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Temps de lecture estimé : 11 mn
02/07/07
Résumé:  Une jeune femme encore solitaire à 30 ans découvre fortuitement qu'elle est atteinte d'une maladie orpheline. Elle se lance dans la recherche médicale.
Critères:  fh hplusag médical fmast intermast init humour
Auteur : Jean Tissip      

Série : L'Odysée de la recherche médicale

Chapitre 01
Isabelle est malade

Isabelle écoutait avec terreur ce que le Docteur Bisch et l’ami de la famille, Bernard, se disaient dans la chambre contiguë à la sienne. Le mur de placoplâtre laissait passer les paroles sans aucune ambiguïté. Et ils parlaient d’elle. Cela, elle ne l’aurait jamais cru.

Bernard posait les questions auxquelles répondait le docteur, compétent et catégorique.



Isabelle n’en croyait pas ses oreilles. Les propos étaient si choquants qu’elle sentait déjà une douleur s’insinuer jusque dans ses ovaires. Un frisson mortel se répandait à travers ses veines et le long de ses nerfs. Une maladie dont, effectivement, elle n’avait jamais entendu parler. Et les deux hommes semblaient bien informés sur sa vie affective et sentimentale. Elle était seule. Terriblement seule. Elle désespérait de rencontrer l’homme idéal, qui l’aimerait pour elle-même et non pour son corps. Ce corps dont elle ne savait trop que faire. Mais mourir ? Et en se momifiant ! Par l’entrecuisse ! Quelle horreur. C’en était trop. Il fallait qu’elle en ait le coeur net. Elle irait consulter sans tarder.


Le lendemain à 9 heures, elle était dans la salle d’attente du docteur. Il était parti de la soirée qu’avaient donnée les parents d’Isabelle la veille, peu après sa conversation avec Bernard. Celui-ci avait passé le reste de la réception à couver Isabelle, effondrée, de regards compatissants et mystérieux. Elle, tout en observant ce manège, avait fait semblant de rien, simulant une mauvaise humeur dont elle était coutumière d’ailleurs. À 30 ans, habiter chez ses parents, cela ne vous donne pas forcément envie de rire tous les jours. Elle avait très mal dormi et s’était levée aux petites heures du matin pour être sûre d’être la première au cabinet médical.


Le docteur arriva après elle, époustouflé de la voir là.



Effectivement, un instant après, Isabelle était dans le cabinet, et racontait sa découverte fortuite de la veille.



Isabelle se tenait la tête dans les mains. Elle soupirait, sanglotait et gémissait de douleur.



Une fois Isabelle sortie, le docteur Bisch prit son téléphone.



Le soir même à 19 heures, Isabelle sonnait à la porte du docteur, impatiente de commencer son traitement. Elle avait surpris ses parents en leur annonçant une sortie, ce qui était très exceptionnel pour elle. De plus, elle avait parlé d’une amie inconnue, d’un air mystérieux qui avait laissé penser à ses parents qu’il y avait anguille sous roche. Elle était sortie furtivement, fébrile et inhabituellement bruyante, remontant dans sa chambre plusieurs fois avant de claquer la porte d’entrée du pavillon. Elle avait laissé la voiture et l’on en avait conclu à une visite chez une personne proche. Allez savoir….



En effet, Bisch, fils d’un vieil ami de la famille, connaissait Isabelle depuis très longtemps et elle-même était venue dans cette maison bien des fois, enfant, quand les visites de la famille au père du praticien étaient régulières. Elle retrouva donc des lieux familiers, mais elle mesura combien le temps avait passé depuis son enfance. Tout était beaucoup plus petit. Le vestibule qui lui paraissait autrefois un interminable couloir était, en fait, étroit et bas de plafond. Elle prit la porte de la salle à manger et retrouva la table et le canapé mais ils n’étaient plus ces monuments qu’elle devait escalader et sous lesquels elle avait joué. Le docteur était de dix ans son aîné et elle l’avait toujours considéré comme un « grand », un peu lointain. Aujourd’hui la situation était toute autre. On avait changé d’époque. Isabelle prit soudain conscience de son état d’adulte.

Le docteur l’embrassa et la pria de s’asseoir sur le canapé. Sur la table basse, deux verres, des biscuits apéritifs, quelques bouteilles et des glaçons.



Le regard d’Isabelle devenait de plus en plus flou. Elle émettait des soupirs involontaires mais bien réels et passait la langue sur ses lèvres. Le docteur interrompit la séance.



Merci docteur.. Buvons vite car je ne voudrais pas retarder la guérison.


Isabelle était songeuse : « C’est tout de même bien pratique d’avoir un médecin dans ses relations. Au moins on peut être sûre de ne rien faire de dangereux ou de malsain. Jusqu’à aujourd’hui je pensais que mettre les mains à cet endroit pouvait provoquer des maladies, des infections, et voilà que non ! Une belle chose que la science. »



Isabelle poussa un grand cri et s’affala sur le canapé. Elle attrapa la main du docteur qui avait lâché ses seins et la reposa instinctivement sur l’un d’eux…


Quelques secondes de silence passèrent avant qu’elle ne reprenne ses esprits.



Et, sur ces paroles d’espoir, Isabelle repartit chez elle en promettant de revenir le lendemain dès 20 heures pour continuer son traitement et, peut-être aussi, sa nouvelle formation professionnelle. Elle rentra chez elle avec un sourire épanoui et passa une nuit merveilleuse. La maladie n’avait pas que du mauvais.