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n° 12212Fiche technique8684 caractères8684
Temps de lecture estimé : 6 mn
27/01/08
Résumé:  Un soir, une rencontre...
Critères:  fh couleurs asie piscine cérébral revede voir pénétratio exercice mélo -occasion
Auteur : Titoune  (Juste comme ca....)      
L'attente

Je suis assis au bar. Dehors, la chaleur moite assomme la ville. À l’intérieur, la climatisation déchaînée inciterait presque à porter une veste. Le groupe de jazz allume l’ambiance. Le chanteur, de sa voix gutturale, nous fait allègrement passer de Billie Hollyday à Oscar Peterson. La bière coule à flot. Banquiers, traders, avocats… La foule se voudrait cosmopolite et bigarrée, alors qu’elle ne fait que reproduire les schémas de vie auxquels elle a toujours été habituée. L’époque coloniale est bien loin, mais si proche en même temps.


J’attends.


Quoi ?


Aucune idée bien définie. Je viens juste de rentrer de France. Une semaine pour enterrer les souvenirs d’une existence passée à deux. Les relents du passé se font bien présents ce soir. Sentiment de vide, de l’absence omniprésente de l’autre. Tant de choses partagées qui n’ont maintenant plus de sens.


Le ballet des bulles me distrait un peu. Éphémères, elles dansent dans la lueur dorée du verre. C’est au tour d’Ella Fitzgerald de bercer mes oreilles. Douce mélodie, enchanteresse de mélancolie, je m’enfonce un peu plus dans mon désespoir. La descente est bien agréable. Sentiment de lâcher prise. Tourbillon de tristesse, rafale de chagrin, je suis seul. Mon portable vibre. Je l’ignore. Je me laisse voguer sur ma peine. Sentiment tellement rassurant, alibi bien pratique quand vient le temps de justifier le refus de vivre.


La musique s’arrête. Les conversations se font plus bruyantes. Une voix se fait insistante à mes côtés. Douce, légère et fraîche, elle m’attire. Je tourne la tête et découvre la plus charmante des visions. Elle est là, à mes côtés et elle me parle. Visiblement irritée par mon silence. Je sors de ma torpeur. Me confonds en excuses et m’écarte pensant lui bloquer l’accès au bar. Elle se colle au comptoir et me fait franchement face. Elle est parée du parfait uniforme de banquière en devenir. Peut-être trente ans, tout de noir vêtue, les cheveux de jais ramenés en queue de cheval, elle est l’incarnation même de la femme asiatique.


Je me rends compte que je suis en train de la détailler de la tête aux pieds. Je m’attarde sur sa poitrine. Réalisant ma conduite, je relève la tête pour voir ses yeux, rieurs, plonger dans les miens. Elle est belle.


Son sourire est communicatif et je m’efforce d’en esquisser un. Elle me fait signe que nos deux verres sont vides et passe commande de deux scotchs. Le malt ambré servi, elle me prend par le bras et m’entraîne sur la terrasse du bar.



Je suis interloqué. Je ne comprends pas le sens immédiat de sa question.



Mais oublier qui ? Oublier quoi ? Un ami ? Des projets ? Un double ? Mon complément ? Trop long à expliquer. Je laisse donc planer le doute, et la conforte dans ses affirmations. Soit, « elle » est partie.



Encore « elle ». Je ne la contredis pas plus que tout à l’heure. D’un geste, elle finit son verre. Je l’imite. Nous partons. Nous nous engouffrons dans un taxi. Elle lui annonce une destination qui m’est inconnue. Le silence se fait, juste bercé par les bruits de la route. Les rues sont vides. Elle frissonne et se blottit contre moi. Ne sachant trop que faire, je reste immobile. Elle se fait plus pressante. Je passe un bras autour de ses épaules. Je pose prudemment la main sur sa hanche. Elle frissonne de plus belle. Fraîcheur de la climatisation ? Ou est ce dû au contact de nos deux corps.


Le taxi stoppe. Dehors, les lueurs blafardes des lampadaires percent la nuit. Visiblement, elle sait où nous allons. Elle me fait entrer dans un immeuble. Le gardien la salue et me regarde avec une pointe de méfiance et de dédain.



Elle a posé ses lèvres sur les miennes. J’aime les effluves ensorceleurs de l’alcool. Chaste et chatte, elle s’écarte et me regarde avec malice.


Nous montons dans l’ascenseur et parvenons chez elle. Un intérieur design, sobre, fait de lignes épurées. Le mobilier, les murs, le sol, tout se décline en deux tons. Beige et noir. Devant nous, une baie vitrée s’ouvre sur une immense terrasse. À nos pieds, trente huit étages plus bas, la ville et ses acteurs ignorent qu’au-dessus de leur tête est en train de se tramer une tentative pathétique de résurrection.


Sur la terrasse, illuminée et paisible, une piscine. Elle attrape deux verres et nous sert deux rasades de whisky, puis les pose sur le rebord. Elle saute dans l’eau. Ses vêtements lui collent à la peau. Sans plus attendre, je la rejoins. Nous nous tournons autour. Ses yeux dans les miens, nous nous rapprochons. Nos bouches se rencontrent. Violence du baiser, nos lèvres s’ouvrent. Nos langues se rencontrent et se lancent dans un ballet frénétique.


Je passe les mains sur son visage. Descends le long de son cou. Passe sous l’étoffe de sa veste de tailleur. La lui enlève. Je sens sa poitrine contre la mienne. Elle arrache ma chemise. J’embrasse ses épaules. Je suis la courbe de son cou, parcours le chemin qui mène à ses lèvres. Elle ferme les yeux. Elle a joint ses mains derrière mon cou. Je m’écarte, romps l’étreinte. Elle finit de m’enlever ma chemise. Elle s’attaque à la ceinture de mon jean, puis à mon jean lui-même. Je la laisse faire. Je m’abandonne. Je me retrouve nu, vulnérable, impudique.


À mon tour, je lui enlève son chemisier. Je passe les mains derrière sa jupe et en descends la fermeture. Je fais glisser l’étoffe le long de ses jambes. Elle est là, devant moi. Sa lingerie noire ressort sur sa peau mordorée. Ses seins se dressent vers moi. Je colle son dos à moi. Passe mes mains sur son corps. Je dégrafe son soutien-gorge. Je l’admire. Son string fait ressortir ses fesses. N’y tenant plus, je m’empare de ses mamelons et les masse. Ses soupirs se font plus sonores. Elle se colle complètement à moi.


Je descends mes mains sur son ventre et passe sous l’élastique du dernier rempart de sa nudité. Je le fais glisser et lui enlève. Ma main passe sur son pubis glabre, agace ses lèvres, les écarte. Malgré l’eau, je sens son humidité de femme sur mes doigts. Elle se retourne vers moi. Elle empoigne mon vit et se met à me masturber. Dans l’eau, je l’ai prise. Elle criait, elle gémissait. Je sentais sous moi son corps fiévreux et frémissant. Je découvrais le sens du geste de l’amour, ce qu’était la femme. Champ que je voulais ensemencer de toute ma vigueur. Vigueur pour oublier. Vigueur de l’abandon. En une fraction de seconde, son corps était devenu un lieu de domination, un lieu dans lequel une partie de moi-même se perdait.


Oublier.

Oublier à tout prix.


Elle me sauvait. Notre étreinte sauvage, passionnelle, fusionnelle me ramenait sur les rivages d’une vie que je me sentais en train de quitter.

Je sentais sa jouissance. Sentiment pur. Sentiment d’abandon ultime.

Pour une nuit, je l’aimais. Pour une nuit, elle m’aimait.