| n° 12653 | Fiche technique | 12067 caractères | 12067 2110 Temps de lecture estimé : 9 mn |
17/06/08 |
Résumé: À l'époque du Front Populaire, 1936, en France, Marcel, jeune marinier, est chassé par son patron qui vient de découvrir qu'il aimait les garçons. | ||||
Critères: #historique #initiation hhh jeunes copains bain campagne caférestau amour cérébral hsodo | ||||
| Auteur : Claude71 Envoi mini-message | ||||
| DEBUT de la série | Série : Marins d'eau douce Chapitre 01 / 06 | Épisode suivant |
Le père Mathieu beuglait. Sa femme avait bien du mal à le calmer. Elle craignait qu’il n’attrape un coup de sang. Elle avait surtout peur qu’il étripe le petit Marcel. Elle l’aimait bien, le jeune matelot. Elle le considérait un peu comme son fils. Mais là, il n’y aurait plus moyen de le garder. Au mieux, elle allait essayer de retenir son mari jusqu’au moment où Marcel qui, en hâte, bouclait son sac, quitterait la péniche. Elle demanda, alors qu’elle connaissait la réponse :
Le père Mathieu avait fini par se calmer. Marcel s’enfuyait. Le jeune homme avait vingt ans. Depuis quatre ans, il était apprenti sur La Jeanne, la péniche du Père Mathieu qui l’employait comme matelot. Il lui avait tout appris. Après le certif’, il avait été placé. Il était enfant unique, orphelin de père. Il ne l’avait jamais connu, son père, mort à Verdun en 1917. Sa mère, comme veuve de guerre, avait obtenu la garde d’une écluse sur le canal du centre. Le travail n’était pas trop pénible et elle avait du temps pour s’occuper de son fils. Le jardin, pas de loyer, ça suffisait pour vivre mais pas pour payer des études à Marcel.
Alors quand le père Mathieu lui avait dit qu’il cherchait un apprenti, elle lui avait parlé de son fils. Il pourrait servir comme matelot, puis marier la fille d’un marinier et s’installer à son compte. On ne gagnait pas des fortunes à naviguer sur les canaux et les rivières, mais on vivait dignement de son travail. Marcel avait accepté la proposition de sa mère. Il avait envie de voyager, depuis le temps qu’il voyait les péniches arriver, franchir l’écluse et s’en aller au loin. Il n’était jamais sorti de son trou et le face-à-face avec sa mère commençait à lui peser, même s’il rencontrait du monde à l’écluse.
Maintenant, il courait, s’éloignait rapidement du chemin de halage. La Jeanne partirait bientôt. Ils ne s’étaient arrêtés que pour la nuit. Il ferait un grand détour, puis rejoindrait la Saône. Il irait, par étapes, à Chalon et, en suivant le canal, il retournerait chez sa mère. Il ne comptait pas y rester bien longtemps. Quand elle apprendrait pourquoi le Père Mathieu l’avait chassé, sans doute qu’elle ne voudrait plus de lui. Il n’avait pas d’argent, à peine quelques pièces et un gros pain qu’il avait piqué avant de s’enfuir. La Suzanne, la femme du père Mathieu, ne lui en voudrait pas. Elle l’avait à la bonne.
Ce n’était pourtant pas de sa faute s’il préférait les mecs aux nanas. Depuis tout petit, il aimait regarder les hommes, pas les gamins de son âge. Les torses puissants, les bras musclés, les braguettes bien remplies l’attiraient bien plus que les poitrines plantureuses des femmes. Quand il avait commencé à se branler, ses phantasmes érotiques étaient peuplés de mecs. À quinze ans, il avait vécu une de ses plus fortes jouissances en matant un pêcheur, torse nu, le short baissé, en train de s’astiquer le manche. Il en avait rêvé des nuits entières.
Sur La Jeanne, il avait trouvé une famille. Mathieu et Suzanne l’aimaient bien. Il travaillait dur mais tout le monde travaillait. Il adorait son nouveau métier. On changeait tous les jours d’adresse. Les escales, pour charger et décharger, ne duraient jamais bien longtemps, juste le temps de faire un tour en ville, de boire un canon dans un bar et de faire parfois des rencontres.
C’est comme ça qu’il avait rencontré son premier mec. Le quatorze juillet, à Conflans-Sainte-Honorine, Suzanne et Mathieu restaient à quai pour profiter de la fête et danser. Un bal populaire était organisé, tous les ans, entre mariniers. Ils l’avaient laissé à Paris, la veille, à condition qu’il rentre pour le quinze au matin, jour du départ. Il avait flâné toute la journée, visitant la capitale. Il avait décidé de passer la nuit sous un pont et il traînait le long de la Seine. Il alla faire un tour au Jardin des Tuileries.
Il était tard, le jour déclinait. Il faisait bon, presque chaud. Il trouvait normal le défilé continu des passants dans le parc. Ils devaient prendre le frais. Curieusement, il ne semblait y avoir que des hommes. Il eut envie de pisser et se dirigea vers un urinoir. Là, ce fut le choc. Un type, à genoux, se branlait tout en suçant, avec délectation, la grosse queue de son partenaire. Il voulut fuir mais cette scène le fascinait. Comme les deux compères ne semblaient pas s’offusquer de sa présence, il continua à les regarder. Très vite, les soupirs se transformèrent en cris de jouissance. Ils avaient pris leur pied et se rhabillaient. Le plus grand s’adressa à Maurice :
Lui, c’était René. Il fit un signe de la main à Jules et partit vers d’autres aventures.
Jules était étudiant. Il avait une chambre au Quartier Latin. Il expliqua, pendant qu’ils marchaient, qu’il venait souvent aux Tuileries pour draguer mais qu’il fallait faire gaffe à cause des flics. Ce soir, comme ils avaient d’autres chats à fouetter, on était plutôt tranquille et il y avait du monde. Il avait de la chance de l’avoir rencontré parce que les autres, ce n’était pas souvent qu’il pouvait les ramener dans sa chambre.
En effet, Jules tint ses promesses et pour une première, ce fut une grande première. Dans la chambre, il embrassa Marcel. Ah ! Ce baiser, quelle fête pour Marcel ! Il banda instantanément. Jules le déshabilla doucement en le caressant, en le mignotant. Il agaçait de ses doigts ou de sa langue les tétons de son jeune amant, paluchait ses fesses, les pétrissait à l’occasion.
Quand Jules fut nu à son tour, Marcel demanda à toucher son sexe, la première bite qu’il allait prendre dans sa main. Son compagnon bandait dru, sa queue redressée touchait presque son ventre. Les mains de Marcel caressèrent le corps de Jules. Il n’était pas aussi baraqué que les hommes qu’il côtoyait habituellement mais sa peau imberbe était douce et ses muscles fermes. Putain que c’était bon ! Ils s’allongèrent sur le petit lit de Jules et s’enlacèrent. Le corps à corps était sensuel, les bites s’excitaient, les bouches se prenaient. Jules suça Marcel avec art et ce dernier ne tarda pas à jouir.
Ils se placèrent tête-bêche et Marcel goûta, d’abord, le gland qu’il lécha consciencieusement. Puis, n’y tenant plus, il enfourna le jonc jusqu’à s’en donner le hoquet. Il suçait, léchait… Branler son compagnon avec ardeur, c’était un délice autant pour lui que pour Jules. Pendant ce temps, Jules n’était pas resté inactif. Il initiait Marcel aux joies d’un bon léchage de cul. Surpris, ce dernier y prit vite goût.
Il prit de la vaseline et massa la rondelle de Marcel, enfonça un doigt, puis deux. Marcel découvrait un plaisir nouveau qui venait de l’intérieur. Ça montait, ça montait et il ne put retenir l’éjaculation qui l’aspergea.
Marcel banda rapidement et, suivant les conseils de son aîné, il l’encula avec beaucoup d’entrain. Maintenant, il pouvait se retenir et durer pour que Jules en profite au maximum. Il attendit que Jules jouisse pour se lâcher à son tour. Les deux amants s’effondrèrent et s’embrassèrent longuement. Ils étaient repus et s’endormirent dans les bras l’un de l’autre. Le lendemain, après une grasse matinée, ils allèrent voir le défilé.
Jules riait de bon cœur devant la mine déconfite de Marcel. Il lui expliqua qu’en fait, il fallait tenter sa chance avec prudence dans les bars mais que le mieux, pour rencontrer des mecs, c’était les lieux de drague comme les Tuileries ou les bords de la Marne.
Dans l’après-midi, ils se promenèrent et Jules invita Marcel à la Foire du Trône. Ils mangèrent des gaufres, gagnèrent un petit ours en peluche au tir à la carabine. Jules l’offrit à Marcel. Le soir approchait et Marcel ne voulait pas rentrer trop tard. Demain, il devrait se lever tôt pour être à l’heure à Conflans. Jules lui proposa de passer encore cette nuit avec lui. Marcel accepta avec joie et comme ils étaient dans une ruelle déserte, ils s’embrassèrent.
Leur dernière nuit, ensemble, fut un festival. Cette fois, Jules prit Marcel. Avec beaucoup de tendresse, il le déflora. Ce fut l’apothéose des sens. Le lendemain, ils se dirent adieu, tendrement, et Jules accompagna Marcel jusqu’à la gare.
Ainsi se terminait cette belle aventure. Tout le monde n’a pas la chance de rencontrer un amant attentif pour sa première fois. Marcel en était conscient et, dans le train qui l’emmenait à Conflans, il serrait son petit ours, seul souvenir qui le relierait à Jules pendant longtemps.
Dans les années qui suivirent, Marcel eut de nombreux partenaires. Il était beau garçon et attirait le regard des femmes, mais aussi celui des hommes, ce qui l’intéressait évidemment beaucoup plus. La drague marchait bien mais ce n’était pas toujours facile de trouver un endroit tranquille pour consommer. C’étaient des plans à la sauvette qui ne le satisfaisaient pas. Il aimait prendre son temps.
Il rencontrait ses amants occasionnels dans les bars, le plus souvent à proximité des chemins de halage, quand La Jeanne s’arrêtait pour la nuit. Un buisson, un fourré abritaient ces ébats furtifs, mais quand un mec plaisait à Marcel, il l’emmenait sur la péniche, dans sa cabine éloignée de celle de ses patrons. Il veillait à ce que son compagnon d’un soir quitte La Jeanne avant l’aube. La nuit précédant son renvoi, il s’était fait surprendre en pleine action par le Père Mathieu, qui pour une fois ne dormait pas.
Il errait maintenant depuis deux jours. La première journée, il faisait beau et il passa la nuit dans un petit bois. Le lendemain, il fut réveillé par la pluie. Complètement trempé, malgré son ciré et ses bottes, il avançait difficilement. Son sac pesait une tonne. Épuisé, il trouva refuge sous l’auvent d’une grande bâtisse en bois et s’endormit en dépit du froid qui le transperçait jusqu’aux os.