régiment de chars où elle avait été versée et les groupes de partisans de la région. Voilà plusieurs heures qu’elle marchait, chargée de vingt kilos de médicaments. Elle avait soif et le glougloutement de la rivière toute proche attisait son envie d’eau fraîche.
Brusquement, elle se figea, son petit nez en l’air. Les lignes allemandes étaient à un kilomètre à peine de là, et pourtant des effluves de cigarette flottaient, toutes proches, dans l’air chaud. Pas de doute, elle connaissait bien cette odeur : c’était du tabac allemand. Un frisson glissa le long de sa colonne vertébrale. La jeune femme posa lentement son sac de toile à terre, vérifia que ses grenades à manche étaient bien accrochées à son ceinturon.
Elle saisit son couteau et, à pas de loup, se laissa guider par le parfum âcre de la cigarette, en regrettant de ne pas avoir pris son Tokarev. L’effet de surprise allait jouer en sa faveur, mais elle aurait préféré son revolver plutôt que son long couteau. Au moment où elle aperçut le jeune officier, assis sur une souche, celui-ci écrasait consciencieusement son mégot sous le talon de sa botte, et se replongeait dans sa lecture. Son fusil mitrailleur était posé contre un arbre, il n’aurait ni le temps de s’en saisir, ni le temps de prendre son pistolet dans son étui.
Elle remarqua un insigne sur son uniforme. Il venait d’une unité médicale ! Lorsqu’elle affermit sa prise sur le manche de son coutelas, un sourire cruel illumina son visage aux larges pommettes asiatiques. Peu habitué au combat… ça allait être du gâteau !
Un craquement de branchages et un choc sourd firent sursauter l’officier allemand. Des fourrés, juste devant lui, une silhouette en uniforme de l’Armée Rouge jaillit comme un diable de sa boîte. Otto Piltz se figea, les mains crispées sur son livre ouvert. Son regard croisa brièvement celui, flamboyant de haine, de Valentina Netchaïev.
De petite taille, elle était chaussée de bottes montant à mi-mollet, vêtue d’un pantalon et d’une chemise militaire de toile grossière, cette dernière étant ouverte sur une poitrine que l’on devinait généreuse et haut perchée. Elle était coiffée d’une casquette en tissu, ornée de l’étoile rouge, de dessous de laquelle cascadait une abondante chevelure noire que le soleil irisait de reflets violets et pourpres. La longue lame qu’elle tenait à la main étincela une fraction de seconde, puis la Sibérienne se jeta sur lui.
Otto Piltz se renversa en arrière tout en pliant ses jambes, genoux sur la poitrine, protégeant sa gorge de son livre, en guise de bouclier dérisoire. Au moment où Valentina tomba sur lui, l’officier exerça une brusque poussée avec ses jambes, la soulevant de terre pour la faire retomber plus loin.
Lorsqu’elle ouvrit les yeux, la jeune femme était assise par terre, adossée à un arbre, les chevilles entravées, les poignets liés dans le dos. Une sourde douleur cognait dans sa tête. Le jeune officier allemand était à genoux près d’elle et lui tamponnait le haut du crâne avec un coton imbibé d’alcool. Valentina fit une grimace et poussa un petit cri. Otto Piltz s’assit sur ses talons et considéra en souriant le visage aux yeux bridés qui le fixait avec étonnement.
Il éluda la question.
Puis, il lui désigna un objet par terre. C’était le couteau de Valentina planté dans la couverture du livre que le jeune officier lisait.
Piltz sortit un pot de son sac de toile et se redressa sur ses genoux.
Un obus de 300 millimètres passa en hurlant au-dessus de la forêt. Instinctivement, tous deux rentrèrent la tête dans les épaules. Il alla s’écraser quelques centaines de mètres plus loin dans les lignes allemandes. Valentina passa sa langue sur ses lèvres sèches.
Il ouvrit sa gourde et la fit boire. Elle avala de grandes gorgées avec avidité, et, avec ce qu’il restait, il lui aspergea le visage et la gorge, puis épongea son front et ses joues pour ôter les traces de sang. Une fois son attirail rangé dans son sac, il s’assit à côté d’elle et sortit son étui à cigarettes. Il en alluma deux d’un coup et en plaça une entre les lèvres de Valentina. Il saisit le long couteau et, d’un geste sec, coupa les liens qui entravaient ses poignets.
Ils fumèrent en silence, en s’observant du coin de l’œil.
Il l’aida à se remettre debout et la coiffa de sa casquette. Une fois la cordelette coupée, il lui rendit son couteau. Elle le saisit d’un geste sec, le pointa vers lui. Elle hésita quelques secondes en regardant Otto dans les yeux, puis, finalement, le glissa dans son étui.
Elle ramassa son lourd sac de toile et se planta devant lui.
Otto Piltz prit délicatement le visage de la Sibérienne entre ses mains.
Il embrassa la bouche de la jeune femme.
Un voile trouble passa une fraction de seconde dans le regard de la Sibérienne.
Son doigt indiquait les lignes russes. Le jeune officier eut un sourire et lui caressa la joue.
Elle s’éloigna de quelques pas, se retourna pour le regarder quelques secondes encore, puis disparut dans l’épaisseur de la végétation.
Otto Piltz referma son livre et quitta la couverture sur laquelle il était assis. Il fit quelques pas et se plongea dans la contemplation des flots paisibles de la rivière qui scintillaient dans les dernières lueurs du jour. Depuis la veille, il ne cessait de penser à la jeune Sibérienne qui avait failli l’égorger.
Il avait opéré toute la nuit et, après un solide repas, avait dormi toute la journée, malgré l’étouffante chaleur. Là, il faisait si bon, une relative fraîcheur venait lentement avec la nuit. Toutes les essences végétales se répandaient dans le sous-bois.
Alors qu’il s’arrachait à sa contemplation et décidait de regagner les lignes allemandes pour retourner dans sa chambre derrière le bâtiment sanitaire, il fut ceinturé, et la lame froide d’un couteau pressa sur sa gorge.
Elle desserra son étreinte et rengaina son couteau.
Il se retourna lentement, la fixa quelques secondes.
Valentina Netchaïev fronça les sourcils. Elle n’eut pas le temps de parler, Otto Piltz l’attira à lui et posa sa bouche sur la sienne. Surprise, elle serra les dents et tenta de le repousser à coups de poings dans les bras et les flancs. Puis, subitement, elle cessa toute résistance, ouvrit la bouche pour laisser passer la langue de Piltz.
Il sentait maintenant les seins fermes de Valentina contre son torse, au travers du tissu de leurs chemises. Le silence se fit autour du couple, interrompu par leurs respirations haletantes et, au loin, le tac-tac des mitrailleuses ou l’aboiement sec d’un mortier. Otto s’écarta légèrement et contempla le visage aux traits asiatiques. La main de Valentina s’abattit durement sur sa joue, lui faisant voir des étoiles.
Elle le toisait d’un air de défi, la main sur le manche de son couteau. Otto l’attira à nouveau, plus brutalement qu’avant, l’embrassa encore une fois avec fébrilité. La jeune femme resta d’abord pantelante, puis passa ses bras autour du cou de l’officier allemand en se pressant contre lui. De sa langue, elle repoussa celle d’Otto pour lui rendre son baiser. Lorsque leurs bouches se séparèrent, tout en répétant inlassablement son nom, il enfouit sa tête dans l’abondante chevelure, puis couvrit de baisers le visage de la Sibérienne. Elle lui saisit les deux poignets.
Sous les yeux éberlués de Valentina Netchaïev, il ôta sa chemise, ses bottes et son pantalon, ne gardant que son caleçon.
Son subterfuge, et la bosse qui déformait son sous-vêtement firent sourire la Sibérienne. Elle déboucla son ceinturon d’où pendaient trois grenades à manche, un étui renfermant son pistolet Tokarev, ainsi que son couteau et une gourde d’eau. Puis ce fut le tour de ses bottes et de son pantalon. Elle ne portait pas de sous-vêtements…
La légère brise qui courait sous le feuillage et glissait sur son corps nu la fit frissonner et fit se dresser la pointe de ses seins. Sans un mot, ils se blottirent l’un contre l’autre pour s’embrasser à nouveau. La jeune Russe en profita pour faire descendre l’horrible caleçon militaire que portait Piltz, délivrant ainsi un sexe dur et palpitant. Ils se laissèrent choir sur la couverture amenée par Otto, tout en continuant à s’embrasser et se serrer l’un contre l’autre. Autour d’eux bruissaient le vent dans les frondaisons et les insectes nocturnes. La pleine lune éclaira soudain pendant quelques secondes la magnifique nudité de Valentina, puis disparut derrière un autre nuage.
Dans la quasi-obscurité, il continua à embrasser son visage, puis joua quelques instants avec ses épaisses mèches noires… Soudain, des lignes soviétiques, partit la première fusée éclairante de cette nuit-là, qui illumina la plaine d’une lumière blafarde. Les hautes cimes laissaient passer un peu de cette lumière qui faisait un jeu d’ombres et de clarté sur leurs corps. Otto Piltz put admirer pendant deux minutes la belle Sibérienne qui le fixait avec un regard intense.
Elle glissa sous lui, croisa ses jambes derrière ses reins et, tandis qu’il entrait doucement en elle, ferma les yeux de bien-être.
Il quitta le fourreau étroit, humide et brûlant de désir de la Sibérienne, puis y pénétra à nouveau. Les mains de Valentina se crispèrent sur ses omoplates. Leurs bassins allèrent à la rencontre l’un de l’autre à une cadence de plus en plus effrénée. Otto ne fut pas long à jouir. À l’instant où il se soulageait au fond de la jeune femme, un obus de fort calibre explosa quelque part vers les lignes russes.
Il attendit les deux ou trois minutes que dura le projectile et, lentement, se retira. La jeune Sibérienne se blottit contre lui, la tête sur la poitrine du jeune allemand. Il tendit la main pour prendre son étui à cigarettes et en alluma deux. Ils fumèrent en silence, tandis qu’Otto lui caressait tendrement ses longs cheveux.
Le docteur Otto Piltz avançait avec prudence vers son « petit coin de verdure », comme il disait. Malgré l’heure, il faisait encore chaud. La journée avait été caniculaire, mais relativement calme, comme le front dans son ensemble. Pas de grosse opération, seulement des soins, des soins toute la journée. La veille, Valentina et lui s’étaient assoupis l’un contre l’autre. Vers une heure du matin, il s’était réveillé brusquement, seul. La jeune Sibérienne était partie sans faire de bruit. Allait-elle venir le rejoindre ?
Une fois arrivé, le médecin posa son fusil-mitrailleur contre un arbre et se dévêtit. Il ne garda que son sous-vêtement. Il allait s’asseoir sur sa couverture, lorsqu’un objet attira son attention. Un morceau de toile dépassait d’un fourré non loin de lui.
Otto s’avança à pas de loup, écarta le feuillage et découvrit un uniforme de l’armée rouge, celui de Valentina. Elle était donc déjà là ! Il fit lentement un tour complet sur lui-même, mais ne remarqua rien. Un raclement de gorge et un toussotement au-delà des arbustes le figèrent sur place. Otto se dirigea vers la rivière, écarta doucement la végétation et là, il la vit, de l’eau jusqu’au-dessus du nombril. Elle sortait lentement de la petite rivière en regardant le soleil bas sur l’horizon.
Une fois les deux pieds sur la berge, elle essora ses longs cheveux en les tordant de ses deux mains. Puis, elle resta debout, les mains sur les hanches. Le jeu d’ombres et de clarté rosissantes sur son corps nu et mouillé faisait ressortir toutes ses rondeurs, toutes ses formes, toute sa féminité.
Otto Piltz, bouche bée, n’arrivait pas à détacher son regard de cette petite Vénus, de ses deux magnifiques seins aux pointes dressées, de ses hanches un peu saillantes, du triangle noir de son pubis, du rebondi de ses fesses, du galbe de ses cuisses. Du sol, montait un mélange d’odeurs de terre humide et d’herbe chaude. Après quelques minutes, elle quitta la berge et, en repoussant les feuillages, se trouva nez à nez avec le médecin allemand. Elle sursauta et faillit pousser un cri.
Après une seconde de flottement, ils s’étreignirent et roulèrent sur la couverture. Otto plongea ses deux mains dans l’abondante chevelure et attira le beau visage de la Sibérienne vers le sien. Ils se dévisagèrent un instant, le regard enfiévré, et s’embrassèrent avec fougue et passion, jusqu’à en perdre le souffle. Haletant, le jeune officier promena sa bouche avide dans le cou de Valentina, descendit sur ses épaules, puis s’attarda longuement sur ses seins fermes, qu’il embrassa, lécha, mordilla. Sous lui, la jeune russe se tortillait de plaisir en gémissant. Sa peau était douce, humide de la rivière, gorgée de soleil, et exhalait un parfum subtil. Son ventre était chaud, tendre à mordiller, soyeux sous ses lèvres empressées, vibrant sous ses baisers.
Ses dents happèrent doucement, ça et là, la musculature ferme de ses cuisses, jusqu’à ce que, à bout de patience, Valentina cambra son bassin pour lui offrir son sexe. Otto Piltz frotta quelques instants sa joue contre le petit triangle de poils rudes, puis, à plusieurs reprises, souffla légèrement sur son mont de Vénus. Le souffle tiède glissa comme une caresse de velours sur son ventre et alla mourir contre les seins de la jeune femme.
Enfin, à bout de désir, Otto Piltz colla sa bouche sur la fente intime de la jeune Sibérienne en un baiser ardent. Des vagues de plaisir de plus en plus rapprochées, de plus en plus violentes, montèrent à l’assaut du corps offert de Valentina. Ses mains étaient crispées sur la couverture kaki, ses hanches ondulaient sous les coups de langues précis de l’officier allemand. Le long cri de jouissance de la jeune femme fut couvert par l’explosion d’un obus, quelque part entre les lignes ennemies. Sans attendre, Otto se coucha sur son corps pantelant et pénétra dans le fourreau étroit et brûlant de la Russe. Plus tard, alors que les derniers rayons du soleil empourpraient l’horizon, le couple se dirigea vers la rivière en titubant de fatigue.
Otto Piltz fumait en silence, assis sur une souche, tout près de Valentina qui dormait encore. Lorsqu’elle s’était endormie contre lui, il avait recouvert son corps nu de sa couverture. Le bruit des insectes nocturnes faisait peu à peu place aux pépiements de myriades d’oiseaux.
Chaque fois qu’il tirait sur sa cigarette, son visage souriant rougeoyait dans la quasi-obscurité. Il ferma les yeux pour mieux penser aux dernières heures écoulées. Il venait de passer la plus merveilleuse nuit de sa vie. Tous deux s’étaient baignés dans la rivière, ils avaient fait l’amour à plusieurs reprises, avaient fumé et bu de la vodka. Lorsqu’il ouvrit les paupières, le visage de la jeune Sibérienne était face au sien.
Otto la regarda se revêtir tout en enfilant son uniforme. Là-bas, du côté des lignes russes, l’horizon commençait à pâlir. Ils se serrèrent l’un contre l’autre pour admirer ce magnifique spectacle. Ils suivirent des yeux la trace blanche laissée par une fusée qui montait vers les étoiles. La dernière fusée éclairante de cette nuit, pensa Otto. Mais ce fut une boule rouge qui explosa dans le ciel. Valentina Netchaïev fronça les sourcils. Une minute passa, et ce fut une boule verte qui jeta pendant quelques secondes une étrange lueur sur l’immense plaine.
Alors, loin derrière les tranchées soviétiques, l’horizon s’enflamma brusquement sur plusieurs kilomètres. Ce fut d’abord un grondement sourd, comme un orage dans le lointain, puis le hurlement de centaines d’obus qui arrivaient sur les lignes allemandes. Plus proche, l’étrange barrissement des orgues de Staline se mêla au fracas assourdissant des impacts des obus de l’artillerie.
Elle saisit la main du jeune médecin et se mit à courir. Ils avaient parcouru quelques mètres à peine lorsque, brusquement, la terre s’ouvrit sous eux et un bras géant les projeta en l’air dans une odeur de souffre. Des éclats de métal brûlants sifflèrent sinistrement autour d’eux.
La jeune Sibérienne retomba lourdement sur le sol moussu. Elle ne sentait plus ses jambes et une violente douleur courait de son dos à son crâne. Du revers de la main, elle repoussa le voile rouge qui obstruait sa vue. Elle contempla quelques secondes ses doigts ensanglantés, puis, elle le vit, à deux mètres d’elle.
Otto Piltz était allongé sur le côté, le visage hagard, maculé de sang. Un morceau de métal était planté dans son thorax. Avec effort, Valentina Netchaïev se traîna vers lui sur les coudes, en serrant les dents. Le jeune officier tendit une main dans sa direction.
Elle fit un dernier effort et vomit du sang que la terre sèche de Russie absorba tout de suite.
À peine terminé le fracas de l’artillerie, plusieurs centaines de chars T34 firent vrombir leurs moteurs et s’élancèrent vers les lignes allemandes. Les monstres de métal étaient accompagnés par des milliers de fantassins, dont certains debout autour des tourelles. Une fois la vague soviétique arrivée à la moitié du no man’s land, une immense clameur s’éleva dans les airs.
C’est alors que, du côté allemand, se déchaîna un feu d’enfer, sortant des fusils, des mitrailleuses lourdes, des mortiers, des panzerfaust.
À environ 850 mètres de la tranchée de première ligne allemande, un groupe de femmes militaires russes surgit, à bout de souffle. Le sergent-chef Irina Popovitch, celle qui les commandait, fit un geste du bras. Elles se disséminèrent pour prendre position derrière un fourré ou sur une haute branche. Ainsi, elles n’auraient plus qu’à tirer comme des lapins d’éventuels fuyards, ou des téméraires qui voudraient prendre les Russes à revers.
Irina Popovitch retint par la manche le caporal Svetlana Prepski. Elles longèrent sur quelques mètres le bord de la rivière pour en inspecter la berge. Un bruit, en hauteur, leur fit lever le nez. La grande Ukrainienne, debout sur une grosse branche, leur faisait signe et leur indiquait un endroit du bout de sa mitraillette. Elles durent contourner un cratère pour trouver les deux corps.
Son corps déchiqueté était allongé à côté de celui, tout aussi déchiqueté, d’un médecin-officier allemand. Ils avaient joint une de leurs mains et leurs têtes se touchaient presque.
Le caporal se pencha et ferma leurs paupières.
Elle cassa les deux plaques militaires et fourra les deux moitiés dans sa poche.
À 21 heures, alors que les positions allemandes étaient aux mains des Soviétiques, le groupe du sergent-chef Popovitch était au garde à vous devant une tombe fraîche et rendait les honneurs militaire. Le sergent Valentina Netchaïev et le médecin-officier Otto Piltz reposaient côte à côte pour l’éternité.
FIN