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n° 11240Fiche technique142139 caractères142139
Temps de lecture estimé : 76 mn
20/03/07
Résumé:  Une relation improbable métamorphose Béatrice. Elle devient la maîtresse de Daniel, mais elle y met ses conditions...
Critères:  f fh ffh bizarre vacances amour pied chaussures fmast intermast fgode préservati pénétratio fdanus fsodo init
Auteur : Joker      Envoi mini-message
La maîtresse vierge

I.



De lourds nuages s’amoncelaient au-dessus de la vallée, créant une atmosphère sombre et lourde qui s’ajoutait au stress de la panne d’essence. Depuis une heure, ils roulaient à petite allure à la recherche d’une station-service salvatrice. Sans échanger un mot, lui le regard tendu vers les panneaux indicateurs, et elle, plongée dans une morne indifférence. Elle repensait à ses copines de fac qui se pavanaient en annonçant leurs projets de week-end, riant sous cape en croisant le regard de Béatrice qui disait le désarroi d’une solitude annoncée. Aussi, lorsqu’au dernier moment Daniel l’avait appelée pour lui proposer une escapade, elle avait accepté sans hésiter, trop contente d’arborer un fier sourire qui ne manqua pas de surprendre l’entourage de Béatrice. C’est donc par un de ces hasards du destin qu’ils se retrouvèrent à proximité d’Interlaken, s’engageant enfin sur la piste de la station-service. Il faisait tellement sombre que l’enseigne de la marque au coquillage s’était allumée automatiquement : un comble pour un week-end de l’Ascension.


Soulagé de ce problème d’intendance, Daniel se sentit l’esprit plus léger et tenta d’engager la conversation sur un ton détendu.



Elle répondit d’un mouvement d’épaules accompagné d’une moue qui trahissait un faible enthousiasme. À faible allure, ils longeaient à présent les eaux sombres du lac tandis que les lumières de la ville scintillaient au loin. Il eut envie d’arrêter la voiture, de marcher un peu sur les berges, de mettre les pieds dans l’eau, de chercher un peu d’oxygène ; il aurait voulu lui prendre la main, la sortir de sa mélancolie apparente. Mais la route en corniche était bordée d’un muret ininterrompu qui les entraîna jusqu’à la petite ville, et une pluie drue finit par s’abattre sur eux noyant tous ses rêves romantiques.


Daniel et Béatrice s’étaient connus au hasard d’un mariage, ils avaient discuté, dansé, avaient échangé quelques propos convenus ainsi que leurs numéros de téléphone. Ils se revoyaient par intermittence. Béatrice le trouvait un peu plébéien malgré un début de carrière prometteur, gentil mais pas très distingué ; Daniel la trouvait rigolote mais si snob, et un peu coincée pour tout dire. Ils n’avaient jamais rien tenté de sérieux entre eux, tout au plus leur relation amicale les distrayait.


Lorsqu’ils passèrent le panneau indicateur de la ville, l’orage les avait dépassés, laissant derrière lui des rues luisantes et des trottoirs dont quelques passants reprenaient possession, en prenant soin d’éviter les vastes flaques. Dans le centre-ville, ils suivirent au jugé la signalisation affichant des noms d’hôtels, et s’arrêtèrent au pied du premier qui se présenta à eux. La réceptionniste fut un peu surprise de voir débarquer ces voyageurs en plein milieu de l’après-midi sans réservation et enregistra leurs identités tout en échangeant quelques banalités. Elle leur proposa une chambre à l’étage dont la fenêtre donnait sur le lac, leur promettant une belle vue dès que les nuages se seraient dissipés. Mais ils n’attendirent pas de voir réaliser cette promesse : partageant le désir de se dégourdir les jambes et de respirer un peu, ils laissèrent là leurs sacs et décidèrent d’un commun accord d’aller faire un tour de ville.


Malgré un ciel toujours encombré, les rues avaient retrouvé leur activité de saison, les couleurs des vêtements des touristes ajoutant une touche de gaieté dans ce paysage austère. Ils marchèrent le nez au vent. Sur les étals devant les vitrines, Béatrice fouilla méthodiquement dans des bacs de babioles en déstockage. En représailles, Daniel lui fit faire une escale forcée dans une pâtisserie mais elle se vengea en s’engouffrant dans un magasin de mode. Bien que d’ordinaire il se sente terriblement mal à l’aise au milieu de ce déballage de chiffons, il se laissa prendre au jeu, heureux de la voir à nouveau enjouée. Elle essaya toutes sortes de vêtements, lui demandant son avis par-dessus l’épaule. Elle passa une petite marinière qu’il trouva très à son goût : elle dévoilait juste ce qu’il fallait de son nombril et épousait parfaitement la courbe de sa poitrine. Il le lui dit, elle rosit tandis que la pointe de ses seins déformait la maille du tissu. Avec désinvolture elle la replaça sur son cintre, malgré son offre de lui offrir.



Il leva les yeux au ciel, il savait à présent pourquoi il redoutait ces séances de lèche-vitrines : beaucoup de temps passé à regarder, essayer, comparer pour ne finalement rien acheter : quelle perte d’efficacité ! Il se motiva et tenta de ne rien montrer de sa désespérance.


Alors qu’ils déambulaient, il fut surpris d’être saisi au bras par Béatrice qui poussa un petit cri.

Il se tourna vers elle alors qu’elle se baissait pour attraper une de ses sandales ; la bride venait de lâcher et elle avait évité la chute de peu. Sur un banc, elle se déchaussa et évalua les dégâts. D’une moue elle lâcha :



Ils reprirent la promenade sur un rythme plus lent, les orteils de Béatrice passant le plus clair de leur temps à tenter de ne pas laisser échapper la sandale.


En passant devant la devanture d’une officine de matériel médical, il avisa des socques de bois sur un présentoir tournant. Une bouffée de chaleur lui monta instantanément à la tête : il était en pâmoison devant tout pied portant ces mules orthopédiques. Le moindre claquement caractéristique provoquait en lui une inexplicable montée d’adrénaline, et, si le pied était joli, une belle érection. En un éclair il avait fait le rapprochement entre la sandale cassée, le besoin de chaussures, les sandales en exposition, la facilité de les acquérir et de satisfaire un fantasme. Son cœur s’emballa alors qu’il cherchait à toute allure un argumentaire pour motiver Béatrice à passer le seuil du magasin, lequel se rapprochait à la vitesse vertigineuse d’un pas toutes les deux secondes. Arrivés à la hauteur de la porte coulissante, il se jeta à l’eau.



Pour le coup, il était honnête dans sa démarche, car c’était bien de son plaisir qu’il s’agissait en premier,



Elle leva un regard étonné vers lui et fut si surprise qu’elle ne trouva rien à répondre à cette question en forme d’ordre impérieux. Ils foulèrent la moquette du magasin, contournèrent les présentoirs et s’approchèrent du comptoir. Une jeune femme en blouse les regarda par-dessus ses lunettes, et Daniel eut, pendant une fraction de seconde, l’impression d’être le petit garçon qu’il fut lorsqu’il alla pour la première fois acheter des sucreries en cachette. Mais la motivation était forte et il annonça avec assurance :



Béatrice était encore toute à sa surprise et se pinçait intérieurement pour se réveiller et comprendre comment elle se trouvait dans ce type d’établissement, elle qui avait toujours considéré ces chaussures uniquement sous leur angle orthopédique. Ils glissèrent à pas feutrés à travers les cannes et les béquilles, les bandages et les couches… Lassée de claudiquer comme une petite vieille, Béatrice finit par retirer ses sandales qu’elle prit à la main et suivit la vendeuse. Cette dernière les installa dans une petite pièce entourée de quelques sièges couverts de skaï. Elle tira un marchepied, s’installa face à Béatrice et lui prenant délicatement le pied le plaça sur un plan incliné.



Béatrice était à présent complètement remise de sa surprise et ne voyait pas d’issue de secours. Elle s’était fait piéger, il ne lui restait plus qu’à faire bonne figure, ou à trouver une solide et bonne raison pour refuser de porter ces chaussures insensées. Pour la forme, elle échangea un sourire interrogateur avec son compagnon.


La vendeuse revint précédée d’une pile de boîtes colorées qu’elle déposa à côté du marchepied. À travers ses fines lunettes elle déchiffra les références :



Béatrice voulut prendre l’initiative mais ne réussit qu’à bredouiller un son que la vendeuse interpréta comme une hésitation sur la destination des socques.



La vendeuse remit une sandale dans les mains de Béatrice, puis lui souleva délicatement le pied pour y ajuster la sandale. Béatrice eut une curieuse impression lorsque la fraîcheur du bois de la semelle épousa parfaitement les lignes de sa voûte plantaire ; elle regardait la vendeuse ajuster avec soin la boucle de la lanière de cuir qui retenait la sandale au pied :



Béatrice se leva et fit quelques pas maladroits sur la moquette. Son compagnon eut une violente érection au point où il se demandait s’il n’aurait pas un orgasme en pleine boutique ! La vendeuse se retourna justement vers lui et lui demanda :



Béatrice se rassit et toujours avec délicatesse, la vendeuse retira les socques à lanière blanche. D’un nouveau carton, et déballa le papier de soie qui enveloppait une pimpante paire de sandales à brides rouges. Le rouge monta aussi aux joues de Daniel qui était sur le point d’exploser. Finalement, c’est Béatrice qui s’était faite à l’idée de faire quelques pas dans la vie en sandales orthopédiques qui lui demanda :



Reprenant complètement la main, elle fit à nouveau quelques pas tandis que la vendeuse remballait les paires délaissées.



Et, quelle ne fut pas la surprise de Béatrice d’entendre son compagnon demander à ce que les socques fussent remballés dans leur carton d’origine. Ils sortirent du magasin, et d’un pas aussi léger que le permettait la sandale rompue de Béatrice, ils regagnèrent leur villégiature d’un soir alors que peu à peu la lumière déclinait.


Il essaya de lui voler un baiser dans l’ascenseur qui les montait à l’étage de leur chambre, mais elle se dégagea prestement en annonçant d’un ton enjoué :



En entrant dans la chambre, ils furent saisis par la fraîcheur retrouvée. Tandis qu’elle s’engouffrait dans la salle de bains, il éprouva la qualité du lit double tandis qu’elle mettait ses promesses à exécution. La chaleur moite endurée pendant le voyage puis pendant la balade en ville lui collait à la peau et elle rêvait depuis un moment de ce moment délicieux. Sans qu’il le sache, alors qu’ils longeaient le lac, elle aurait aussi voulu s’arrêter, se laisser surprendre par la pluie, se laisser détremper jusqu’à la peau jusqu’à en attraper la chair de poule, et peut-être s’abandonner à une paire de bras pour la réchauffer… Elle se passait ce film idéal en boucle, les yeux fermés la tête sous le pommeau de la douche. Un cognement à la porte la fit revenir aux réalités terrestres.






II.




Elle sortit de la salle d’eau en peignoir et les cheveux enturbannés d’un linge de bain. De son sac soigneusement rangé elle tira un léger chemisier blanc et une courte jupe de jean. Daniel lui faisait face lorsqu’elle se retourna et elle eut un léger recul commandé par la surprise. Il tenait à deux mains la boîte en carton des socques et il l’invita doucement mais fermement à s’asseoir dans le petit fauteuil drapé de velours gris. Elle s’exécuta, et il entreprit lentement et aussi méthodiquement que l’avait fait la vendeuse d’ouvrir le couvercle de la boîte, de dégager le papier de soie et d’extraire une première sandale qu’il posa sur la moquette. Béatrice eut un réflexe conditionné et leva légèrement le pied, pied qu’il prit entre ses mains et commença à masser délicatement. Ses doigts s’insinuaient entre les orteils du pied de Béatrice, parcouraient la cambrure du coup de pied sans jamais s’aventurer au-delà du mollet. Béatrice ne disait mot et s’abandonna mollement à ce nouveau jeu. Se baissant un peu plus il embrassa le bout des orteils et fit glisser sa langue sur le pied arqué. Béatrice respirait profondément, les yeux entrouverts tandis que les doigts de Daniel participaient au ballet de caresses.


Il s’était enhardi au-delà de leurs jeux habituels, encouragé par sa témérité de l’après-midi et hésitait à s’aventurer plus avant. Il posa délicatement le pied de Béatrice sur la semelle de bois, et toujours aussi méticuleusement, rabattit les brides de cuir et les ajusta en ayant soin de ne pas pincer la fine peau des pieds de sa partenaire. Il caressa le pied chaussé tandis que Béatrice décolla insensiblement l’autre pied du sol en offrandes aux caresses ; Daniel ne se fit pas prier et entreprit d’honorer le pied tendu de ses caresses humides ; tandis qu’il s’appliquait sur le talon, il sentit les mains de Béatrice lui prendre délicatement la tête et l’attirer vers elle. Sa langue remonta vers le mollet, laissant une trace luisante et humide sur la cuisse de Béatrice et arriva aux frontières de la plus secrète de son intimité. Plus fermement, elle guida la tête de Daniel vers le velours de son pubis et se renversa légèrement en arrière. Manquant de s’étrangler de surprise, Daniel poursuivit ses caresses là où d’habitude il était invité à glisser la paume de la main et à jouer d’un doigt sous le tissu d’une petite culotte. Béatrice respirait profondément, et il avait la profonde intuition qu’il ne fallait pas qu’elle sorte de son voyage érotique s’il voulait avoir une chance de la conquérir complètement.



Il posa la paume de ses mains sur l’intérieur des cuisses, lesquelles s’ouvrirent lentement libérant entièrement le passage vers le sexe tiède de désir de Béatrice. Il donna de petits coups de langue répétés sur les grandes lèvres, comme pour demander le passage, affolant ainsi les sens de Béatrice. Le sang lui battait aux tempes, tandis que sa verge se tendait à tout rompre, et bosselant insolemment son jean. Ayant délicatement dégagé les petites lèvres, il s’attaquait à présent à la perle du trésor, faisant jouer sous sa langue le clitoris gonflé de plaisir. Tout en faisant monter de profonds soupirs de la gorge de Béatrice, Daniel caressaient à nouveau les pieds de sa partenaire ; il était tout surpris de découvrir qu’elle appréciait cet assaut, cambrant les orteils sous la bride des sandales, réagissant à la moindre sollicitation des doigts de Daniel. Adroitement, il acheva de chausser l’autre pied, alors que les spasmes de l’orgasme agitaient le corps de Béatrice. Le corps tendu, elle soulevait son bassin et le faisait aller danser au-dessus du fauteuil, tandis que Daniel libéra la ceinture du peignoir et emprisonna les seins gonflés de Béatrice, elle poussa une série de râles d’extase, se décontracta en reprenant progressivement son souffle, puis elle attira encore la tête de Daniel et l’embrassa goulûment à en perdre haleine. Il s’ensuivit un affolant duel de langues, la saveur du musc envahissant leurs bouches assoiffées de plaisir. Elle lui sourit, l’embrassa encore, et encore, tous deux surpris de cette inhabituelle parade amoureuse.


La tête encore remplie de plaisir, elle se dressa sur ses sandales, joignit les pieds et les observa avec amusement. Alors qu’elle s’apprêtait à se vêtir, Daniel lui imposa sur le ton de la provocation :



Stupéfaite, elle leva les yeux, ouvrit la bouche mais aucun son ne sortit. Face à la mine enjouée de Daniel, elle finit par laisser tomber deux syllabes fatidiques, par défi autant que pour le remercier de ce moment de bonheur intense :



C’est ainsi qu’ils retournèrent vers le centre de la ville, elle claquant des semelles sur le trottoir, et lui goûtant son plaisir, tentant de retrouver une pizzeria devant laquelle ils étaient passés l’après-midi. Un patron débonnaire les installa à une petite table couverte de sa traditionnelle nappe à carreaux rouge et blanc, non loin du four à pain. Béatrice se sentait d’humeur câline et avançant la main sur la table, mêla ses doigts à ceux de son partenaire. Ils mangèrent avec appétit, les yeux brillants d’avoir un peu forcé sur l’huile pimentée et le chianti ! Ils échangèrent d’indispensables banalités et quelques caresses du bout des pieds. Osant le tout pour le tout il lui demanda de lui montrer ses sandales, ce qu’elle ne refusa pas, faisant dépasser sa jambe tendue de dessous la nappe. Par jeu autant que par provocation, elle fit jouer la sandale au bout de son pied, manquant de la laisser s’échapper. Elle réussit à la faire glisser et reprit le jeu en observant du coin de l’œil son vis-à-vis. Elle n’avait pas mis longtemps à comprendre la fascination qu’exerçaient ces drôles de chaussures sur son partenaire, et l’avantage qu’elle pourrait en tirer.



Une douce chaleur montait encore des rues lorsqu’ils sortirent du restaurant. Ils marchèrent en direction du lac, à l’écart des lumières de la ville et ne tardèrent pas à parvenir au chemin qui en longe la berge. Il ne se lassait pas de jeter un coup d’œil discret en direction des pieds de Béatrice, se délectant de la souplesse du pied aspirant à chaque pas la sandale rigide. Le désir montait sourdement en lui, et il sentait se dilater ses organes sexuels, dans des proportions rarement atteintes. Gauchement, il la manœuvra pour la bloquer contre la rambarde qui les séparait des eaux du lac et pour lui couper une possible retraite ; elle eut juste le temps d’amorcer un subtil demi-tour et lui présenta le dos tandis que le haut de son buste surplombait la barrière.



Il l’enserra tandis qu’elle appelait, sans grande conviction, les volatiles :



Il fit glisser ses lèvres sur le cou de Béatrice, et y déposa de petits baisers nerveux et brûlants. Ses mains montèrent lentement sur les seins libres de Béatrice, qui ne disait à présent plus rien. Il caressa fiévreusement les mamelons fermes, et, se frayant un passage dans l’échancrure de son corsage, commença à provoquer les pointes gonflées des seins de Béatrice. Par-dessus l’étoffe, elle pressa cette main contre elle, l’encourageant dans sa promenade aventureuse. Puis, très lentement, elle laissa peser le poids naturel de sa main, qui guida avec assurance les doigts de Daniel vers son pubis. Il obéit docilement, souleva à peine la jupe courte et remonta le tissu jusqu’à découvrir l’orée de l’intimité de Béatrice. La fraîcheur la fit frissonner et elle lui donna un nouvel élan. Elle était prête pour un nouveau vol libre, les sens à fleur de peau, les grandes lèvres humides ourlées autour de son clitoris gonflé, outrageusement exposé aux eaux sombres du lac. Il la caressa vivement, l’autre main lui malaxant le sein, tandis qu’elle se cambrait en tendant vers lui la naissance de ses lèvres au prix d’une contorsion douloureuse. Elle eut un premier spasme et il eut l’habileté de relâcher légèrement la pression de sa caresse, ce qui provoqua immédiatement en Béatrice une montée de désir. Elle se trémoussait, respirait irrégulièrement. Les jambes légèrement écartées elle poussa un long gémissement et se rétracta lentement en tremblant : elle lui offrit le plus langoureux baiser qu’elle n’ait jamais consenti à ses amants, à pleine bouche, les yeux fermés pour mieux retenir les frissons du plaisir. Elle embrassa le bout des doigts qui l’avaient caressée, et prit le bras de Daniel pour l’envelopper autour du cou, tandis qu’ils prenaient le chemin du retour. Elle sentait la fraîcheur passer sous sa robe, la nudité de ses pieds, le mouvement de ses seins sous la cotonnade, elle respirait à nouveau l’atmosphère de l’amour. Toute étourdie de cette aventure, elle en oubliait les défauts de son compagnon et goûtait pleinement le moment.


De manière plus prosaïque, Daniel avait un sérieux problème. Tous ces ébats avaient provoqué en lui une irrésistible sécrétion qu’il ne pouvait libérer. Ses bourses étaient douloureusement gonflées et le gênaient même pour marcher. D’habitude enchanté de sentir sa virilité, il éprouvait un impérieux besoin de soulager cette pression. Cette fois, elle ne refusa le vol d’un baiser lorsqu’ils empruntèrent l’ascenseur pour regagner leur chambre. Elle se hissa même sur la pointe des pieds pour venir cueillir une pointe humide de douceur ce qui n’arrangea pas la situation de Daniel. La quasi-absence d’intimité le renvoyait vers des calculs confus où Béatrice l’aiderait à soulager ce qui était à présent une gêne. Et elle qui restait câline, après ces deux orgasmes de l’après-midi !



Respectant leur pacte de chasteté, il avait gardé son slip au moment de se déshabiller et de se glisser sous les draps. Béatrice aussi avait sorti une sage petite culotte blanche de son sac, cependant qu’elle lui offrait le spectacle réjouissant de ses petits seins fermes et haut perchés.



Il regarda à droite et à gauche, et suivant le regard de Béatrice, avisa le gland gonflé de son sexe qui pointait hors de son slip. Il tenta de le faire glisser sous le jersey mais son membre bandé ne tint pas en place.



Daniel se mit à genoux et fit maladroitement glisser le slip sur les jambes et le lança à la volée sur le fauteuil.



Décomplexé par les mots choisis de sa partenaire, Daniel entreprit une courte leçon d’anatomie :



Il était trop indisposé pour ne pas avoir l’idée de se masturber devant elle, qu’importe ce qu’elle en penserait, il avait absolument besoin d’une éjaculation ; mais il se sentait en confiance, et capable d’audace.



Elle se décida sans trop d’hésitation et approcha la main. Il la laissa libre de l’exécution de ses mouvements : elle toucha le gland violacé et se retint un instant.


« C’est gros, pensa-t-elle, c’est chaud aussi… »


Elle fit de sa main un délicat fourreau qui emprisonna la hampe de sa verge, et la fit insensiblement aller et venir. Daniel n’en revenait pas et l’imitant dans ses ébats, respira plus fortement. La candeur du geste hésitant ne fit qu’amplifier les sensations érotiques de Daniel.



Il lui prit le bras, et l’invita à continuer. Elle amplifia le mouvement, mais trop intensément pour l’état actuel des organes de Daniel.



Et il la guida délicatement. Elle regardait l’extrémité de la verge rentrer et sortir de son poing, et perler quelques gouttes de sperme. À cet instant, il rêvait ardemment que sa bouche emprisonne son gland et se substitue à la caresse de ses mains. Il avait l’impression qu’elle hésitait, mais il ne voulut pas la forcer, ne voulant pas rompre le charme de cette journée inattendue. Il essuya les gouttes de sperme du bout du doigt, et le présenta aux lèvres de Béatrice. Elle abaissa les paupières et ne se dégagea pas. Il fit pénétrer son doigt entre les lèvres de Béatrice qui l’embrassa voluptueusement. Elle continuait ses mouvements de va-et-vient, augmentant la cadence au rythme de l’affrontement de leurs langues. Soudain, il prit une profonde inspiration et s’abandonna dans un profond et douloureux orgasme. Le sperme gicla littéralement et trempa leurs peaux, les draps furent instantanément maculés. Elle était heureuse d’avoir su lui donner du plaisir, il était ravi d’avoir su dominer la résistance de Béatrice et ils s’endormirent aussitôt enlacés au milieu du terrain froissé et humide de leurs ébats.





III.



La présence inhabituelle d’un corps tiède tira lentement Daniel de son sommeil. Peu à peu ses sens se réveillaient, et sa main glissa mollement de la hanche de sa compagne. Sans même ouvrir les yeux, il releva la main et chercha à tâtons. Il devina le creux de la hanche et fit lentement et délicatement glisser sa paume sur la bosse formée par les cuisses de Béatrice, atteignit les jambes et dégringola sur le drap hors de portée. Il devina qu’elle lui tournait le dos et il se sentit moins intimidé. Il reprit le manège en explorant le haut du corps de Béatrice : ses doigts atteignirent les épaules, et ils dévalèrent les bras frais, glissèrent vers les reins, escaladèrent la hanche et abandonnèrent la douceur de cette peau effleurée. Méthodiquement, il répéta son geste, imposant une pression variée sur les formes offertes. Béatrice poussa un soupir. Il s’interrompit un instant, guettant une réaction, suspendant ce moment de pure douceur pour mieux pouvoir le reprendre. Quand bien même aurait-il osé se rapprocher qu’il n’aurait pu le faire, sa verge dressée le tenant à distance respectable de l’objet de ses désirs. Les yeux mi-clos, il prolongea la glissade de ses caresses jusqu’aux genoux, jusqu’aux mollets puis jusqu’aux pieds de Béatrice. Tout comme il l’avait fait l’après-midi, il les massa délicatement. Béatrice répondait faiblement mais de manière très perceptible à ses assauts érotiques en remuant paresseusement les orteils.


Une soudaine pulsion poussa Daniel à se lever ; il fit silencieusement le tour du lit, saisit les sandales abandonnées sur la moquette et s’allongea tête bêche face à Béatrice, à son aise pour reprendre le ballet érotique des caresses. Il joua des orteils de Béatrice qui réagissaient au contact des sandales, déposa des baisers fiévreux sur les orteils cambrés sous la bride de cuir. Il se raidit par instinct lorsqu’il sentit un contact sur le bas de son ventre, massant le velours de son pubis, à la racine de son sexe bandé. À nouveau, il partit en croisade vers le triangle de l’intimité ultime de Béatrice, glissant sur les cuisses fermes qui s’entrouvraient lentement. Il fit légèrement basculer le bassin de Béatrice, qui libéra largement l’accès de son hymen. Avec délicatesse, il écarta les grandes lèvres, et humidifia du bout de la langue l’ultime barrière de peau ; celles-ci s’entrouvrirent légèrement, dévoilant un sillon rose pâle de la vulve au bout duquel perlait le clitoris en fête de Béatrice. Il prit un malin plaisir à exposer le sexe offert, en ourlant les grandes lèvres et contemplant ce spectacle exceptionnel. Dans un demi-sommeil Béatrice commençait à s’agiter, respirant de plus en plus profondément, le bassin oscillant sporadiquement sous les brefs accès de caresses. Elle ahanait de manière sourde une invitation que Daniel ne comprit pas mais qu’il interpréta comme une incitation à poursuivre, à amplifier ses assauts. Du bout de la langue, il titilla le clitoris gonflé de plaisir, glissant le long du sillon et terminant sa course à l’orée du vagin entrouvert. De sa main libre il caressait le pied de Béatrice qui commençait à être prise de spasmes et émettait par instant un petit râle ponctué d’un « Ouiiiiiiiiiiiii ! » nettement audible à présent.


Béatrice se tortillait lascivement à présent, luisante de sueur, tandis que Daniel portait l’estocade. D’une main, il maintenait écartées les grandes lèvres du pubis de sa partenaire tandis qu’il faisait jouer le clitoris sous ses doigts puis il porta l’estocade en plongeant profondément les doigts dans le vagin découvert. Ce geste brutal tira un cri de Béatrice, qui, dans un réflexe de défense plaqua sa main sur son pubis. Daniel attrapa cette faible défense et l’appliqua sur le sillon brûlant, provoquant un puissant mouvement de va-et-vient. Soumise à ses sens Béatrice se masturba intensivement, tandis que Daniel lui fouillait méthodiquement le vagin, s’appliquant sur les zones érogènes. Soudain, Béatrice poussa un long râle et se tendit, elle fut prise de spasmes, respira par à-coups, râla encore en se relâchant lentement. Elle écarta les mains de son partenaire et se relâcha entièrement, couchée complètement sur le dos, au milieu d’un fatras de draps froissés. Elle attira Daniel à elle le pressant sa tête sur sa poitrine encore secouée d’une respiration profonde et mal maîtrisée. Elle l’embrassa longuement, lui offrit des sourires qui valaient les plus beaux discours.


À califourchon sur sa partenaire, Daniel se redressa et progressa à genoux de sorte qu’il put quasiment s’asseoir sur les seins bombés de sa partenaire, et que sa verge dressée comme une hampe de drapeau barrait verticalement le champ de vision de Béatrice. En basculant lentement le buste, il amena le gland dilaté à proximité du visage de Béatrice qui fronçait les sourcils. Cette longue chose dure ne l’inspirait qu’à moitié. Elle était sur la défensive et ne réagit pas aux contacts tièdes de la verge sur son visage. Quelques gouttes de sperme s’étaient échappées et luisaient sur la commissure de ses lèvres. Il prit alors fermement la tête de Béatrice entre ses mains, et la guida son sexe bandé. Elle fit une grimace et pinça les lèvres en faisant la moue. Il fit aller et venir la pointe de son sexe sur les lèvres hermétiquement closes, tentant, tel un bélier de se frayer un passage. En vain Béatrice refusait tandis que la pression montait du côté de son compagnon. Elle tenta d’approcher les mains pour suppléer à la réticence de sa bouche, mais il les empoigna et reprit l’offensive de plus belle. Les frictions répétées provoquèrent la montée du plaisir de Daniel qui se libéra à nouveau, maculant le visage de Béatrice qui se débattait sous cette pluie visqueuse. Il ne lui épargna pas la moindre goutte de sperme et exprima ainsi une secrète vengeance. Il la força à rester exposée, tandis que le liquide coulait lentement sur ses joues, mouillant la pointe de ses mèches brunes. Du bout du doigt il étala le sperme sur les lèvres de Béatrice qui agitait à présent la tête en tous sens. D’un coup de rein elle se dégagea et s’échappa vers la salle de bain dans laquelle elle se barricada. Elle en ressortit intégralement lovée dans les draps de bain, boudeuse et pourtant secrètement heureuse. Elle aimait se complaire dans ces situations ambiguës, bien que le paradoxe de ses sentiments lui ait déjà joué des tours cruels. Pour l’heure, son compagnon n’en avait cure, les testicules soulagés, et la tête encore bourdonnante de plaisir. Il savait simplement que Béatrice pouvait être conquise et qu’en s’y prenant bien, il pourrait la tenir par les sens.



Comme si rien ne s’était vraiment passé, ils plièrent bagages et prirent la route du retour. Le temps était gris, la route humide, Daniel était concentré sur sa conduite et Béatrice était perdue dans ses rêves. Leurs doigts se rencontrèrent sur le velours des fauteuils, en un dialogue muet. Arrivés au pied de son immeuble, elle se tourna vers Daniel :



Elle chercha ses mots tandis qu’une partie des souvenirs du week-end lui passaient devant les yeux.



Sans grande conviction, Daniel acquiesça :



Ils se séparèrent sans effusion et échangèrent un rapide baiser à l’abri des regards indiscrets dans une ville qui n’avait pas à connaître leur secret.





IV.



Cette expérience avait été si inhabituelle pour elle, que Béatrice avait relégué cette escapade au rang d’un rêve brouillé. Elle d’habitude si prude ne pouvait concevoir d’entretenir une relation avec un garçon dont elle ne savait finalement que peu de choses. C’était décidé, elle ne le reverrait plus. Elle sentait bien qu’au rythme où ils étaient partis, elle ne garderait pas longtemps son pucelage et comme elle avait des principes… Elle se réjouissait d’ailleurs que leurs ébats aient eu lieu loin de tout, totalement incognito. D’ailleurs son rythme ordinaire avait repris le dessus et ne lui laissait guère de temps pour gamberger. Daniel avait bien essayé de l’appeler à plusieurs reprises, mais elle avait laissé le répondeur débiter son message laconique : il se lasserait bien.


Cependant, les sens de Béatrice en décidaient autrement et elle sentait régulièrement monter en elle de manière inexpliquée des bouffées de chaleur qui lui envahissaient la tête et provoquait de soudaines absences.



Béatrice dut carrément se retourner pour cacher le rouge qui lui montait au front ; mais finalement assez colère contre sa camarade elle blêmit ce qui finalement ne modifia pas son teint rose :



Pour rien au monde elle n’aurait laissé l’occasion à cette bavarde d’Anne le soin de colporter la nouvelle de l’année : Béatrice a un amoureux, peut-être même un amant ! Cet épisode la conforta dans l’idée d’oublier aussi vite que possible le grand benêt avec lequel elle s’était livrée à quelques figures érotiques.


De retour chez elle, elle dut se rendre à l’évidence. Plus tard, en passant devant la vitrine d’une grande pharmacie, son regard fut capté par un présentoir de sandales orthopédiques, les mêmes, ou presque, que celles qu’elle avait ramenées dans ses bagages, et immédiatement enfouies au fond de son armoire. Il y en avait de toutes sortes et de plusieurs couleurs. Tel un enfant devant une vitrine de Noël elle resta collée face à la vitrine tandis que le présentoir pivotait lentement sur lui-même. Plus rien ne l’atteignit pendant d’infiniment longues secondes, ni le bruit de la circulation, ni les passants qui la frôlaient. Elle se sentait littéralement fondre et poussée par un sixième sens. Sans même réfléchir à ce qu’elle faisait, elle poussa la porte du magasin et marcha instinctivement vers les présentoirs. Elle s’approcha d’un présentoir, et approcha la main des sandales ; le simple contact du bois lui rappela les sensations fraîchement découvertes, l’abandon de son corps à ses sens. Elle sursauta lorsqu’une vendeuse lui adressa la parole. Béatrice bafouilla une réponse. La vendeuse impassible lui demanda si elle voulait essayer le modèle dont elle avait un exemplaire en mains.



La vendeuse avait bien perçu la gaucherie de Béatrice, plus habituée aux escarpins qu’aux sabots.



Béatrice qui était un peu revenue à elle se découvrait prise au piège dans ce magasin ; le moment était sublime, mais il fallait maintenant en sortir au plus vite avant qu’on ne la reconnaisse avec ses invraisemblables sabots blancs aux pieds.



Béatrice déclina l’offre tout en tortillant le pied dans son mocassin.


« Encore un piège », pensa Béatrice en attrapant le sac imposant que lui tendait la vendeuse, sur lequel était inscrite en grosses lettres colorées la marque de sa nouvelle acquisition.


Sitôt passé le coin du pâté de maison, elle roula le sac sous son bras et prit le plus court chemin jusqu’à son appartement. Elle avala quatre à quatre les escaliers, claqua la porte et s’effondra sur son lit, toute habillée. Elle reprit peu à peu son souffle et se traita d’idiote. Face à ces situations de désordre, Béatrice ne connaissait qu’un remède miracle : le thé. Le temps de faire bouillir de l’eau, de choisir une tasse adaptée à l’humeur du moment de laisser infuser puis faire fondre lentement un demi-sucre, elle retrouva son calme et ses esprits, ses idées se réordonnaient, et elle y voyait plus clair.


Mais cet après-midi, ce qu’elle voyait très clairement, c’était ce sac et la boîte à chaussures qu’il contenait, posé sur la table basse à côté de la théière fumante. Comme si ce fut un fruit défendu, elle approcha la main de la boîte et souleva lentement le couvercle. Une senteur soutenue de cuir se dégagea, elle se pencha même en avant pour mieux saisir l’odeur. Mais elle referma la boîte aussitôt pour se concentrer sur sa tasse de thé. La tasse finie, elle n’arrivait toujours pas à décrocher son regard de la boîte : au plus profond d’elle-même s’opposaient la tentation violente de se saisir de la boîte et de l’envoyer voler de l’autre côté de la pièce, et la non moins violente tentation de se caresser, en souvenir des étreintes de son compagnon délaissé.


Ce qui était fait était fait, et cette boîte symbolisait les efforts qu’elle avait faits sur elle-même pour vaincre ses idées reçues. Elle entrouvrit à nouveau le couvercle, dégagea le papier de soie crissant et découvrit le galbe d’un sabot. Elle le saisit et le fit jouer dans sa main. Elle en découvrit les moindres détails : la semelle de bois blond était protégée sur toute sa longueur par un patin en matière synthétique blanche marquée de petites stries pour éviter les glissades. La couverture de cuir perforé blanc était cloutée au côté de la semelle rigide ; un gainage souple protégeait le coup de pied contre les frictions et une bride articulée permettait la retenue efficace du sabot par le talon. Les formes étaient souples et rondes, elle glissa la main sur la semelle et l’enfouit comme s’il s’était agi d’un gant. Elle fit tourner le sabot à hauteur de ses yeux, l’approcha de sa bouche et toucha le cuir de la pointe de la langue. L’odeur du cuir l’enivrait, elle le passa délicatement contre sa joue en feu, sa main alourdie par le sabot tomba mollement sur le côté. Inconsciemment, son autre main ne cessait de frôler son corsage et le creux de sa jupe. De ses paupières mi-closes, elle ne distinguait plus qu’une parcelle de réalité, son esprit s’envolait vers un ciel à peine découvert. Son corsage était à présent déboutonné, et ses doigts couraient sur la pointe durcie de ses seins. Elle se laissa glisser sur le dos, les jambes pendantes et s’abandonna un long moment, les yeux mi-clos contemplant vaguement la rosace du plafond. Ses pensées vagabondaient, elle repensait aux émotions érotiques de son jeune passé : pas de quoi pavoiser. Elle s’était bien laissée caresser par quelques prétendants boutonneux, plus pour ne pas tenir la chandelle que par pulsion sensorielle. En revanche, elle avait une intuition assez juste des jeux de l’amour mais n’avait jamais trouvé avec qui les mettre en pratique. Daniel, peut-être, mais il ne correspondait pas vraiment à son genre d’homme non plus.


Elle palpa le dessus de lit autour d’elle, cherchant à tâtons la boîte et réussit à attraper le second sabot et, le prenant par le talon elle l’enfila à l’aveuglette et fit jouer son pied dedans. Elle ramena son autre main sur son ventre fit remonter le sabot vers sa poitrine. Le frottement des stries des semelles immaculées sur la pointe de ses seins provoquèrent une intense réaction qui parcourut son corps tout entier. Elle sentait la fièvre l’envahir peu à peu. Toujours allongée, elle fit glisser le sabot sur son buste, ses jambes, ses reins. Elle le passa et repassa sur son pubis réveillant son clitoris à travers le fin jersey humide de sa culotte. Elle se sentait perdre la tête et toute capacité de réaction. Elle finit par repousser sa culotte pour libérer un passage offert au passage du cuir de son sabot. Le prenant à deux mains, elle en dirigea la pointe vers son clitoris qu’elle bouscula sans ménagement. Prise par surprise, elle jouit instantanément en haletant, laissant échapper le sabot qu’elle tenait sur le tapis et ne put se rappeler si elle avait crié ou même perdu connaissance. Sa tête bourdonnait lorsqu’elle se hissa sur les coudes et prit conscience du chantier créé par ses ébats. Elle sourit de constater qu’elle portait toujours un des sabots et le fit jouer à contre-jour. Reprenant ses esprits, elle replaça ses incroyables chaussures dans leur boîte et ne sut qu’en faire. Quels pouvoirs magiques contenaient-elles qui l’aient ensorcelée de la sorte ? Fallait-il les jeter au feu ou les conserver précieusement ? Rejoindraient-elles les sandales à bride rouge au fond de l’armoire (Se souvenait-elle seulement de l’endroit où elle les avait mises), ou bien tomberait-elle dans le fétichisme et voudrait-elle les avoir à portée de main pour renouveler ces exercices érotiques ? Ne sachant pas trop que faire, elle finit par glisser la boîte sous son lit, où elle essaya de les oublier.


Sans se l’avouer Béatrice était régulièrement hantée par la présence de la paire de sabots sous son lit. Lorsque le sommeil ne venait pas, qu’étendue sur le dos elle essayait de se relaxer en détendant tour à tour tous les muscles de son corps, sa vue se brouillait et son esprit vagabondait dans ses souvenirs érotiques. Béatrice la jeune fille solide, sérieuse se découvrait des phantasmes et n’osait pas se l’avouer. Plus d’une fois elle avait hésité à soulever le matelas, renverser le sommier, fracasser la fenêtre en y jetant la boîte aux sabots. Son cœur s’emballait, son esprit se brouillait et retrouvant son calme Béatrice s’endormait. La boîte jaune et bleue était toujours sous le lit. Heureusement, ses études la passionnaient, et ses facultés de concentration lui permettaient de s’immerger totalement dans ses cours, d’oublier tout le reste, et parfois même l’heure des repas.


Cependant ses aventures intimes l’avaient quelque peu coupée de son cercle de relations, ses copines la pensaient préoccupée par ses prochains examens s’inquiétèrent pas plus que ça de cette distance passagère. Daniel n’avait pas donné signe de vie ; « Quel beau salaud celui-là ! » lui arrivait-il de penser. « Et en plus il m’a collé cette espèce de bêtise dans la tête ».


Elle n’osait s’avouer qu’elle plongerait éperdument dans le plus total phantasme s’il avait fait le moindre signe. Du reste il lui arrivait de repenser à l’escapade suisse, aux caresses et au plaisir reçu avec un brin de mélancolie.


Un soir qu’elle s’abandonnait mollement à cette rêverie, elle laissa pendre son bras, et fouilla machinalement le dessous de son lit. Sa main finit par heurter la boîte qu’elle fit glisser à portée de sa vue. Lentement, elle entrebâilla le couvercle, essaya de distinguer le contenu dans la pénombre. N’y parvenant qu’à peine, elle plongea la main dans la boîte, vérifia son contenu par palpations successives. La magie de la nouveauté faisait encore son effet et un sournois désir grandit à nouveau en elle. Repliant les jambes sous elle, elle bascula le torse et se retrouva assise au bord de son lit. Là, très lentement, elle enfila tour à tour les deux sabots. Pour cette fois, elle ajusta leur bride à son talon, s’assurant qu’ils ne glisseraient pas, puis d’un geste machinal elle fit glisser sa chemise de nuit par-dessus ses épaules. La tête bourdonnante, et s’affaissa mollement, s’étendit sur le dos, paumes ouvertes vers le ciel, les jambes légèrement écartées. Elle s’obligea à résister à la tentation de la masturbation, tandis que la légère fraîcheur de la chambre faisait frissonner sa peau et se dresser la pointe de ses seins. Elle résista si bien qu’elle finit par s’endormir, l’esprit habité de rêves si étranges qu’elle ne s’en souviendrait sans doute jamais. Elle se sentait éternelle. Elle n’attendait plus que le plaisir, car parler d’Amour l’inquiétait.



Au petit matin, un souffle d’air la fit frémir et la tira de sa torpeur. Son esprit reprenait le dessus et analysait : « Tu es nue comme Eve, couchée au-dessus de tes draps, il fait frais mais tes pieds sont douillettement protégés ».


« Je deviens folle avec ces histoires », pensa-t-elle.


Elle se força encore à l’immobilité et ne bougea pas ; elle se laissa envahir par la sensation de fraîcheur du petit matin, alors qu’une pâle lumière filtrait à travers les rideaux. Un volcan avait pris la place de son sexe dont l’éruption ne serait bientôt plus contrôlable. Le sang battait à ses tempes et sa tête dodelinait sur l’oreiller.



À présent, elle voulait les longues mains de Daniel, maintenant, elle espérait sa bouche, sa langue, immédiatement. N’y tenant plus, elle replia une jambe, défit nerveusement la bride du sabot, le saisit à deux mains et se caressa intensément. L’orgasme s’étouffa dans ses râles. Sa poitrine animée de spasmes profonds s’apaisa, et elle glissa dans le monde inconscient des rêves profonds.


Elle se traita de tous les noms lorsqu’elle découvrit l’heure avancée sur les aiguilles de son réveil. Elle abandonna d’un bond les draps froissés, passa en coup de vent dans la salle de bain et dut faire l’impasse sur le petit-déjeuner. Un aléa ne venant jamais seul, Béatrice tomba à la sortie de son immeuble sur les deux plus grandes intrigantes de son entourage.



Répondre ou ne pas répondre n’aurait rien changé à l’affaire, dans l’heure qui allait suivre, tout le monde saurait que la sage Béatrice avait été aperçue sortant en catastrophe de chez elle, maquillée en vitesse, le cheveu désordonné et la mine tirée.



Béatrice haussa les épaules, prétexta un quelconque rendez-vous et donc son absence des bancs de la fac ce matin-là. L’esquive ne fit que rajouter à la suspicion que les deux « bonnes copines » ponctuèrent d’un :



Tournant les talons, Béatrice s’engouffra dans le premier bistrot venu et commanda un café serré. Il lui fallait quelque chose de fort (plus fort que son sacro-saint thé de Ceylan) pour émerger de sa torpeur. Sa tête bourdonnait de divers scénarios aussi absurdes qu’improbables ; elle était écartelée entre le projet de rompre avec cette phase étrange de son passé récent et la tentation de plonger tête baissée dans cette aventure absurde et sulfureuse. La matinée était à présent gâchée, trop entamée pour refaire son apparition comme si de rien n’était, ce qui aurait alimenté les rumeurs et atteint son moral. Elle rebroussa donc chemin, hâtant le pas pour éviter de nouvelles rencontres fortuites, cherchant dans l’air du temps une inspiration, un signe qui l’aiderait à prendre des décisions.


Dans l’étroite cabine d’ascenseur qui la hissait vers son appartement, elle avait la tête vide, disponible à la moindre intuition, sans autre projet que celui de se retrouver seule. Elle fit jouer la clé dans la vénérable serrure, rangea son tailleur avec soin de la penderie et sacrifia au cérémonial de la préparation du thé. Elle emporta dans sa chambre le petit plateau sur lequel tintait sa tasse préférée et le déposa sur son bureau. Elle observait la moitié de sucre immergée dans le liquide odorant se désagréger lentement, se dissoudre et disparaître. Avec une lenteur calculée elle porta la tasse à ses lèvres, les volutes de vapeur lui caressant les narines. Elle savoura chaque gorgée comme rarement elle en avait eu l’occasion, laissant libre cours à ses sens exacerbés.


Mue par une sourde pulsion, elle décida de prendre un bain. Elle tourna les robinets de l’antique baignoire en fonte, ajusta la température et prépara quelques linges. Revenant vers sa chambre elle se déshabilla, ou plutôt s’effeuilla laissant négligemment tomber ses vêtements autour d’elle. Le caractère extraordinaire de la situation lui donna des bouffées de plaisir. Nue en plein jour, en plein milieu de la matinée, elle resta un moment immobile au milieu de la chambre. Au milieu du fouillis de draps abandonnés au lever, elle retrouva les deux sabots. S’asseyant sur le bord du lit et les chaussa avec une certaine volupté, ajusta les brides, et flotta plus que ne marcha vers la salle de bain. Béatrice resta un long moment immergée jusqu’au menton dans un bain très chaud, quasiment immobile, les yeux mi-clos. Elle prenait lentement et inexorablement conscience de sa féminité, de ses sens et de la manière de les exacerber. Quelques semaines auparavant elle avait rougi en se caressant, et voilà qu’elle osait à présent aventurer ses doigts sur la corolle de ses seins, dans le sillon de son sexe. Elle se masturba avec mesure, le clitoris encore sensible, résultat des assauts de la nuit, restant en deçà de l’orgasme et jouant avec la montée de son plaisir comme on dresse un château de cartes. La jeune fille en sucre fondait lentement dans son bain…


Béatrice sortit de l’eau avec paresse et se lova dans une vaste serviette de bain et fit un moment face à une étroite et haute glace qui lui permettait de se voir en pied. La tête bourdonnante, elle observa son propre reflet n’osant croiser son propre regard. Elle n’avait rien d’un mannequin mais ses formes étaient souples harmonieuses. Elle laissa choir la serviette, et, dans un réflexe très féminin elle emprisonna ses seins dans ses mains. Elle observa son cou, ses épaules ; abaissant les mains elle découvrit lentement ses mamelons hauts perchés. Ils n’étaient pas très gros, mais suffisamment fermes et élastiques pour qu’elle puisse de temps en temps les sentir danser libres et simplement couverts d’une chemisette. Elle avait le ventre encore à peine bombé des petites filles et les hanches plutôt étroites. Des jambes joliment galbées supportaient un corps qu’elle se surprenait à ausculter méthodiquement et entièrement pour la première fois. Comme elle détaillait ses pieds, elle accrocha du regard les sabots renversés. Elle se jucha sur les semelles de bois et revint à la glace pour étudier l’effet. La plante de ses pieds épousant la semelle orthopédique lui procurait une délicieuse sensation de confort et de chaleur. En se contorsionnant, elle s’observa de dos et trouva que tout compte fait, elle n’était pas si mal faite ! Poussant l’inspection plus avant elle se campa très près de la glace, les jambes écartées et fit glisser ses doigts dans le discret velours de son pubis. Avec délicatesse elle écarta les barrières charnues de son intimité ultime, jusqu’au retranchement de son clitoris. Entre deux doigts, elle le fit saillir pour l’observer à l’envi. Elle porta un doigt à ses lèvres l’humecta pour le porter sur la perle dilatée au creux de son sexe. Béatrice la prude devenait Béatrice la pucelle impudique. Finis les tabous, les frustrations, elle serait explosive, s’enivrerait de plaisir : c’était sa décision, sa nouvelle force et sa joie. Se regardant fixement dans la glace, elle plongea son doigt humide dans le vagin, se pénétra et remonta le doigt à ses lèvres :



Se défiant elle-même, elle se déchaussa et glissa sur les genoux ; assise sur ses talons, fixant la glace elle voyait la nouvelle femme qu’elle était se masturber tranquillement. Puis elle attrapa son rasoir ordinairement réservé à ses jambes, changea la lame et entreprit d’éclaircir sa toison pubienne. Ce ne fut pas très long, car le système pileux de Béatrice n’était pas très développé. Tout au plus égalisa-t-elle l’épaisseur et la forme de la barre brune qui masquait à peine ses lèvres. Elle rougit jusqu’aux oreilles en s’imaginant se raser complètement, mais, non, pas maintenant, plus tard, peut-être. À la totale confusion de ses pensées vint s’ajouter un tiraillement de l’estomac : midi !





V.



Acceptant mieux sa nouvelle sensualité, il fallait qu’elle se reprenne en main, et Béatrice s’activa à ranger la salle de bain, sa chambre et fila à la cuisine se préparer un solide déjeuner. Encore étourdie de plaisirs et délicieusement douloureuse dans son intimité, elle échafaudait des projets d’avenir qui laisseraient place à des sentiments inexplorés. Ainsi planifiait-elle que certains soirs seraient consacrés aux plaisirs égoïstes de la chair. Ces jours-là, avant de partir, elle disposait ses sabots face à la porte d’entrée. Le soir elle se trouvait face à face avec sa propre vérité, abandonnait sur place ses vêtements de ville et passait la soirée quasiment nue dans une tendre paresse ; puis elle s’allongeait sur son lit en appelant le plaisir tout en se forçant à l’immobilité. Ses mains résistaient plus ou moins longtemps à la tentation et libéraient la tension érotique accumulée pendant une journée entière. Dans ses phases d’attente elle revoyait régulièrement le visage de Daniel se profiler à l’arrière plan, sans qu’elle puisse juger si cette apparition la transportait ou la freinait dans ses élans.


Le fait est qu’il avait dû se lasser : les coups de téléphone et les messages s’étaient espacés. Béatrice ayant pris ses distances par rapport à leur groupe d’amis, elle n’avait plus de nouvelles même indirectes. Or décidée à aller jusqu’au bout de ce voyage initiatique, elle s’interrogeait et souhaitait interpréter ses songes. Enhardie par ses expériences privées, elle se jeta à l’eau et décrocha son téléphone : peine perdue, la ligne sonnait dans le vide et Daniel qui avait horreur des répondeurs n’était pas équipé de ce dispositif. Qu’à cela ne tienne, elle se rappelait avoir griffonné son numéro professionnel.



Béatrice avait insisté sur l’urgence, par défi, par gourmandise, pour mieux apprécier la réaction de Daniel. Il rappela effectivement une heure plus tard, la voix essoufflée au téléphone trahissant son empressement à rappeler.



Il s’attendait à des nouvelles graves et ne reçut en retour qu’une innocente et banale invitation à prendre le thé en fin d’après-midi. Surpris par la disproportion entre le côté pressant de l’appel et la futilité de l’objet il s’assura :



Aussi étrange qu’inattendu… cet appel était tellement désarmant qu’il ne réussit même pas à demander à Béatrice de programmer une autre date, car il allait devoir changer son emploi du temps pour se libérer ; et sous quel prétexte encore ? Leur petite aventure passée, il était tombé sous le charme d’une grande blonde romantique à qui il faisait une cour assidue.


Le peu de sagesse qui habitait encore l’esprit de Béatrice la fit rougir de sa folie et elle perdit pied un instant.



À 5 heures précises, il fit tinter le carillon de l’appartement de Béatrice, guettant les craquements du plancher sous les pas de son hôtesse. Il y eut un silence qui lui sembla interminable, un claquement de porte, un bruit de pas mesurés et la porte s’ouvrit en grand sans même que Béatrice ait regardé par l’œilleton. Angoissée par l’attente, elle avait surveillé l’arrivée de son invité par la fenêtre et avait savamment mesuré le temps qu’elle le laisserait patienter face à la porte palière. Elle avait aspergé d’eau froide son visage et avait un peu trop nerveusement repoussé la porte qui avait claqué ; puis elle avait tenté de marcher d’un pas normal jusqu’à la porte d’entrée en reprenant son souffle.



Ayant à peine levé les yeux vers son visiteur, elle eut le regard accroché par un petit paquet ficelé d’un bolduc rouge.



Mais aussitôt après elle se ressaisissait et pensa « Ressaisis-toi ma grande, pas de sentimentalisme, maintiens la pression ».



De nouveau désarçonné, Daniel bredouilla une réponse aussi plate que négative. Au pire voulait-il avoir une idée de la raison de sa présence auprès de ce numéro !


Elle le suivit dans le sombre corridor qui faisait office d’entrée. Elle était habillée comme la plupart des jeunes filles de bonne famille : chemisier blanc rebrodé de décors floraux, jupe grenat jusqu’aux genoux, bas sombres et chaussures en daim marron à talon. Typiquement le style convenu, étriqué et archi-classique dont Daniel raffolait ! Seul le galbe des jambes de Béatrice, souligné par les bas fins, réussirent à réveiller de lointains souvenirs. Elle avait préparé un plateau en argent posé sur un minuscule guéridon qui semblait écrasé par une bergère et une chaise de bureau, uniques pièces de mobilier de la chambre. Béatrice s’éclipsa un instant pour disposer les biscuits sur une assiette tout droit sortie d’un service de poupées. Ce garçon avait donc un minimum de manières et de mémoire, de plus il avait répondu à son appel sans trop rechigner ; un sentiment de domination la traversa soudain qui encourageait Béatrice dans son entreprise.


Daniel se préparait à un échange d’amabilités, lequel précéderait sans doute le sujet qui avait amené Béatrice à solliciter sa présence séance tenante (ou presque).



Daniel faillit s’étrangler et la tasse qu’il tenait délicatement faillit perdre l’équilibre. Elle avait croisé les jambes et l’air innocent, tout en croquant son petit gâteau elle s’était lancée. Un moment avant l’arrivée de Daniel, elle avait hésité à prendre un alcool fort pour libérer sa langue. Mais comme elle n’était pas coutumière du fait, elle avait eu peur des effets secondaires et avait décidé d’être naturellement folle pour un moment. Quasiment agressé pour la seconde fois, Daniel prit le temps de la réflexion, hésita à entrer dans ce qu’il devinait être un jeu.



Daniel resta perplexe et dut subir un nouvel assaut.



Il répondit quasi instinctivement, car il n’avait pas le goût des secrets et mensonges.



Sans se démonter, elle posa délicatement sa tasse sur le plateau, se leva et vint s’installer sur les genoux de Daniel lui prit la main qu’elle pressa sur son sein.



Daniel resta un moment interdit et ne sut comment réagir comme pétrifié par l’assaut amoureux. Il repensa au week-end en Suisse, à sa nouvelle conquête ; un peu gêné, il goûta la saveur de l’aventure totale sur les lèvres de Béatrice en un long baiser.


Aussi soudainement qu’elle s’était abandonnée, Béatrice s’était relevée et assise à nouveau sur sa chaise de travail. Parmi les feuilles éparses sur le bureau elle en tira une :



Daniel sourit face à l’incongruité de la situation.



« Ainsi donc avait-elle des plans ? » se demanda Daniel plus amusé que choqué.



Pour ça, Daniel était convaincu qu’une jeune juriste passionnée saurait déployer des trésors d’ingéniosité pour lui causer pas mal de soucis.



Les termes de l’accord étaient aussi simples que crus.



« Et si c’est oui ? » pensa tout bas Daniel en relisant le papier au bas duquel reposait déjà la signature de Béatrice. Et sa nouvelle romance ? Comment gérer la situation ? L’assurance de Béatrice le bluffa complètement et il se sentit aspiré dans un espace totalement nouveau. Il décapuchonna un stylo, relut une fois encore leur traité secret et le signa dans un geste compliqué.



Daniel eut immédiatement une irrépressible érection qu’elle devina par le fard de son visage et la bosse de l’entrejambe de son pantalon.



Daniel répliqua qu’elle poussait un peu, elle joua de cette réponse pour l’agacer :



Le doigt de Béatrice vint s’écraser sur ses lèvres en guise de réponse. Les doigts de l’autre main de Béatrice glissaient sous les boutons de la chemise de Daniel. Il la prit dans ses bras et l’embrassa intensément. Il voulut dégager un passage vers les seins de Béatrice, mais elle l’en empêcha délicatement mais fermement.



Elle le prit par la main et le conduisit vers la salle d’eau où un bain fumant les attendait. Béatrice voulut absolument dépouiller son compagnon et s’amusa du sexe arqué qui ne voulait pas glisser hors du slip.



Tandis que Daniel se laissait couler dans la mousse Béatrice emporta les vêtements et resta un assez long moment hors de la vue de Daniel.



Daniel tourna la tête vers l’entrée de salle de bain, et découvrit le corps absolument nu de Béatrice encadrant la porte de la pièce. Elle s’avança sans pudeur et réclama une place sous la mousse. Elle glissa face à Daniel après avoir pris soin de relever ses cheveux mi-longs par deux pinces colorées. Ils riaient comme des enfants.



À sa réponse négative elle renvoya un grand éclat de rire.



Il découvrit son buste luisant lorsqu’elle se redressa, la pointe des seins insolemment dressée. Elle lui faisait face et couvrait son visage de petits baisers nerveux.



Prenant appui sur l’épaule de Daniel elle se releva complètement, forçant son compagnon à rester dans l’eau. Du plat de la main, elle fit glisser les pellicules d’eau accrochées à sa peau satinée et enjamba la baignoire. Faisant volte-face, elle reprit son souffle et annonça :



Daniel sourcilla, il n’était pas encore au bout de ses surprises. Il n’en était plus à une folie près. Du fond d’une penderie, elle tira deux très grands sacs en papier blanc. Sur chacun d’eux était tracée au marqueur rouge les lettres « S » et « D ». Il s’agissait effectivement d’un cadeau à portée multiple. Daniel émergea un peu plus de l’eau et interrogea du regard.



Un peu gauche de laisser à autrui le soin de ce qu’il avait toujours fait seul, il se laissa tant bien que mal sécher par Béatrice dont la nervosité était nettement perceptible. Sauf que dans le cas présent, ils étaient l’un et l’autre accaparés par le jeu érotique initié par Béatrice et pour lequel Daniel avait donné son accord formel. Ils achevèrent le séchage par une friction corporelle réciproque, s’agrippant désespérément l’un à l’autre.



Elle le posa sur le plateau du lavabo, plongea cérémonieusement les mains dans le sac et en retira un épais vêtement soigneusement plié. Dans un geste théâtral, le vêtement se déploya face à elle sous forme d’un peignoir de linge éponge onctueux, blanc immaculé qu’elle souleva au-dessus de sa tête pour qu’il ne balaye pas le sol. Elle l’aida à passer le peignoir, et noua elle-même la ceinture. Rassemblant tout son courage, elle lui désigna le tabouret et l’invita à s’asseoir. Le plus délicat restait à venir. Ses tempes battaient, et elle baissa la tête de manière à cacher sa vive émotion. Du sac marqué d’un grand « D » elle sortit une grande boîte en carton jaune et bleu. En un instant, l’émotion se propagea de l’un à l’autre des partenaires. Dans le plus total silence, Béatrice s’agenouilla, posa la boîte à terre et souleva lentement le couvercle. Alors que ses mains commençaient à trembler imperceptiblement, elle tenta de s’imposer le plus grand calme tandis qu’elle libérait une première sandale de bois du papier soie. Sa taille en imposait dans les mains fines de Béatrice, elle n’aurait pas manipulé un godemiché différemment.


Daniel n’en revenait pas et pris de surprise laissa sa partenaire glisser tour à tour les sandales à ses pieds.


Elle se redressa et lui adressant un regard aussi tendre qu’impératif et l’invita à lui offrir son cadeau à elle. Elle se campa très droite face à glace pendant que Daniel déployait quasiment sans surprise le peignoir blanc qu’elle s’était choisi. Il passa derrière elle pour lui en couvrir les épaules puis fit glisser ses bras dans les amples manches. Il lui fit face et noua à regret la ceinture de tissu éponge. Selon le même cérémonial que celui auquel il avait eu droit, un instant auparavant, il posa à terre la boîte en carton jaune et bleu qu’il trouva au fond du sac et dévoila une paire de sabots blancs. Il eut un sourire amusé. Quelle mouche avait donc piqué Béatrice pour qu’elle succombe au charme indicible des socques de bois ? Il la sentit vibrer lorsqu’il commença à la chausser. Il lui caressa d’abord chaque pied qu’il guida avec précaution dans leur fourreau de cuir. Après s’être assuré que le pied était parfaitement en place, il fit pivoter la bride et l’ajusta au talon. Béatrice entra lentement en transe tandis qu’elle sentait la seconde bride lui mordre légèrement la peau.



Elle lui prit la tête entre les mains et la guida vers sa vulve dilatée. Il se mit en position accroupie et fit glisser ses mains sous le linge éponge et prit appui sur les cuisses fraîches de Béatrice. Amusé par les surprises accumulées en cette fin d’après-midi, heureux de cette aventure au goût épicé, il s’appliqua à exacerber graduellement les sens de Béatrice. Sans qu’il le sut ni ne puisse le voir, elle osa progressivement se regarder dans la glace tandis que montait progressivement en elle le plaisir. Le reflet lui renvoyait l’image de son corps et son peignoir entrebâillé devant lequel s’activait un homme qu’elle n’aimait pas vraiment mais qui avait su éveiller ses sens, lui faire découvrir l’art du bien-être, et qui de surcroît la rendait heureuse. Elle l’observait s’activer tandis qu’elle sentait sa langue la caresser ; elle le voyait reprendre son souffle et repartir à l’assaut. Aux frontières de l’orgasme elle attira le visage de Daniel contre le sien et leurs langues mêlèrent le suc animal du stupre.


Béatrice avait pris goût aux caresses appuyées et à la petite brutalisation de ses organes génitaux pour trouver l’extase complète. Elle s’en énervait et ne savait comment guider son compagnon sur le chemin de ses phantasmes les plus secrets.



Il fit glisser sa main le long du torse de sa partenaire et tenta de la pénétrer de l’index. Béatrice se tortillait de plus belle tandis qu’une larme coulait le long de sa joue.



C’est elle qui se laissa glisser le long du corps de son partenaire. Un instant, Daniel crut qu’il recevrait une fellation dans les règles de l’art, mais Béatrice, à quatre pattes, lui baisait les mollets, les chevilles, s’aplatissant de son mieux pour baiser ses pieds comme une damnée. Relevant son visage couvert de larmes, elle lui offrit un douloureux sourire.



Elle retira nerveusement le sabot et se releva en le présentant dans ses deux mains à son partenaire. Elle fit lentement volte-face de sorte que tous deux faisaient face à la glace. Béatrice écarta légèrement les jambes, fit glisser le sabot le long de son ventre, le cuir frôlant sa peau, atteignit sa courte toison sur laquelle elle s’interrompit.


Pas très porté sur la psychologie féminine et encore moins sur les phantasmes féminins, il fallut une longue seconde à Daniel pour comprendre ce que sa partenaire attendait de lui. L’addiction de Béatrice lui sautait à la face. Il lui avait donné une légère impulsion et il la découvrait volant quasiment de ses propres ailes. En même temps, il était bouleversé par ce changement d’attitude et par le courage qu’il avait fallu à Béatrice pour en arriver là.


En silence, il entoura Béatrice de ses bras en pesant légèrement, de sorte qu’ils tombèrent lentement accroupis, son dos à elle en appui sur son torse, tous deux face la glace et à peine couverts de leurs peignoirs et totalement nus dans leur pudeur. Ils restèrent un moment à regarder leur propre image renvoyée par la glace. Regardant fixement Daniel dans la glace, elle lui tendit le sabot et d’une voix calme demanda :



Daniel s’exécuta et prit le sabot par le talon. Elle écarta lentement les jambes et commença à onduler de tout son corps. Béatrice fut parcourue de sorte de petits frissons lorsqu’il approcha le sabot de son pubis. Elle s’inclina encore plus en arrière en appui sur son partenaire, ce qui eut pour effet de dégager encore plus son sexe. Dans la glace, Daniel pouvait parfaitement contrôler la trajectoire du sabot dans le sillon largement ouvert. En faisant monter son regard, il pouvait voir la bouche entrouverte de Béatrice aspirant de longues goulées d’air, et sa poitrine se soulever en cadence ; ses yeux étaient clos et ses traits légèrement tirés. Le cuir du sabot devint luisant au fur et à mesure qu’il le faisait glisser de tout son long en maintenant une légère pression contre la vulve offerte. Les mains de Béatrice caressaient ses propres cuisses, les cuisses de Daniel tandis que le rythme des frictions s’accélérait.


Comme si elle s’était réveillée d’une longue et paisible nuit, elle entrouvrit les yeux, et offrit à son partenaire un timide sourire :



Elle rejoint les mains de Daniel sur son sabot et le bascula, la pointe légèrement basculée vers le haut. Sous les yeux écarquillés de Daniel, elle agressa littéralement son clitoris. Daniel resta un moment interdit face à la vigueur de son geste et dut réagir lorsque Béatrice les dents serrées lui conseilla :



Elle se renversa complètement en arrière, le dos cambré sur une jambe de Daniel. Il lui reprit le sabot des mains et dirigeant précisément son extrémité vers le clitoris déjà endolori, il commença à lui asséner de petits coups méthodiques, à le faire rouler hors de son capuchon de chair. Quasi insensible aux petits cris de Béatrice, il fit une courte pause pendant laquelle il dégagea les grandes lèvres et les maintint écartées entre deux doigts, et effleurant la pointe du sabot du clitoris de Béatrice lui glissa :



Question à laquelle il ne reçut pour toute réponse que la morsure des ongles de Béatrice dans ses côtes. Sans plus aucun ménagement, son index agressa la partie haute de la vulve, puis fit rouler le clitoris en de rapides rotations. Sous l’effet de ce traitement radical, Béatrice hurla au bout de quelques secondes, agrippa la main de Daniel pour en accompagner le mouvement aux limites de sa résistance physique puis la rejeta vivement tandis que son corps était encore agité de spasmes. Daniel la couvrit du peignoir tandis qu’elle gisait, insensible à la fraîcheur du sol carrelé. Elle reprit lentement son souffle pendant que son partenaire la veillait du regard.



Elle l’attira à elle et ils roulèrent dans une inséparable étreinte.



Elle le couvrait de baisers et s’agrippait à lui comme à une bouée. Elle poussait de petits sanglots qui l’attendrirent complètement. Non bien sûr, il ne la quitterait pas. Et puis quelle raison aurait-il eu de négliger une maîtresse aussi volcanique. De plus le déballage de fétichisme auquel il avait eu droit était la meilleure garantie de la confidentialité dans laquelle ils voulaient maintenir leur relation. Il avait le sentiment d’être au début d’une relation exclusive et sulfureuse qui valait la peine d’être vécue.


Dans l’immédiat, il se retrouvait une fois de plus les bourses gonflées à bloc à force d’avoir eu des érections. Se redressant sur le coude, il passa sa main sur ses glandes douloureuse où la main de Béatrice le rejoignit. Elle malaxa les testicules, la verge de Daniel sans ménagement.



Elle se releva d’un bond et le força à s’allonger sur le dos. Du bout du pied elle tenta maladroitement d’ouvrir le peignoir de son partenaire, mais celui-ci lui attrapa le pied.



Et elle atteignit les parties génitales de Daniel en les bousculant au passage. Elle passa la pointe de son sabot sous les testicules puis joua à presser la verge gonflée sur le ventre de son partenaire. Daniel crut exploser à plusieurs reprises. Elle fit jouer la semelle sur le gland assombri par l’afflux de sang en le provoquant :



L’esclave en question n’étant pas habitué à pareil traitement ahanait sous les assauts répétés.



Sans crier gare, elle s’assit alors entre les jambes entrouvertes de son partenaire, emprisonna sa verge entre ses sabots tout en enfonçant ses testicules. Elle eut à peine le temps d’attraper la hampe de la verge de son partenaire qu’un geyser visqueux s’en échappa par longues saccades.



Béatrice aussi s’était redressée sur les coudes



Ils s’étaient assis côte à côte et se tenaient par les épaules.



Sans se démonter Béatrice rétorqua :



Et elle s’avança à quatre pattes pour déposer un baiser sur ses lèvres. Ouvrant le placard d’où elle avait tiré les grands sacs de papiers elle indiqua l’endroit qu’elle avait choisi pour y déposer leurs peignoirs et leurs sandales. Un moment ils se regardèrent dans la glace et s’enlacèrent. Comment oublier une pareille effusion ? Béatrice craqua la première :



Pour la première fois, les peignoirs se firent platoniquement face et les deux amants se séparèrent furtivement.





VI.



Tandis que Béatrice jubilait et offrait un visage radieux à ses copines (« Je te dis qu’elle s’est trouvée un Jules, mais elle ne veut pas nous le présenter de peur qu’on le lui pique cette pimbêche ! » aurait-elle pu entendre ricaner dans son dos), Daniel restait perplexe face à cette situation surréaliste. La prude Béatrice lui donnait à présent des leçons de bien être, d’érotisme. Bien sûr les filles ont la réputation d’avoir une solide intuition et une sacrée force de caractère, mais de là à s’émanciper aussi vite… Sans se l’avouer il se demandait franchement s’il n’avait pas rêvé et était impatient, mais alors très impatient de revoir sa maîtresse autoproclamée. Le hic, c’est que dans l’émotion du départ, l’autre soir, ils ne s’étaient pas fixé de rendez-vous, et par ailleurs Daniel avait été échaudé par les éconduites de Béatrice.



Il raccrocha aussi sec et passablement irrité par la ritournelle. Tant pis, il partirait en déplacement avant d’avoir pu lui parler à nouveau.


« C’était trop dingue… trop bien aussi », pensa-t-il.


Fugitivement, pendant ces quelques jours d’absence il repensa à Béatrice, mi-attiré mi-réticent. « Et si c’était une nymphomane ? » Sous un temps gris il rentra chez lui ; le sac en bandoulière il récupéra le courrier dans sa boîte aux lettres et appela l’ascenseur. En dehors des classiques enveloppes, il trouva de petits papiers de couleur pliés en quatre qu’il déplia :


Où es tu ?


Tu as signé !


Ne me laisse pas tomber…


Il compta : un message par jour d’absence ! À peine la porte de l’ascenseur s’était-elle ouverte sur le palier de son appartement que le téléphone retentit. Il eut le réflexe de hâter le pas vers la porte, et se ravisa. S’il en jugeait par l’insistance des messages, il n’avait pas l’ombre d’un doute sur l’origine du coup de téléphone. Il déverrouilla donc tranquillement la porte et la sonnerie finit par cesser. Deux minutes plus tard alors qu’il vaquait à ses occupations ménagères, le téléphone retentit à nouveau ! Tenace celle-là ! Il réfléchit à une issue qui lui permettrait de décramponner sa maîtresse préférée et de la conserver le temps qu’il envisage quel avenir était possible avec cette dernière.



Cette démarche pressante avait de quoi conforter Daniel dans sa position d’amant adulé, mais il redoutait aussi d’être pieds et poings liés avec une maîtresse très exclusive. Il ne crut pas reconnaître la jalousie dans le ton de sa voix, juste de l’inquiétude. La tigresse qui lui avait labouré les côtes de ses ongles peints avait-elle un cœur de gazelle ? Il avait convenu de passer en fin de soirée après avoir réglé quelques problèmes domestiques.



Question à laquelle il avait répondu par un argumentaire suffisamment convaincant pour qu’elle n’insiste pas plus et lui déclare qu’elle attendrait.


Tout en roulant vers son impérieux rendez-vous, Daniel se repassait le film de leurs relations. Il se rappela notamment lorsqu’il avait parlé de manière détachée des habitudes de vie des Européens du Nord, découvertes au cours de plusieurs voyages lorsqu’il était étudiant, et tout récemment encore. La plupart des clichés avaient volé en éclat et il avait découvert une population inégalement raffinée mais constamment soucieuse de son bien-être. C’est au cours d’un de ces voyages qu’il avait découvert toutes sortes de produits inconnus en France, ou tout au moins dans sa ville, parmi lesquels ces étranges sandales de bois dont il possédait maintenant plusieurs paires plus ou moins usées.


Lors d’un séjour linguistique en Allemagne, après la douche collective des garçons (là encore quelle découverte !), il s’était retrouvé bon dernier dans le vestiaire. Alors qu’il s’activait à se sécher, il fut quasiment hypnotisé par la vue d’une paire de socques à lanières brunes, oubliées par un camarade. Le sang lui monta aux joues, fit battre ses tempes à tout rompre. Après s’être furtivement assuré de sa solitude, il tira le verrou de la porte d’accès aux vestiaires et s’approcha des sandales comme d’un trésor. Le cœur battant, il glissa un pied dans la bride. Il n’oublierait jamais cette incroyable première sensation du pied humide sur le bois frais, de l’érection qui fendit sa serviette de toilette passée en pagne. Il fit quelques pas, la sève se précipita dans sa verge, un claquement de plus sur le sol et il éjacula en plusieurs longues giclées sur le carrelage.


Il ne fut pas long à se mettre en quête d’une paire à sa taille. En France, très rares étaient ceux qui portaient ce genre de sandales, tout au mieux étaient-elles réservées aux infirmes et au personnel hospitalier, aussi ne les portait-il que rarement hors de chez lui. Mesurant son parcours personnel, il se dit que Béatrice avait dû ressentir très fort la même sensation que lui, et que, malgré leurs différences culturelles ils s’étaient rejoint sur le terrain de l’éveil des sens.


À cette heure de la soirée, il gara sans difficulté sa voiture, et grimpa les quelques volées d’escaliers jusqu’à la porte de Béatrice. Il reprit rapidement son souffle et pressa le bouton de la sonnette. À peine la première salve eût retenti, que le déclic de la gâche dans la serrure se fit entendre, libérant la porte qui s’entrebâilla légèrement. Il ne se rappelait pas de la présence d’une gâche électrique, aussi, légèrement surpris, il poussa avec précautions la lourde porte. Dans la pénombre, légèrement en retrait de la porte, Béatrice se tenait, droite, absolument nue dans ses sabots joints, les mains cachant complètement son visage.


Il resta un moment interdit, l’observa tandis que ses yeux s’accoutumaient à la faible lumière. Il avança silencieusement, tira derrière lui la porte qui se crocheta dans l’élan. Leur face à face dura une éternité. Elle, serrant les dents pour ne pas trembler de froid et ne pas avouer sa faiblesse, lui, sous le charme d’une beauté offerte aussi gracieusement voulant prolonger l’instant irréel. Il fit un pas, et tourna lentement autour d’elle. Il la caressa du regard et si intensément qu’elle sentait un courant de chaleur lui caresser les épaules ; ou bien était-ce ses mains qui la frôlaient. Encouragée par la parade de son amant, Béatrice rassembla son énergie et se figea autant que peuvent l’être les statues grecques. Depuis combien de temps se tenait-elle ainsi nue derrière cette porte ? Daniel ne cherchait moins à répondre à cette question qu’à imaginer un jeu érotique à la mesure de cette attente. Le corps totalement offert de sa partenaire était un message de confiance absolue : non il ne la décevrait pas et serait son compagnon sur la route initiatique sur laquelle elle s’était engagée.


Sur la pointe des pieds, il traversa le couloir, pénétra dans la salle de bain et se déshabilla entièrement, se couvrit du peignoir et chaussa les sandales qui lui étaient réservés. Au bout du couloir, Béatrice était toujours immobile et il put l’observer à loisir. Lui intimer l’ordre de ne pas bouger aurait été superflu et maladroit. Béatrice n’avait certainement pas l’intention de bouger pour autre chose que du plaisir, un plaisir aussi fort que les alcools qu’on sert à la campagne.


Aussi silencieusement qu’il put, Daniel se rapprocha de sa partenaire statufiée. Pouvait-il imaginer la quantité d’adrénaline qui fouettait le sang de sa partenaire, à chaque fois que la semelle dure faisait grincer le plancher. À présent Béatrice pouvait entendre le souffle même de son partenaire ; il fit glisser son corps contre le sien s’abstenant de la caresser avec les mains. Elle sentit son poil sur son ventre, sa verge raidie le long de ses cuisses, son ventre contre le sien. Il la provoquait dans un corps à corps immobile et aveugle. Il se planta derrière elle et la bouscula avec une savante retenue pour la déséquilibrer. Elle ne fléchit pas les genoux et n’écarta pas les bras. Il recommença la manœuvre avec régularité : sa verge l’atteignait au sommet des cuisses et glissait sur le bas de son dos, son bassin frappait ses fesses puis son torse venait s’appliquer sur son dos.


Le gland de Daniel avait commencé à laisser une trace humide au bas du dos de sa partenaire. Il se pencha par-dessus son épaule et lui murmura au plus près de l’oreille :



Béatrice resta glacée, interdite pendant un instant. Oui elle désirait qu’il la mette au supplice, oui elle était sa chose, oui elle lui abandonnait son corps. Elle lui aurait crié si elle ne s’était pas figée dans son immobilisme : mais il avait compris ce qu’elle attendait et en fut comblé. Aussi s’autorisa-t-elle une légère inclination de la tête, ses mains cachant toujours des yeux d’où perlaient quelques larmes de bonheur.



Béatrice sentait sa tête lui tourner.


« Et s’il allait me faire du mal ? » pensa-t-elle soudainement avec effroi.


En réaction à cette sourde pensée, elle croisa les genoux et serra encore plus fort les avant-bras sur ses seins.


Quelle ne fut pas sa surprise de sentir les petits coups de langue de Daniel l’agacer en tous points de son corps ! Alors que son corps était littéralement constellé de petites tâches humides, il ajouta :



Elle s’exécuta lentement tandis qu’approchant le visage de ses seins, il entreprit d’en happer les corolles. Béatrice redoutait ce type de caresses qui l’agaçaient plus qu’elles ne la chatouillaient. Elle résista à la tentation de baisser les coudes et dut faire un énorme effort de concentration pour rester immobile. Effort insuffisant pour résister à l’agression de la pointe de ses seins qu’elle couvrit instinctivement de ses mains. Découvrant son visage, elle leva un regard étonné sur son partenaire. Elle ne put réprimer un sourire pétillant tant elle était heureuse de l’avoir rien que pour elle, quand bien même le jeu auquel il se livrait n’était plus un enfantillage et lui inspirait un peu d’inquiétude. D’un air moqueur qui cachait à peine une pointe de sadisme, il lui annonça :



Juchée sur ses sabots, Béatrice eut un peu de mal à stabiliser sa position.



Il tourna autour de sa partenaire, goûtant le spectacle de la cambrure des reins de Béatrice, le léger ballottement de ses seins en suspension. S’arrêtant derrière elle, il entreprit de lui fouiller le vagin à deux doigts. Béatrice serra les dents tenta rapidement de rétablir son équilibre précaire et résister à la rudesse de l’agression. Béatrice mouillait abondamment et Daniel fit glisser ses doigts luisants vers la corolle de l’anus de sa partenaire. Béatrice poussa un petit cri où se mêlaient la surprise, le refus et l’excitation :



En sourdine Béatrice commença à gémir, dans un oui diffus qui enflait au fur et à mesure que l’index de Daniel la pénétrait.



Prenant deux pas de recul, il l’interrogea :



Daniel fut surpris que la prude Béatrice eut ce genre d’accessoire en stock ! Il ignorait totalement que Béatrice avait rougi jusqu’à la racine des cheveux lorsqu’elle avait trouvé cet échantillon dans une revue féminine. Conservatrice de nature, elle l’avait cependant conservé avec son petit fourbi médical.


De son côté, Daniel imagina un tout autre scénario, dans lequel Béatrice avait prévu le déroulement des choses. Il en conçut un encouragement à poursuivre.



La simple évocation du mot glaça Béatrice. Trop perturbée pour articuler la moindre parole, elle se contenta de secouer la tête.



De retour de la salle de bain où il finit par découvrir la petite enveloppe brillante dans laquelle se lovait le préservatif, il dégagea les pans de son peignoir et fit face à Béatrice. Il lui prit doucement le visage au creux des mains, le souleva et guida les lèvres de Béatrice vers son gland turgescent.



Faisant un immense effort sur elle-même, envoûtée par ses sens, Béatrice se laissa aller. Elle embrassa, lécha, enfourna le sexe gainé dans sa bouche. Malgré le latex, cette séquence ne laissa pas Daniel indifférent, et il s’inquiéta du plaisir qui commençait à monter.



Béatrice sentit la panique monter en elle et s’acharna sur la verge, l’engloutissant jusqu’à l’écœurement lorsque le gland venait frapper le fond de sa gorge.



Daniel parlait autant à sa partenaire qu’à lui-même, car il n’avait jamais imaginé, même dans ses rêves les plus fous, prendre une partenaire par les reins. Et c’est pourtant ce qui se passa.


Sa verge, raide comme une trique pénétra Béatrice sans effort ; il fut très attentionné et força délicatement le sphincter de Béatrice, se frayant un passage dans l’orifice étroit par petites saccades. Sans qu’il s’en rende compte, Béatrice s’était masturbée tandis qu’il oscillait dans ses reins, elle avait joui bruyamment et s’était retirée prestement, l’anus trop endolori pour continuer plus longtemps. Avant même que Daniel ait pu émettre la moindre protestation, elle avait fait volte-face, avait débarrassé sa verge de sa protection et avait littéralement avalé le gland gonflé en levant les yeux vers son partenaire. Daniel avait quasiment aussitôt éjaculé, inondant abondamment la gorge de sa partenaire. À sa grande surprise, Béatrice avala le sperme et entreprit de nettoyer consciencieusement la hampe qui s’amollissait. Une fois son travail accompli, elle déposa un baiser dans le cou de Daniel et ajouta :



Bien que surpris pour la soudaineté de la réaction de Béatrice, Daniel rentra dans le jeu, reprit ses vêtements de ville, eut juste le temps de déposer à son tour un baiser dans le cou de Béatrice en susurrant :






VII.



Les examens passèrent, Daniel apprit sans grande surprise la réussite de Béatrice. Il fut un peu surpris de ne pas recevoir d’invitation à fêter l’évènement ; mais bon, il commençait à bien connaître Béatrice qui ne voulait pas mélanger les genres. Plus surprenant fut le silence radio pendant tout l’été. Daniel avait différé ses dates de congés autant que possible, et, faute de projets préparés à l’avance s’était décidé à partir faire un stage de voile en Bretagne. Pas de chance, la météo était exécrable et l’ambiance dans le genre agence matrimoniale. Conscient des risques qu’il aurait pris en nouant une relation éphémère avec une fille dont l’objectif annoncé était le mariage, il fit la fine bouche et se laissa draguer sans vergogne. Et puis, ayant goûté au sublime, il avait peur d’être déçu par le « tout-venant ». Il rougit presque en pensant ces mots, peu habitué qu’il était au vocabulaire macho.


La rentrée avait été synonyme de reprise des affaires, les entreprises étant occupées à solder leurs budgets et les fournisseurs à atteindre leurs quotas. Les déplacements succédant aux réunions Daniel ne voyait pas le temps passer et il était plus préoccupé par le choix de sa première voiture de fonction que par les fesses de Béatrice. Toutes les feuilles étaient tombées des arbres et le vent glacial s’était emparé des rues de la ville lorsqu’il reçut une invitation pour un week-end au ski envoyée par un de ses amis d’adolescence. C’était un copain sympa, pas le genre à faire les quatre cents coups, mais propre sur lui et surtout, ses parents avaient un chalet dans une petite station des Alpes. Daniel fut sollicité pour emmener deux passagers dans sa voiture flambant neuve, service qu’il accepta de rendre sans se faire prier. En fait, il s’agissait de deux passagères, qui ne devinrent plus qu’une, après que l’une d’elles se fut tordu la cheville en descendant de son lit. Daniel n’osa pas éclater de rire lorsque son ami lui raconta la mésaventure, et qu’il se prenait à imaginer l’infortunée non pas en chaussons au saut du lit, mais en chaussures de ski en haut du mur d’une piste noire.


En attendant Florence était bien là, avec ses trois sacs volumineux, sa doudoune façon bibendum et ses après-skis façon pattes de Yeti ! Malgré la douce chaleur procurée par la climatisation automatique de la voiture, la passagère ne voulut pas se débarrasser de sa doudoune


« Elle n’a peut-être rien dessous » ricana intérieurement Daniel, « ou est-elle tellement fière de sa nouvelle acquisition qu’elle ne veut pas s’en séparer ? »


En revanche, la ventilation faisait remonter une odeur de bouquetin dont Daniel ne tarda pas à identifier l’origine : les après-skis ! Quelle horreur. Non seulement il allait devoir supporter cette odeur de chèvrerie pendant tout le voyage, mais il était surtout inquiet de la persistance de l’odeur après le voyage !


Il essaya d’engager la conversation avec sa passagère, mais sans succès ; pourtant Daniel conduisait calmement, la route était facile et la circulation fluide. Ce n’était pas non plus la musique en sourdine qui s’échappait de l’autoradio qui pouvait constituer un obstacle au bavardage. En fait Florence jouissait de chaque kilomètre parcouru

dans la voiture d’un jeune cadre dynamique dont on lui avait vanté toutes sortes de mérites et dont elle s’était vantée pendant toute la semaine. Il ne s’agissait pas de perdre la moindre parcelle de ces instants privilégiés. Un peu lassé par ce silence embarrassé, Daniel finit par sortir de l’autoroute, et emprunta les petites routes pour se faire un peu plaisir jusqu’à la fin d’un trajet. De toute manière, même si sa passagère avait été malade comme une chienne, Daniel aurait continué d’être un chauffeur « a-d-o-r-a-b-l-e » comme elle le répéterait à l’envi auprès de ses camarades. La vision du chalet éclairé et des effluves de musiques qui s’en échappaient furent une délivrance pour Daniel qui déchargea galamment les bagages de Florence ainsi que son propre sac de voyage.


Ils furent accueillis par la dizaine d’invités qui les avaient précédés et ne tardèrent pas à partager un dîner joyeux. Le maître de maison avait invité d’anciens camarades de lycée (les seuls qu’il ait jamais eus) pour leur présenter sa fiancée. Et sur la lancée, il s’était mis en tête de rapprocher des cœurs solitaires et libres. Ce projet prit la forme d’une soirée de jeux potaches destinés à briser la glace entre les invités. Mais comment briser la glace lorsqu’on est soi-même en jean et gros pull à col roulé avec une minette comme Florence qui avait déballé une robe de soirée à paillette, des talons aiguilles et un boa de ses bagages ? Or il semblait bien que Florence était la proie désignée et conditionnée pour Daniel. Contre mauvaise fortune, ce dernier montre de bonne grâce et se plia au jeu. Après tout, il ne rejetterait pas une bonne baise après une relativement longue période d’inactivité.


Soudain, le faisceau d’une paire de phares balaya le plafond du salon, que le maître de maison accueillit par un retentissant :



Daniel ravala sa salive à la seule évocation du prénom cité. Il se ravisa rapidement, car des Béatrice, il y en a quelques-unes sur la terre. Mais il eut la gorge complètement sèche lorsqu’il dut ravaler à nouveau sa salive lorsque Béatrice, la Béatrice, sa maîtresse, fit irruption dans le salon. Elle embrassa tout le monde et piqua un fard terrible lorsqu’elle arriva face à Daniel, et dut se tourner pour cacher son trouble.



Béatrice fit un mouvement de sourcil qui signifia à Daniel l’approbation qu’elle portait sur le choix de sa passagère.


Les regards de Daniel et de Béatrice se croisèrent à plusieurs reprises, mais comme tout le monde dévisageait tout le monde, personne n’y prit garde. Vint l’inévitable épreuve de la danse du tapis.


« Manque plus que la chenille et ce sera le bouquet final » pensa Daniel.


Et comme le hasard fait bien les choses, ce fut Florence qui invita Daniel à faire ses obligations sur le tapis. Tous les participants durent croire que, vraiment, Daniel était bien timide, tant il mit du temps à fixer son regard sur une des jeunes filles. Car bien sûr, tous ignoraient que Daniel avait instantanément identifié sa proie. Il finit par prendre la main de Béatrice, sous le regard secrètement jaloux de Florence, la fit s’agenouiller sans la quitter du regard, et l’embrassa sur les joues avec tant de délicatesse qu’elle en frissonna de plaisir. S’il n’avait pas eu ce vernis d’éducation qui le freinait, il aurait arraché le chemisier de Béatrice, lui aurait tiré son jean sur les genoux et l’aurait prise sans retenue à même le sol. Il abandonna à regret les joues tièdes de Béatrice et reprit sa place dans le jeu.


Daniel aurait bien voulu retrouver cette douce sensation lorsque les lumières se firent plus rares et qu’un disque de slow annonça le temps de la danse. Il fut littéralement accaparé par Florence qui avait retrouvé sa langue et lui débitait sa vie en flot ininterrompu de paroles.


« C’est déjà une chance qu’elle ait abandonné ses bottes de bouc », pensa-t-il tout bas. « Encore que, cette chipie s’est inondée de parfum, ce qui n’est pas vraiment mieux. »


La seule consolation de Daniel était de sentir le corps de sa partenaire onduler contre lui, le contact de ses seins (« Dix contre un qu’elle n’a pas mis de soutien-gorge. ») En revanche, il souhaita pour elle qu’elle eut une culotte, car les odeurs musquées lui indiquèrent qu’elle devait mouiller sérieusement depuis qu’ils avaient commencé à danser. Revenant sur terre, Daniel parcourut du regard le grand salon à la recherche de Béatrice. Sans succès. Il se livra alors à l’exercice inverse : quel garçon manquait à l’appel ? Devenait-il jaloux à présent ?


L’œil aux aguets, tandis que Florence se pendait outrageusement à son cou, il surprit l’espace d’une fraction de seconde Béatrice et la fiancée du maître de maison sur le pas de la porte de la cuisine. Etait-ce une simple coïncidence ou venait-il de découvrir une romance cachée ? Sous ses airs rangés, il avait été le témoin de la métamorphose de Béatrice, découvrant son potentiel de séduction, son érotisme torride et sa versatilité déconcertante. Daniel était si absorbé dans ses conjectures qu’il en venait presque à oublier les petits baisers que Florence essayait désespérément de lui appliquer dans le cou. Un instant, il réalisa l’invraisemblance de la situation et crut surprendre un sourire amusé sur les lèvres de Béatrice.


« Sauvé » pensa immédiatement Daniel lorsque la lumière réapparut sur les coups de minuit, alors que Béatrice amenait le gâteau composé par les fiancés. Il y eut des applaudissements, le champagne commença à couler et Béatrice se chargea de distribuer les parts de gâteau. Lorsque Daniel approcha elle se pencha discrètement à son oreille pour lui glisser un « Bravo, félicitations !» assassin.


Daniel hésita à entarter la moqueuse, mais considérant la moquette qu’il aurait fallu nettoyer, se ravisa et fonça droit sur Florence qui n’en demandait pas tant. Aidé par le champagne, il la fit même rire, d’un rire haut perché et qui n’en finissait pas. Comme elle redevenait très entreprenante et très avenante, lui assénant des « Comme tu es gentil !», « Comme tu es drôle !», il la freina brutalement en lui répondant du tac ou tac :



Florence s’empourpra instantanément, crut perdre l’équilibre, malgré sa position assise, écarquilla les yeux et les baissa, ne sachant plus ni que dire ni que faire. Comme la pénombre avait de nouveau fait place à la lumière, Daniel entreprit d’ausculter les appas de Florence, glissant subrepticement la main sur ses seins « 1 point pour moi », pensa-t-il. « Elle n’a effectivement pas de soutien-gorge ». Elle lui plaqua la main sur elle en protestant pour la forme.



Tandis qu’il flirtait, Béatrice prit place dans le même canapé que Daniel et Florence. Et usant d’un truc aussi vieux que le monde, elle fit mine de laisser échapper sa coupe de champagne sur Florence.



Florence poussa un petit cri lorsque le liquide frais atteint sa peau tiède et gémit.



Nul doute que tous ces bagages devaient renfermer une demi-douzaine de robes de rechange. Dès que Florence eut le dos tourné, Béatrice glissa quelques messages directs et sans équivoque à Daniel « N’oublie pas !» « Je suis ta maîtresse !» « Je te veux et je t’aurai ! »


Puis elle l’abandonna et partit dans le sillage de Florence, n’hésitant pas une seconde sur le chemin car elles occupaient la même chambre.


Lorsque cette dernière revint, elle portait un pantalon de toile écrue et une marinière en maille, tenue qui surprit Daniel, non seulement par le style radicalement différent, mais aussi par le fait que Florence put posséder une marinière identique à celle que Béatrice lui avait avoué détenir dans sa garde robe. Malgré la pertinence de ses observations Daniel ne put bâtir d’hypothèse sérieuse ; et encore moins se douter que la perverse Béatrice avait prétexté venir en aide à sa victime, avait réussi à dégeler leurs relations en un instant, au point d’échanger des confidences inattendues. Béatrice dressa un portrait idéal de Daniel :



Elle réussit à la conseiller pour le choix de sa tenue, allant même jusqu’à lui prêter ses propres vêtements. Le choix était judicieux car Daniel fut mis en appétit et manifesta un regain d’intérêt pour Florence. Le plus naturellement du monde, Béatrice revint s’asseoir près d’eux, assistant même aux premiers assauts de Florence sur la bouche de son partenaire. Daniel en fut gêné jusqu’au moment où Florence se tournant à peine vers Béatrice dit à Daniel :



Daniel dut se retenir pour ne pas éclater de rire. Cependant, comprenant enfin la situation il s’empara des lèvres de Florence et entreprit de découvrir son tendre palais.



Petit à petit, les invités se retiraient pour aller dormir, discrètement pour les couples formés à l’occasion de cette soirée, plus démonstratifs pour les célibataires endurcis qui se donnaient rendez-vous à l’aube sur les pistes.


Les trois se retrouvèrent rapidement seuls. Florence ne voulait plus lâcher Daniel, et se sentait en confiance avec la présence de Béatrice, Daniel aurait bien voulu faire un coup double, et Béatrice se complaisait dans l’ambiguïté de la situation. Mais ils ne pouvaient tout de même pas passer la nuit sur le canapé. Daniel ne pouvait tout de même pas proposer à Florence de venir coucher dans le lit qu’il partageait avec un gaillard barbu qui était un total inconnu. Ce fut Béatrice qui proposa innocemment d’héberger Daniel dans leur chambre.



La réponse de Béatrice avait une telle intonation de sincérité et de compréhension que ce plan fut exécuté sans autres discussions.





VIII.



Florence était tellement subjuguée par la situation, qu’elle se laissa déshabiller par Daniel, sans vraiment réaliser que Daniel, malgré toutes ses qualités, ne pouvait avoir quatre mains, deux pour la caresser et lui masser les seins, et deux pour la dévêtir. Elle ne se rappela pas non plus comment sa culotte avait pu glisser à ses pieds sans qu’elle ait quitté les bras de son amant. Elle reprit un peu ses esprits, lorsqu’ils s’allongèrent dans le grand lit double, Daniel et Florence, nus comme Adam et Eve, Béatrice en pyjama pilou installée à côté d’eux. Les ébats commencèrent tandis que Béatrice lisait, ou faisait mine de lire un roman. Florence toute à la joie de se faire tripoter (ça, elle en aurait des choses à raconter lundi au bureau), oubliant toute pudeur et la présence de Béatrice. Florence eut un moment de panique lorsqu’elle sentit battre le sexe de Daniel contre son pubis.



Instinctivement les regards de Daniel et Béatrice convergèrent vers Florence :



Elle écarta la couette, glissa vers la salle de bain, fouilla dans sa trousse de toilette et en revint avec un préservatif.



Daniel crut exploser de rire. Florence, attendrie par tant de prévenance fut tout de même un peu surprise lorsque Béatrice proposa :



Elle présenta délicatement la rondelle ourlée en la tenant par l’excroissance du réservoir, l’appliqua sur le gland, et d’un geste adroit déroula la pellicule protectrice sur la verge bandée de Daniel. Aussitôt son travail accompli, elle s’allongea, se retourna vers la table de nuit pour attraper la poire de la lampe de chevet tout en leur lançant laconiquement :



Florence était longue à jouir. Malgré les rudes assauts portés pas Daniel, malgré ses râles et la sueur qui collait ses cheveux, elle dut se résigner quand Daniel se libéra dans un râle. Il se retira rapidement et s’allongea sur le dos pour reprendre son souffle. Florence roula tendrement sur lui et le caressa comme un jockey flatte l’encolure de son crack après la course. Daniel voulut se débarrasser du préservatif qui pendait maintenant lamentablement accroché à son pénis en berne. Il enfila un pyjama et chercha à tâtons le chemin de la salle de bains.


Florence fut tirée de sa rêverie par la petite voix de Béatrice qui lui demandait :



Florence était flattée



Florence ne put voir l’œil sombre de Béatrice et qui lui décochait des flèches mortelles.



Florence réalisa le comique de la remarque et elles partirent toutes les deux dans un fou rire discret.



Cette fois, c’est Béatrice qui ne vit pas les yeux ronds comme des soucoupes de Florence.



On entendait juste le crépitement de la douche voisine où Daniel se rinçait.



Florence redoublait de reconnaissance pour cette bonne fée dont elle avait la chance d’avoir fait connaissance.



Plongeant la main sous les draps, elle atteint sans hésitation le sexe encore chaud de Florence, se fraya un chemin dans sa fente et remonta délicatement vers le clitoris. Plus elle travaillait le petit organe, plus il grossissait ; Béatrice s’activa, laissant à peine à Florence le temps de reprendre son souffle. Son corps vibrait littéralement sous les assauts.



Daniel ne remarqua strictement rien lorsque le corps frais, il plongea à son tour sous la couette. Se deux voisines semblaient dormir profondément, ce qui était à moitié vrai et à moitié faux.


Le petit-déjeuner fut joyeux, le temps était superbe. Malgré cela, les ambitieux de la veille n’étaient pas encore sur les pistes. Florence, rompue par sa nuit dormait comme un bébé tandis que le reste de la troupe avalait un solide petit déjeuner.

Ils composèrent rapidement des équipes : les débutants annoncèrent la modestie de leur niveau ; le nombre des participants diminuait au fur et à mesure que les prétentions grimpaient. Béatrice n’avait toujours pas parlé, et Daniel hésitait à skier un cran au-dessus de ses moyens. Au jeu du poker menteur, ils se retrouvèrent tous les deux, partant pour les hauts sommets, via une ascension fractionnée en plusieurs tronçons de téléphérique.


Harnachés, gantés, couverts, équipés de leurs lunettes solaires impénétrables, ils se retrouvèrent pressés l’un contre l’autre dans la cabine de téléphérique qui partait de la station. Malgré l’épaisseur de leurs vêtements, Daniel eut une agréable sensation, uniquement à l’évocation du contact avec le corps envoûtant de Béatrice. Ils dévalèrent une petite piste pour atteindre un second tronçon équipé d’œufs. Skiant dans le sillage de Béatrice, Daniel put se faire une idée très précise des qualités de skieuse de sa partenaire. Un style gracieux, tout en souplesse, précis, Béatrice n’avait pas bluffé ! C’est lui qui allait devoir sortir le grand jeu sous peine de déguster.


Un grand soleil illuminait les sommets transformant les œufs en étincelantes boules lumineuses. Un perchman s’occupa de leur ski et referma la coque sur eux. La cabine bondit, oscilla et amorça sa lente ascension. Sans précipitation mais sans plus attendre, Béatrice fit jouer la fermeture éclair de sa combinaison, dévoilant le haut de son corps nu, mat et ferme. Les corolles de seins raidies par la faible température pointaient vers le soleil. Elle bascula la tête en arrière pour goûter pleinement de la lumière, les yeux mi-clos derrière ses lunettes solaires. Daniel lui, avait les yeux totalement écarquillés et ne put s’empêcher de laisser s’échapper un petit cri d’admiration.



Ils partirent d’un grand éclat de rire.



Daniel fut très obéissant et très consciencieux. Qui aurait pu supposer que cette jeune femme emmitouflée venait d’avoir un orgasme explosif en plein vol, lorsqu’ils abandonnèrent leur cocon de polyester ?


La neige commença à tomber vers 4 heures, mettant fin au calvaire de Daniel. Béatrice skiait comme une reine, enchaînait les pistes en se jouant des difficultés, ne s’arrêtant que pour s’enduire de crème. Elle prenait un malin plaisir à provoquer Daniel en arrondissant les lèvres sous son nez et en y déposant la fine pellicule grasse lentement, langoureusement. Ce geste évocateur remplissait Daniel d’aise et il prenait un malin plaisir à l’embrasser en lui passant la langue dans la bouche, dès qu’ils se retrouvaient côte à côte sur les nacelles des télésièges.


Ils arrivèrent bons derniers au chalet où régnait une atmosphère festive. Chacun y allait du récit de ses exploits. La neige de bonne qualité avait facilité les glissades et épargné les bosses. Tandis que les uns faisaient la queue pour une des deux salles de bain, ceux qui en étaient sortis s’affairaient autour de la préparation du repas. Impossible pour Florence de voler une minute d’intimité en tête-à-tête avec son nouveau chevalier servant. Elle avait fini par tomber du lit, chausser les skis sans grande conviction, et après quelques molles glissades, avait finalement accaparé la chaise longue d’un des restaurants d’altitude. Son hâle constituerait un autre bon moyen de faire bisquer ses collègues. Si ce n’était le ski, ces week-ends de ski lui plaisaient décidément beaucoup.


Daniel aurait bien voulu s’engouffrer dans la salle de bain dans le sillage de Béatrice. Mais la traîtresse manœuvra si habilement qu’il dut prendre patience et attendre son tour. L’idée de crier « au feu » lui effleura l’esprit, pour voler une seconde de l’intimité de sa maîtresse inavouable, mais la ficelle était au moins aussi grosse que le câble du téléphérique et il se résigna à attendre, sa serviette de bain autour du cou.


La fondue fut littéralement engloutie avec un appétit aiguisé par le grand air des montagnes. Et le poids du fromage vint s’ajouter à celui de la fatigue. Pas question de gaudriole ce soir, tout le monde se sépara sans tarder. Florence avait juste eu le temps d’implorer sa camarade de chambre :



La rouée Béatrice fit mine d’hésiter, tordit un peu la bouche, et prenant un air faussement confident lui susurra :



Florence ne se sentait plus de joie et monta la première. Daniel, qui flairait le coup en douce, manœuvra discrètement et se glissa discrètement dans la chambre des filles, suivi quelques minutes plus tard par Béatrice qui avait passé son pyjama dans la salle de bain. Elle fit incursion au moment où Florence attrapait la main de Daniel pour lui peloter les seins.


D’un ton quasiment détaché, elle lança à Florence :



Florence ouvrit deux yeux ronds en direction de Béatrice qui se penchait lentement vers elle. Elle poursuivit son mouvement en fléchissant les genoux, et fit glisser sa main sur le visage de Florence. Son regard lumineux et impérieux hypnotisait sa proie qu’elle prit à pleine bouche. Daniel qui était resté en retrait sentit son sexe se bander et entrer en suspension horizontale. Florence ne bougeait quasiment pas, les bras légèrement écartés, les paumes des mains tournées vers le plafond. Une auréole se forma sur sa culotte de Jersey, à l’endroit où Daniel commença à l’effleurer. Béatrice lui mit une tape sur la main.



Sous les yeux étonnés de Daniel, Béatrice se déshabilla, rampa sur le corps de Florence, la caressa, l’embrassa. Sa langue traça un long sillon jusqu’au duvet de l’entrejambe de Florence. Celle-ci respirait fort, sa poitrine se soulevant en rythme avec les coups de langue que son agresseur imposait à son intimité. Florence s’installa entre les jambes de sa proie pour travailler plus à son aise les lèvres offertes et le clitoris dévoilé. En pliant l’échine, Daniel, qui n’avait pas perdu une miette du spectacle, observa une tâche sombre entre les jambes de Béatrice. Curieux, il se pencha, se décala et observa une pastille épaisse entre les fesses de Béatrice. Celle-ci faisait justement osciller ses cuisses ondulait légèrement. Mais la pastille semblait tenir bon. D’un geste gauche, Daniel approcha la main, essaya d’attraper la rondelle qui résista. Un éclair traversa son esprit « Mais c’est pas possible ! Cette salope s’est enfourné un gode ».


Les deux filles se mirent à gémir, et Daniel n’avait pas l’intention de respecter comme un spectateur passif. Lentement, il tira la pastille ; il extrait ainsi une forme noire et luisante en forme d’as de pique. Il le déposa sur les draps, et s’installa à quatre pattes derrière Béatrice. En écartant légèrement les lobes de ses fesses, il dévoila l’orifice élargi et n’eut aucune peine, malgré la taille de son gland dilaté, à y introduire profondément sa verge. Il fallut un moment à l’équipage avant de trouver son rythme. Florence ahanait sous les coups de langues de Béatrice qui lui fourrageait le vagin à l’aide de trois doigts joints, Béatrice poussait un petit cri à chaque fois que Daniel butait au plus profond de son corps et Daniel s’activait à fouiller le rectum tiède et glissant de Béatrice.


Florence finit par jouir, et, retrouvant ses esprits fut ébahie de voir Béatrice, la tête enfouie dans les draps, la croupe dressée vers Daniel qui s’était placé au-dessus d’elle pour la chevaucher énergiquement.



Elle se baissa vers le visage de son amie, qui tentait de retrouver son souffle au milieu de ses halètements.



Elle trouva la force de basculer sur le côté laissant échapper la verge tendue et luisante de Daniel.



Ce furent les seuls mots qu’ils échangèrent jusqu’à l’aube, jusqu’au moment où, éreintée d’avoir été chevauchée, l’anus endolori par la largeur de la verge de Daniel, les cheveux collés par la sueur, Florence émergea de son sommeil. Elle hésitait entre le dégoût, la colère et… l’envie de recommencer, tant elle avait joui pendant cette heure de sexe. Béatrice l’avait guidée en lui maintenant les fesses écartées tandis que Daniel avait frappé à la porte étroitement close de Florence. Il avait abondamment lubrifié sa verge, pris appui sur ses hanches et l’avait forcée lentement. Florence avait dû mordre les draps pour ne pas laisser échapper de cris. Elle avait joui lorsque Béatrice lui avait stimulé le clitoris.



Elle en avait ri au milieu de ses larmes.


Bien sûr, elle ne raconterait jamais cette épopée de ce week-end de ski. Mais à l’occasion, elle pourrait glisser fièrement : « Moi, je fais tout ».





IX.



À nouveau Daniel n’eut plus de nouvelles de Béatrice pendant des semaines, peut-être des mois. En revanche il revoyait Florence de temps en temps, dans son petit studio kitsch décoré comme une bonbonnière ; il lui faisait « tout » au milieu des peluches dispersées sur son lit, la faisait rougir d’impudeur. Elle se laissait habiller comme une poupée et accédait aux caprices vestimentaires de Daniel, à condition que ce fut loin de chez elle, loin du regard inquisiteur de sa concierge. Aussi partaient-ils régulièrement en week-end, préférant les destinations chaudes, le sud de la France où Florence pouvait passer ses toilettes légères. Un souffle suffisait alors pour gonfler ses jupes légères, dévoiler le duvet du haut de ses cuisses et mettre en appétit son partenaire. Un sentiment de tendresse avait fini par naître entre eux. Daniel se rappellerait longtemps, toujours peut-être, ce soleil couchant sur le massif des Maures, contemplé depuis une table d’orientation. Il avait saisi Florence par la taille et l’avait grimpée sur la table. Il avait glissé ses bras entre ses cuisses et l’avait pénétrée de face, lentement, langoureusement. Elle l’avait embrassé divinement, s’était pendue à son cou, et l’avait reçu debout, en équilibre sur un pied, l’autre jambe encerclant ses hanches.


Puis un jour, c’était en mai, Daniel reçut un coup de téléphone énigmatique.



Daniel n’eut pas le temps de dire un mot, la sonnerie du téléphone indiquait que sa correspondante avait raccroché. À 15h59, il était derrière la lourde porte de l’appartement de Béatrice. Un peu ému, il pressa le bouton de la sonnette. Une voix qu’il connaissait trop bien l’invita à pousser la porte.



La porte coulissa sur ses gonds découvrant une image féerique aux yeux du visiteur. Somptueuse dans une robe de voiles et de tulles blancs, Béatrice semblait occuper l’intégralité de l’espace du hall d’entrée. Daniel repoussa la porte tandis que Béatrice suivait chaque mouvement du regard, le corps strictement immobile.



Pour toute réponse Béatrice leva la main gauche, se déganta et dévoila un bijou d’une taille quasi indécente. Elle se re-ganta et reprit sa pose naturelle.



Mais elle reprit :



Disant ces mots, elle rassembla les volutes de sa robe, dégageant ses escarpins, ses bas satinés. Elle s’inclina, posa ses mains gantées de maille blanche sur ses cuisses, les fit glisser sur ses genoux, sur ses mollets tout en s’inclinant.


Daniel prit son temps et fit durer quelques secondes la posture. Il la contourna, l’effleura, fit glisser sa main le long des lobes des fesses de Béatrice. Elle frissonnait. Puis il glissa un doigt dans l’anus étroit de Béatrice : elle ne s’était pas préparée, avait formé le projet d’être prise à cru, de souffrir une dernière fois pour mieux se souvenir de ses ébats érotiques.


Lorsqu’elle se redressa enfin, la corolle de son anus rougie et dégoulinante de sperme, elle tenta d’offrir le plus joli sourire à son partenaire. Mais son rimmel avait coulé, ses joues étaient zébrées par les traces laissées par ses larmes.



Il tourna les talons, sortit sans se retourner, elle ne le revit plus jamais.





X.



Berlin, le 22 décembre


Chers tourtereaux,


Pas la peine de protester, je sais que vous serez ensemble pour lire cette lettre ; ce n’est pas parce que j’habite à présent à perpette que je ne me tiens pas informée. J’ai appris que vous viviez ensemble et c’est très bien. J’ai croisé le Père Noël et il m’a demandé de joindre ce paquet à ma lettre pour économiser un aller-retour en traîneau.


Daniel, tu avais raison ; tout le monde en porte ici. Moi j’en ai une paire pour le sauna, une pour la maison et même une pour le bureau. En les portant, vous penserez un peu à moi, je serai pour ainsi dire à vos pieds ! Florence, avec ce qu’il y a dans cette boîte, tu ne risques plus d’être prise de court, fais-en bon usage.


Joyeux Noël


Béatrice




Et un peu plus tard :