| n° 12620 | Fiche technique | 18788 caractères | 18788 3299 Temps de lecture estimé : 14 mn |
04/06/08 |
Résumé: Louis s'est installé avec les inspecteurs et Bideau à la ferme de Claire. La nuit de son arrivée, il découvre dans la caisse de Marie un grimoire secret et une lettre qui lui transmettent des pouvoirs magiques. | ||||
Critères: #policier #sorcellerie #romantisme hagé fagée uniforme bizarre | ||||
| Auteur : Musea Envoi mini-message | ||||
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Ça, c’est ce qu’il avait promis en fin d’après-midi à son ami aubergiste avant qu’il ne s’en aille. Maintenant qu’il était allongé sur le matelas dans la cuisine, le père Bideau ronflant à ses côtés, Louis se sentait pris dans une angoisse dont il n’arrivait pas à sortir et qu’il ne parvenait pas à identifier. C’était une sorte de brouillard moral, de malaise indéfinissable, une boule à l’estomac accompagnée de nausées et en même temps un sentiment de rage et de peur panique mêlées, phénomènes qui le maintenaient éveillé heure après heure, malgré la tisane de tilleul et de verveine qu’il avait bue dans la soirée.
Les deux inspecteurs étaient montés se coucher vers 23 Heures, pour pouvoir mener dès l’aube leurs investigations pour Marius Pauvert. Claire, épuisée par les deux dernières journées, s’était endormie sur une chaise, et il avait fallu toute la persuasion de Louis pour qu’elle monte se coucher elle aussi. Il avait caché sa propre angoisse pour ménager celle de sa fiancée et la jeune fille, après avoir installé une couche un peu plus confortable pour le luthier et le père Bideau, était montée dans sa chambre où elle n’avait pas tardé à s’endormir.
2 Heures du matin sonnèrent à la vieille comtoise de chêne. Pas un bruit sauf le vent dans les branches du châtaignier et des noyers. Et pourtant cette inquiétude tenace… Voulant lutter contre cette sensation de vide et de désespoir et ne pas subir son insomnie, Louis s’assit, tira à lui la caisse en bois de Marie la Tourette, alluma la chandelle posée à côté de lui et tourna la clé dans la vieille serrure. Un grincement se fit entendre lorsqu’il ouvrit la caisse et le père Bideau sursauta en gémissant. Louis attendit quelques instants que le vieil homme se rendorme et saisit le grimoire de Marie qu’il posa sur ses genoux.
Il ne l’avait pas encore consulté. Un peu plus tôt dans la soirée, il avait fait l’inventaire du contenu de la caisse : beaucoup de pierres, des herbes, des livres de recettes pour soigner tous les petits maux du quotidien et trois gros livres. Le premier était un abécédaire de botanique et de litho-thérapie, l’autre un abécédaire recensant les pouvoirs magiques et les rituels propres à la magie blanche et le troisième était un grimoire personnel sur lequel la vieille dame avait écrit : Le Livre des Secrets. Il était fermé par un abattant de fer bloqué par un cadenas. Une minuscule clé devait l’ouvrir. Mais où était-elle ?
Louis plongea à nouveau sa main dans la caisse mais il ne rencontra que pierres et boîtes d’herbes sèches. Une à une, il prit et ouvrit les boîtes, pensant trouver la clé cachée au fond : sans succès. Le grimoire pesait sur ses genoux et tirait sur sa blessure. Il passa ses mains sur le cuir de la couverture. Et il s’apprêtait à reposer le livre dans la caisse lorsque ses doigts rencontrèrent un léger renflement au niveau de l’étiquette en papier du titre. Intrigué, il pressa le papier et une minuscule clé se dessina. Un sourire illumina son visage et il murmura :
Soigneusement, il décolla l’étiquette et saisit la clé, reliée à une chaîne tout aussi fine, avant de l’engager dans la serrure du cadenas. Son cœur battait à tout rompre. Il ne savait pas ce qu’il allait découvrir à l’intérieur, mais il en pressentait l’importance.
À peine avait-il déposé le cadenas sur les tomettes de la cuisine qu’un éclair d’orage zébra la pièce, suivi immédiatement d’un coup de tonnerre qui résonna en écho sur les collines. Ce brusque orage estival n’était pas étonnant du fait de la chaleur des jours précédents. Mais la simultanéité de l’injonction divine et de l’ouverture du grimoire de la sorcière blanche donnait encore plus de solennité au moment. D’une main tremblante, il ouvrit le livre à la première page et rapprocha la chandelle : ce qu’il lut eut le même effet sur lui que la foudre tombant sur le Forez.
À Louis Bergheaud, sorcier blanc, successeur de Haute Magie, que son nom, sa descendance et sa mission soient bénis.
Ceci est maintenant son secret pour le temps qu’il jugera bon entre tous.
Que la sagesse, l’humilité et la clairvoyance illuminent son chemin afin de rendre honneur à la magie blanche, punir tous ceux qui ont été corrompus par des intérêts vils et rendre à tous paix et liberté dans le respect de chacun et de l’amour universel qui les constitue.
Par la grâce qui m’a été donnée et par tout ce qui élève l’âme vers l’amour et la beauté.
Marie Latour
Bouleversé par cette dédicace ornée d’un dessin de feuille de verveine, le luthier découvrit, coincée entre les premières pages d’une longue incantation, une lettre qui lui était également adressée ; mais d’une autre écriture que celle de la propriétaire du grimoire. Ému, il saisit les deux feuillets jaunis presque translucides tant ils devaient être anciens et commença sa lecture.
Saint-Amant Roche Savine, le 26 Août 1900
Mon cher Louis,
Tu ne prendras sans doute connaissance de cette lettre qu’à l’âge adulte, comme le veulent nos coutumes, mais je me dois, alors que je viens de nous lier à jamais par une incantation, de te révéler ce que tu seras désormais par et pour la magie.
Voilà trois jours que je me suis consacrée à te faire vivre, toi et ta maman et ce n’est qu’aujourd’hui que je suis parvenue à vous sauver. La Haute Magie m’a montré la voie à suivre et il m’appartient de l’honorer tant que je serai en vie. Parce que je n’avais aucune connaissance des liens qui unissaient ton père à ta mère, j’ai pu trouver grâce aux yeux de la Grande Mère et de Dieu qui m’ont accordé ta guérison. Mais en ce jour où je t’ai rappelé à la vie, je t’ai fait également don de magie. Je partage dès cet instant tous mes pouvoirs avec toi et j’espère que tu te montreras digne de la confiance et des bienfaits que les Cieux m’ont demandé de t’accorder.
J’ai vu tes mains sur ce livre bien après ma mort et je souhaite que dès l’instant où tu liras cette lettre tu en fasses l’usage le plus raisonnable et le plus respectueux qui soit, afin de rétablir la paix dans notre village et le délivrer de tout ce qui le menace. Cela n’est pas très net encore dans mes visions médiumniques mais je sais que l’avenir de Saint-Amant Roche Savine est sombre et qu’il te faudra beaucoup de force et de courage pour affronter l’existence.
La force tellurique et magique est en toi maintenant et je prie Dieu de t’accorder le moyen de toujours résister au découragement et de toujours garder la beauté des êtres et des choses dans ta vie. C’est le premier secret du bonheur que je te murmure tandis que tu dors, tes petits poings fermés dans ton berceau, brandis comme première lutte face à l’inexorable.
Louis, je vais te faire un autre cadeau que le transfert de mes pouvoirs. Je vais te donner ma fille comme épouse.
Elle n’est pas encore née ni même conçue mais je sais déjà par les tarots, par mes visions, quelle enfant et quelle femme elle deviendra. Et je sais aussi qu’elle pourra toucher ton cœur comme jamais une autre ne serait capable de le faire. Sans doute parce que tu reconnaîtras la magie en elle. Seulement… à cause de ma liaison avec ton père, elle sera menacée par la magie noire tant que tu ne l’auras pas délivrée et épousée.
Tu le sais à présent que tu me lis, et par la révélation de tes pouvoirs que Marie t’a faite. Tu le sais par les pouvoirs de mon pendentif, par les rêves qui t’ont été envoyés, par la puissance de l’amour que tu ressens pour Claire et par les rituels de protection qui t’ont évité la mort.
Tu en auras la confirmation publique très bientôt, mais surtout n’en sois pas effrayé ni furieux ! Le temps que tu vis dès aujourd’hui n’est ni à la peur ni à la colère mais au combat. Et il te faudra trouver l’énergie douce et forte qui sauvera notre village de la magie noire.
Autour de ma grand-mère Louise, autour de moi et de Marie Latour, se cachent des ombres qui veulent notre pouvoir et bien plus encore. Autour de ton père et ta mère, des menaces dont j’espère ne pas être la cause. Puisse le pouvoir des améthystes te guider dans les rituels magiques que tu auras à prononcer et puissent-elles t’amener à triompher des forces obscures qui tenteront de prendre ma fille en otage.
Dès que tu seras en possession de ces pierres, pose-les à l’intérieur de ma maison, aux quatre points cardinaux. Elles créeront un bouclier invisible qui protègera ta vie, celle de Claire et de toutes les personnes qui résideront en cette demeure.
Prends également la grosse pierre ocre jaune striée de brun que tu trouveras dans la malle. C’est un œil de tigre, protecteur des sortilèges maléfiques et dont le pouvoir renvoie le mal à sa source. Place cette pierre près de la porte d’entrée. Elle empêchera que des personnes mal intentionnées puissent pénétrer dans cette maison.
À présent que tu as mon message et que tu vas vivre dans ma demeure, tu es au cœur du sanctuaire de magie blanche créé par mes ancêtres. Et tu pourras rouvrir la source de tous les pouvoirs, la source de toute magie. N’aie crainte ! Je guiderai tes pas hésitants par des songes, par des révélations et l’étude de la magie blanche t’enseignera le reste.
Tu as tout ce qu’il te faut pour réussir désormais. Tout réside entre tes mains et dans l’amour que tu partages avec Claire. Tu n’as besoin de rien d’autre. Ne néglige pas ma fille, veille avec amour sur elle et sur ceux qui te seront confiés. Agis avec droiture, humilité et amour dans chaque rituel que je te révélerai. Alors rien de fâcheux n’arrivera plus à Saint-Amant et tu parviendras à refermer les portes du néant.
Je veille sur toi mon enfant, sur ma petite Claire et sur toute âme qui souhaite le bien.
Je baise tes petites mains, tes paupières et ton front.
Ne laisse jamais la colère te posséder, mon cher petit. Et œuvre avec justice et amour à tout ce que la Haute Magie t’indiquera. Tu es dès à présent le magicien des verveines. Cette plante devient ton totem. Elle est la plante de l’amour. Elle te gardera de tout mal et guérira toute blessure que tu toucheras avec.
Que la santé te soit à jamais acquise et que tous les dons de beauté les plus raffinés et les plus rares se développent en toi.
Par décret de magie blanche et avec le consentement de ton père, je te donne ma fille Claire pour épouse. Puisse-t-elle, lorsque tu la rencontreras, ouvrir ton cœur à la magie et te donner toutes les joies que j’ai pu partager avec Bertrand. Délivre-la des menaces dont elle fait l’objet et révèle-lui ta puissance. Ainsi, elle sera tienne à jamais et tu vivras avec elle le bel amour que je ne pourrai jamais partager quotidiennement avec ton père.
Je renonce à la passion qui m’unit à Bertrand Bergheaud pour protéger ta vie et celle de Claire. Puisse la magie accepter mon sacrifice et te donner accès à la source de tous pouvoirs.
Par pur amour et dévotion et par la grâce que la Grande Mère nous a donnée, je te bénis et t’offre à la Magie Suprême. Sois digne de ma confiance et de mes cadeaux.
Ta marraine en sorcellerie,
Rose Valleyrand.
Le luthier était bouleversé par ce courrier qui l’attendait depuis si longtemps. Comment Rose avait-elle pu voir tant de choses ? Sa magie était-elle si grande ? Et pourquoi Marie ne lui avait-elle pas remis cette lettre dès leur première rencontre ?
Éberlué, croyant être victime d’hallucinations sonores, le luthier interrogea à voix haute :
Mais la voix s’était tue. Seul le ronflement du père Bideau lui répondit. Et un rayon de lune apparu brutalement par la fenêtre de la cuisine vint éclairer la caisse des grimoires. Louis saisit la chandelle et tenta d’identifier l’œil de tigre et les améthystes. Puis il sortit les pierres une à une et les posa à ses côtés sur les tomettes.
Mais alors qu’il allait souffler la chandelle, il vit que le rayon de lune s’était déplacé et semblait indiquer le placard de chêne. Intrigué, il voulut se lever mais retomba en gémissant. Absorbé qu’il était par la lettre, il ne s’était plus souvenu de sa blessure. Il se mordit la lèvre inférieure pour ne pas lâcher un juron et tentait à nouveau de s’allonger lorsqu’il sentit un courant d’air glacé venir jusqu’à lui, qui le fit frissonner. Louis ressentait une présence néfaste dans la pièce et cette dernière s’approchait du matelas qu’il partageait avec le père Bideau.
Ce ressenti était précis et clair. Et il pouvait presque en distinguer les contours ondulants. C’était une ombre d’homme, longue et grise. Le sorcier peut-être ? Il allait se lever pour faire face à l’intrus lorsque la chandelle posée à côté du lit s’éteignit. La colère alors s’empara du luthier et c’est avec rage qu’il s’écria tout haut :
Et il tendit le bras dans le noir avec autorité. Les pierres posées à ses côtés se déplacèrent alors à la vitesse de l’éclair, raclant les tomettes et un bruit sourd résonna contre le bois de la porte d’entrée.
Louis chercha la boîte d’allumettes posée près de lui et ralluma la chandelle. Les pierres avaient disparu. Inquiet, Louis repoussa les couvertures et entreprit avec douleur de se lever. Lorsqu’enfin il parvint à la station debout, il s’accrocha à la table de chêne de la cuisine pour reprendre haleine. L’effort avait été épuisant et la sueur perlait à son front. Il fixa sa chemise sur laquelle il vit nettement une étoile rouge.
La pièce tanguait et son regard se perdit sur la nappe, cherchant à fixer son attention. La casserole de tisane était encore sur la table. Il la contemplait d’un air hagard lorsque, pris d’une inspiration subite, il tendit une main pour la saisir. La lettre de Rose disait qu’il était le magicien des verveines. Et qu’il pouvait guérir avec. Il allait donc vérifier si la sorcière disait vrai.
La tisane était froide mais les feuilles de verveine baignaient encore dans le récipient. Il plongea la main pour les récupérer, les essora et appliqua les feuilles bouillies sur son bandage. La douleur fulgurante qui le saisit lui vrilla la tête et il s’écroula sur les tomettes fraîches.
Quelques minutes plus tard, lorsqu’il rouvrit les yeux, deux visages d’hommes étaient penchés sur lui et l’un deux lui tapotait sans douceur les joues :
Encore confus, le luthier balbutia :
Cabet et Charpin se regardèrent avec un air perplexe. La chute et la douleur avaient sans doute altéré le raisonnement du luthier.
Et ce faisant, il remonta sa chemise avant de tenter de dégrafer le bandage.
Louis fixa sa fiancée avec émotion et se laissa porter par les deux inspecteurs jusqu’au matelas.
Le père Bideau à moitié endormi ronchonna :
Un rire amusé lui répondit. Claire s’agenouilla près du vieil homme et vint caresser son front.
Adossé à deux énormes oreillers, le luthier tenta une nouvelle fois de dégrafer son bandage. Il ne sentait plus aucune douleur et voulait vérifier que la plaie n’était plus là. Mais ses doigts tremblaient, à la fois de fatigue, d’appréhension et d’émotion. Claire sourit et l’aida de son mieux, déroulant le linge qui entourait le ventre de son fiancé. Lorsqu’enfin le tissu céda la place à la peau, la jeune fille ne put que constater que l’entaille recousue la nuit d’avant par le médecin de Brioude avait totalement disparu.
Le luthier sourit.
Claire passa la main sur le ventre du luthier :
La jeune fille rougit.