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1929
Temps de lecture estimé : 8 mn
24/06/08
Résumé:  La route des vacances conduit Michel et Martial jusqu'à la guinguette de Fifine...
Critères:  #historique hhh copains vacances bain bateau amour cérébral hsodo
Auteur : Claude71            Envoi mini-message

Série : Marins d'eau douce

Chapitre 04 / 06
La rencontre

La rencontre



Août arriva et on attendait davantage de vacanciers. C’était bon pour les affaires. Un matin, vers onze heures, Maurice vit arriver deux jeunes hommes tirant des vélos lourdement chargés. Ils lui demandèrent :



Martial et Michel se concertèrent. Ça faisait moins cher qu’à Boulogne. Ils en avaient marre de manger du pain et du fromage depuis deux jours. Ils passeraient un jour ou deux ici avant de continuer, comme prévu, sur Lyon. Martial interrogea Maurice :



Maurice fit un portrait si élogieux des deux jeunes gens que Fifine ne put pas refuser. Ils n’avaient pas discuté les prix. Ils étaient sérieux. Surtout, Maurice se sentait attiré par Martial. Un gars solide, viril, il aimait ça. Fallait p’têt pas rêver. C’était deux copains, pas forcément des pédales. Z’en avaient pas l’air. Si c’en étaient, ils risquaient d’être ensemble. On verrait bien…




Michel et Martial avaient trouvé le pré. Ils choisirent un emplacement à l’ombre, pas trop éloigné de la guinguette. Tout en montant la tente, ils discutaient :



Ils attachèrent les vélos, rangèrent les sacs sous la tente. Quand ils se présentèrent dans la grande salle, il y avait déjà des mariniers attablés. Maurice commençait le service. Fifine sortit de sa cuisine :



L’accueil était franc, chaleureux, les tarifs plus que raisonnables. Ils avaient dû lui taper dans l’œil, à moins que ce soit dans celui de Maurice, rêva Martial. Michel, en plaisantant, fit remarquer à son copain qu’il en prenait bien à son aise, qu’il aurait pu lui demander son avis mais il était d’accord, le coin lui plaisait. Ils n’iraient pas à Lyon et visiteraient la région.


Ils avaient faim et firent honneur au repas qui leur fut servi. C’était plantureux ! Le menu se composait d’une assiette de charcuteries en entrée, du lapin en sauce accompagné de pommes de terre, un grand bol de fromage blanc, une part de tarte aux prunes en dessert. Un pichet de vin accompagnait le tout. Michel était repu. Il s’adressa à Marcel :



Marcel avait débité son discours d’une traite, les yeux baissés comme s’il avait quelque chose à se reprocher. Michel n’était pas dupe. Le jeune homme l’avait dévoré des yeux pendant tout le service. Il en était ému et avant de répondre, il posa sa main sur celle de Marcel et le regarda en souriant :



Marcel courut dans la cuisine. Martial raillait son ami :



L’après midi s’annonçait bien. Martial et Michel s’allongèrent pour digérer. Ils attendaient les deux autres et commençaient à échafauder des plans pour leurs vacances. Ils pourraient sans doute donner un coup de main à tour de rôle et profiter, un jour sur deux, des balades à vélo. Michel sortit sa carte. Il aimerait visiter Cluny, Tournus, quelques églises romanes et pourquoi pas faire un tour dans le vignoble. Martial préférait le vignoble. Il espérait surtout passer de bons moments avec Maurice.


Maurice et Marcel s’approchaient. Ils apportaient le café. Ils furent accueillis par des applaudissements et des sifflets. La glace était rompue.


Maurice s’assit à côté de Martial. Marcel se coucha près de Michel. Leurs visages se touchaient presque. On commença à se mettre d’accord sur la proposition de Marcel. Ils en avaient parlé à Fifine, elle n’y mettait pas d’objections, sauf pour le samedi. Chacun parla ensuite de sa vie, de son métier. Michel les impressionna. Un instituteur, pour Maurice et Marcel, c’était quelqu’un, tout de même. Martial les rassura. Michel n’était pas prétentieux.


Il fallut évoquer Paris. Marcel raconta ses voyages en péniche. On décida que, dès ce soir, ils commenceraient à aider pour se familiariser avec le service. Demain, Martial et Maurice iraient se promener, puis viendrait le tour de Michel et de Marcel.


Fifine les rappela à la réalité. Elle pestait dans sa cuisine contre la pompe. Une antique pompe à eau qui permettait de tirer l’eau du puits directement dans l’évier. Elle tombait régulièrement en panne. Fifine devait appeler le mécano du village pour faire la réparation. Il n’était pas toujours disponible et on devait charrier des seaux depuis le jardin ou la Saône pendant plusieurs jours.


Immédiatement, Martial proposa ses services, il s’y connaissait en mécanique. Il démonta l’engin et redressa la tige métallique qui s’était déboîtée. L’eau coulait à nouveau. Fifine l’embrassa, tout heureuse d’être dépannée si vite. Les garçons se mirent à la vaisselle et envoyèrent Fifine à la sieste. Nettoyage, balayage, rangement de la salle, à quatre, ce fut rapidement expédié. Ils avaient le temps de jouer aux quilles avant de cueillir les framboises pour ce soir.


Dans les framboisiers, au fond du jardin, à l’abri des regards, les jeunes gens débutèrent d’autres travaux d’approche. Michel et Marcel échangeaient des regards langoureux, s’effleuraient tendrement. Penchés sur les buissons, ils s’embrassèrent. Martial et Maurice, pragmatiques, se frottaient l’un contre l’autre à la moindre occasion. Leurs mains s’égaraient qui dans un short, qui sur une croupe opportunément offerte. À ce rythme, ils s’excitèrent et finirent par se rouler une pelle d’enfer. Michel lança, narquois :



Martial avait donné le signal. Ils laissèrent les paniers remplis de fruits mûrs et juteux dans la cuisine et coururent à la rivière. En un rien de temps, ils furent nus et se jetèrent à l’eau. Comme des mômes, ils jouaient à s’asperger, improvisaient des joutes nautiques, se lançaient des défis. Tout était prétexte à montrer leur force, à exposer leurs corps jeunes, puissants, virils.


Une heure plus tard, ils se séchaient sur la berge. Délassés par l’exercice physique, ils pouvaient plus sereinement affronter la soirée. Le lundi, il n’y avait jamais beaucoup de monde. Michel et Marcel préparaient le repas. Martial et Maurice installaient la salle. Fifine n’avait plus rien à faire. Elle savourait l’instant présent, la douceur du soir, assise sur la terrasse.


Elle mesurait le chemin parcouru depuis le printemps. Tous les événements qui avaient bouleversé la France avaient favorisé ce moment unique. Il flottait dans l’air un parfum de liberté, d’insouciance, de fraternité. Que la vie était douce quand les Hommes oubliaient leurs querelles et leur égoïsme. Son scepticisme habituel cédait au lyrisme. Elle aurait bien le temps de s’apitoyer, autant profiter de cette courte embellie.


Michel façonnait des quenelles suivant les instruction de Marcel qui terminait la sauce. La salade était prête, les framboises disposées dans des coupelles. Martial apparut dans l’encoignure de la porte. Il proposa :



Martial déclencha ainsi l’hilarité des trois garçons. La nuit promettait d’être agitée. Auparavant, ils devaient rester sages pour assumer toutes les tâches de cette soirée qui semblait s’éterniser tant ils avaient hâte de s’aimer. À vingt-trois heures, ils décrétèrent, d’un commun accord, l’extinction des feux. Ouf, enfin seuls ! Quel couple occuperait la chambre ? Lequel se contenterait de la tente ? On décida que, puisque Martial et Maurice avaient congé le lendemain, la tente leur suffirait. Michel et Marcel auraient donc le grand lit pour vivre leur première nuit d’amour.