| n° 11135 | Fiche technique | 7976 caractères | 7976 1368 Temps de lecture estimé : 6 mn |
26/01/07 |
Résumé: Trois étudiants illustrent un poème de Baudelaire. | ||||
Critères: fhh jeunes exhib hmast | ||||
| Auteur : Samuel Envoi mini-message | ||||
Nous étions étudiants dans ces années 70 sans et aucun SIDA ne venait tourmenter nos soirées les plus débridées. Fous de poésies, baudelairiens et rimbaldiens à temps complet, tout nous semblait permis. Un soir que la brume tombait sur la ville comme un couvercle, nous nous sommes retrouvés dans la chambre assez spacieuse que je louais à une vieille femme, toujours étonnée qu’on puisse faire autre chose que des révisions « quand on a la chance de faire des études ». Elle avait vu passer quelques « créatures pas trop habillées à des heures indues ». Nous étions donc Véronique, Michel et moi, dans le mol abattement que laissent les heures de bibliothèque quand on sait qu’on ne pourra tout lire dans la journée, tout réviser dans la semaine, tout apprendre dans l’année.
Michel avait déjà connu charnellement Véronique, qui m’avait parfois autorisé à quelques privautés sur son corps bronzé. Il prit théâtralement les Fleurs du Mal dont il avait une très belle édition, probablement volée dans une des librairies anciennes de la ville :
L’idée nous plut tant que nous jurâmes aussitôt. Il ferma les yeux, prit le recueil de poèmes, l’embrassa sensuellement, et l’ouvrit à une page quelconque, bien qu’il soit difficile de trouver quelque chose de quelconque dans ce livre tant aimé. Les yeux toujours fermés, il me tendit le volume et me demanda de lire.
La très chère était nue, et, connaissant mon cœur,
Elle n’avait gardé que ses bijoux sonores,
Dont le riche attirail lui donnait l’air vainqueur
Qu’ont dans leurs jours heureux les esclaves des Mores.
Je lus bien sûr Les Bijoux jusqu’à la fin. Puis, nos regards se sont posés sur Véro. Elle souriait et elle ne disait rien. Une certaine tension était palpable dans l’air. À cette époque, nous considérions comme très grave le fait de ne pas respecter un serment. Je pensais que Véro, dont nous connaissions la nudité séparément, était gênée à l’idée de se déshabiller devant nous deux. Mais ce n’était pas cela.
Et nous sommes partis comme des furieux, en espérant trouver encore quelque boutique ouverte dans ce novembre idéal pour le spleen. Un bijoutier, c’était exclu pour nos bourses, mais on trouva à la gare, une boutique où l’on vendait toutes sortes de verroterie : colliers en perle à deux sous, bracelets indiens, boucles d’oreilles et broches tintamaresques… Bref, on en prit pour deux kilogrammes. C’est à la course que nous sommes revenus dans ma chambre en faisant cliqueter nos trouvailles devant la porte de ma logeuse.
Le tout fut déballé sur mon grand lit et on attendit le moment suprême. Michel et moi, avions les yeux rivés sur Véronique, qui avec un sourire mystérieux, sortit de son sac de belles bougies qu’elle avait dérobées dans la boutique, profitant que nous avions accaparé le vendeur avec nous bijoux « sonores ». Il faut dire que dans ces années-là, le vol dans les magasins était un de nos sports préférés. On considérait qu’il n’y avait rien de plus normal que de rouler les commerçants, qui haïssaient notre mode de vie et nos idées de révolte. Elle plaça les bougies dans les coins de la chambre, les alluma, éteignit l’ampoule électrique et mit une cassette des Pink Floyd dans notre vieil appareil.
Puis elle se mit nue sans aucune manière, mais avec une émotion qu’elle nous communiqua. Elle posa calmement la culotte au-dessus du reste de ses habits sur une chaise et se tint droite sans essayer de cacher quoi que ce soit. Nous nous sommes approchés pour la couvrir de bijoux. Michel, son amant en titre, l’habilla d’une ceinture dorée qui faisait davantage ressortir la toison rousse et qui ne cachait rien des lèvres presque luisantes. Je m’occupais des colliers qui venaient caresser les seins, et c’est Véro elle-même qui compléta avec les boucles d’oreilles et les parures pour les cheveux. Et elle déambula ainsi vêtue. Elle marchait dans la chambre en affolant les bijoux et les bougies.
D’un air vague et rêveur elle essayait des poses,
Et la candeur unie à la lubricité
Donnait un charme neuf à ses métamorphoses.
Véronique devenait tour à tour reine de Saba en se grandissant sur ses pointes de pieds et en nous offrant la vision d’un sexe paré comme pour les mille et une nuits, puis elle était Salomé, avec cette indécence cruelle qui ose tout. Ses fesses, à la lumière des faibles flammes, semblaient plus ouvertes que jamais et l’œil noir, aux contours inexprimables, ne nous avait jamais autant fascinés. Pourtant, nous restions calmes, à peine excités, tant la beauté nous subjuguait et nous laissait sans impérieux désirs.
Ce monde rayonnant de métal et de pierre
Me ravit en extase, et j’aime à la fureur
Les choses où le son se mêle à la lumière.
Puis elle vint sur le lit, comme il est dit dans le poème. Michel l’embrassa avec une telle fougue que les bijoux redoublèrent de sonorités bizarres (le beau est toujours bizarre). Je devais rester spectateur, mais c’était frustrant pour moi qui étais jusqu’ici acteur. Je caressais les pieds qu’elle avait décorés de bracelets exotiques. Michel ôta sa chemise et son pantalon, sans se préoccuper de ma présence. Elle fit alors un geste qui enleva toute ambiguïté à la situation. Elle prit une position qui lui permit de caresser de ses deux pieds nos entrejambes, réveillant nos sexes déjà bien alertés d’une caresse jumelle et musicale. Elle avait clairement donné les règles du jeu. Dans cette adaptation théâtrale du poème, il n’y avait pas de figurant, que des premiers rôles.
Nous nous sommes retrouvés ensuite nus tous les trois, et notre « ange du mal » nous faisait un bien fou. Elle trouvait toujours le moyen de mettre en valeur ses bijoux, même quand elle prenait délicatement mon sexe pour le mettre dans sa bouche. En fait, elle imprimait des mouvements, non pour notre jouissance, mais pour faire des sons toujours plus étranges. De même, quand vint le moment des pénétrations, elle ne s’occupait que trouver des positions qui donnaient de l’ampleur à la sonorité fascinante de ses bijoux en toc.
Elle était donc couchée et se laissait aimer,
Et du haut du divan elle souriait d’aise…
Michel prit alors le long collier de perles fausses, le détacha du cou somptueux et l’introduisit dans le vagin tout doucement, et Véronique devint comme un serpent qui danse. Les bijoux prenaient la place de nos doigts et de nos sexes. Elle se caressa comme si elle était seule, rompant par frénésie, les colifichets bon marché. Les pierreries tombaient du lit et courraient sur le tapis. Puis, elle nous regarda, comme si elle nous avait effectivement oubliés et elle nous dit :
Elle s’empara de nos membres et les caressa indifféremment.
On s’exécuta, avec d’autant plus de facilité qu’elle nous guida et qu’elle connaissait bien notre biomécanique. Elle prit un malin plaisir à faire en sorte que les queues se touchent. Et les éjaculations se firent presque concomitantes. Elle était recouverte de la parure liquide et odorante et elle savourait ce moment. Elle prit ensuite les quelques bijoux qui restaient intactes pour en décorer nos pénis encore enflés.
Nous sommes restés longtemps ainsi, le temps de relire le poème en pleurant…
On entendit la logeuse discuter avec un voisin :
Alors, Michel prit un coup de sang. Il sortit avec comme seul cache-sexe une broche bigarrée que Véro avait accrochée à son membre et il cria :
Le lendemain, mes parents recevaient une lettre recommandée de ma logeuse et je dus bientôt déménager.