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n° 11896Fiche technique99550 caractères99550
Temps de lecture estimé : 54 mn
30/10/07
corrigé 12/11/10
Résumé:  Ben et Mieke disparus de notre vie, Charline et moi filions le parfait amour... jusqu'à ce qu'un caprice du destin nous envoie un bâton de dynamite !
Critères:  fh ff couplus intermast fellation cunnilingu fdanus fsodo échange -entrecoup
Auteur : Mirthrandir      Envoi mini-message

Série : Travail d'artiste

Chapitre 02 / 02
Travaux d'artiste (2/2)

AVANT-PROPOS


Bien que constituant une suite à « Travail d’Artiste », ce récit peut être lu pour lui-même.










C’était une de ces foutues journées à l’issue de laquelle on rentre chez soi épuisé et d’humeur maussade, persuadé d’avoir gaspillé l’essentiel de son temps en interminables palabres au cours de réunions d’une stérilité désespérante.

Malgré le café et les biscuits offerts gracieusement aux pauses de dix et quinze heures, le lunch de midi et le sourire des hôtesses d’accueil, il ne restait au bilan final que l’impression d’un irrémédiable gâchis.

J’ai d’ailleurs toujours haï les réunions, qu’elles soient de travail, d’affaires ou, pire encore, de famille. Aussi, lorsque je poussai la porte d’entrée de la maison, j’étais fermement décidé à enterrer la séance de torture sous un repas digne de ce nom, suivi d’une confortable soirée en pantoufles — et moins si affinités — en compagnie de Charline.

Comme je m’y attendais, cependant, ma femme n’était pas dans l’habitation. Elle devait être encore à l’ouvrage dans la partie du bâtiment occupée par son cabinet d’esthéticienne, un lieu où, bien évidemment, j’étais persona non grata.


Je me débarrassai de ma veste et de ma cravate, déboutonnai mon col de chemise et, chaussé d’espadrilles, partis en exploration dans la cuisine. Je m’attendais à y découvrir le menu du soir, partiellement confectionné par Charline, et dont il m’incombait de terminer la préparation lorsqu’elle travaillait tard.

Sur la table, j’aperçus quelques mots hâtivement griffonnés sur un feuillet à message :



Pas eu tps préparer. On ira qqpart ou cmndera au Chinois. Bisous. Ch.



Au vu du style télégraphique, j’en conclus qu’elle n’avait pas davantage trouvé le temps d’écrire que celui de cuisiner.

Ce n’était pas plus mal. N’étant pas dopé à l’E.P.O., j’aurais dû faire appel à mes ultimes réserves d’énergie pour me coller aux fourneaux. Le Chinois du coin se ferait un plaisir de tout nous faire livrer dans un gros carton surmonté d’un sachet de kroepoek.


J’accomplis le suprême effort de mettre une bouteille de tavel à rafraîchir, avalai un grand verre d’eau et m’en allai au salon d’un pas traînant, prêt à écraser un fauteuil dans l’attente de récupérer le fifrelin de volonté qui m’emmènerait sous la douche.

Je n’eus cependant pas l’occasion de m’asseoir, car Charline entra dans la pièce de séjour en même temps que moi, venant de son cabinet d’esthéticienne.



Pieds nus dans de légères sandales, les cheveux bruns noués sur la nuque et vêtue d’un tablier blanc à manches courtes, elle me faisait l’effet d’une infirmière expressément mandatée pour me choyer.

Elle s’arracha à mon étreinte et m’entraîna vers le salon au moment où un gonflement naissant m’indiquait que mon carburateur venait de se brancher miraculeusement sur la réserve.



Je m’assis de bonne grâce et Charline prit place près de moi, de biais, ses genoux touchant les miens.



Elle s’inclinait légèrement vers moi, ses yeux vert sombre grands ouverts, une main posée sur ma cuisse, et je sentais la pression de ses doigts et la chaleur de sa paume à travers l’étoffe de mon pantalon, ce qui n’arrangeait pas ma maîtrise du régime moteur. Je devinais à son attitude et au rythme de sa respiration que ce qu’elle avait à me dire sortait de l’ordinaire.



Elle s’interrompit, comme si elle cherchait par quel bout commencer la relation de sa rencontre, alors que je m’efforçais de ne pas penser au mien. Elle pivota, s’appuya au dossier du divan et replia les jambes sur l’assise, tout en posant sa joue contre mon épaule.



Elle suspendit sa phrase, ne trouvant probablement pas les mots à y ajouter. Son émoi commençait à m’inquiéter, mais elle ne paraissait pas effrayée. Juste un peu nerveuse.



Elle renversa la tête pour me regarder et me sourire.



Elle pivota un peu plus, s’appuyant franchement contre moi en relevant les genoux et en posant les plantes de pieds sur le cuir du canapé. Son tablier glissa, découvrant deux cuisses à la peau satinée, que j’eus instantanément envie de toucher. Pressentant toutefois que le moment était mal choisi, je dirigeai mon regard vers le plafond pour m’assurer qu’il n’était pas fissuré.



« C’était ma dernière cliente de la matinée, reprit Charline. Une nouvelle. Elle avait pris rendez-vous par téléphone, pour une épilation des jambes. Le truc banal, en quelque sorte. »



Un « truc banal », ma compagne n’aurait pas pris la peine d’en parler. En réalité, elle ne me racontait jamais ce qui se passait dans son cabinet d’esthéticienne, estimant à juste titre que la discrétion est une des vertus de sa profession.



« Une femme assez sympa de prime abord, poursuivit Charline, plus petite et plus jeune que moi. Elle s’est allongée sur la table et nous avons échangé quelques banalités, pendant que j’appliquais les bandelettes de cire sur ses jambes. Elle était occupée à m’expliquer dans quel quartier elle s’était installée tout récemment avec son mari, quand j’ai remarqué quelque chose d’étrange, qui m’a tout de suite fait sursauter. Elle s’en est aperçue immédiatement, et elle a aussitôt fait un geste pour tirer sur le bas de son tee-shirt et recouvrir ce que j’avais vu : une menue portion de son ventre, entre l’élastique de sa petite culotte et le bord de son tee-shirt. Elle avait là un tatouage. Je n’en ai distingué qu’une minuscule partie, mais je n’ai pas eu le moindre doute. »



Charline s’interrompit et tourna la tête vers moi.



Sans pitié pour mon embarras, elle s’installa plus confortablement contre moi et ferma les yeux comme pour mieux se concentrer sur la suite de son récit.



« Tu penses bien que je voulais voir et savoir, mais cette dame semblait tout à coup effarouchée, et certainement pas disposée à montrer son tatouage à une inconnue. À sa place, j’aurais d’ailleurs fait pareil. C’est ce qui m’a renforcé dans ma conviction d’avoir vu juste. J’ai continué à étendre la cire et à lui épiler les jambes, mais j’avais peine à tenir mon calme et à me concentrer sur mon travail. Je me demandais comment aborder le sujet. On ne prononçait plus un mot, ni elle ni moi, et au moment où j’en finissais avec mon boulot, j’ai eu une inspiration. Je lui ai dit qu’elle me faisait penser à quelqu’un. Je lui ai dit :



  • — C’est bizarre, vous me rappelez une personne que j’ai connue il y a quelques années. Une très belle femme, grande et mince, aux yeux bleus et aux cheveux blonds, et qui parle avec un étrange accent traînant. Elle s’appelle Mieke. »



À l’évocation de ce prénom, je sentis des picotements me parcourir le dos. Je fermai les yeux à mon tour. Les souvenirs tourbillonnaient devant moi. Je revoyais Mieke au bord de la piscine, Ben et son atelier de tatoueur, et puis les scènes torrides qui avaient suivi, scellant notre sensuelle complicité.



« Il y a eu un grand silence, poursuivait Charline. Je voyais cette femme ouvrir la bouche, mais les mots semblaient ne pas venir. Elle s’est redressée sur les coudes, puis a brusquement demandé où j’avais rencontré Mieke.



  • — Ici même, il y a un peu plus de deux ans, ai-je répondu. C’était une cliente. Elle habitait à l’autre bout de la ville, avec Ben, son mari. Et puis ils ont déménagé, mais j’ignore où ils sont partis.


La femme s’est à nouveau allongée sur la table, et elle a dit :



  • — Au Japon.


Et puis, en soupirant, elle a ajouté :



  • — Et ailleurs sans doute.


Il y a eu à nouveau un silence, et j’ai eu peur qu’on ne se parle plus et qu’elle s’en aille et que je ne la revoie jamais, alors j’ai dit : « Ne bougez pas. Je vais vous montrer quelque chose. » Et j’ai fait un truc à la con : je me suis déshabillée. »



Charline se tut, sans doute en attente de ma réaction.



Je balançais entre l’envie d’envoyer une remarque ironique et celle d’éclater franchement de rire, mais choisis le prudent compromis de me taire et d’écouter Charline reprenant son récit.



« Oui, je sais ce que tu penses, et j’ignore moi-même ce qui m’a poussée à agir de la sorte. J’aurais pu seulement ouvrir mon tablier ou le relever pour lui montrer mon ventre, mais ça ne m’est pas venu à l’idée de faire aussi simple. Il fallait que je me déshabille, c’était plus fort que moi. Elle aurait pu me prendre pour une folle ou quelque chose comme ça. Elle l’a peut-être fait, sur le moment, mais je ne crois pas. Elle m’a regardée en écarquillant les yeux, et elle a simplement dit :



  • — C’est magnifique.


Et puis, toujours couchée sur la table devant moi, elle a soulevé les reins et ensuite les jambes pour enlever sa petite culotte. Elle a remonté son tee-shirt pour me montrer son tatouage, et j’ai dit :



  • — C’est superbe, vraiment superbe.


Ça me retournait de voir ça, parce que parfois j’ai l’impression d’être seule au monde avec ce genre de chose sur le ventre, tout en sachant que ce n’est pas vrai, bien sûr, puisqu’il y a Mieke et sans doute d’autres encore. Mais bon, c’est rare quand même, quoi !


Alors, on est restées immobiles de longues secondes à nous regarder sans rien dire. On était tout émues, comme deux sœurs qui se retrouvent après des années de séparation et qui n’arrivent pas à traduire leur émotion rien qu’avec des mots. Elle a dû ressentir la même chose que moi, avec ce tatouage complètement incroyable, magnifique, qu’on porte au même endroit toutes les deux, et qui est pourtant si personnel et unique. Il doit lui rappeler un tas de souvenirs et de sensations, à elle aussi.


Elle a eu envie de toucher le mien, et j’avais envie de toucher le sien, mais comme c’est elle qui était le plus près, elle a levé une main et l’a posée sur mon ventre. C’était frais et j’ai eu un frisson. Elle a effleuré le tatouage du bout des doigts, et j’ai senti d’autres petits frissons me parcourir le ventre et les cuisses. Elle a dit :



  • — C’est doux, j’adore ça, c’est comme le mien, on dirait de la soie.


J’ai dit oui, et elle a continué à me caresser doucement le ventre, pendant que son autre main entourait le haut de mes jambes. Elle a appuyé sa joue contre ma cuisse, et j’ai vu qu’elle fermait les yeux et qu’elle souriait. Alors, j’ai senti sa main qui remontait par-derrière et se posait sur mes fesses, et ça m’a fait un drôle d’effet.

Je lui ai tripoté les cheveux et j’ai fermé les yeux moi aussi. Elle a dû s’apercevoir que je tremblais, mais ce n’était pas de froid, parce qu’il faisait chaud dans la pièce. Elle a touché mon pubis, ses doigts se promenaient là, glissaient sur mes poils et puis sur ma peau, quand elle arrivait près de l’aine, puis revenaient au milieu de la touffe, comme pour essayer de se frayer un chemin. Ça me faisait tout bizarre à l’intérieur, j’avais des frissons dans les reins et dans les jambes.


J’étais debout bien droite, alors j’ai déplacé un pied, juste un tout petit peu, juste pour que mes cuisses ne soient plus tout à fait l’une contre l’autre, pour qu’elle puisse passer ses doigts. Ça m’excitait de me laisser toucher comme ça, j’avais envie qu’elle me touche plus encore, et plus bas, mais elle continuait à me caresser le ventre. Elle a même remonté sa main jusque sur mon nombril, a tourné autour et y a mis le doigt, puis est retournée vers ma touffe, en faisant des détours pour me faire frissonner encore plus.


J’ai frémi quand son autre main s’est portée dans le creux de mes reins et plus encore lorsque ses doigts sont redescendus tout droit, lentement, entre mes fesses, et j’ai senti que je transpirais, parce qu’ils glissaient facilement ; et puis ils sont repartis en haut, et je pensais que j’allais devenir folle de désir, alors j’ai commencé à me caresser les seins, avec ma main libre. Les doigts de l’autre main jouaient dans ses cheveux, de la même façon que les siens sur mon pubis.


Je ne savais pas comment lui faire comprendre que je voulais qu’elle aille plus loin, qu’elle me touche plus encore, qu’elle mette ses doigts dans ma chatte – oui, je voulais vraiment qu’elle le fasse –, et je n’osais pas parler, juste essayer qu’elle comprenne.

Ses doigts sont descendus à nouveau le long de mon pubis, dans l’aine, et puis elle les a mis de chaque côté de ma fente, sans la toucher, en caressant lentement. Je pinçais mes tétons l’un après l’autre, je mordais sur mes lèvres et sur ma langue, je sentais de la chaleur partout dans mon corps, surtout dans mon ventre et dans mes reins. Sa main est encore remontée sur mon ventre, alors j’ai de nouveau serré les jambes, pour frotter un peu mes cuisses l’une contre l’autre, et j’ai senti tout de suite que j’étais toute mouillée, et ça m’a encore plus excitée.


J’ai pressé sa tête contre ma jambe, et elle m’a laissé faire, et j’ai de nouveau écarté un peu les jambes. Je commençais à avoir envie qu’elle me lèche, et quand j’ai senti ses mains qui redescendaient, une devant et l’autre derrière, j’ai cru que j’allais étouffer de chaleur. Je pétrissais mes nichons comme une dingue, pendant qu’elle approchait lentement sa main de mon sexe.


Elle n’a pas eu le temps de vraiment toucher ma fente, ses doigts étaient seulement autour. Elle a tiré un peu pour écarter les lèvres, ça faisait chaud et frais en même temps. Je croyais qu’elle allait mettre son doigt, ou sa main, ou sa langue. J’espérais qu’elle le ferait, mais je n’en pouvais plus alors j’ai joui comme ça, sans qu’elle y touche vraiment. J’ai juste dit « Oh » en serrant un de mes tétons entre mes doigts et en appuyant fort sur sa tête, et elle a compris que j’avais un orgasme.


J’ai ouvert les yeux, parce que c’était trop fou, et j’ai vu qu’elle avait toujours les paupières closes et qu’elle souriait. Elle serrait ses jambes, frottait ses cuisses l’une contre l’autre en remuant les hanches, et je me suis traitée mentalement d’égoïste.


Je me suis penchée, juste un peu, parce qu’elle me tenait toujours avec une main sur mes fesses et l’autre entre mes cuisses, et j’ai touché son ventre. J’ai mis la main sous son tee-shirt, pour le remonter, et j’ai passé les doigts sous l’élastique de son soutien-gorge pour le tirer par-dessus ses seins. Elle a soulevé son dos pour m’aider, alors j’ai carrément relevé son tee-shirt pour dégager complètement sa poitrine et la caresser.

Les mamelons étaient tendus à mort, elle a tremblé quand je les ai touchés et elle a dit « oui » en me lâchant et en renversant sa tête sur la table, alors je me suis penchée un peu plus et j’ai passé ma jambe par-dessus la table. J’avais un pied au sol et un genou sur la table, de l’autre côté, et je devais être en train de lui montrer ma fente. J’aurais dû avoir honte de lui montrer ça comme ça, mais j’étais trop excitée.


J’ai senti ses deux mains sur mes fesses et sur mes cuisses, alors je me suis penchée vers son ventre et j’ai touché son pubis, que j’ai caressé. Elle serrait toujours les jambes, même quand j’ai mis la main dessus, alors je suis revenue sur son pubis, et j’ai caressé comme elle avait fait avec le mien, dans les poils et le long de l’aine, et j’ai essayé de passer les doigts.


Tout à coup, elle a écarté les genoux, alors j’ai effleuré sa fente, et elle a frissonné. J’ai poussé les doigts de chaque côté, j’ai frotté ses lèvres l’une contre l’autre, et avec mon autre main, je lui pelotais les seins du mieux que je pouvais. Elle continuait à me caresser les cuisses et les fesses, et j’ai senti sa main qui touchait une fois de plus mon pubis, et j’étais à nouveau complètement excitée. Elle aussi, parce qu’elle a cambré les reins, et j’ai dû me redresser un peu parce qu’elle tirait sur ma jambe d’en bas avec son autre main, alors j’ai grimpé entièrement sur la table, au-dessus d’elle.


Et puis je me suis penchée par-dessus son ventre avec son tatouage qui avait l’air vivant, et puis sur sa chatte, et j’ai écarté sa fente avec mes doigts. Elle était toute mouillée, et son odeur de femme est montée soudainement vers moi, et ça m’a donné encore plus envie de sexe. J’ai vu son clito, tout gonflé et dressé, et j’ai compris qu’il devait être fort sensible. J’ai mis le bout de ma langue tout près, au-dessus, puis j’ai tourné autour, et j’ai senti le goût de sa mouille, un goût épicé, fort, presque sauvage.


J’ai léché doucement, en aplatissant mon corps contre le sien, pour qu’elle puisse me lécher aussi. Elle a relevé les genoux, elle a serré ma tête entre ses cuisses, juste un peu, et puis elle les a relâchées pour me permettre d’encore la caresser, et elle a encore cambré un peu plus les reins. J’ai mis un doigt dans sa fente, et elle a poussé un petit gémissement, et j’ai senti qu’elle touchait ma fente aussi, et qu’elle commençait à me caresser avec sa langue.

La chaleur se répandait dans mes cuisses et dans mon ventre, je mouillais de partout et elle aussi. J’ai mis un deuxième doigt, et j’ai continué à la lécher, d’abord doucement, puis un tout petit peu sur son bourgeon, que j’ai pris entre mes lèvres.

J’ai cru qu’elle allait devenir folle elle aussi, parce qu’elle se cambrait et elle remuait et elle poussait des petits cris. Elle a dit :



  • — Mets ton doigt…


Mais j’avais déjà deux doigts dans sa fente, alors j’ai enfoncé un peu plus. Alors, elle a mis son doigt sur ma rosette, et elle a appuyé un petit peu pour me faire comprendre, alors j’ai mis aussi tout doucement le bout d’un doigt dans son cul en continuant à lui sucer le clito. Elle a dit :



  • — Oh ! Oui, oui, enfonce-le !


Alors, j’ai ralenti mes caresses avec les doigts et la bouche pour qu’elle s’excite encore plus en ayant envie que je lui fasse des choses.

Elle s’est mise à remuer de plus en plus, je ne bougeais presque plus et elle se frottait à ma bouche, elle poussait pour que mon doigt s’enfonce, alors j’ai aussi appuyé un peu, parce que ça l’excitait. Je ne pensais pas que ça l’exciterait comme ça, mais je l’ai fait parce qu’elle le demandait. J’ai senti qu’elle avait son doigt aussi sur mon anus, et qu’elle poussait légèrement, comme pour demander, alors j’ai fait « Hmmm » et j’ai recommencé à la sucer pendant qu’elle enfonçait son doigt. Elle a dit encore :



  • — Oh ! Oui, vas-y, fais-moi jouir !


J’ai encore ralenti un peu mes caresses, pour faire durer. Je ne voulais pas aller trop vite. Je voulais qu’elle goûte bien son plaisir. Elle a dit plusieurs fois :



  • — Oh ! Oui ! Vas-y, je t’en prie, vas-y !


Et des choses comme ça avec sa voix de plus en plus plaintive tout en me caressant aussi. Puis elle a dit :



  • — Oh ! Oui, je viens !


Et elle s’est cambrée et elle a joui, et j’ai senti de la mouille qui sortait sur ma langue et sur mes doigts, et puis je n’ai plus rien senti de tout ça parce que ça montait, ça montait dans mon ventre, autant à cause de son orgasme à elle que de ce qu’elle me faisait en même temps.

Je ne savais pas combien de doigts elle avait dans ma fente, mais je sentais qu’elle me caressait tout plein, de plus en plus vite, avec ses mains et avec sa langue. Et il y avait aussi son doigt dans mon cul, alors j’ai dit :



  • — Je viens, je viens moi aussi…


Et j’ai joui une nouvelle fois. C’était terrible. Je croyais que j’allais exploser. Mon ventre n’en finissait pas de jouir. Je devenais folle. Mais c’était bon. Oh, oui ! Oh, comme c’était bon ! »




J’ouvris brusquement les yeux, une insupportable tension dans mon pantalon m’arrachant à l’envoûtement qui m’avait gagné peu à peu. Charline était appuyée contre moi, son tablier déboutonné en haut et retroussé jusqu’au nombril. Ma main enserrait un de ses seins, sous le bonnet du soutien-gorge dont une bretelle avait glissé sur son épaule dénudée. Elle avait une main enfoncée dans sa culotte, l’autre serrait son ventre, et elle disait encore tout doucement « Oh oui, c’était bon », en se caressant et en tremblant de tout son corps.

Je respirai plusieurs fois profondément, tâchant de maîtriser les pulsions qui se bousculaient dans mon bas-ventre, éloignai prudemment les doigts de ma braguette et finis par me mordre la langue pour créer diversion. Je tentai de penser à autre chose qu’au sexe, comme à la tonte de la pelouse par exemple, mais c’était difficile avec Charline dans cet état et à demi vautrée sur moi.

Elle ouvrit les yeux et me regarda.



Qu’elle s’appelle Lucie, Cunégonde ou Sophie-Antoinette ne changeait rien à l’affaire, mais j’évitai de le mentionner. Charline pivota pour m’embrasser, et en profita pour glisser une main vers ma braguette.



Elle s’appuya franchement sur moi, colla sa bouche à la mienne et s’empara de mon membre, par-dessus l’étoffe. C’était pire que je ne le redoutais. Quand elle déboutonna mon pantalon et que ses doigts s’aventurèrent sur mon slip, j’étais déjà au bord du naufrage. Lorsqu’elle abandonna mes lèvres pour poser les siennes sur mon pénis au travers de mon caleçon, je chavirai immédiatement. La chaleur et l’humidité de sa bouche et de sa langue suffirent à provoquer l’explosion qui évacuait en même temps la tension et la fatigue de la journée. Charline accompagna ma jouissance de quelques caresses supplémentaires en continuant à m’embrasser voracement jusqu’à ce que je sois calmé après les derniers spasmes. Elle tourna ensuite vers moi un visage souriant.



Je suffoquais.



Elle me fixa soudain, l’air grave.



Je fronçai les sourcils. Quelque chose n’allait pas dans cette hypothèse. Je glissai la main vers le ventre de Charline, effleurai des doigts la peau soyeuse, à l’endroit où elle était tatouée.



Ou un autre après-midi, qui me revint douloureusement en mémoire. Mais à cette époque, ma femme n’était pas encore tatouée.



Je m’interrompis, et le silence s’installa. Nous évoquions rarement cet épisode de notre vie commune. Même sans volonté réelle de nuire à notre couple, Charline m’avait trompé sous le toit conjugal, poussée par le désir fou d’arborer elle aussi un de ces tatouages qui, je m’en rendais compte, possédaient un terrible pouvoir érotique. Que je me sois enfui après avoir assisté à une partie de la scène au lieu d’intervenir directement m’avait embrouillé l’esprit. J’étais loin de me douter à cet instant que ma compagne avait remarqué ma présence, et à cent lieues d’imaginer que la légitime de son amant était de connivence. J’avais été fasciné par toute cette histoire, et j’avais perdu les pédales au point d’en arriver à faire l’amour à une autre femme que Charline, chose que je croyais devenue impossible depuis que nous étions ensemble.


Je m’étais cependant très vite rendu compte que cette soirée au bord de la piscine, chez Ben et Mieke, resterait une expérience sans lendemain. Nos nouveaux amis avaient d’ailleurs rapidement déménagé et disparu de notre vie. J’en fus finalement soulagé, car je n’éprouvais aucune envie de remettre le couvert. Cette expérience avait été trop perturbante. Il ne restait en définitive de notre sensuelle et troublante aventure à quatre que ce splendide petit félin au long pelage fauve et aux yeux verts, qui semblait prendre vie sur et dans le ventre de Charline quand nous faisions l’amour.

Charline était redevenue ce qu’elle était depuis plus de vingt ans : la seule femme dans ma vie. Une adorable personne dont j’étais follement épris et qui suffisait à mon bonheur.


Je regardai une nouvelle fois le félin au pelage fauve. Ses yeux verts paraissaient posés sur moi, et j’eus l’impression qu’il souriait ironiquement.

« Il me prépare un sale coup », imaginai-je soudainement. Une question me brûlait les lèvres.



Charline secoua la tête. Elle semblait contrariée.



« C’est déjà ça ! » ricanai-je intérieurement. Mais je n’étais pas rassuré pour autant.



« Tant mieux » furent les mots qui me vinrent à l’esprit.



« Évidemment ! », pensai-je aussitôt, tenaillé par l’envie d’aller arracher le câble de téléphone ou d’emmener immédiatement Charline en vacances aux antipodes sans laisser d’adresse à qui que ce soit, histoire de mettre le plus de distance possible entre notre couple et ce que je pressentais comme étant la fin de la tranquillité, voire le début des emmerdements.



Cela m’amusa plus encore. Charline était incapable de faire la tête plus de cinq minutes d’affilée. Elle était déjà repartie dans ses inquiétantes supputations.



« Ouais », pensai-je, « ou quelqu’un le lui a donné ». Un nouveau frisson me parcourut les reins.

Sur le ventre de Charline, juste en haut du pubis, le petit félin aux yeux verts me regardait fixement.



*

* *



En quelque vingt années de vie commune, Charline et moi avions amassé cette somme d’expériences diverses qui font qu’un couple en arrive à maintenir une relation harmonieuse sans la diluer dans la routine ou le sentiment selon lequel tout est définitivement acquis. Nos échanges de vues étaient honnêtes et directs, et si nous discutions parfois fermement, nous le faisions toujours dans le respect de la vaisselle et avec le désir de nous montrer constructifs avant tout.


J’avais également appris à évaluer rapidement la pression barométrique de son moral, m’abstenant alors de poser les questions stupides du style : « Je peux savoir pourquoi tu fais la gueule ? », « T’as l’air de mauvaise humeur ! » ou « Qu’est-ce qui ne va pas ce soir ? ».


Les jours qui suivirent sa rencontre avec Lucie furent pour moi l’occasion de mettre à l’épreuve ma patience et mon sens pratique. J’écoutais et j’observais, redoublant de petites attentions et évitant les sujets qui fâchent.

Je la sentais inquiète et nerveuse, et n’avais aucune peine à deviner pourquoi : Lucie ne donnait pas signe de vie. Charline aurait certainement doute aimé que je lui en parle et partage ainsi ses inquiétudes, mais je préférais fuir le débat, me donnant bonne conscience en me disant que ça n’aurait nullement calmé ses angoisses. C’était sans doute vrai, mais la réalité était que je voyais d’un très mauvais œil la possibilité qu’une tierce personne, voire un autre couple, vienne s’introduire dans notre relation. Une seule expérience avait suffi à me convaincre de la dangerosité de la chose, en dépit de ses incontestables agréments.


Charline n’était évidemment pas dupe de mon attitude. Comme moi, elle évitait d’aborder ouvertement la question, accueillant de bonne grâce mes marques de patience et d’affection.

À table, elle faisait montre d’un modeste appétit, et je la trouvais parfois assise les yeux dans le vide devant la télévision. J’espérais qu’elle oublie tout cela assez rapidement, mais je réalisais peu à peu que ce ne serait pas simple. Elle abandonnerait probablement plusieurs kilos en cours de route, si la situation perdurait.

Lorsque je lui proposais une petite promenade, le soir, elle acceptait avec le sourire, bien qu’elle eût sans doute préféré rester à proximité du téléphone. Nous flânions au hasard des rues, dans le parc municipal ou dans les bois tout proches, en nous tenant par la main. Nous rentrions à la maison plutôt joyeux et détendus, et nous faisions l’amour tout en douceur, sur notre grand lit. Charline adorait les positions qui nous permettaient à tous deux de voir son tatouage dans le large miroir de la penderie. Le petit félin semblait prendre vie sous les caresses, il s’animait au même rythme que nous, comme si les odeurs de nos sexes en chaleur éveillaient en lui des instincts assoupis le reste du temps. Nous avions alors l’impression que ses yeux verts luisaient de plaisir.



*

* *



Lorsqu’un soir Charline me proposa une petite balade, j’aurais dû me méfier, car l’initiative de ce genre d’activité émanait habituellement de ma propre personne plutôt que de la sienne. Bien sûr, rien ne lui interdisait de formuler cette suggestion, puisque la promenade nous faisait un bien fou, et ce n’est pas nécessairement cela qui aurait dû éveiller mon attention.


En réalité, les signes avant-coureurs du changement m’étaient apparus plus tôt dans la soirée, lorsqu’au retour du boulot j’avais retrouvé une Charline en toute grande forme, à la bonne humeur communicative et au coup de fourchette enthousiaste. J’imaginai l’imminence d’événements sortant de l’ordinaire, plus que probablement suscités par un coup de fil de cette Lucie que je ne connaissais pas et dont je redoutais une perturbante irruption dans notre confortable ronron quotidien.


Je mis donc la proposition de promenade sur le compte de l’impatience de ma compagne et de son désir de « tuer le temps » dans l’attente d’activités plus en adéquation avec sa redoutable poussée d’enthousiasme.

Est-il nécessaire de préciser à quel point je me trompais ?


Je ne m’aperçus pas immédiatement de mon erreur, car Charline ne semblait pas s’inquiéter de l’itinéraire que nous empruntions. Nous allions au hasard, main dans la main, au gré de notre inspiration, sans savoir d’ailleurs qui choisissait telle direction plutôt que telle autre, et nos pas nous conduisirent une fois de plus du côté du lac, dans le parc municipal. Il faisait doux, le soleil couchant caressait les arbres de ses rayons obliques aux teintes rougeoyantes, et quelques promeneurs traînaient ici et là en profitant comme nous de ces moments de quiétude propices au romantisme.


Nous dépassâmes un banc qu’un jeune couple s’était provisoirement approprié. Le crissement que nos semelles arrachaient au gravier de l’allée ne sembla pas les déranger, car le garçon n’esquissa même pas le geste d’enlever sa main de dessous la jupe de sa compagne.

Charline s’accrocha à mon bras.



Je la regardai. Avec son blue-jean, ses tennis blancs et sa petite blouse en coton boutonnée sur le devant, ses cheveux bruns tombant naturellement sur ses épaules, ses yeux rieurs et sa bouche gourmande, elle était extraordinairement jeune et séduisante. Les quelques fines rides au coin de ses paupières n’arrivaient même pas à trahir sa bonne quarantaine de printemps.



Elle leva les yeux et me jeta un sourire enjôleur.



Nous arrivions à l’extrémité du parc, là où l’allée s’incurvait pour contourner le lac et où s’amorçait un chemin de terre permettant de s’enfoncer dans le bois.



Elle m’entraîna vers un banc, au bord de l’eau, m’y poussa et s’assit sur mes jambes, à califourchon, les genoux sur le lattage et les mains sur mes épaules. Elle se pencha vers moi.



J’eus un petit rire moqueur.



Elle sentait bon, elle était belle et elle me plaisait toujours autant. Je me serais senti pleinement heureux des instants que nous vivions là si quelque chose dans son attitude n’avait commencé à m’inquiéter. J’entendis soudain des bruits de pieds sur le gravier.



Mais quelque part dans la tête du rabat-joie, une sirène d’alerte se mit en marche au moment précis où les pas s’arrêtaient dans l’allée, derrière le banc.



Charline se redressa pour regarder les nouveaux venus, et j’entendis son exclamation :



Puis une voix féminine qui répliquait :



Dans mon crâne, le tocsin sonnait à toute volée. Je me levai à la suite de Charline et observai les arrivants. Un couple, se tenant par la main. Un grand gaillard aux yeux clairs et à la tignasse en bataille qui nous examinait en fronçant les sourcils, avec à son côté une petite boule de nerfs aux courts cheveux brun-roux, tout sourire dehors, et qui semblait prête à se précipiter dans les bras de ma femme.

Je jetai un rapide coup d’œil à Charline et découvris son visage rayonnant de joie tandis qu’elle s’avançait vers la nouvelle arrivante. Reportant alors mon attention vers son compagnon, je lus sur ses traits quelque chose qui devait probablement ressembler très fort à ce qu’il pouvait lire sur les miens. Un truc du genre : Eh oui, mon vieux ! Désolé, j’y suis pour rien, mais on vient de tomber dans une embuscade !



*

* *



Les deux femmes marchaient côte à côte en devisant gaiement comme de vieilles amies, et nous suivions à quelques pas, sans échanger une seule parole. Il faisait sombre, et la clarté lunaire ne parvenait que péniblement à éclairer le chemin de terre qui serpentait dans le bois. Dans la quasi-obscurité, le tee-shirt de Lucie formait une tache claire, et nous distinguions les mouvements des tennis blancs qu’elles avaient chaussés l’une et l’autre. Charline avait suggéré de ne pas s’aventurer sous les arbres à cette heure tardive, mais j’avais malicieusement objecté que Lucie et son mari Éric étaient justement venus dans le parc pour rejoindre la vieille tour et profiter de la vue nocturne que l’on avait sur la ville depuis son sommet. Lucie n’avait rien dit, mais Éric s’était empressé d’abonder dans mon sens, ce qui me confortait dans le sentiment selon lequel nous avions été joués par la grâce de nos chères compagnes et que, pas plus que moi, il n’appréciait d’être le dindon de la farce.


Nous atteignîmes une clairière au centre de laquelle la tour se dressait, éclairée depuis le sol par quelques projecteurs judicieusement disposés dans les pelouses. Une allée nous permit d’approcher la base de la construction, dont nous gagnâmes l’intérieur par une ouverture dépourvue de porte.


Quelques dizaines de marches d’un escalier quasi obscur plus tard, nous prenions pied, dans des états divers, au sommet de la tour. Soufflant comme un phoque, j’arrivai bon dernier et m’effondrai sur le banc de pierre que le sadique ayant conçu l’édifice devait avoir placé là pour apaiser sa conscience. Éric, accoudé à un créneau, s’épongeait le front avec son mouchoir de poche en reprenant haleine. Charline avait le rouge aux joues et le souffle court, mais semblait encore tenir la forme. Quant à Lucie, qui sautillait sur place, elle aurait certainement pu faire plusieurs fois le trajet au pas de course avant de manifester les premiers signes de fatigue.


Les lumières de la ville scintillaient au-delà des arbres bordant la clairière, et le disque lunaire baignait le sommet de la tour d’une lueur blafarde.



Je me levai et me dirigeai vers Éric.



Je pensai à l’histoire que Charline m’avait racontée, et au fait que Lucie avait évoqué le Japon lorsqu’elle avait parlé de Ben et Mieke. C’était donc là qu’ils étaient partis… et qu’ils avaient fait d’autres victimes !



Lucie rejeta la tête en arrière et poussa un « Aouououou » prolongé vers le ciel. Charline l’imita aussitôt, et nous eûmes droit à une longue minute de hurlements à la Lune, sans doute un truc pour activer la repousse des poils en vue d’une nouvelle séance d’épilation. Après quoi les deux femmes se mirent à rire à l’unisson en découvrant nos mines effarées.



Et sur ce bon mot, elles recommencèrent à se tire-bouchonner à qui mieux mieux ! J’étais encore trop essoufflé pour me fatiguer à faire semblant de partager leur hilarité, et constatai avec soulagement qu’Éric ne riait pas lui non plus. Au moins ne serais-je pas seul à passer pour un rabat-joie !

Après avoir uni nos efforts à convaincre les femmes de l’inutilité de gaspiller le reste de la nuit à s’époumoner dans des cris de bêtes en rut, nous nous lançâmes à nouveau dans la périlleuse spirale obscure menant au bas de la tour. Seuls quelques traits de lumière, issus principalement des projecteurs, s’infiltraient par les meurtrières et nous servaient de timides points de repère.


Lucie suggéra une visite de leur nouvel appartement, mais Éric ne sembla pas emballé par la proposition. Moi non plus, autant par méfiance que par solidarité masculine.



Les femmes ayant décidé au nom de la collectivité, nous n’avions plus qu’à mettre nos objections sous l’éteignoir et à suivre le mouvement.



*

* *



L’appartement monopolisait les deux étages d’un immeuble dont le rez-de-chaussée était réservé à des boutiques de luxe. Une entrée privée et un large escalier donnaient accès à un vestibule assez vaste pour accueillir quatre cornacs et leurs montures. Le living, dépourvu de tout mobilier à l’exception de deux poufs en forme de poire, avait à peu de choses près les dimensions d’une salle de bal, et une immense baie vitrée occupant les deux tiers du mur de façade offrait une vue sur la rue et, plus loin, les arbres et les grilles du parc. Un escalier à claire-voie permettait de prendre pied sur une mezzanine courant sur toute la longueur du séjour et le tiers de sa largeur. Je cherchai des yeux les tableaux horaires, la grande horloge et les haut-parleurs, mais aucun train n’était annoncé.


Le mur sous la mezzanine était percé de portes donnant sur un débarras, un cabinet de toilette et une pièce assez vaste pour servir de bureau à toute une confrérie d’avocats ou de chambre à coucher à un adepte du sommeil dans les halls de gare. Au milieu de ce même mur, une large ouverture voûtée permettait l’accès à une cuisine tellement immense et monstrueusement équipée que je me demandai si Éric et sa femme avaient l’intention d’organiser des congrès d’entreprise dans leur nouveau logis.


La cambuse était apparemment fonctionnelle et soigneusement éclairée. Lucie mit une radio en marche et la musique jaillit de partout par le truchement de haut-parleurs bien dissimulés dans le mobilier. J’attendis que s’allument les deux ou trois écrans de télévision qui devaient sans doute trôner quelque part au milieu de ce fourbi hi-tech mais ne les trouvai pas. Charline, en parfaite maîtresse de maison toujours prête à se pâmer devant des fourneaux dignes de son talent, était émerveillée au plus haut degré. Je jetai un regard circulaire sur les dizaines de mètres carrés de carrelage de la cuisine et les hectares de linoléum du living, et eus une pensée émue pour la malheureuse personne qui devrait y passer la serpillière. Malgré son énergie et son apparente bonne santé, Lucie s’empresserait certainement de confier cette tâche à quelqu’un d’autre contre espèces sonnantes et trébuchantes. Épouser un ingénieur a aussi ses bons côtés.


Avant même qu’Éric n’ait eu le temps de sortir la moindre canette de bière du réfrigérateur, Lucie nous entraîna à l’étage. Je m’attendais à y trouver douze chambres et sept salles de bains, mais mes espoirs furent déçus. L’architecte mégalomane ayant dessiné les plans avait cependant prévu de l’espace pour loger pas mal de monde, à condition d’aérer un fameux coup et d’y installer mobilier et éclairage, car les pièces étaient vides et empestaient le neuf : peinture, moquette, colle… Je me demandai ce que diable Éric et Lucie comptaient faire de tout ça, sinon changer de chambre tous les jours ou adopter une famille africaine.


Depuis la mezzanine et son garde-corps en bois et fer forgé, on bénéficiait, à travers la baie vitrée du séjour, d’une vue plongeante sur le parc et la rue. Les promeneurs devaient également profiter du spectacle, surtout une fois la nuit tombée et l’intérieur illuminé.



Je jetai un regard vers l’extérieur. L’appartement n’étant pas encore équipé en luminaires, le spectacle de la rue bien éclairée et des passants était impressionnant. La vitre avait beau être « sans tain », je ressentais un manque flagrant d’intimité, accentué par les dimensions déraisonnables de cet appartement conçu par un paranoïaque pervers.

En bas, dans la cuisine éclairée a giorno, la radio jouait Eye of the tiger.



Elle se mit à chantonner en esquissant des pas de danse, sur un rythme rapide, que Charline soutint en claquant des mains. Elle accompagnait ses déplacements de mouvements des bras et des mains le long de son corps, en ondulant de hanches avec souplesse et légèreté. Ses doigts effleuraient sa taille, remontaient sur sa poitrine en de légères caresses, puis redescendaient accrocher la ceinture de son pantalon. Une petite pirouette entraîna Lucie plus loin, où elle recommença les mêmes gestes en nous tournant le dos cette fois, mais je devinai que ses paumes se posaient sur son corps de manière plus insistante et sensuelle. Ses ondulations de hanches se faisaient plus appuyées et suggestives, d’avant en arrière, et les mouvements de ses coudes laissaient à penser qu’elle se caressait les seins sans beaucoup de retenue.

Je m’approchai d’Éric, et notai son air inquiet.



J’agrandis les yeux.



Charline semblait beaucoup s’amuser. Elle commença également à chantonner en accompagnant sa nouvelle amie dans la danse. Elles se retrouvèrent rapidement face à face, à quelques mètres de nous. Lucie prit le relais en marquant le rythme par des claquements de mains, et Charline se mit à onduler et à effleurer son corps de ses doigts comme sa copine le faisait un peu plus tôt. Ses bras jouaient les ascenseurs, et les caresses de ses mains se faisaient de plus en plus insistantes. Lucie accomplissait de souples pirouettes et se déhanchait de manière suggestive. Charline suivait le mouvement, mais je notai qu’à chaque fois que ses mains caressaient son corps, montant et descendant, un bouton de sa blouse se défaisait, soit en haut, soit en bas.

Près de moi, j’entendis un chuchotement d’Éric.



Je remarquai à quel point Charline semblait avoir tendance à se déshabiller en présence de Lucie, et décidai de mettre un frein à ses ardeurs avant que le dernier bouton ne saute.



J’avais parlé d’une voix haute et ferme, et les deux femmes arrêtèrent danse, chantonnements et claquements de mains. Charline me regardait, les sourcils arqués. Son court chemisier ouvert en haut et en bas laissait voir son nombril et le haut de son ventre, mais dissimulait à peine sa poitrine. Le dernier bouton retenant ses seins prisonniers ne demandait d’ailleurs qu’à sauter.



Et j’accompagnai ma question d’un coup de menton dans la direction de sa poitrine. Elle suivit mon regard et contempla sa blouse presque entièrement déboutonnée.



Elle se tourna vers Lucie.



Elles nous tournèrent résolument le dos, et je vis Charline se débarrasser de sa blouse et Lucie faire passer son tee-shirt par-dessus sa tête.



Lucie tint son soutien-gorge entre ses genoux pendant qu’elles enfilaient chacune le vêtement de l’autre. Je me raclai la gorge.



Elles se tournèrent vers nous. Lucie achevait de fermer les boutons.



Charline haussa les épaules



Elle s’approcha de la rambarde et jeta un coup d’oeil vers le bas.



Je regardai Éric. Il hocha la tête : elles commençaient à nous gonfler.



Et elles nous tournèrent à nouveau le dos pour échanger leurs vêtements. Je commençais à bouillir.



Sur ces mots, nous fîmes demi-tour et regagnâmes la cuisine, où Éric coupa le sifflet à la radio avant de sortir deux bières du réfrigérateur. Canette à la main, nous posâmes nos fesses sur des tabourets et bûmes à même la boîte.

Nous restâmes quelques secondes silencieux, méditant sur la situation et cherchant ce qui nous contrariait. J’avais le sentiment que plusieurs choses m’embarrassaient, et plus particulièrement le fait de ne pas maîtriser les événements et de me sentir exclu d’un jeu dont nous étions de simples spectateurs, Éric et moi. Elles avaient l’air de si bien s’entendre, toutes les deux ! Comme deux sœurs ou de vieilles amies qui ont toujours tout partagé.

D’en haut, aucun bruit ne nous parvenait.



Un objet blanc tomba soudain dans le living, à quelques mètres de nous, entre les deux poufs.



Quelques secondes plus tard, une paire de tennis blancs, puis une deuxième, suivirent le même chemin et roulèrent bruyamment sur le linoléum.



Un autre vêtement tomba à son tour, à proximité du soutien-gorge.



Je voulus quitter mon tabouret.



J’allais protester, mais un second pantalon atterrit devant nous.



Un silence s’installa. Nous restions immobiles, embarqués dans une forme de partie de bras de fer à distance avec nos compagnes. Rien ne se passait.



La bière à la main, bien installés à portée du frigo, notre réserve de patience devait être plus élevée que la leur, car elles finirent par descendre, devisant à voix haute.



Charline se laissa choir sur un des poufs en forme de poire. Nous la voyions de côté, ses jambes nues allongées devant elle. Sa blouse soulignait ses formes et on pouvait admirer les dentelles de sa petite culotte.

Lucie vint tout près d’elle, se tenant debout de l’autre côté du pouf et nous faisant face.



Soudain, Lucie tendit l’index vers Charline.



Elles adoptaient les inflexions de voix chantonnantes de petites filles en pleine séance de jeu.



Elle se redressa et tendit brusquement les doigts pour accrocher la petite culotte de Lucie, mais Lucie lui attrapa les avant-bras et elles roulèrent toutes deux sur le linoléum, entre les poufs et sur les vêtements qui traînaient là, en poussant des cris.



Je lui jetai un bref regard, puis reportai mon attention vers le duo de combattantes, et compris pourquoi il avait dit ça. Charline était en mauvaise posture. Il avait suffi de quelques mouvements à Lucie pour l’immobiliser presque complètement. Je me tournai vers Éric.



Je regardai à nouveau les femmes. Charline essayait de se dégager, mais Lucie l’avait ceinturée par l’arrière et la tenait ferme, malgré son désavantage en taille et en poids. Elle lui avait coincé les jambes entre les siennes en un solide ciseau, et s’efforçait de lui bloquer les bras. Charline me jeta un regard courroucé.



Je ne m’étais même pas rendu compte que je riais !



Deux boutons s’étaient déjà défaits, et un troisième sauta. Charline voulut retenir sa blouse avec sa main libre, mais Lucie en profita pour lui accrocher le poignet et le tenir fermement. Elle libéra ensuite une main et tira sur la culotte de Charline.



Près de moi, j’entendis Éric élever la voix.



Mais Lucie n’écoutait pas. Éric se leva, et je tendis le bras pour l’arrêter.



Charline poussait des cris et se débattait, mais Lucie réussit à lui baisser l’avant de la culotte. Le petit tatouage apparut, juste au-dessus des poils du pubis, du côté gauche.



Les derniers boutons sautèrent, et un côté de la blouse retomba, dénudant partiellement la poitrine de Charline.



Ses doigts disparaissaient sous l’élastique de la culotte, et sa main et son avant-bras recouvraient la toison pubienne et le tatouage.



Charline changea soudain de tactique.



Elle cessait de se débattre, arquant le corps pour l’offrir à la papouille de cette main qui s’était glissée dans son intimité. Lucie desserra l’étreinte de ses jambes, pour permettre à Charline d’écarter les siennes. Près de moi, Éric s’était à nouveau assis sur son tabouret. L’envie de siffler la mi-temps avait dû lui passer.


Lucie ne tenait plus Charline, qui redoublait de petits cris de plaisir et de paroles d’encouragement à la caresse. Elle avait pivoté sur le dos et sa blouse s’était complètement ouverte. Elle se caressait les seins sans retenue tandis que Lucie, appuyée sur le coude à côté d’elle, s’occupait de son ventre et de son entrejambe. Elle souleva les reins pour que Lucie la débarrasse plus facilement de sa culotte, et puisse la toucher à son aise.



Elle m’étonnait. Je la connaissais suffisamment pour savoir qu’elle exagérait, elle qui parlait d’ordinaire très peu pendant nos ébats, même si le plaisir qu’elle prenait à la situation n’était pas tout à fait feint. Je supposai qu’elle mijotait quelque coup fourré derrière cette curieuse poussée d’enthousiasme.

Je contemplai plus attentivement cette scène qui était loin de me laisser indifférent, autant sans doute que mon voisin qui avait remballé définitivement le sifflet et les cartes jaunes.


Charline pivota à son tour sur le coude, et je la vis qui repoussait doucement Lucie pour la caresser. Lucie la laissa faire, s’allongea sur le dos et souleva les fesses pour permettre à Charline de lui enlever son slip.

Je ne voyais plus leurs gestes, car Charline nous tournait le dos et masquait à notre regard la plus grande partie du corps de son amie. Finalement, je vis les bras de Lucie se tendre et le tee-shirt blanc s’en alla rejoindre les autres

vêtements sur le lino.



Lucie lançait à présent à son amie des petites paroles d’encouragement, pendant qu’elle la caressait. Je voyais ses jambes remuer. Charline se redressa, lui prit les mains et elles se retrouvèrent debout face à face, se frottant dans un délicieux corps-à-corps et laissant courir leurs mains sur leur peau. Lucie fit glisser au sol la blouse de Charline, et elles furent toutes deux complètement nues et étroitement enlacées, secouées par un rire complice. Elles tournèrent vers nous des visages hilares.



Elles s’approchèrent de nous, souriantes et très belles, et pourtant si différentes l’une de l’autre. Lucie s’arrêta en face de moi. J’étais plutôt mal à l’aise, malgré l’excitation qui s’était emparée de moi quelques instants plus tôt en regardant les deux femmes en venir aux mains d’une bien étrange façon, et j’évitais de mater vers le bas, ce qui m’obligeait à affronter le regard de Lucie. Elle m’enleva la canette des mains, y but une gorgée et se pencha ensuite vers moi pour déposer la boîte sur le plan de travail, derrière mon dos. Ses courts cheveux brun-roux frôlèrent ma joue, puis elle se redressa et s’assit à califourchon sur mes genoux.



Ne sachant où mettre les mains, je les laissai prudemment chez moi, mais ne pus m’empêcher de tourner la tête de côté, cherchant Charline du regard. Deux paumes fermes se posèrent sur mes joues, m’obligeant à regarder à nouveau devant moi. J’entendis juste Charline qui parlait à voix basse, sans y comprendre le moindre mot.



Elle s’assit plus près de moi, son visage tout près du mien. Deux yeux noisette, pétillants de malice et éclairant un minois rieur au petit nez entouré de quelques menues taches de rousseur, accrochèrent les miens.



Je ne trouvai rien à redire à ce constat, d’autant qu’elle venait d’attraper mes mains et de les positionner sur ses hanches, après quoi elle s’attaqua aux boutons de ma chemise. Je tentai bravement de reprendre le dessus avant de la laisser m’entraîner sur la pente savonneuse de la lubricité.



Je baissai les yeux.



Elle me regarda plus intensément, ironique et provocante.



Puis, s’apercevant que je braquais une nouvelle fois les yeux sur son ventre :



Elle se leva et se mit debout à côté de moi, pour me montrer de plus près son tatouage. Je n’avais encore pu le détailler auparavant, mais je constatai que Ben s’était surpassé. Sur le côté gauche du ventre de Lucie, juste au-dessus des poils brun-roux de son pubis, je pus contempler un petit dragon de sept à huit centimètres, tatoué avec l’extrême finesse et le luxe de détails typiques des œuvres de cet artiste au talent exceptionnel. Les menues écailles noires et vert très sombre étaient représentées chacune individuellement, depuis la pointe de la queue jusqu’au bout du museau. En bas, quelques fines lignes rouge foncé en soulignaient ça et là les bords, mais à mesure que le dessin s’approchait du milieu du ventre de l’animal, les traits de plus en plus marqués et virant à l’écarlate devenaient plus clairs et plus vifs, jusqu’à flamboyer dans un jaune-orangé du plus bel effet. Les écailles de la poitrine semblaient se soulever, comme poussées de l’intérieur par le cœur de feu du petit dragon. Sa tête sombre était éclairée par des prunelles jaune doré, et un peu de jaune-orangé filtrait de dessous les écailles et de la gueule entrouverte. Il ne se dégageait cependant de l’animal aucune agressivité. Il avait plutôt l’air de sourire.


J’étais béat d’admiration, et songeais que Ben devenait de plus en plus audacieux dans ses réalisations. Je levai le bras et promenai prudemment les doigts sur le tatouage. Lucie remarqua mon hésitation et s’en amusa.



J’étais accoutumé à la franchise de Charline, mais la spontanéité et l’apparente naïveté des propos directs de Lucie m’émoustillaient. Quand je passai une main derrière ses jambes et la posai sur ses fesses, elle approcha son ventre de mon visage, et j’eus l’impression que le joli dragon me regardait avec un sourire provocant.


Ces tatouages sont prodigieux, pensai-je.


Je me souvins tout à coup de la scène brûlante que Charline m’avait rapportée, et supposai que Lucie devait apprécier pour elle-même le genre de gâteries dont elle avait fait bénéficier Charline. Je laissai courir mes doigts sur son ventre et la courbe de ses reins, constatant au passage l’étonnante fermeté de la chair de cette femme qui m’était apparue de prime abord comme une petite boule de nerfs, ce qu’avait confirmé l’épisode de la vieille tour, mais qui se révélait être surtout un fameux paquet de muscles. La facilité avec laquelle elle avait immobilisé Charline me persuadait que, malgré un incontestable supplément de poids et de taille, je n’aurais certainement pas le dessus dans une lutte au corps à corps avec ce bâton de dynamite.


Je m’enhardis dans la méthode douce, promenant les mains le long de ses hanches, sur son abdomen et ses cuisses, lui palpant les fesses de l’autre côté. Elle émit un petit rire lorsqu’elle envoya une de ses menottes sur ma tête pour me triturer les cheveux, et je l’attirai un peu plus vers moi, ma joue posée contre le haut de sa jambe. J’avais le nez tout près du tatouage, et dus loucher pour voir les yeux du dragon, jaunes et bridés.


Mes doigts s’enhardirent en direction des poils pubiens, qui avaient la couleur brun chaud d’un feuillage à l’automne, puis coururent le long de l’aine, juste un peu, pour remonter ensuite sur le ventre, jusqu’au nombril, puis plus haut où ils suivirent la courbe d’un sein, la comparèrent avec celle du second, puis plongèrent vers le bas. J’insistai cette fois un peu plus sur le pubis, tandis que mon autre paluche palpait la chute de reins, les fesses dont elle pétrissait la chair, puis descendait taquiner l’arrière des guibolles. J’atteignis le creux des genoux, puis repartis entre les jambes, lentement, pendant que de l’autre côté mes doigts voyageaient de plus en plus près des zones les plus sensibles, de la pointe des seins à la naissance de l’entrejambe.


Lucie déplaça un pied, se trémoussant et écartant les quilles pour faciliter la montée de ma main entre ses cuisses, par l’arrière. Son odeur de femme montait vers moi, me rappelant que je commençais également à m’échauffer. J’effleurai bientôt une région humide, mes phalanges s’engageant doucement entre les fesses de Lucie, et elle frissonna lorsque je les fis remonter vers le haut, jusqu’aux reins.


Un bref regard vers la salle de séjour me donna une idée.


Je soulevai tout à coup Lucie en me levant de mon tabouret, et elle poussa un petit cri de surprise en s’accrochant à mon cou, par réflexe. Je sentis son corps se raidir contre le mien, mais elle riait sans se débattre alors que je l’emmenais dans le living, où je la couchai sur un des poufs en forme de poire. Elle se détendit immédiatement et se laissa aller en arrière pendant que je me débarrassais de ma chemise. Quand je me mis à genoux et me penchai sur elle, elle écarta spontanément les gambettes, attirant des deux mains ma tête vers son ventre tandis que mes doigts cherchaient ses doudounes.



Je remontai rapidement vers son visage, rencontrai son regard assombri par l’éclairage rasant qui provenait de la cuisine et accentuait creux et reliefs.



Mes mains caressaient et pétrissaient, tandis que ma langue tournait autour des mamelons dressés, que je serrais ensuite doucement entre mes lèvres. Lucie tenait ma tête, essayait de la diriger, poussant par-ci, tirant par-là, en m’encourageant par des murmures de plaisir et d’impatience. Je sentis ses jambes accrocher mes hanches et les tirer vers l’arrière en même temps qu’elle poussait sur mon crâne.


Ma bouche partit à la découverte de son ventre, frôla au passage l’étrange petit dragon, puis la toison pubienne, avant d’atteindre l’aine. Du bout de la langue, j’en suivis lentement la courbe, de l’extérieur vers l’intérieur, jusqu’à ce que mon nez rencontre le chatouillement des poils et la senteur épicée du sexe chaud. Lucie cambrait les reins et se soulevait pour mieux s’offrir aux caresses buccales, accompagnant ses mouvements d’un murmure d’encouragements et d’onomatopées m’incitant à m’enhardir dans l’exploration de son corps.


Je devinais qu’elle faisait néanmoins des efforts de retenue, non pas que le traitement que je lui appliquais la fît grimper au plafond, mais parce que sa nature exubérante et son tempérament explosif devaient habituellement l’amener à manifester bruyamment ses émotions et ses envies. Avait-elle soudain peur qu’on l’entende ? J’ignorais où se trouvaient Éric et Charline, et le savoir ou non ne m’inquiétait nullement.


Étrangement, toutes mes appréhensions s’étaient envolées à tire-d’aile quand Lucie s’était assise complètement nue sur mes genoux et m’avait saisi la tête entre les mains pour que je la regarde plutôt que de chercher Charline des yeux. Nous étions tout proches les uns des autres, et si l’un de nous quatre avait eu quelque objection à formuler eu égard à la tournure que prenaient les événements, les autres n’auraient pas manqué de l’entendre.


Ma bouche s’aventura à nouveau sur le ventre de Lucie, contourna le pubis, conquit l’autre aine et descendit le long de la cuisse. Je sentis son excitation et les petits mouvements du bassin qu’elle accomplissait pour accompagner ceux de mes lèvres et de ma langue, puis ses doigts effleurèrent mon crâne en un vibrant appel à davantage de brûlante intimité.

En guise de réponse, je lui léchai doucement le bas-ventre, puis m’emparai de ses seins pour une série de caresses manuelles et buccales, pendant que je poussais mon corps contre le sien. Elle serra les quilles autour de moi, frottant son pubis contre mon corps en une pressante invite au plaisir charnel.


Je descendis à nouveau, glissant une langue humide vers son nombril et posant les mains autour de sa taille, ce qui lui fit immédiatement cambrer le dos. Finalement, j’en vins à passer les bras par-dessous ses cuisses et, m’agenouillant au pied du pouf, lui soulevai les jambes par-dessus mes épaules. Son sexe était à présent entièrement offert à la caresse, et j’en approchai doucement la bouche, frôlant au passage des cheveux et de la langue l’intérieur de ses cuisses.

Malgré les zones d’ombre et de lumière créées par l’éclairage tombant en oblique de la cuisine toute proche, je distinguai la fente luisante sous la toison brune, posai les lèvres en haut et promenai la langue sur le bord de la vulve jusqu’en bas, là où je goûtai à l’odorante saveur épicée qui imprégnait les chairs humides, puis bifurquai de l’autre côté et revins vers le haut.


À ce moment, Lucie tendit les bras et poussa sur ma tête pour coller ma bouche à sa nymphe brûlante, qu’elle fit remuer sous mes lèvres par de rapides mouvements de hanches.

Je lui accrochai fermement les cuisses et, d’un seul geste vif, les écartai largement en plaçant les mains dans le creux de ses genoux. Les bords de son sexe humide s’ouvrirent sous ma langue, que j’introduisis le plus loin possible à l’intérieur.



Le mot avait jailli, difficilement contenu.



Son tempérament démonstratif, qu’elle avait peine à maîtriser, m’amusait et m’excitait tout à la fois. Le sexe avec cette petite bombe devait être une forme de combat, une intense chevauchée où tour à tour chacun des partenaires s’efforce de dompter l’autre, dans un déluge de mouvements et de sensations.

J’abandonnai ses jambes, qu’elle laissa cependant dans la même position et, tandis que je tendais une main vers sa poitrine, cherchant les mamelons dressés, j’approchai l’autre de la fente, par-dessous mon menton, et y introduisis deux doigts au lieu de ma langue.



Elle ne pouvait décidément se taire !

Je vis son clitoris, rose pâle, gonflé et luisant, et le titillai du bout de la langue. Lucie frissonnait et continuait à m’encourager de la voix. Elle prononçait plus de mots sous une minute de caresses que Charline en quatre heures d’extase ! C’était inhabituel, surprenant et excitant, même si par moments j’aurais préféré un peu de silence, moi qui avais appris à interpréter chacun des mouvements, des soupirs et gémissements qu’une femme comme Charline pouvait utiliser pour faire comprendre ses désirs et manifester son plaisir en toute discrétion.


Me souvenant de certains détails de la scène que ma chérie m’avait relatée, je sortis mes doigts luisants de mouille et en posai un sur l’anus de Lucie, le caressant doucement pendant que mes lèvres entouraient son petit bourgeon gonflé et aspiraient légèrement.



Je soulageai la succion sur son clitoris et maintins mon doigt là où il était, continuant de l’autre main à lui peloter les seins.



Charline n’avait pas menti. Elle aimait ça. Je me demandai si elle aimerait tout autant que j’y mette autre chose, sachant que les femmes affectionnaient généralement assez peu les pénétrations anales.

Salivant abondamment, je descendis la bouche le long de la fente ruisselante, puis plus bas encore, et posai le bout de la langue sur la petite fleur en appuyant légèrement pour en fouiller les replis. Lucie se cambra, amena les mains sous ses fesses pour les écarter et s’ouvrir à la caresse buccale. Je l’entendais lancer des « oh », des « ah » et des « oui, oui, vas-y » qui en disaient long sur son état d’excitation, accroissant en même temps mon désir et la tension derrière ma braguette.


Mes doigts mouillés revinrent au contact, remplaçant ma langue. Mes lèvres happèrent à nouveau son bourgeon, pendant que mon médius s’enfonçait doucement dans le petit trou rond. Je sentais la chair douce et chaude envelopper mon doigt tandis qu’il pénétrait la rondelle de ma partenaire.



Je lui pinçai un téton, puis l’autre. J’aurais voulu avoir quatre mains pour maîtriser cette boule de nerfs et lui arracher des hurlements de plaisir !

J’enlevai doucement le doigt, l’humidifiai à nouveau et l’introduisis plus profondément dans son anus, tout en lui suçant le clitoris avec plus d’intensité.



Elle ne hurlait pas, mais n’aurait pas pu se taire. Je sentis son orgasme sous ma bouche et autour de mon doigt, tandis qu’elle ramenait brutalement ses jambes vers moi et serrait ma tête entre ses cuisses. Les oreilles bouchées, j’entendis néanmoins qu’elle parlait pour exprimer son plaisir.


Nous restâmes quelques secondes immobiles, et quand Lucie desserra les guibolles et posa les pieds par terre, j’ôtai doucement mon doigt et lui embrassai le ventre. Elle tendit les mains, me fit lever et se mit debout à son tour, en s’accrochant à mes mains tendues. Ses lèvres effleurèrent ma poitrine, puis elle descendit et s’agenouilla pour déboutonner mon pantalon et le faire tomber sur mes chevilles. Elle palpa mon sexe gonflé et dressé dans mon caleçon, et leva la tête en souriant.



Elle s’empara ensuite de mes attributs virils, caressant, embrassant, léchant et suçant. Ses mains se promenaient sur mes cuisses et mes fesses, empaumaient mes bourses, enserraient ma hampe tendue dans un mouvement de va-et-vient. Ses lèvres mouillées se posaient sur le gland, l’enveloppaient, aspirant doucement. Sa langue taquinait le frein du prépuce, descendait, et la bouche s’occupait alors d’un testicule, puis de l’autre.

Elle savait incontestablement comment s’y prendre, et je savourai le silence auquel la contraignaient ses occupations buccales.

Elle cessa tout à coup ses caresses, se redressa et me poussa sur le pouf en forme de poire, qui se laissa aller sous mon poids pendant qu’elle me débarrassait de mes chaussures et de mes vêtements.


Agenouillée de côté, elle mit les lèvres sur ma poitrine et sur mes tétons, m’arrachant des frissons, pendant que sa main caressait mes bourses et mon sexe tendu. Sa bouche descendit le long de mon ventre, atteignit le nombril, puis un pénis qui n’attendait que ça, l’enveloppant de caresses mouillées.

Je posai une main sur la tête de Lucie, enfouis mes doigts dans ses cheveux et tournai légèrement de son côté pour mieux lui présenter mon corps.



J’acquiesçai. Nous n’utilisions pas nécessairement le même langage, elle et moi, mais nous nous comprenions néanmoins. J’étais excité d’un côté – principalement dans l’entrejambe – et parfaitement calme de l’autre.


Je me remémorai brièvement la soirée avec Mieke et Ben, cette soirée au cours de laquelle, malgré la douce sensualité qui avait présidé nos rapports, j’avais surtout éprouvé méfiance et appréhension. Si Charline n’avait pas été à portée de regard lorsque Mieke s’était assise sur moi, j’aurais probablement tenté de me défiler. Je n’avais d’ailleurs qu’à peine touché cette partenaire inattendue qui m’effrayait autant qu’elle m’excitait, et avais joui tout de suite, alors que c’était justement ce que je n’aurais pas voulu faire. Mais c’était vraisemblablement la règle du jeu avec ce couple hors du commun : une seule soirée de troublants échanges, suivie d’une sensation de vide émotionnel qui ne pouvait être effacée qu’avec la disparition rapide de nos hôtes d’un soir. Ne subsistaient qu’un étrange souvenir, un secret à partager à deux, et le magnifique tatouage sur le ventre de ma bien-aimée.


Deux ans plus tard, l’histoire rebondissait brusquement, mais avec Lucie et Éric, les choses étaient différentes. Si différentes ! Intuitivement, je savais que cette nouvelle aventure ne resterait pas sans lendemain.


Lucie se redressa, et je reculai sur le côté du pouf pour lui faire de la place. Elle s’allongea près de moi, de dos, et souleva la jambe pour me permettre de la pénétrer, par l’arrière. Elle guida elle-même mon membre dans son sexe humide, et se renversa contre moi en passant le pied derrière mes genoux.


Le fauteuil était souple et confortable, rembourré de petites boules qui l’aidaient à adapter sa forme à celle de nos corps. Dans cette position, je pouvais caresser la poitrine et le ventre de ma partenaire, atteindre son pubis et joindre l’action de mes doigts à celle de mon pénis qui allait et venait. Nous étions tournés vers la cuisine, et la lumière éclairait de biais le corps de Lucie, marquant d’ombre les creux et soulignant les reliefs. Je pouvais voir le petit dragon, mais sans profiter des détails du dessin. Si nous avions disposé d’un miroir en face de nous, j’aurais pu admirer ce tatouage qui paraissait si vivant, animé par les mouvements de bassin de celle qui le portait.


Je remuais à peine. Lucie semblait infatigable. Je sentais sous ma paume la fermeté de son corps, les muscles abdominaux qui jouaient sous la peau, sa jambe accrochée fermement par-dessus les miennes. Ses seins étaient peu volumineux mais fermes, vivants sous la caresse. Ma main voyageait, revint au pubis, chercha le bourgeon sous les petites lèvres.



Elle tourna un peu le visage vers moi, souriante.



Elle ferma les yeux, accentua ses mouvements du bassin. Mon sexe allait et venait, mes doigts trouvèrent le clitoris et Lucie eut un léger sursaut, alors je les retirai.



Elle posa la main sur la mienne.



Elle s’écarta un peu, saisit ma hampe humide et la dirigea vers sa rosette.



Je la laissai conduire la manœuvre, répondant à ses mouvements par de légères poussées. Je sentis sa chair mouillée entourer peu à peu le bout de mon gland. C’était serrant et doux à la fois, et la seule pensée de ce que j’étais en train de faire m’émoustillait au plus haut point.

J’étais surpris que Lucie me le propose spontanément, comme si elle adorait vraiment ça, alors que Charline m’avait clairement et gentiment fait comprendre une bonne fois pour toutes que ce n’était pas son truc. Je n’en avais pas fait une obsession, loin de là, car Charline avait d’autres méthodes pour me faire grimper au plafond, mais cette proposition inattendue doublait mon excitation.



Je m’exécutai, touchant ses mamelons du bout des doigts ou les massant de la paume, tandis que je sentais mon gland pénétrer lentement son anus. Un chaudron bouillonnait dans mon ventre, la chaleur irradiait dans mes reins, mes cuisses et mes testicules. Elle avait déplacé la main, se caressant le sexe elle-même. Ses yeux étaient fermés, sa bouche entrouverte. Elle entama de petits mouvements de va-et-vient, absorbant peu à peu le bout de mon pénis. Je sentais le plaisir assaillir mon bas-ventre et Lucie s’en aperçut, probablement à mon rythme respiratoire près de son oreille et à la crispation de ma main sur sa poitrine.



Ma main engloba un sein, mes doigts trouvèrent le mamelon et le saisirent, le serrant doucement. Lucie arrêta ses mouvements et poussa son corps tout contre le mien. L’orgasme montait lentement en moi, inexorable.



La montée n’en finissait pas. Je serrais les mâchoires, aspirant et soufflant l’air entre les dents pendant que des tremblements parcouraient mon corps. Quand Lucie perçut mes premiers spasmes, elle poussa tout à coup pour m’accueillir profondément en elle. Surpris, je fus incapable de retenir un grognement de jouissance tandis que le liquide giclait par saccades. Lucie ne se gêna pas pour laisser fuser son cri de plaisir sans la moindre retenue.


Je compris à ce moment que la plus grande satisfaction de cette femme au caractère combatif et exubérant était d’arracher à son partenaire des braillements semblables à ceux qu’elle lançait elle-même. Cela lui procurait sans doute le sentiment de puissance qui convenait à son tempérament, et qu’illustrait si bien le petit dragon au cœur de feu que Ben, artiste accompli et fin psychologue, lui avait tatoué sur le ventre.


Nous restâmes vautrés sur le siège quelques instants encore, puis Lucie se dégagea et fit quelques pas en s’étirant. Je remarquai seulement alors que le deuxième pouf avait disparu. Je me levai à mon tour et le cherchai du regard, mais mon attention fut attirée par la baie vitrée, au travers de laquelle nous parvenaient les lumières de la ville.



J’eus un sursaut : sur le trottoir, en face, un couple de jeunes, bras dessus bras dessous sous un réverbère, regardaient dans notre direction. Le garçon fit un geste du bras en désignant l’immeuble, et la fille se mit à rire. Je reculai d’un pas, mais le duo s’éloignait. Le garçon avait dû lancer une plaisanterie grivoise en imaginant sans doute ce que des amants pourraient faire à l’abri de cette baie, tout en ayant l’impression de se donner en spectacle.

Un mouvement près de moi et une voix ronronnante me surprirent.



Nos bouches se cherchèrent, s’unirent en un long baiser passionné. Je songeai alors que j’avais touché et léché Lucie un peu partout, mais que j’ignorais encore le goût de ses lèvres.



Nous vîmes Éric revenir du bout du living, là où était l’entrée de la grande pièce, avec le second pouf. Il le remit en place et s’y assit, Lucie sur les genoux. Je les entendis bavarder à voix basse.

Charline se serra contre moi. J’étais heureux de la tenir à nouveau dans mes bras, de sentir sa nudité contre la mienne et de respirer son odeur de femme. Après mes ébats mouvementés avec Lucie, Charline m’apparaissait comme une oasis bienfaisante, un bain relaxant après l’effort. Le contact de son corps et la douceur de ses lèvres étaient déjà une forme de massage apaisant, un retour à une volupté paradisiaque.


Notre aventure avec Éric et Lucie ne resterait probablement pas sans suite, mais les craintes que j’avais nourries au départ s’étaient peu à peu effacées devant la certitude que notre couple en sortirait renforcé. Nous venions de vivre un agréable dérivatif, une salutaire poussée d’adrénaline et de libido qui nous faisait comprendre que nous n’étions pas seuls au monde, mais ensemble à travers le monde, unis par une mutuelle complicité et un profond attachement l’un à l’autre.



Je réfléchis un instant, et adressai à mon épouse le plus affectueux des sourires.