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n° 11374Fiche technique8059 caractères8059
Temps de lecture estimé : 6 mn
08/05/07
Résumé:  Moi, quand je suis avec ma copine, c'est bien. On ne fait pas de choses compliquées.
Critères:  fh couple amour volupté cunnilingu pénétratio
Auteur : Barnabé
Moi, quand je suis avec ma copine

Moi, quand je suis avec ma copine, c’est bien. On ne fait pas de choses compliquées.


J’ai vu des pornos. Je ne comprends pas pourquoi ils font ainsi de la gymnastique, des mouvements saccadés, sans aucune nuance, sans aucun sentiment.


Moi, quand je suis avec ma copine, on s’embrasse. Elle aime beaucoup quand je l’embrasse dans le cou. Elle rit. Et elle me serre très fort.


Moi, quand je suis avec ma copine, j’adore le moment où on se glisse entre les draps frais. Je me couche le premier. Je sens le drap, un peu rêche, froid. Je sens mon humidité résiduelle, je me suis séché trop vite, et puis il y a comme un transfert d’humidité et de chaleur entre le drap et moi, pour aboutir à une sensation : douillet.


J’attends.


Alors, ma copine sort de la salle de bains. Je l’admire. J’admire ses mouvements, son corps, à contre-jour, la lumière lui satine la peau et trace son contour, même le petit espace entre les jambes, quand elle se tient comme ça. Elle est belle. Elle est pas comme sur les magazines, et pourtant, elle sa beauté à elle, elle en rayonne. Ses gestes sont un peu gauches, car elle sait que je la regarde, ça l’intimide, c’est fou.


Et puis elle me rejoint, et on reste sans bouger. On sent la chaleur qui diffuse de nos corps, on sent nos souffles qui passent à l’unisson. C’est étrange, quand on y pense, ce calme, comme si on allait s’endormir. Dans ce calme, nos corps se comprennent, et alors, on se serre juste un petit peu plus, et on sent l’excitation monter, doucement. La sienne, la mienne en réponse, à moins que ce ne soit l’inverse. On pourrait plonger vers le sommeil, mais nos corps se causent et allument lentement leurs feux intérieurs.


Moi, quand je suis avec ma copine, je pense parfois avec tristesse à la guerre, aux conflits, à mes parents qui s’engueulaient toujours : pourquoi n’est-on pas capable de vivre dans la paix, puisque c’est si bon ? Puisqu’on a cette capacité naturelle à se comprendre, à être parfaitement calme, en harmonie, heureux ?


Des fois, ce mélange de tristesse et de bonheur, ça me fait venir les larmes aux yeux. Ma copine sent mon émotion et me serre un peu plus fort sans rien dire.


Ce que j’aime beaucoup, c’est quand elle me gratte le dos. C’est fou le bien que ça fait : des vagues de plaisir et de relâchement qui parcourent mon dos, mon corps. Mes muscles se relâchent en quelques soubresauts. Et alors, là, ça va très très bien. Au début, j’aimerais que ça s’arrête jamais, mais quand je commence à avoir la peau toute rouge et usée, elle passe à quelques caresses douces et légères, et alors je me dis que ça fait du bien aussi quand c’est fini. Parfois, elle descend ses doigts entre mes fesses, sur les toutes dernières vertèbres. Elle fait un tout petit massage circulaire, à peine esquissé, surtout pas trop fort. Je ne sais pas pourquoi cette zone est si sensible, mais c’est comme un interrupteur, comme si on débranchait mon cerveau : la tension dans mes yeux se relâche, la tension dans ma poitrine aussi, j’arrête de respirer, c’est comme si une chape de calme me tombait dessus. Je me demande si je vais en sortir de ce calme, et surtout si je vais recommencer à respirer, c’est presque angoissant un calme pareil. Et puis, si, ma respiration reprend, tout doucement, comme au ralenti.


Elle n’a pas de grandes jouissances. Elle n’est pas très expansive. Quand je lui caresse le clitoris, avec mes doigts ou avec la langue, elle ne crie pas dans tous les sens. Là aussi, dans les pornos, je comprends pas : les femmes crient, crient, mais quel plaisir éprouvent-elles dans cette gymnastique mécanique ? On voit jamais d’orgasme, vraiment. Tant de cris et si peu de jouissance. Je dis ça, parce que, comme beaucoup de monde depuis l’avènement de Canal + et des magnétoscopes, j’ai vu des pornos avant de faire l’amour. Ça déforme totalement la vision de l’amour. Après, on se demande pourquoi ça ne se passe pas pareil dans la vraie vie : plus calme, moins de bruit, et pourtant tellement intense !


Donc, quand je la caresse, elle se concentre sur son plaisir, elle reste étonnamment immobile et silencieuse. Et puis après, il y a quelques signes annonciateurs : quelques soupirs, quelques petits mouvements. Et alors, le plaisir arrive, il l’envahit et elle fait « ah, ah, ah » avec des mouvements saccadés de son dos et de son bassin. Et puis après, il faut arrêter la stimulation sur le clitoris, parce que ça devient douloureux, mais elle vient me dire : « viens, viens, viens », alors je la pénètre. Elle est très mouillée et elle semble très heureuse que je vienne en elle. Pour moi c’est très bon aussi, après l’excitation de la sentir jouir, et puis la sentir si chaude et accueillante, dans ces moments-là, je ne fais pas de vieux os, je viens en quelques mouvements profonds, en la serrant tout contre moi. Elle est heureuse alors, et parfois je vois des larmes dans ses yeux.


Enfin, c’est juste une façon de faire, on fait pas tout le temps comme ça, hein, ça serait ennuyeux si on faisait tout le temps la même chose.


Des fois aussi on se rate, on jouit pas, ou alors juste un peu, ça laisse une impression un peu amère comme de rentrer bredouille de la pêche, c’est pas très grave mais ça fait chier quand même, et puis on se dit qu’on fera mieux la prochaine fois. Heureusement, c’est pas trop souvent.


Et puis il y a plein de moments chouettes, y’a pas que le sexe, hein. Plein de moments chouettes, comme de regarder un film à deux sous la couette, avec la chaleur et les odeurs de l’autre, c’est un refuge, comme quand on se cachait dans une cabane, gamins, et « personne pouvait même pas nous trouver ».


Il y a quand on ramène les courses, s’il y a du saumon fumé, on l’ouvre tout de suite, et on le mange avec les doigts. On le déchire en lambeaux et on le partage équitablement. On se nourrit l’un l’autre, avec ces lambeaux qu’on attrape en les entourant de nos langues, on lèche et on mordille un peu les doigts de l’autre, et on mâche cette odeur de poisson, de fumé, ça sature les sens, c’est bon.


Je ne sais pas pourquoi je raconte tout ça. C’est parce que j’essaie de comprendre, de mettre à plat. C’est pas évident, le plaisir d’une femme, pour un homme. On se demande ce qui se passe, on est étonné. On note ces manifestations étranges, comme un anthropologue en pays étranger. On sent qu’on se comprend presque, qu’on est de la même humanité, et pourtant il y a une barrière infranchissable : je n’ai pas de clitoris, pas de vagin, je ne comprendrai jamais ce que ça fait de jouir de là. J’en suis réduit à des conjectures, des interprétations, et surtout, à lire le langage du corps, comme l’anthropologue : « Oh, le chef sourit, il a l’air d’aimer mon cadeau, j’ai fait le bon choix. »


Moi, quand je suis avec ma copine, c’est vrai, il y a cette barrière insurmontable, mais quand même, on commence à bien se comprendre. On est si bien, ensemble. C’est pour ça que je ne comprends pas les gens qui s’engueulent. Oh, des fois on discute, et des fois même on s’énerve. Mais on finit toujours par se comprendre. Pas toujours tomber d’accord, non, on est pas d’accord sur tout, loin de là. On n’est pas pareils, hein, sinon ça serait chiant, ça serait comme voir mon double dans le miroir, tout le temps.


Où est-ce qu’on va, comme ça ? Je ne sais pas, j’aime pas trop penser à l’avenir. On va sûrement habiter ensemble, mais alors, il y aura les chaussettes sales dans la salle de bains, ça sera inéluctable. Pour le moment, on vit chacun chez soi, et on va une fois chez l’un, une fois chez l’autre. Moi, avec ma copine, c’est bien comme ça.