| n° 12075 | Fiche technique | 18295 caractères | 18295Temps de lecture estimé : 11 mn | 12/12/07 |
| Résumé: Favasso : L'échappée belle. | ||||
| Critères: fh plage aventure -revebebe -aventure | ||||
| Auteur : Favasso (Gentil Papy) Envoi mini-message | ||||
| Épisode précédent | Série : La traque Chapitre 07 / 08 | Épisode suivant |
Résumé des épisodes précédents :
On lira avec profit "La traque n°5" de Gufti Shank (11923) et "La traque n°6" de Pattie (11950).
Pourchassée par la Police des Activités Virtuelles (PAV) en la personne de son limier Forman, l’organisation Rêvebébé est détruite. Un petit groupe de quatre fuyards emmenés par Pattie est passé par le "local des origines" mais a dû reprendre la fuite tout en emportant les archives du site. La traîtresse, Julien, Phil et Favasso se réfugient provisoirement dans une sorte de boxon géant, zone de non-droit protégée de la PAV, dont Catherine est la sous-maîtresse.
Depuis la fenêtre de la chambre, j’observe la rue. Le jour décline doucement. Pattie est vautrée sur le lit, tout habillée, les yeux dans le vague, Phil et Julien font un 4-21 sans entrain. Si nous attendons là passivement, la PAV va nous tomber dessus à la faveur de l’obscurité, j’en ai la conviction.
En gesticulant un peu j’attire l’attention de Pattie, sans bruit qui puisse alerter nos gardiens, postés dans le couloir. En quelques mimiques je lui fais comprendre que j’ai envie de faire une sortie exploratoire, en passant discrètement par la fenêtre, qu’il me faut pour cela un drap et son aide. Un battement de paupières pour me dire qu’elle a saisi, elle se lève et m’amène le drap de métis tout neuf – une chance – les deux autres ne lèvent même pas le nez de leur partie de dés.
Me voilà sur le trottoir. Nous n’étions qu’au premier étage, j’ai lâché le drap pour une chute de deux mètres environ et me suis bien reçu. Pattie récupère le drap prestement et referme la fenêtre, personne ne semble nous avoir observés.
Je m’empresse de réintégrer l’immeuble, supposé havre de sécurité. Dans la cour intérieure, je repère une petite porte pleine, entrebâillée, que je pousse. C’est bien un escalier descendant probablement aux caves. Je m’y engage précautionneusement, mais passé le premier tournant je n’y vois plus rien. Je remonte, cherche un interrupteur, bernique. Je n’ai ni briquet ni allumettes et le temps presse. Tant pis, je vais descendre au jugé, il y aura bien de la lumière en bas.
Mon pied droit touche enfin quelque chose de différent des degrés de pierre, usés au centre des marches. C’est plus souple que la pierre, de la terre battue sans doute. Ma main explore la muraille à la recherche de la fée électricité mais je ne trouve rien. L’affaire se présente mal.
Que faire ? Remonter ? Pour aller où ? La retraite est coupée, maintenant. Si je tente de repasser par le boxon de Cath, je vais me faire bouffer tout cru. Mieux vaut tenter de faire le tour de cette cave pour évaluer ses dimensions et, qui sait, y trouver de quoi m’aider.
Me voilà donc suivant à tâtons la paroi de gauche. J’ai essayé d’évaluer l’importance des lieux par le son, en faisant des petits bruits de bouche discrets, genre « le chant du grillon par une belle nuit de juillet », aucun écho perceptible et j’hésite à crier. Je suis, de plus, intimement persuadé que ce monde obscur doit être abordé sans violence, sans agressivité. Il faut se couler dans l’ombre, parmi les ombres, comme une ombre. Oui, enfin, ça, c’est le genre de théorie qui s’effondrerait assez facilement.
J’ai pris un peu confiance, j’avance prudemment les pieds l’un après l’autre, en m’appuyant légèrement au mur rugueux et humide. Soudain, sur ma main droite, une cavalcade de petites pattes un peu griffues me fait sursauter violemment ! Mince, qu’est-ce que c’est que cette bestiole ? Araignée ou scolopendre ? Rassure-toi, mon grand, t’es plus gros qu’elle, tu devrais avoir le dessus. D’ailleurs, elle est déjà loin.
Je n’ai pas très chaud, je commence à avoir faim et je n’ai pas rencontré le moindre coin de murs. Pourtant, voilà un moment que je chemine ; j’estime avoir parcouru plus de trente mètres, au bas mot, ça fait tout de même une belle cave ! Poursuivons, que faire d’autre…
Maintenant je serais bien incapable d’estimer le chemin parcouru. Le mur, toujours rectiligne, toujours aussi râpeux et gluant paraît interminable. Le silence est total si je m’arrête. J’ai tenté de m’éloigner perpendiculairement afin de juger d’une autre dimension. J’ai arrêté cette progression après une dizaine de pas, sans rien rencontrer, et j’ai fait demi-tour avec la crainte de perdre tout repère.
Afin de cesser de me ruiner les paumes sur cette maçonnerie, j’ai résolu de marcher en frottant ma veste contre ; le bruit du frottement me sert de référence : si je m’éloigne trop il disparaît, si je me rapproche il croît d’autant. Je suis maintenant assez fatigué, j’ai l’impression de marcher depuis des heures, je vais faire une petite halte. Je m’assois au pied du mur.
J’ai dû m’assoupir. Oui, sûrement, j’ai un peu dormi. Combien de temps, va savoir ! J’ai faim.
Je me relève, j’ai des courbatures. Je reprends ma progression. Il y a quelque chose de changé, mais quoi ? Pourquoi ai-je cette sensation d’une meilleure adaptation à ce milieu peu hospitalier ? Et plus j’avance, plus cette sensation s’installe, jusqu’à ce que je comprenne : une très faible clarté se manifeste, les ténèbres ne sont plus tout à fait aussi opaques, impénétrables. Je parviens à distinguer vaguement le mur, par la vision latérale. J’ai de moins en moins besoin de me tenir près de la paroi ou d’y frotter ma veste.
Puis vient le temps où je distingue un point brillant, très blanc, très loin, le bout du tunnel !
J’ai pu allonger progressivement ma foulée mais c’est encore des centaines et des centaines de pas qu’il faut fournir pour arriver au jour. Lorsqu’enfin j’atteins le bout, la clarté du jour m’éblouit et il me faut attendre de m’y habituer. Je ne peux pas sortir à l’air libre car l’issue est obstruée par un amas de ronces considérable. À priori, je suis prisonnier de cet enchevêtrement de tiges épineuses, je n’ai aucun outil, même pas le fameux couteau suisse ni la moindre grenade.
Partant du principe que ces tiges n’ont guère de fortes racines, j’attaque le problème à la base, tout près d’un coin, à quatre pattes, ma tête recouverte de ma veste pliée en quatre me sert comme d’un boutoir. En complétant par l’action de coups de pieds, j’obtiens non sans effort un passage suffisant, au prix d’une veste en lambeaux et de nombreuses estafilades.
Je suis enfin libéré des entrailles de la Terre, je reviens d’outre-tombe, ahuri, clignant des yeux comme une chouette : je suis au bord de la mer.
En fait, non, je n’ai pas la mer sous les yeux, mais je sais qu’elle n’est pas loin, je connais bien cet environnement de sable, de végétation, genêts, arbousiers, petits pins rabougris et tordus par le vent. Devant moi l’horizon est de dunes, et derrière elles un grondement continu, l’océan. Il fait très beau, chaud, c’est l’été.
Je me laisse tomber dans le sable, je m’y roule, c’est délicieux. Mais la faim m’incite à me relever et poursuivre la pérégrination. Le sentier, devant moi, grimpe jusqu’à la crête des dunes, il faut y aller.
Sur la crête, les restes de la piste en ciment du « Mur de l’Atlantique » et, ô bonheur, la petite roulotte d’une marchande de glaces. Je m’avance en refrénant mon impatience, j’imagine que je dois présenter un spectacle pire qu’un immigré clandestin sortant du fond d’un camion où il a passé deux semaines, mais la dame m’accueille d’un grand sourire :
Je me confonds en remerciements, tout ébaubi de rencontrer tant de gentillesse et un sens aussi aigu de l’hospitalité. Entre deux lapements de ma glace au café, qui tente de me servir de petit-déjeuner, je me mets en route vers la grève, descendant la dune en pente douce. Il n’y a personne sur la plage, à peine une vingtaine de personnes disséminées sur cette immense étendue de sable, avec le ciel et l’eau. Je suis bien trop loin d’elles pour les détailler, mais il me semble bien que le textile ne fait pas florès, par ici.
Aussi posai-je tous mes vêtements sur le sable et me précipitai-je dans la vague. Un quart d’heure de jeux avec les rouleaux, une bronzette pour me sécher, et ma montre m’indique que je peux maintenant retourner voir ma marchande de glace, laquelle m’accueille avec le même sourire radieux :
Le velum rangé, la béquille repliée, je m’empare des mancherons. Tout naturellement Lydie marche devant et me montre le chemin. Nous suivons la piste en ciment sur un bon kilomètre puis bifurquons à droite sur un sentier de jeunes troncs de pin, quittant la ligne de crête. Encore un petit kilomètre et nous voici dans un creux de dune, au cœur de la vieille forêt de pins centenaires. Une assez grande cabane de bois nous accueille. Lydie m’invite dans son château. Une vaste pièce à vivre, une chambre attenante, un cabinet de toilette et commodités et, derrière, des remises et débarras, où prend place la roulotte. Dans la cuisine-salle-à-manger-salon, une cuisinière de fonte est allumée malgré la saison et un grand pot à soupe de tôle émaillée bleue fume doucement.
Mettre le couvert et servir ne nous prend pas longtemps. Elle plonge sa louche dans le pot et en sort un énorme morceau de plat-de-côte qu’elle partage en deux, puis nous ajoute le chou, les poireaux, les carottes. Je décline navets et céleri. Dix minutes plus tard, mon assiette est vide, elle termine tranquillement la sienne en m’observant, l’œil brillant :
Elle me sort un petit crottin de Chavignol, du pain bon comme du gâteau, du café et des cerises à l’eau-de-vie et je m’allonge sur ma chaise comme un bienheureux.
L’après-midi s’écoule paisiblement. Il n’y a toujours que peu de monde, même si les enfants, accompagnés de leurs mamans, commencent à constituer une clientèle appréciable. Lydie m’a rapidement formé à la vente des glaces. Puis elle s’est installée un peu à l’écart, avec sa trousse à couture ; elle s’efforce de redonner à ma veste un aspect présentable, avec, je dois le dire, bien du talent.
Vers 18h00, la chaleur déclinant, elle m’envoie me baigner. La présence des enfants m’oblige à m’installer à l’écart puisque je n’ai pas de slip de bain. Bien qu’ils soient eux-mêmes tout nus, leurs mamans portent un slip, et je ne souhaite pas que l’on me remarque. Les caresses des vagues face au soleil sont toujours un pur régal. Je rejoins Lydie :
La discrétion m’impose de ne pas insister. Encore quelques enfants gourmands, quelques mamies bienveillantes et nous reprenons le chemin de la cabane. Il fait encore trop chaud pour porter ma veste mais je l’ai tout de même essayée ; Lydie a fait des miracles, même si, toutefois, je n’ai pas l’air de sortir de chez Armani.
Arrivé au château, je me mets en quête de moyens d’information. J’aimerais avoir des nouvelles de la situation de mes amis pourchassés par la PAV. Lydie m’indique que les seules nouvelles qu’elle reçoit sont les titres de journaux lorsqu’elle va au bourg acheter ses glaces et sa subsistance. Il n’y a pas trace de télévision, seulement un petit transistor que je n’ai pas osé allumer jusqu’ici.
Le repas du soir est tout simple mais bienvenu. J’ai insisté pour essuyer la vaisselle et aider à ranger. Lydie a pris un tricot et m’a invité à m’installer dans une espèce de chaise longue dont j’ai vite deviné que c’est là sa place habituelle. Nous avons bavardé de sujets légers, sans avoir l’air d’y toucher, puis Lydie s’est levée :
Et elle me fait les honneurs de l’unique chambre que j’avais déjà remarquée ! Je proteste :
Dans le mitan du lit, la rivière est profonde… Vous connaissez la chanson. Lydie et moi y sommes installés, sans beaucoup de pyjamas. Le dernier que j’ai eu est loin d’ici, et frotter sa peau contre une autre, douce comme de la soie, est une découverte toujours magique. Car mon hôtesse, elle aussi, semble avoir oublié d’enfiler une chemise de nuit. Elle a mis sa main sur ma poitrine, j’attends de voir dans quelle direction elle va bouger. Pour ma part, j’ai posé la mienne sur son ventre souple, puis remonté vers un sein moelleux. La sienne a choisi de descendre et de se saisir délicatement de ma virilité : les choses sont maintenant claires, j’ai compris ce qu’elle souhaite ; un gros baiser langoureux pour sceller ce pacte non écrit, puis un autre, et aussi plein de mignardises avant que les grandes orgues battent la chamade.
Ah, l’accueillante dame, dans sa chatte douillette
Dans son con délicieux j’ai logé ma quéquette
J’ai caressé son corps, j’ai caressé ses fesses
Becqueté ses tétons arrogants de promesses
Elle m’a dit aimer et même l’a chanté
En vocalises souples atteignant contre-ré
Ensuite en son giron je me suis endormi
Et elle m’a bercé comme un enfant chéri.
Le lendemain, elle est souriante, comme à son habitude. Quelques vêtements d’homme sont disposés sur la chaise longue :
Je note le vouvoiement avec plaisir : nos rapports restent ceux de l’hôtesse et son invité. J’enfile un pantalon dont la longueur n’est qu’à peine excessive, et la taille nécessite d’être pincée : son ex avait plus de ventre que moi. La veste tombe plutôt bien elle aussi, correcte aux épaules, un peu ample sur le ventre, ce qui ne nous surprend pas.
En plongeant machinalement ma main gauche dans la poche de poitrine, j’y rencontre un petit papier, ticket de pressing, au nom de Monsieur Forman.