| n° 11366 | Fiche technique | 39131 caractères | 39131Temps de lecture estimé : 22 mn | 05/05/07 |
| Résumé: Nous sommes d'abord devenus amis puis très amis, puis... je n'ai pas encore tout compris. | ||||
| Critères: fh extracon copains bizarre hotel dispute revede pénétratio fsodo nostalgie portrait | ||||
| Auteur : Lignière Envoi mini-message | ||||
Une fois encore, Annick avait repoussé mes avances. Je savais en me lançant dans cette aventure que cela ne serait pas facile mais certainement pas à ce point.
Je l’avais rencontrée à la réunion de rentrée des parents d’élèves de l’école Sainte Marie où nous venions d’inscrire nos enfants. Lors du renouvellement du bureau l’association qui gérait l’établissement, les électeurs du cru avaient jugé plus utile de m’élire trésorier plutôt que de s’engager eux-mêmes dans cette activité bénévole qui consommait beaucoup de temps et n’apportait que peu de compensation en retour. Ici, je ne connaissais personne, personne ne me connaissait, j’avais le bon profil pour cette responsabilité. La présidente, constamment réélue chaque année depuis près de cinq ans, maîtrisait parfaitement les rouages de l’association et savait faire accepter ses décisions avec le doigté et la componction d’un chanoine. Elle ne pouvait, d’ailleurs pas trop se fâcher avec quiconque, car son mari était vétérinaire et ses clients étaient aussi parents d’élèves.
En fin de soirée, le bureau avait prolongé la réunion ce qui nous avait permis de faire connaissance. Les membres étaient pour la plupart agriculteurs, commerçants ou artisans. Ils se connaissaient bien les uns les autres car ils avaient tous fréquenté Sainte Marie qui était d’ailleurs l’unique école de la commune. Les deux seuls étrangers étaient donc Madame Huguet, la présidente qui habitait depuis plusieurs années une maison au centre du bourg et moi qui avais emménagé quelques mois plus tôt dans une longère que j’avais restaurée. Avant de nous séparer, Madame Huguet m’avait proposé de nous retrouver, le lendemain, à son domicile. Elle se proposait de m’informer sur le rôle du bureau, ses moyens et aussi sur les responsabilités qui seraient miennes. À cette occasion, j’avais rencontré Jean-Claude, son mari qui m’avoua avoir visité ma maison pendant les travaux et avoir trouvé le résultat plutôt encourageant. Je les avais alors invités à venir, le week-end suivant, prendre un verre à la maison et je leur avais fait les honneurs des lieux.
C’est ainsi que nos relations avaient débuté. Ils avaient deux filles, nous deux garçons. Ils avaient le même âge et fréquentaient la même école, et pour cause. Jean-Claude était un homme plutôt petit, d’un naturel gentil, pas très bavard mais qui racontait avec beaucoup d’humour des anecdotes vécues dans son travail. Annick avait un caractère plus extraverti, on devinait chez elle une tendance autoritaire. Elle n’était pas vilaine, un petit nez retroussé qu’elle grattait souvent d’un geste familier, des cheveux mi-courts déjà parcourus par quelques filaments argentés, des yeux sombres et vifs, des hanches un peu évasées et une poitrine plutôt menue. Plus tard, j’avais appris qu’ils formaient une famille très croyante et très pratiquante. Elle-même assurait chaque semaine la catéchèse pour les jeunes enfants qui préparaient leur première communion.
Pour la première année à ma fonction de trésorier, j’avais été particulièrement gâté. Il nous avait fallu assurer la gestion au quotidien mais surtout trouver le financement pour assurer la rénovation des classes qui, pour la plupart, étaient dans un état déplorable. Nous avions obtenu du Conseil Diocésain l’autorisation de vendre un terrain et pour cela, il nous avait fallu obtenir mille autorisations, produire autant de justificatifs et tenir presque autant de réunions d’information. Annick et moi nous nous rencontrions chaque semaine deux fois ou plus, le plus souvent chez elle. J’appréciais sa méthode de travail, sa capacité à écouter, à résumer un dossier, à proposer des solutions concrètes. Au sortir de l’université avec un DESS de sciences en poche, elle avait travaillé à la direction de la règlementation du ministère de l’agriculture où son esprit de synthèse avait fait merveille. Elle m’avait avoué plus tard qu’elle avait eu beaucoup de peine à quitter ce poste pour se marier et suivre son nouvel époux qui avait décidé de s’installer dans une petite bourgade aux marches de la Bretagne.
Au fil du temps, les relations entre nos deux familles s’étaient fortifiées. Nous nous recevions souvent le week-end. À la kermesse du mois de juin, nous avions tenu tous les deux le stand qui avait généré la plus forte recette. Toute la journée, nous avions rivalisé d’habileté et d’éloquence pour alléger nos visiteurs de l’argent dont notre école avait tant besoin. Le soir, nous avions dîné tous ensemble et, en nous quittant, pour la première fois, nous nous étions embrassés. Les relations entre nous étaient restées très formelles, nous nous saluions d’une poignée de main et continuions à nous vouvoyer au grand dam des enfants qui estimaient, à juste titre, cette relation totalement dépassée. Mais aucun de nous n’avait l’ascendant sur les autres pour proposer un contact amical plus simple. Nous étions tous un peu coincés et tout particulièrement Annick qui, sous des allures modernes, était terriblement conformiste. Elle était toujours très strictement habillée, en tailleur ou en jupe dont la longueur dépassait toujours les genoux. Ses chemisiers étaient suffisamment opaques pour cacher ses dessous et le carré de soie qu’elle portait autour du cou masquait son décolleté.
Peu à peu mon regard sur elle avait changé. J’avais commencé à la regarder, non plus comme une collègue mais plutôt comme une femme, tentant de deviner le contour de sa culotte sous sa jupe ou d’entrevoir ses cuisses dans l’entrebâillement de sa robe. Plus tard, j’avais commencé à l’imaginer faisant l’amour et gémissant sous les caresses de son mari, ou alors, dans son bain, se masturbant lentement, longuement. Je lui inventais des amants innombrables à qui elle se donnait à tour de rôle pour satisfaire l’appel brûlant de ses sens. Je l’habillais en religieuse pour pouvoir la mettre nue, lui écarter largement les jambes et la pénétrer calquant mes coups de boutoirs au rythme de ses râles de plaisir. J’étais un plein délire fantasmatique. Quand je faisais l’amour à ma femme, j’imaginais qu’elle était devenue ma maîtresse et, grâce à elle, je vivais la plus grande des extases. Mais le retour sur terre était rude quand je découvrais près de moi un corps connu depuis longtemps, ayant perdu un peu de son charme et beaucoup de son mystère.
Au mois de septembre suivant, nous avions organisé une réunion de famille à l’occasion du baptême de nos deux garçons. Étaient conviés les grands-parents, oncles, tantes, cousins, amis dont, évidemment, les Huguet. La cérémonie religieuse avait apporté une touche d’émotion aux plus croyants qui voyaient là deux recrues supplémentaires dans l’armée de Dieu. Puis, nous nous étions réunis autour d’un barbecue. Le soleil avait brillé toute la journée, le méchoui avait été cuit à la perfection, les cuisiniers avaient mérité les félicitations de chacun, aucun couple ne s’était querellé, pas un enfant ne s’était approché trop près des braises. La nuit était déjà tombée lorsque nous avions commencé à danser. Mais ma collection de disques de jazz ne se prêtait que peu à cette activité. Annick s’était proposée de retourner chez elle et d’en rapporter suffisamment pour toute la nuit.
Comme la plupart des invités, je n’étais pas ivre, mais je n’avais pas hésité à trinquer avec ceux que je n’avais pas vus depuis longtemps et aussi avec ceux que je voyais plus souvent. J’avais, cependant, gardé suffisamment de lucidité pour sauter sur l’occasion et je lui avais proposé de l’accompagner, ce qu’elle avait accepté bien volontiers. Le trajet était court, il ne nous faudrait pas plus de quinze minutes pour revenir. Je me sentais bien, détendu. Annick conduisait, prudemment, notre conversation avait pris un tour amical. Elle se moquait de moi et me soupçonnait d’entretenir une relation coupable avec ma belle-sœur Françoise, une rousse affriolante qui n’avait pas froid aux yeux. Je l’aimais bien mais je ne faisais pas partie de ses prétendants, suffisamment nombreux par ailleurs. Pour contredire Annick et donner encore plus de poids à mes dénégations j’avais posé ma main sur sa cuisse en lui assurant « que jamais, au grand jamais je n’avais rêvé de Françoise et que si je devais prendre une maîtresse ce ne serait certainement pas elle. » La réponse avait fusé tout naturellement.
La voiture avait fait une légère embardée et le silence s’était installé entre nous. J’avais gardé ma main à la même place et j’avais attendu la suite. Annick avait fait comme si rien ne s’était passé. Chez elle, elle avait choisi rapidement une pile de disques et nous étions retournés animer la soirée où les invités nous attendaient impatiemment. Plus tard, sur les conseils de mon épouse, je l’avais invitée à danser et j’avais essayé, mais en vain, d’accrocher son regard. Elle avait passé le reste de la soirée à parler avec des amis, à danser avec Jean-Claude ou avec ses filles. Le message était clair.
L’hiver avait été particulièrement long et froid. Les premières neiges étaient tombées dès le premier novembre et nous avaient empoisonné la vie pendant plusieurs semaines. Les invitations chez les Huguet s’étaient raréfiées et lors des réunions du bureau, la présidente avait décidé d’inviter systématiquement la vice-présidente. Jamais, je ne pouvais me trouver seul en sa présence, jamais je n’arrivais à capter son regard, elle me fuyait. Une fois, j’avais pu provoquer une rencontre mais elle m’avait rembarré, me donnant le conseil d’aller séduire d’autres femmes plus belles et plus séduisantes. Mon projet de vivre une relation amoureuse avec elle perdait de sa consistance même si je continuais à entretenir mes fantasmes.
Le vingt-quatre avril suivant, nous les avions reçus comme chaque année, pour fêter l’anniversaire de notre aîné et de leur cadette. Ils étaient nés à deux jours d’intervalle. Les deux mamans avaient rivalisé pour faire la meilleure sauce hollandaise qui devait accompagner les asperges. Annick avait été déclarée vainqueur à une très courte majorité. Jean-Claude avait rapporté de chez un de ses clients un magnifique gigot que j’avais accompagné des premières pommes de terre nouvelles. La journée s’était superbement passée et en fin de soirée, après avoir partagé un léger dîner, nous nous apprêtions de nous séparer quand j’avais proposé à Annick un bouquet de lilas qui foisonnaient autour de la maison. Elle avait accepté et m’avait accompagné dans le jardin. Jean-Claude et mon épouse avaient continué leur conversation alors que les enfants tentaient par tous les moyens de prolonger cette journée heureuse. Avec mon sécateur j’avais coupé plusieurs branches et les avais arrangées en bouquet. Annick me regardait faire sans rien dire. Elle m’avait réellement surpris quand elle était revenue sur le motif de notre brouille de l’hiver précédent.
Je m’étais alors un peu rapproché d’elle et j’avais posé ma main sur sa hanche.
On, prénom malhonnête, m’avait enseigné à l’école primaire, mon premier maître, le frère Le Juge. Mais là, la malhonnête c’était elle qui, par l’utilisation de ce prénom indéfini, acceptait de facto une complicité avec mes projets, eux aussi malhonnêtes ; quel bonheur. J’avais souri et déposé dans ses bras le bouquet que j’avais confectionné. J’avais profité de l’occasion pour poser ma main sur son sein, tout en la fixant droit dans les yeux.
Elle ne m’avait pas répondu, avait tourné les talons tout en faisant semblant d’entretenir une conversation fictive comme pour donner le change. J’avais hâte d’être demain. Cependant, toute la journée du lundi j’avais hésité puis renoncé à cet appel, tant je craignais entendre un refus définitif. Le mardi, j’avais pris mon courage à deux mains.
La conversation n’avait pas duré deux minutes Elle avait alterné les réprimandes et les promesses. Toute la semaine j’avais imaginé une suite à donner à ce qui m’était apparu comme une main tendue. Le vendredi matin, j’avais prétexté un dossier à déposer pour me présenter chez elle, en espérant que Jean-Claude serait parti battre la campagne pour apporter ses soins aux chèvres, vaches, cochons, couvées. On n’était pas en période de vacances et les enfants seraient à l’école. J’étais un peu fébrile lorsque j’avais sonné à la porte du cabinet de consultation que je préférais à l’entrée privée. Un petit répit, c’était la femme de ménage qui m’avait ouvert.
J’étais resté dans la salle d’attente et j’entendais ses pas résonner sur le carrelage. Elle savait que c’était moi et son visage me renseignerait immédiatement sur son état d’esprit à mon égard. Elle m’était apparue souriante et s’était inquiétée à haute voix des raisons de ma visite. J’avais compris que cette conversation convenue était destinée à donner le change à la femme de ménage. J’avais joué le jeu puis nous nous étions retirés dans le bureau de Jean-Claude où nous avions l’habitude de travailler.
Nous étions debout face à face. Je m’étais rapproché et je l’avais prise dans mes bras. Elle n’avait esquissé aucun geste de défense. Je l’avais alors embrassée doucement, sur la bouche. Elle avait participé activement à cette première manifestation de notre liaison.
C’était le jour de repos de Jean-Claude qui en profitait, en général, pour rendre visite et aider ses parents qui tenaient une ferme dans les environs de Fougères. Souvent, Annick passait sa journée à Rennes où elle avait fait ses études et où vivait une de ses amies qui l’accompagnait courir les magasins.
Ainsi donc, non seulement elle avait accepté le principe d’une rencontre mais aussi le programme. En me parlant de sa future indisposition, elle avait implicitement accepté que nous ferions l’amour. Pendant ces treize interminables jours je l’avais appelée chaque jour. Elle voulait tout savoir, pourquoi je l’avais choisie, pourquoi pas une autre, pourquoi j’avais été attiré par elle, est-ce que je la trouvais belle, est-ce que je l’aimais, est-ce que je réalisais ce que j’étais en train de faire. Elle m’assaillait de questions, toujours les mêmes, toujours répétées, comme si elle n’enregistrait pas mes réponses. Je pense qu’elle se berçait de mes mots qu’elle avait envie d’entendre et de réentendre. On avait fini par se donner rendez-vous, à quatorze heures, sur le parking du Novotel du centre Alma.
J’avais réservé une chambre que j’avais payée immédiatement. Habituée, la réceptionniste n’avait pas été dupe des raisons de ce souhait mais n’en avait rien montré. Les chambres étaient réparties, au rez-de-chaussée, de part et d’autre d’un long couloir au bout duquel une porte permettait d’accéder directement au parking. Voilà un agencement qui ne pouvait que satisfaire le désir de discrétion qu’Annick avait exigé.
Elle s’était glissée dans ma voiture peu après deux heures et avait refusé toute manifestation de tendresse dans ce lieu public. Je lui avais alors expliqué la disposition des lieux, lui avais confié la clé de la chambre puis, au bout de quelques minutes, je l’avais rejointe. Elle m’attendait assise sur le lit, les mains jointes, le visage un peu triste.
Je m’étais assis à côté d’elle et nous avions parlé. Elle m’avait semblé sur la défensive, inquiète, il ne fallait surtout pas l’effrayer. J’avais occupé son esprit en lui expliquant en quoi elle m’avait séduit, son visage que je trouvais joli, enfin, tout ce que j’avais pu lui dire depuis ces deux dernières semaines. Nous avions alors abordé le plan plus intime de sa vie amoureuse. Jean-Claude était le seul et unique homme qu’elle avait aimé et connu et, jamais, elle n’avait imaginé se trouver dans cette situation. Depuis plusieurs années, leurs relations se limitaient à deux ou trois rapports par mois. Elle aurait tellement souhaité que son mari lui accorde plus d’attention. Je l’avais interrogée pour savoir quand elle avait fait l’amour la première fois. Elle ne m’avait pas répondu.
Je l’écoutais attentivement, posant des questions qui prouvaient l’intérêt que je portais à sa vie. Elle avait fini par se détendre et je m’étais risqué à l’embrasser. Je ne voulais pas me presser. Elle s’était allongée sur le lit, les jambes croisées, un bras replié sur les yeux. Je l’avais alors déshabillée lentement, tentant, mais en vain, d’obtenir son concours. Après avoir si longtemps rêvé d’elle, je mourais maintenant d’envie de la découvrir. De fait, ses seins étaient plutôt petits avec des aréoles très brunes. Je ressentais en moi une émotion que je n’avais sans doute jamais ressentie jusqu’à ce jour. Cette épouse exemplaire un peu coincée, qui s’ingéniait à être invisible, était là, nue, impudente, les jambes écartées, le sexe dévoilé. Compte tenu des circonstances, j’avais pris l’initiative de la tutoyer.
Pour elle, faire l’amour était une gymnastique assez simple. Un homme nu se couchait sur une femme nue elle aussi, il la pénétrait puis se retirait et chacun pouvait dormir. Elle ne connaissait pas d’autres positions ni d’autres jeux érotiques. J’avais embrassé son sexe et tenté de la pénétrer avec ma langue, mais elle m’avait repoussé. Quand je lui avais demandé de me prendre dans sa bouche, elle s’était contentée de me lécher rapidement à petits coups de langue ainsi que l’aurait fait un enfant lapant un cornet de glace trop froid. Au moment de la pénétrer, elle m’avait pris la tête entre les mains et m’avait regardé fixement, les yeux dans les yeux. Pendant tout notre ébat, elle était restée dans cette position, me laissant le soin de donner le rythme à nos corps. Elle avait joui doucement, à petite voix. Sentant que moi-même je risquais d’éjaculer, elle m’avait vite repoussé et je m’étais répandu sur son ventre. Un peu plus tard, elle avait quitté la chambre pour prendre une douche.
J’étais un peu dépité par cette première expérience. Manifestement Annick n’avait pas eu une vie sexuelle très imaginative. La bourgeoise que j’avais imaginée dotée d’un tempérament torride, s’était révélée être une bien piètre amoureuse. Mais le pire n’était pas là. À son retour de la salle de bains, vêtue d’un peignoir minutieusement fermé, elle avait sur le visage un air que je n’avais pas aimé.
Elle avait, alors, dressé le catalogue de mes défauts, mis en évidence ma fourberie et mon absence de sens moral. Elle avait été trompée par moi et, pire que tout, elle avait trompé son mari. Je l’avais poussée à trahir l’engagement de fidélité qu’elle avait pris lors de son mariage. Pendant une heure je n’avais pas pu placer un mot et, j’avais dû écouter en silence ce si partial réquisitoire. Elle était loin la gentille Annick que je connaissais. Elle avait perdu de son mystère. Quand elle avait regardé sa montre, elle avait décidé qu’il était temps de rentrer car ses filles allaient sortir de classe. Je n’étais pas trop mécontent de son départ, mais j’étais déçu, mortifié par son injustice, et surtout par l’incertitude qui pesait sur l’avenir de nos relations. Je ne prétendais l’aimer mais je l’avais toujours respectée et je ressentais pour elle un très grand sentiment tendresse.
Elle était sortie de la salle de bains habillée comme à son accoutumée avec une jupe assez longue, un pull ras du cou et son éternel carré de soie. Elle était redevenue l’objet de mon fantasme. Je l’avais retrouvée. J’étais resté sur lit, toujours nu, mais de voir cette icône un peu glacée, m’avait redonné une certaine vigueur et aussi l’envie de la posséder comme j’en avais toujours rêvé. Lorsqu’elle s’était penchée pour me donner un baiser distant, j’avais glissé ma main sous sa jupe et commencé à lui caresser la cuisse. Sa réaction m’avait alors surpris car elle m’avait paru se tétaniser, incapable de faire un geste, la main verrouillée sur mon épaule, sans un geste pour me décourager. J’avais fixé son regard mais elle avait semblé ne pas me voir. Lorsque mes doigts avaient commencé à investir sa vulve, elle avait, dans un mouvement instinctif, écarté légèrement les genoux pour faciliter mes mouvements. Je n’avais rien à perdre, je la sentais fragilisée, il fallait que je prenne l’initiative.
Je m’étais relevé et je l’avais poussée sur le lit, à quatre pattes, puis j’avais retroussé sa jupe. Comme elle s’était vivement opposée à ce que je baisse sa culotte, j’en avais tiré le fond de côté pour découvrir son sexe dans lequel je m’étais engouffré sans ménagement aucun. Surprise, elle avait soufflé bruyamment mais j’avais commencé des allers-retours vigoureux, tâchant de la posséder au plus profond d’elle-même. Malgré l’interdit qu’elle avait prononcé deux heures auparavant, j’avais entrepris de caresser son petit trou dans lequel j’avais fait pénétrer mon index. Ses tentatives pour m’en empêcher m’avaient parues manquer de conviction et j’avais continué sans m’en soucier. Annick avait commencé à gémir ainsi je l’avais imaginé, déclenchant encore plus de vigueur en moi. Je me sentais énorme, elle me trouvait trop puissant. Mais qu’importe, je continuais. Sa respiration s’était fait plus bruyante, ses bras avaient fléchi, elle reposait maintenant sur les avant-bras faisant pointer encore plus ses fesses vers le haut me permettant de la pénétrer encore plus profondément. Elle avait alors geint de plus en plus fort, j’avais senti son odeur encore plus âprement puis son vagin s’était contracté à plusieurs reprises. J’étais prêt à l’accompagner dans son plaisir mais je ne devais pas jouir en elle. Je m’étais retiré et j’avais éjaculé sur son pubis, dans ses poils, à l’intérieur de sa culotte. J’avais pris un plaisir immense et, apparemment, elle aussi.
Nous étions restés collés l’un à l’autre le temps de reprendre notre respiration. Puis elle avait extrait plusieurs mouchoirs de la boîte posée sur la tête de chevet, en avait garni son slip comme avec une serviette hygiénique.
Elle m’avait embrassé avec distance et avait quitté la chambre. J’étais resté perplexe sur son comportement. J’avais découvert une femme faisant l’amour comme à regret et peu après une furie inassouvie.
Le lendemain, au téléphone, elle m’avait resservi sa litanie de griefs. Elle s’était décrite dans le rôle de la bécasse abusée par un être dénué de toute valeur. Elle m’avait ensuite reproché d’avoir, la veille au soir, dû séduire son propre mari pour qu’il lui fasse l’amour. Elle n’avait pas du tout confiance en moi, elle risquait de tomber enceinte, il lui fallait pouvoir, un jour, se justifier. J’avais été surpris mais elle n’avait, en aucune manière, évoqué la deuxième partie de notre après-midi qu’elle semblait avoir oubliée. Malgré tout, nous avions continué nos relations téléphoniques auxquelles elle semblait prendre plaisir. Je lui disais des mots doux, des paroles tendres mais elle refusait systématiquement un autre rendez-vous. Elle ne voulait plus me revoir dans les mêmes circonstances.
Quelques semaines plus tard, elle nous avait invités, un dimanche après-midi, à prendre le dessert. Jean-Claude était de garde et, alors même que nous allions passer à table, il avait reçu un appel d’une ferme voisine pour un vêlage qui ne se passait pas aussi bien que prévu.
Mon épouse, qui n’avait jamais assisté à une mise bas, lui avait proposé de l’accompagner. Pour faire passer le temps, Annick avait autorisé les enfants à regarder un dessin animé de Tex Avery. À son retour dans le séjour, elle m’avait trouvé allongé dans un transat et feuilletant une revue.
Nous avions traversé le garage puis descendu une volée de marches. Elle était vêtue d’une longue robe bleu marine boutonnée dans le dos et je n’avais pas manqué de goûter le balancement de ses hanches.
Je l’avais saisie par la taille et l’avais serrée contre moi. J’attendais sa réaction, mais elle n’avait pas fait un geste de défense. Enhardi, j’avais alors défait trois boutons sous la taille pour dévoiler son slip qu’elle m’avait encore interdit de baisser. Je connaissais la marche à suivre. Elle s’était appuyée le mur, les bras tendus, les mains bien à plat, le corps cassé vers l’arrière, les pieds écartés. Je l’avais prise, sans aucune caresse préparatoire, violemment, sans retenue. Elle avait poussé un cri, j’avais aussi ressenti la douleur de pénétrer un vagin pas encore humidifié. Mais qu’importe, j’avais commencé mes mouvements du bassin, puis introduit un doigt dans son anus et accéléré le tempo. Son souffle s’était fait plus bruyant, son bassin s’était agité de façon convulsive, j’avais senti son sexe s’humidifier, son odeur monter et je l’avais sentie jouir. Comme la première fois, je m’étais retiré au dernier moment et j’avais éjaculé sur ses lèvres, dans ses poils, à l’intérieur de son slip. Ayant repris sa respiration, elle avait sorti de sa robe une pochette de mouchoirs en papier, m’en avait tendu un, et avec le reste avait tapissé le fond de sa culotte. En la regardant faire, j’avais alors compris que cette scène n’était nullement improvisée mais bien au contraire avait été bel et bien préméditée. Elle avait profité du départ impromptu de Jean-Claude, pour faire plaisir aux enfants et s’accorder un moment privilégié.
Notre troisième et dernière rencontre s’est déroulée dans des conditions toujours aussi inconfortables et improbables. Elle faisait tout pour provoquer le risque d’être surprise, pour mettre en péril son couple ou le mien. Elle ne respectait plus aucun code et transgressait toutes les règles. Pour le quatorze juillet nous avions tous été invités dans sa maison familiale, près d’Angoulême, où sa maman vivait seule. Le soir du bal des pompiers nous étions allés à Fleurac et avions dansé tout notre saoul. Le samedi, après avoir découvert les merveilles archéologiques des environs, nous avions passé un long moment à table pendant que les enfants maraudaient les cerises dans le verger voisin. Dès le dimanche matin, Annick avait organisé la journée de chacun.
Chacun avait reçu son rôle, il suffisait que de s’exécuter. Les enfants s’étaient égayés dans la prairie attenante, je voyais s’éloigner la voiture de Jean-Claude et j’avais entendu ses pas résonner dans l’escalier qui menait aux chambres. Deux minutes plus tard, je l’avais rejointe dans la salle de bains contiguë à sa chambre. Elle était plantée devant son miroir en train de se brosser les cheveux et semblait m’attendre. J’avais dénoué la ceinture qui retenait son peignoir que j’avais laissé couler à terre. Elle ne portait aucun vêtement, pas même, une culotte. Cette fois j’allais éviter l’ourlet de son slip qui m’avait tant irrité les fois précédentes. Elle s’était positionnée, les mains de part et d’autre du lavabo, le corps cassé poussé vers l’arrière, les pieds écartés.
Je l’avais pénétrée avec une facilité inaccoutumée et j’avais senti son vagin inhabituellement lubrifié. Lorsque j’avais planté mon doigt dans son anus, j’avais aussi trouvé sa raie des fesses humide et un peu poisseuse. J’en avais déduit que ce matin je n’étais pas le premier à emprunter cette voie. Cela n’avait pas modéré mon ardeur, bien au contraire. J’avais pu suivre, dans le miroir, la montée du plaisir sur son visage, la bouche qui s’était ouverte dans un cri muet, la rougeur sur les joues, le regard sans intensité, le dodelinement de la tête. Quand elle avait joui, elle avait poussé plusieurs petits cris et j’avais presque aussitôt éjaculé au plus profond de son ventre, chaudement, longuement. C’était la première fois que je la sentais se contracter sur mon sexe. Cette sensation avait accentué mon impétuosité. Je m’étais retiré pour mieux l’investir et tenter de la faire jouir de nouveau. Elle s’était affaissée sur le lavabo et je l’avais incitée à se mettre à quatre pattes. J’avais alors changé ma tactique et je m’étais présenté par derrière.
J’avais pris mon temps. Notre nouvelle position aidant, je l’avais caressée avec toute la tendresse que j’avais pour elle, et petit à petit, je m’étais enfoncé. Elle soufflait à petits coups et poussait des « Aïe » mais sans prendre l’initiative d’arrêter ma progression. Arrivé au plus profond de ses reins, j’avais commencé à la pilonner, d’abord lentement, puis de plus en plus vite, jusqu’à éjaculer moins longuement cette fois mais toujours aussi chaudement et toujours en continuant à la caresser. Pour une fois, nous avions fait l’amour avec tendresse, avec bonheur. Nous nous étions donnés l’un à l’autre comme deux amants qui s’aiment. En traversant sa chambre, j’avais longé son lit découvert impudiquement mais sans doute pas innocemment. Quelques gouttes de sang et une tâche encore luisante sur le drap du dessous avaient confirmé mes soupçons sur son activité matinale avec Jean-Claude.
Nous avions continué, pendant de nombreux mois, nos interminables entretiens téléphoniques au cours desquels, je lui parlais d’elle, je lui parlais d’amour. Nous faisions semblant de nous aimer. Mais jamais je n’avais pu obtenir d’elle un nouveau rendez-vous. Un jour, au détour d’une conversation, comme par incidence, elle était revenue sur une de mes questions.
Dieu Pardo
Nnez nos
Offenses
La décadanse