| n° 12173 | Fiche technique | 33914 caractères | 33914 5829 Temps de lecture estimé : 24 mn |
13/01/08 |
Résumé: Olivier Desgrange revient à Saint-Amant Roche Savine pour se cacher de la police et obtenir la protection de sa marraine en sorcellerie. Ensemble, ils amorcent un plan de combat contre la magie blanche. | ||||
Critères: #policier #fantastique #sorcellerie #romantisme fh fagée jeunes bizarre campagne fête fsoumise hdomine humilié(e) vengeance | ||||
| Auteur : Musea Envoi mini-message | ||||
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Olivier Desgrange a donné un coup de poignard à Louis afin de pouvoir enlever sa fiancée Claire, dans le but de la violer. L’inspecteur Marius Pauvert est intervenu à temps mais Desgrange a pu s’échapper. Claire est invitée à porter plainte. Elle hésite. Louis lui parle de mariage très prochain.
Il était un plus de deux heures du matin lorsque la Delage d’Olivier Desgrange s’engagea tous feux éteints dans la grand-rue de Saint-Amant Roche Savine. Les lampions de la fête étaient encore allumés, les oriflammes et drapeaux ornaient chaque demeure et l’orchestre local jouait les dernières valses qui clôturaient toujours le bal du 14 juillet.
La voiture tourna élégamment au coin de la rue du Four, nouvellement rebaptisée par le maire rue Gaspard des Montagnes, en hommage au roman écrit par Henri Pourrat et consacré quatre ans plus tôt par l’Académie Française. Elle obliqua ensuite vers le cimetière pour stopper à l’angle de la place du marché. La maison de Marthe Rougier était à une centaine de mètres, dans une rue étroite que le jeune homme parcourut à la hâte. Arrivé devant le logis de la sorcière, il prit le heurtoir de bronze à tête de bélier qu’il toqua nerveusement contre le bois de la porte d’entrée. Pourvu que Marthe l’entende et soit chez elle ! Un peu de lumière filtrait à travers les volets de bois mais aucun bruit ne signalait la présence de sa marraine. Il choqua plus fort le heurtoir, son cœur battant à tout rompre.
Dans son agitation, il ne vit pas un jeune couple qui s’avançait dans sa direction et qui l’observait avec étonnement : il s’agissait du jeune avocat Marc Audebert qui raccompagnait Anita Fabre chez elle.
Les deux jeunes gens avaient passé la soirée à Ambert et le jeune homme, séduit par la personnalité enjouée et le charmant sourire de sa cavalière, avait proposé de ramener la jeune fille à son domicile. Anita avait accepté avec empressement, sous le regard désapprobateur de sa cousine, mais la proposition du bel avocat était trop tentante. Profitant d’un moment d’inattention de Mélanie, courtisée depuis le dernier bal par Julien Jeantout, Anita s’éclipsa discrètement en compagnie de Marc Audebert.
La jeune fille savait que son cavalier ne serait pas un mari tel qu’elle en rêvait et que, modeste blanchisseuse de village, elle ne pourrait jamais intéresser au-delà du flirt ce jeune citadin ambitieux mais, au moins pour un soir, elle voulait s’imaginer en future femme d’avocat. Elle avait déjà goûté les joies d’une promenade en automobile, les délices d’un tête-à-tête charmant sous les étoiles, dansé avec lui quasiment toute la soirée, reçu un baiser plein de délicatesse près d’une haie de chèvrefeuilles au parfum enivrant : de quoi ressembler aux héroïnes de sa revue préférée, Les Veillées des Chaumières, héroïnes dont elle lisait les aventures avec délectation, et enfin contenter son besoin de romantisme débridé, flatter ses envies d’ailleurs et de luxe.
L’arrivée du comte Desgrange avait rompu le charme de ce marivaudage dont Anita savourait tous les instants, sachant qu’ils seraient évanouis le lendemain. En effet, Marc Audebert avait appris à sa jolie cavalière, peu avant la fête, qu’il ne serait pas le successeur de Me Blüm, l’avocat dont il avait espéré prendre la suite, et qu’il devrait remonter sous peu à Paris. Anita avait donc compris que ce rendez-vous au bal serait leur seule et unique entrevue.
À présent, blottie contre son danseur dans la ruelle des Fontaines, elle observait le comte Desgrange avec inquiétude. Elle n’avait jamais aimé ce jeune noble vaniteux, suffisant et plein de mépris pour les autres. Et le voir frapper à la porte de la plus perverse des commères du village, que l’on venait aussi consulter comme sorcière, ne la rassurait pas. Son compagnon, lui aussi, contemplait Desgrange. Il n’avait pas oublié le visage angélique et hautain de son rival de l’université. Le retrouver ce soir dans ce petit village du Haut Livradois, alors qu’il avait appris que le comte serait sans doute le candidat choisi par Blüm pour lui succéder à Ambert, vraiment, la situation ne manquait pas de sel.
La jeune fille contempla Marc Audebert avec étonnement.
Anita étouffa un rire de sa main et elle reprit tout doucement :
Marc Audebert se tourna un instant vers la jeune fille avec amusement. Il était un peu tard pour qu’elle se soucie de ce genre de choses. Surtout blottie aussi tendrement contre lui.
Marthe Rougier était rentrée chez elle une heure auparavant car elle était inquiète. La lune qui aurait dû rester claire si l’entreprise de son élève avait réussi s’était voilée de nuages sombres : un très mauvais présage. Alors elle avait fui les mondanités du 14 Juillet pour tenter d’en savoir plus. Elle avait étalé un jeu de tarot de Marseille sur la nappe blanche de sa table de salle à manger, interrogé le pendule par quelques questions sur une planche Oui-Ja. Et ce qu’elle venait d’apprendre ne la rassurait pas : son visage se crispait et ses yeux jetaient des éclairs de rage à mesure qu’elle soulevait chaque figure du tarot. La papesse indiquait une protection blanche puissante contre sa magie noire, qui avait dû mettre à mal l’emprise d’Olivier sur la petite Claire. L’amoureux, le pendu, la justice, la Maison-Dieu renversée semblaient tout aussi préoccupants. La dernière carte du tarot lui donnerait la réponse quant à la suite des évènements. Elle retint son souffle. Pour la première fois depuis longtemps, elle avait peur de ce qu’elle allait découvrir. Preuve s’il en était d’un renversement de magie.
Les coups nerveux frappés avec le heurtoir de l’entrée interrompirent sa consultation. Elle jeta un large torchon sur la table de son rituel et se dirigea vers sa porte qu’elle entrouvrit avec méfiance. Reconnaissant alors son filleul, elle l’ouvrit largement :
Après avoir jeté un regard inquiet dans la rue, sans toutefois remarquer la présence du couple qui suivait la scène quelques mètres plus loin, elle referma la porte sur le jeune homme dont le visage trahissait une angoisse vive. Que s’était-il passé ? Le jeune sorcier déposa ses gants de cuir sur le guéridon de bois sculpté et, passant la main sur son front où perlaient quelques gouttes de sueur, il demanda à brûle-pourpoint :
Le comte se laissa tomber plus qu’il ne s’assit dans le fauteuil paillé agrémenté de coussins. Il sortit un mouchoir, tapota ses tempes et son front en sueur, avant de sortir de la poche de sa veste la rose blanche qu’il avait volée à la chevelure de sa belle avant de s’enfuir. Il contempla un instant l’objet monté sur un fil de fer très fin gansé de coton vert, et sourit avec amertume avant de s’en servir pour caresser sa joue. La douceur de la soie lui rappelait celle de la peau de la jeune fille. Dire qu’il avait failli la posséder ! Comment n’avait-il pas remarqué ce maudit policier dès le début ?
Il ferma les yeux pour ne se souvenir que de sa bien-aimée. Il revoyait le jeune corps alangui par le sort qu’il lui avait jeté. Il revoyait les seins ronds comme des pommes, les cuisses blanches, la fente sombre et humide où ses doigts s’étaient aventurés. Le corps de Claire était maintenant celui d’une femme très désirable. La bouche d’Olivier baisa la rose de soie. Il la replongea aussitôt après dans la poche de sa veste. Il venait d’avoir une idée pour reprendre la jeune fille et il sourit, pensant à tous les délices qu’il partagerait bientôt avec elle.
Marthe le retrouva ainsi plongé dans une rêverie dont seul le bruit du plateau de bois heurtant le marbre de la table volante du salon le sortit. Il prit le verre de gentiane que sa marraine lui tendait, le vida d’un trait avant de le reposer et de saisir l’anse de la tasse de tisane. Il voulut boire mais ne put qu’y tremper les lèvres tant la décoction était brûlante. Il reposa la tasse avec agacement et, s’efforçant de surmonter son dépit, il remercia Marthe et l’invita à s’asseoir près de lui. Mais, sourde à ses paroles, la sorcière resta debout.
Marthe passa une main sur son front. L’idée était diabolique mais son élève présumait de ses capacités.
Olivier Desgrange fit la grimace. Il détestait retarder ses projets. La magie lui avait déjà demandé un effort intense pour repousser son désir de Claire. Il ne voulait plus attendre. Il objecta avec agacement :
Mais la vieille femme ne l’écoutait plus. Elle s’approcha de la table du rituel, souleva le torchon, retourna la dernière carte du tarot : la figure de la mort apparut. Marthe, furieuse de ce signe de malheur, tendit la carte à son élève. Sa voix était celle des mauvais jours.
C’en fut trop pour le jeune sorcier. Il s’avança vers la table de la salle à manger et frappa violemment celle-ci. Les cartes de tarot s’éparpillèrent sur le sol tandis que la vieille femme sursautait, apeurée par la vivacité de son élève.
J’ai peut-être commis une erreur en blessant le luthier, j’en suis conscient. C’est à moi de la réparer et je paierai le prix qu’il faudra. Mais je récupérerai Claire. Et je la posséderai. Elle ne peut pas appartenir à un autre.
Marthe avait laissé partir son élève. Elle ne croyait pas à sa réussite pour posséder Claire mais elle l’espérait suffisamment doué pour échapper à la justice et pour préserver leur influence magique sur le village. Et puis, elle devait reconnaître qu’elle préférait qu’il reste à Saint-Amant plutôt qu’il parte. Olivier était sans doute la seule personne pour laquelle elle avait éprouvé une véritable affection. Le perdre aurait été pire qu’un revers de magie pour elle. Il incarnait l’enfant qu’elle aurait voulu avoir, l’amant impossible, la réussite sociale et magique qu’elle avait toujours souhaitée.
Sa relation à lui était trouble. Elle relevait au départ d’une relation de maître à élève, puis de grand-mère à petit-fils. Mais plus le temps avait passé, plus Olivier grandissait et plus la vieille femme avait vu son cœur fondre devant la beauté du jeune homme. Et, bien qu’elle ne le lui ait jamais avoué, elle ressentait du désir pour son élève. Raison pour laquelle elle avait toujours voulu se mêler des affaires sentimentales d’Olivier, mais aussi de son initiation sensuelle. La sorcière sourit en se rappelant comment elle avait choisi ses premières maîtresses. Le jeune comte était déjà si impatient malgré son inexpérience, si avide de sensations fortes !
Sans le lui révéler jamais, elle avait assisté à chacune de ses premières étreintes, avec la complicité des jeunes femmes qu’elle choisissait : elle avait conseillé ces dernières sur la manière de lui donner du plaisir, elle avait payé le domestique particulier d’Olivier pour qu’il lui mette par écrit fidèlement tout ce qui concernait la vie sexuelle de son jeune maître. C’était pour Marthe une manière de vivre par procuration un peu de cette sensualité qui lui avait tant manqué, à laquelle avait renoncé pour garder un maximum d’énergie pour la magie. Et c’était aussi une manière de pouvoir vérifier si le jeune homme ne s’attachait pas sérieusement à une femme plus qu’une autre, bien qu’il soit naturellement tombé amoureux de la jeune Claire alors qu’il n’avait que seize ans. Mais, connaissant son penchant pour le libertinage, Marthe avait craint un moment qu’il oublie la petite paysanne. Une jeune femme de vingt-trois ans, Elise Fournier, couturière talentueuse attachée à la famille Desgrange à Clermont depuis de nombreuses années, et qui ressemblait vaguement à Claire, était devenue la maîtresse du jeune comte deux ans auparavant. En compagnie de cette jolie couturière aux grands yeux noirs et aux cheveux de jais, Olivier assouvissait son désir de celle qui l’obsédait.
Elise Fournier avait rencontré le jeune homme un jeudi, alors qu’elle venait chez les Desgranges pour les derniers essayages de la robe d’anniversaire de la comtesse Albertine, grand-mère d’Olivier. Les bras chargés de deux cartons d’où s’échappaient dentelles et brocart, elle s’était heurtée au jeune comte dans l’escalier de marbre qui montait aux appartements privés de sa cliente. Le regard vert d’Olivier, habituellement hautain, s’était figé de surprise ravie en apercevant le joli minois empourpré d’embarras de la jeune femme. Un instant, il crut que Claire était devant lui. Mais avant qu’il ait pu esquisser un mot pour s’enquérir de son identité, il fut détrompé par la domestique qui avait escorté la couturière à l’étage.
Le jeune comte avait souri à la jeune fille, l’avait enveloppée d’un regard plein de désir, et il avait guetté la fin de l’essayage pour tenter sa chance auprès d’elle. Elise s’était laissée courtiser pendant des mois sans pour autant céder aux avances du jeune homme. Elle aimait affoler son désir parce qu’il lui plaisait déjà. Elle le trouvait très séduisant : ses cheveux blonds, son visage d’ange, sa stature imposante l’enchantaient. Son arrogance et la confiance qu’il avait en lui-même l’amusaient. Ensuite, elle aimait attirer la jalousie de ses amies, pourvues de fiancés moins riches. Enfin, elle voulait le rendre totalement dépendant d’elle jusqu’à lui donner envie de l’épouser : une manière de tenir en son pouvoir un jeune noble, jouer de sa séduction et grimper d’un seul coup l’échelle sociale.
Lorsqu’elle céda enfin, un bel après-midi d’avril, il venait de lui offrir une bague ornée d’un rubis : une presque promesse de fiançailles, du moins le crut-elle. Mais la jeune femme déchanta rapidement. Une fois passées les premières semaines d’une liaison passionnée et de nuits d’amour non moins torrides, le jeune comte délaissa peu à peu cette séduisante maîtresse. Elise ne présentait plus l’intérêt initial que sa conquête avait suscité pour lui. Elle était devenue une de celles qu’il avait possédées et qui s’était offertes à lui. La seule différence, et qui agaçait profondément le sorcier tout en le fascinant, était qu’elle conservait sur lui un empire que les autres femmes n’avaient pas : sa ressemblance avec l’aimée absente, celle dont le souvenir l’obsédait, faisait qu’il ne parvenait pas à la rejeter tout à fait.
Aussi, lorsque Claire lui manquait trop, Olivier invitait Elise à la garçonnière, lui faisait boire un thé doublé d’un élixir qui la rendait soumise entièrement à ses volontés, l’habillait et la coiffait comme une jeune paysanne, puis il la possédait avec passion. Au moment de jouir en elle, il imaginait Claire offerte et gémissant sous lui. Alors seulement un orgasme dévastateur s’emparait de lui et venait apaiser un temps ce désir inassouvi.
Mais lorsqu’Elise tomba enceinte après une de ces séances d’oubli comme il se plaisait à les nommer, il décida de rompre avec elle. Aucune de ses maîtresses ne devait avoir d’enfant, Claire était la seule qui devait lui donner un fils. Il paya donc la faiseuse d’ange la plus réputée de Clermont-Ferrand et, le cœur meurtri par un tel renoncement, mit un terme définitif à cette liaison.
Dès lors, il se borna à des aventures éphémères, protégées, avec des jeunes filles sans aucune ressemblance avec Claire. Le seul plaisir qu’il recherchait avec elles était de les attirer dans sa garçonnière, de les contraindre, de les déflorer et de les faire jouir contre leur volonté : voir leurs visages suppliants et apeurés devenir peu à peu convulsés par le plaisir qu’il leur donnait lui procurait une immense jouissance : à chaque fois, il avait l’impression de les posséder totalement. L’excitation qu’il puisait à ce jeu pervers alimentait son propre plaisir et les fantasmes de domination qu’il projetait sur Claire. Il avait appris très vite toutes les caresses qui font gémir les femmes et il savait prendre son temps pour connaître celle entre toutes qui ferait basculer sa victime du moment de la terreur la plus extrême à la volupté la plus intense.
Repérée et épiée pendant quelques semaines dans son environnement personnel, puis courtisée selon la saison dans un salon de thé, une bibliothèque ou au jardin public, il entraînait la jeune fille qu’il avait choisie dans sa garçonnière, prétextant avoir oublié un livre de poésie dont il souhaitait lui faire lecture. Cet argument marchait toujours. Une fois parvenu à son appartement, il attachait sa victime au lit à colonnes, la dénudait et s’enfermait avec elle pendant plusieurs heures jusqu’à ce qu’il obtienne ce qu’il cherchait. Il n’aurait pu se contenter d’un viol, il voulait la jouissance de sa victime et qu’elle s’en trouve humiliée. Il aimait cette gêne, cette honte sur le visage de sa proie et en même temps cet abandon total dans le plaisir. Et pour parachever sa victoire, il faisait boire à sa victime une potion dormitive avant de la déposer rhabillée, coiffée et partiellement inconsciente dans une chapelle choisie au hasard dans la ville. Quand la jeune fille se réveillait, elle avait tout oublié : une sorte de crime parfait qui donnait à Desgrange une impression de toute-puissance et qui décuplait son énergie, tant dans ses rituels magiques que dans ses études. Jamais aucune de ses victimes n’avait pu porter plainte. Et pour cause : elles ne se souvenaient jamais de lui ni de ce qui s’était passé. Il partait donc régulièrement à la conquête d’une autre vierge qui se refuserait le plus longtemps possible à lui, céderait dans les larmes puis hurlerait son plaisir avant de sombrer dans une amnésie partielle. Chaque défloration était une nouvelle victoire, une preuve éclatante la puissance de sa magie.
Marthe était au courant de ces aventures par les lettres qu’elle recevait du domestique d’Olivier, et par quelques confidences furtives du jeune comte. Elle admirait la force et la ruse de son élève, sa volonté de défier en permanence ses limites et cette perversité où elle se reconnaissait tant. Elle aimait cette déraison et cet emportement autant qu’elle détestait ses propres rhumatismes. Olivier était un prolongement de sa jeunesse enfuie, en version masculine. Un fils spirituel qui serait l’instrument idéal pour appliquer sa vengeance et qui prendrait sa suite. Et ce soir, malgré son échec et les mauvais présages, il avait su apaiser ses craintes et la convaincre de l’aider. Alors elle lui avait confié son grimoire secret de Haute Magie démoniaque, de l’argile blanche et de l’argile rouge pour ses prochains rituels, de la nourriture, un thermos de café, des bougies noires et des couvertures. Et elle avait souri avec indulgence lorsqu’il avait ajouté un petit livre licencieux à cet énorme paquetage.
Tu es un bel étalon fougueux, murmura Marthe en se remémorant la scène après son départ. Je devrais montrer plus de dureté envers toi mais je ne sais rien te refuser. Fais bon usage de ce que je t’ai donné et sois prudent, surtout ! Moi je vais m’occuper sérieusement de celle qui a fait échouer ta mission. Marie a commis une grave erreur en réactivant la magie blanche contre moi, une très grave erreur…
En disant cela, elle ouvrit le tiroir d’une commode, prit une paire de gants noirs et les enfila avant de s’envelopper d’un grand châle de même couleur.
Le clocher de l’église Saint Barthélemy sonnait trois heures trente du matin lorsqu’un chat blanc, poursuivant une souris dans la rue Lucien Gachon, faillit renverser la sorcière.
Le chat blanc, saisi par cette voix chevrotante, stoppa net sa course. Il fixa méchamment la sorcière de deux yeux d’or strié de brun, à peine phosphorescents, et il cracha dans sa direction. La vieille femme leva sa canne, prête à frapper l’animal mais se ravisa aussitôt. Elle n’avait pas de temps à perdre. Et surtout pas avec un félin aux yeux de tigre, pierre de protection puissante contre la magie noire.
La brise humide de fin de nuit la fit frissonner. Elle rajusta son châle sur sa tête et reprit sa marche. Le chat plissa son regard d’or bruni avec dédain dans sa direction avant de tourner trois fois sur lui-même. Lorsque la sorcière se retourna pour voir s’il l’avait suivie, l’animal avait disparu.