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n° 11742Fiche technique18977 caractères18977
Temps de lecture estimé : 12 mn
22/09/07
Résumé:  Jeune prof, Claire change soudain de vision et commence à regarder ses élèves différemment.
Critères:  profélève école cérébral voir nonéro -h+prof
Auteur : Myhrisse            Envoi mini-message
Claire

Elle leur dit bonjour, à chacun d’eux, mais seuls deux répondirent. Ça commençait bien. Elle entra à leur suite et ferma la porte. Elle se plaça, debout, derrière son bureau et regarda les vingt-six élèves assis devant elle. Elle l’avait bien vu sur les listes, mais l’avoir devant soi était toute autre chose : que des garçons. Ils avaient entre seize et dix-huit ans malgré leur niveau : la seconde. Ayant quasiment tous au moins redoublé une classe dans leur scolarité, ils avaient fini par choisir de venir dans ce lycée polyvalent leur permettant, s’ils le désiraient ou si leurs résultats les y obligeaient, à continuer dans une voie technique, réputée moins difficile scolairement. Ils ignoraient que ça n’était pas le cas, mais le croyait, quoi qu’on leur dise.


Elle allait donc devoir enseigner les mathématiques à ces garçons d’à peine quatre ans de moins qu’elle qui se moquaient complètement de ce qu’elle avait à leur dire. C’était réellement terrifiant de les avoir là, devant elle. C’était la première fois. C’était sa première année. Elles n’avaient qu’eux, certes, mais quel « eux » ! Elle prit une grande inspiration et se présenta. Ils étaient silencieux et calmes, la jugeant probablement. Ils devaient se dire « Cette petite jeune, on va se la bouffer facile ». Elle n’osait même pas imaginer la façon dont tout cela allait se passer. Pour le moment, elle avait surtout le trac, mais elle n’avait pas peur. Elle n’avait jamais eu à subir les attaques de vingt-six élèves en même temps et se croyait à la hauteur. Ça ne pouvait pas être si difficile que ça !


Ça n’avait pas pris longtemps, à peine deux jours et c’était parti. Ils ne l’écoutaient déjà plus. Ils faisaient ce qu’ils voulaient. Rien n’avait d’emprise sur eux, et pour cause. Les punitions, ils ne les faisaient pas et les heures de colle, ils les omettaient sans qu’aucun reproche leur soit fait. Comment agir dans des cas pareils ? Les parents ? Absents ! Seule solution : virer de cours trois ou quatre élèves à chaque fois, histoire de rendre la situation un peu plus confortable, mais cela ne lui plaisait pas. Non, vraiment, elle considérait cela comme un échec et essayait donc au maximum de garder tous ses élèves dans sa salle. Elle allait mal. Elle était seule. Elle était désespérée.


Un jour, en plein hiver, alors que, comme d’habitude, le chauffage, mal réglé, faisait bouillir les occupants de la salle de classe, un de ses élèves retira son pull et le tee-shirt partit avec. Elle se surprit à sourire alors que les autres élèves sifflaient et qu’elle détournait les yeux pour ne pas le déranger. Ce jour-là, elle regarda ses élèves différemment. Décidemment, ce style de vêtements lui déplaisait au plus haut point. C’était vraiment laid, ce jean laissant visible la moitié du caleçon de son propriétaire. Et celui-là qui devait mettre un tube de gel tous les matins dans ses cheveux pour les faire tenir d’une façon aussi laide. C’était franchement ridicule. Ce qu’elle ne pouvait pas reprocher à ses élèves, c’était de prendre soin d’eux et même si le résultat ne lui plaisait pas, au moins, ils faisaient attention. De plus, jeunes et débordants d’énergie, la plupart arboraient des musculatures puissantes et sublimes. Alors que ses élèves recopiaient dans un silence plus que relatif le cours écrit au tableau, elle continua de les observer.


Jusque là, elle ne les avait regardés de cette manière. D’habitude, leurs esprits étaient ce qui l’intéressait, mais là, elle ne s’arrêta qu’au physique. La plupart d’entre eux avaient suivi le leader dans sa manière de s’habiller et ils montraient donc presque tous leurs caleçons. Le meilleur de la classe, un pauvre petit à lunettes encore dans les jupes de sa mère et qui ne comprenait pas ce qu’il était venu faire dans cette galère, arborait un pull probablement tricoté par sa grand-mère, un jean classique et des baskets. Elle ne s’attarda même pas une demi-seconde sur lui et continua son tour de classe. Elle passa sur les « doubles » du leader, moutons incapables de faire preuve d’originalité et suivants le berger les yeux fermés.


Il regardait dehors. Il avait probablement fini de recopier depuis longtemps, à moins que, comme d’habitude, il n’ait tout simplement décidé de ne rien écrire du tout. Sa chemise - oui, chemise, et non tee-shirt - semblait extrêmement douce et, à travers, elle voyait son biceps bouger à chaque fois qu’il faisait tourner inconsciemment son stylo dans sa main. Il n’y avait rien à voir dehors. Ses sublimes yeux noirs fixaient le lointain et il devait être perdu dans un songe éveillé. Son visage n’exprimait aucune autre expression qu’un profond ennui. Il n’avait eu de cesse de le dire : il s’ennuyait prodigieusement en classe. Il avait une situation familiale très difficile. Ses parents, très riches, avaient depuis longtemps cessé de s’occuper de lui, considérant que l’argent remplaçait l’amour. Depuis plus de trois ans, il devait donc se débrouiller tout seul avec l’argent de poche faramineux que lui donnaient ses parents. Il avait quitté un an le système scolaire, essayant de travailler seul par correspondance. Il était finalement revenu à l’école, mais ne s’y sentait plus à sa place. Il trouvait ses camarades immatures et par rapport à lui, ils l’étaient.


Oui, Thibault était vraiment mûr. Un vrai jeune homme, pas un adolescent. C’était aussi pour ça qu’il ne suivait pas le leader. Il était au-dessus d’eux. D’ailleurs, il ne leur parlait pas beaucoup. Il n’était pas exclu, non, mais pas totalement inclus non plus. Il portait un pantalon de ville maintenu par une ceinture de cuir et des chaussures de sport noir en toile qui allaient très bien avec. Il n’avait probablement pas osé les chaussures de cuir pour le lycée. Ça valait sûrement mieux. Sa coiffure était sublime et ne nécessitait aucun gel. Il arborait une petite moustache très fine et le reste de son visage était toujours rasé de près. Ses traits étaient fins et son visage n’avait aucune imperfection.


Elle revint à la réalité lorsque le bruit l’empêcha de continuer son observation. Ses élèves avaient fini de copier et, s’ennuyant, ils s’étaient tout naturellement trouvé une occupation, forcément bruyante. Elle demanda le silence, ne l’obtint pas, et comme c’était une habitude, ne fit rien contre. Elle écrivit une liste d’exercices et leur demanda de les faire. Ils le firent, surtout parce qu’ils l’aimaient quand même, car malgré tout, elle tentait toujours de leur enseigner des choses, même alors qu’ils étaient infects. Probablement la respectaient-ils pour ça ou peut-être pas. Toujours est-il qu’ils sortirent - plus ou moins rapidement - leurs livres et leurs cahiers d’exercices et commencèrent à travailler. Claire se tourna alors vers Thibault. Il n’avait pas bougé. Il regardait toujours dehors, totalement absent.



Il se tourna vers elle.



Il savait que ça n’était pas une demande, mais un ordre, qu’elle n’hésiterait pas à punir en cas de désobéissance. Il haussa les épaules et se rendit devant le tableau blanc. Il savait les faire. Cela ne le dérangeait donc pas. Claire, elle, l’avait choisi uniquement pour pouvoir le mater tranquillement. Alors que le reste de la classe travaillait, ou pas, elle regarda Thibault résoudre les exercices sans difficulté. Pour écrire, il était tourné vers le mur et offrait donc ses fesses à l’assistance et Claire ne se privait pas de regarder. Toutefois, elle réfrénait son sourire, de peur que quiconque le remarque. Après tout, il y avait vingt-cinq paires d’yeux dans cette classe. N’importe laquelle pouvait se poser sur elle à n’importe quel moment et elle ne voulait certainement pas que quelqu’un remarque quoi que ce soit. Elle fit donc mine de regarder avec attention la correction, mais maintenant, ses yeux étaient portés sur les muscles du bras qui se contractaient à chaque lettre et chiffre formés sur le tableau. Il les termina, trop vite et retourna s’asseoir. Elle le remercia puis leur donna des devoirs et la sonnerie retentit. Ils quittèrent la salle, mais Claire resta près de Thibault.



Debout devant elle, il la regarda dans les yeux, la transperçant de ce sublime regard sombre, lui lança un sourire au combien charmeur et répondit d’une voix douce :



Il lui disait toujours ça et il ne l’avait jamais. Il n’essayait pas de la séduire. C’était son prof et rien d’autre à ses yeux, mais il connaissait ses atouts et en jouait à merveille. S’il se montrait charmant, c’était uniquement pour que la punition soit plus douce, voire pour qu’elle soit oubliée. Son sourire sublime, son regard brûlant, il gagna.



Il sourit, vainqueur et sortit. Bien évidemment, elle ne vérifia jamais et il ne faisait aucun doute que le cahier ne contenait rien. Pourquoi fallait-il toujours qu’elle s’entiche des vauriens ? Ces chouchous étaient toujours les rusés qui la faisaient tourner en bourrique. Même si c’était sa première année d’enseignement - elle n’était d’ailleurs encore que stagiaire - elle avait déjà fait des stages et donné des cours particuliers et à chaque fois, son dévolu tombait sur l’élève difficile, mais malin, celui sur qui elle n’avait aucune prise. Ses élèves, elle le savait, pensaient tous qu’elle préférait le lèche-cul à lunettes, celui-là même qu’elle ne supportait pas. Ils n’auraient jamais imaginé qu’elle put autant apprécier Thibault. Oui, elle l’appréciait, pour sa maturité, pour son assurance, pour son look, pour son charme. Il était tout ce qu’elle pouvait désirer, mais c’était un élève et elle savait où s’arrêter.


Elle se contenta donc de le mater. Pendant les contrôles, elle se mettait au fond de la classe, s’asseyait sur une table vide et le regardait travailler. Elle pouvait rester toute l’heure ainsi et l’élève en face d’elle aurait pu sortir son cahier pour recopier son contenu qu’elle ne l’aurait même pas remarqué. Personne ne s’était rendu compte de ses regards et surtout pas lui, c’était parfait. Rien que pour lui, elle appréciait de venir et sans sa présence, qu’aurait-elle ressenti alors que ses cours étaient un fiasco complet ? Dénigrée à chaque visite de sa tutrice, descendue en flèche par sa formatrice, chahutée par ses élèves et désespérément seule en privé, que lui restait-il ? Sans Thibault, son seul plaisir de la journée, que serait-elle ? Et lui qui ne se doutait pas de ce qu’il réussissait à faire par sa simple présence. Il la maintenait debout dans cette épreuve. Il était sa raison d’aller au travail, alors même que rien ne marchait et que chaque séance était un calvaire supplémentaire.


La moitié de la classe était assise pour le module. En demi-groupe, cela allait mieux. Elle commença par rendre des copies et Thibault arriva en retard. Il attrapa donc sa copie en se rendant à sa place et en voyant sa note - mauvaise - envoya un fabuleux coup de pied à sa pauvre table qui n’y était pour rien. Sentant qu’il ne valait probablement mieux ne rien dire, Claire ne fit aucune remarque et Thibault s’assit sans un mot, sortit ses affaires et s’enferma dans un silence pesant. Pendant la première demi-heure, il bouda puis, finalement, s’ennuyant, il sortit son téléphone portable, et, sous la table, commença à envoyer des messages à ses amis. Claire le remarqua. Ça, elle ne pouvait pas le laisser passer, d’autant que tous les autres élèves avaient suivi son regard. Elle ne pouvait donc plus faire comme si elle n’avait rien vu. Elle devait réagir. Elle prit sur elle. Elle détestait s’opposer à lui. D’habitude, elle attendait que les autres soient levés ou en train de partir et ils bénéficiaient ainsi d’une certaine intimité, mais là, tous les regards étaient braqués sur elle. Elle n’avait pas le choix. Elle s’approcha donc de lui et lorsqu’il se rendit compte de sa présence, il referma son portable et lui lança le regard du « Mince, vous m’avez eu. » accompagné d’un superbe sourire charmeur. « Ah non, cette fois, mon bonhomme, ça ne marchera pas. Là, c’est grave ! Mon autorité est en jeu. Au cas où tu ne t’en rendrais pas compte, tout le monde nous regarde. », pensa-t-elle.



Il lui sourit de plus belle, accompagna ce geste d’un regard des plus séducteurs et attendit.



Il se rendit alors compte qu’elle ne blaguait pas et que son charme n’avait aucun effet. En un instant, son visage changea du tout au tout. Son regard sombre se fit noir, son sourire disparut et il souffla :



Maintenant, le regard du jeune homme la transperçait, mais ça n’était plus du tout agréable. Il la défiait et un silence de mort régnait dans la classe. Tous regardaient cette joute. Les autres n’en croyaient pas leurs yeux. Leur camarade venait-il vraiment de refuser d’obéir ?



La main de Thibault enserra plus fortement le petit appareil et son regard changea à nouveau. Cette fois, il était carrément menaçant. Dans ses yeux, elle lut : « Demande-moi ça encore une fois, et tu te prends mon poing en pleine figure ». Elle recula d’un pas, comme frappée par la foudre. Elle ne devait pas continuer ce conflit, ou ça pourrait dégénérer. Un pas en arrière, elle souffla :



Thibault ne répondit rien et elle ne sut si son regard s’adoucit, car elle avait rompu la connexion. Elle soupira. Elle avait reporté le problème à plus tard et cela valait mieux. Son autorité n’était pas entachée, car elle avait tout de même gardé la main. Tous avaient senti ce qui avait failli se passer et aucun des élèves ne cautionnait le comportement de Thibault. Il était allé un peu trop loin à leurs yeux. Pendant toute la fin de l’heure, cependant, Claire ne se sentit pas bien. Elle avait perdu. Les autres élèves ne le savaient pas, mais Thibault, lui, le savait. Lorsque, une dizaine de minutes plus tard, Thibault déposa son portable sur le bureau du CPE, il lança un regard vers Claire qui signifiait clairement que lui aussi savait qu’il avait gagné. Claire savait qu’il n’en dirait rien aux autres, qu’il n’en profiterait pas non plus pour la casser en public, mais maintenant, elle n’oserait plus le défier devant le reste de la classe et c’était tout qu’il souhaitait. Lorsqu’elle rentra chez elle, ce soir-là, et qu’elle revit cette scène, elle se dit que, décidément, il était son type d’homme. Dominateur. Il était vraiment parfait.


Elle n’en crut pas ses yeux lorsque, plusieurs mois plus tard, alors que la fin de l’année approchait, il agit d’une façon totalement immature et infantile. Probablement excédé par ses camarades avait-il fini par descendre à leur niveau. Elle en fut bouleversée. Elle leur tournait le dos, écrivant le cours, lorsqu’un bruit inhabituel se fit entendre. Elle se retourna pour voir deux élèves se jeter l’un sur l’autre et l’un d’eux était Thibault. Ils étaient tous deux plus forts qu’elle, elle ne s’interposa donc pas entre les deux jouteurs, mais les autres élèves le firent pour elle et ils n’eurent en fait même pas le temps de se toucher. Lorsqu’ils furent calmés, elle les exclut de classe, mais alla voir Thibault à la fin de l’heure pour avoir des explications et elles la déçurent. Tout ça pour une histoire de colle envoyée par quelqu’un sur lui. Pour ça, il s’était jeté au hasard sur un élève, qui n’était même pas le responsable du crime. Quelle déception. Ce soir-là, elle ne put retenir ses larmes et elle sanglota toute la soirée. L’évènement l’avait plus touchée qu’elle ne voulait se l’avouer, mais heureusement, l’année touchait à sa fin. Les dernières semaines, elle commit erreur sur erreur, n’ayant même plus Thibault sur qui s’appuyer. La fin d’année fut épouvantable et les vacances arrivèrent comme une délivrance. On lui permit de retenter sa chance. L’année suivante, elle avait des sixièmes qu’elle tint sans difficulté et qui, vu leur âge, ne risquaient pas de lui apporter de quelconques envies et c’était mieux ainsi.


En janvier, elle dut faire un stage dans un lycée technique, avec des premières et des terminales. Assise au fond de la classe avec la prof en charge de la classe et alors qu’une autre stagiaire faisait cours, elle s’entendit dire :



Première option génie mécanique, la classe contenait bon nombre de garçons plutôt bien faits. Claire attendit avec crainte la réponse de sa collègue.



Claire sourit franchement à cette réplique. Ainsi, elle n’était pas la seule dans ce cas. Cela la rassura et jusqu’à la fin de l’heure, elles détaillèrent les élèves, tombant d’accord sur les deux ou trois qui valaient vraiment le coup d’être matés. Finalement, ce stage prit fin et sa vie reprit son cours. Son année s’étant déroulée à merveille, elle obtint le titre de fonctionnaire et commença à travailler vraiment. Elle ne toucha jamais un élève, mais comme on dit, ce n’est pas parce qu’on regarde la carte qu’on va forcément dîner…