| n° 10832 | Fiche technique | 19918 caractères | 19918 3455 Temps de lecture estimé : 14 mn |
01/10/06 |
Résumé: Assis sur une pierre, en plein désert, l'Homme fume une cigarette. Il expire la fumée et essaye de faire des formes. Il n'a jamais été très doué à ce jeu, mais ça le détend. | ||||
Critères: #fantastique #initiation fh ff | ||||
| Auteur : Sarah Envoi mini-message | ||||
| Concours : La trame imposée |
Assise à une table à la terrasse de mon café habituel, je suçote mon stylo, les yeux dans le vague. Le garçon qui m’apporte ma boisson me tire de mes pensées. Reposant mon crayon qui, jusqu’à maintenant, n’a servi qu’à me faire saliver, je bois une gorgée de mon café. Beaucoup trop chaud, comme d’habitude. Tenant la tasse d’une main, je me saisis de la feuille qui est sous mes yeux. Ce sont les consignes à respecter pour le prochain concours de Revebebe. Je dois dire que cela m’a fait plaisir quand j’ai découvert que mon site préféré d’histoires érotiques (c’est surtout le seul de qualité et totalement gratuit que j’ai trouvé), me proposait ce nouveau défi.
J’ai déjà écrit quelques textes, mais ces derniers temps, manque d’inspiration et flémingite aiguë additionnés n’ont pas favorisé la création d’un nouveau récit. Mais, aujourd’hui, j’ai décidé de m’y remettre. Une gorgée de café légèrement refroidi et voilà ma main qui s’agite sur le papier, qui écrit, qui raye, qui rature. Je barre tout, froisse le papier et recommence. Après quelques hésitations, voilà qu’une idée se dessine…
Assis sur une pierre, en plein désert, l’Homme fume une cigarette. Il expire la fumée et essaye de faire des formes. Il n’a jamais été très doué à ce jeu, mais ça le détend. Après une journée entière à galoper dans ce désert infini et une nuit plutôt agitée, il en a besoin. Et puis, ce calme… Pendant ces dernières quarante-huit heures, il ne s’est pas passé un moment sans qu’il faille courir ou hurler. Ou même se battre. Alors, ce matin est à lui et il en profite.
Laissant tomber son mégot, il se relève et se retourne. Il les avait presque oubliées. Deux tentes de couleur verte sont installées à cinquante mètres. Elles tranchent avec le sable rouge ocre du désert. S’il avait pu choisir, il les aurait prises noires. Mais il n’a rien pu décider. Alors qu’il s’approche lentement du campement, il sent une présence derrière lui. Il ne s’inquiète pas, il sait de qui il s’agit. Il a un don pour ça. Il ne sait pas de qui il le tient, mais cela lui rend service. La fille qui le suit sait qu’il a ce don, mais il se dit que décidément, elle est incapable de retenir quoi que ce soit. Ou qu’elle veut jouer. Mais aujourd’hui, il n’a pas envie de s’amuser. Alors, il s’arrête et se retourne. Il voit une ombre se jeter rapidement au sol pour ne pas être vue, mais pas assez vite pour son regard aiguisé.
Il entend un petit rire retenu, puis la fille sort de sa cachette en sautant. Elle vient vers lui en traînant les pieds, la tête basse.
À une vitesse qu’elle seule pouvait atteindre, elle pose sa main sur l’entrejambe de l’homme, plantant dans le même temps ses yeux bleu turquoise dans les siens. Il ne peut pas détourner son regard, elle l’hypnotise.
Après quatre jours de cheval, c’est l’arrière-train endolori qu’ils parviennent à un village. Ils ont laissé le désert derrière eux et ont traversé une grande plaine verdoyante. Le vent y est léger, mais permanent et il fait danser les herbes hautes. Les deux voyageurs parcourent un océan vert assez agité. Alors qu’ils n’ont rien aperçu depuis deux jours, le village surgit à l’horizon. Une vingtaine de maisons sont disposées en cercle autour d’un monticule de terre où rien ne pousse et sur lequel est plantée une grande bâtisse. Sur les murs, une épaisse couche de cendre noire rend la demeure sinistre et contraste avec les autres habitations, d’un blanc pur et apaisant. Une fumée noire s’échappe sans discontinuer de la cheminée et redescend lentement autour de la maison.
L’Homme et la jeune femme pénètrent dans la cité sans déclencher la moindre curiosité. Les villageois continuent à vaquer à leurs occupations. Au bout de quelques minutes, Mélody remarque un détail insolite auquel l’homme, qui est déjà venu de nombreuses fois ici, ne prête plus guère attention. Il n’y pas un bruit, pas une parole échangée entre les villageois. Alors qu’elle ouvre la bouche pour exprimer son étonnement, l’Homme se retourne, un doigt sur la bouche, lui intimant l’ordre de se taire. Puis, il lui montre la demeure qui les domine de quelques dizaines de mètres et lui fait signe de s’y rendre. Toujours par signes, elle lui demande s’il compte l’accompagner, ce à quoi il répond en secouant la tête négativement. Il lui fait un petit signe de la main, descend de son cheval et se rend dans la taverne devant laquelle ils sont arrêtés. Mélody lève les yeux au ciel et hausse les épaules.
Elle s’avance jusqu’au pied de la butte et laisse sa monture. La pente est courte, mais trop raide pour la bête. Après quelques minutes d’effort, elle parvient à l’entrée de l’imposant bâtiment. La porte est ouverte, mais la pièce semble inoccupée. Ne sachant pas si elle peut parler, elle rentre et se trouve immédiatement plongée dans l’obscurité. Ses yeux s’adaptent immédiatement à la pénombre et elle distingue bientôt une légère lueur. Elle poursuit sa progression dans un couloir étroit, toujours dans un grand silence. Elle ne craint pas le noir, ni le silence, mais elle commence à se demander ce qu’elle va trouver. Plus intriguée que craintive, elle continue à avancer vers cette lumière qui s’intensifie. Le couloir tourne brusquement à droite et elle se trouve soudain éblouie par un éclat lumineux rouge feu. Elle s’habitue à l’intensité de la lumière et peut observer l’immense salle dans laquelle elle se trouve.
Des centaines, peut-être même des milliers de bougies se consument lentement, remplissant la pièce d’une puissante odeur âcre. Au milieu, trône une grande table en marbre blanc. Alors que tout n’est que désordre, flacons et autres bouteilles contenant liquides douteux traînant ici et là, poussière sur les meubles en bois pourris et menaçant de s’écrouler, la table est d’une propreté éclatante et rien n’y est posé. Ne sachant trop ce qu’elle doit faire, elle s’apprête à rebrousser chemin, lorsqu’une femme entre précipitamment par une porte dérobée. Sans lui jeter le moindre coup d’œil, celle-ci fouille dans une armoire tout en lui parlant :
Pendant que cette femme s’agite dans tous les sens et s’empare de divers produits qu’elle entasse sur un petit établi en bois, Mélody ne peut s’empêcher de la détailler. Elle dégage une impression de puissance ajoutée à un sentiment de pureté qui la rendent belle. Une beauté froide et inaccessible, qui donne envie de mourir pour elle. Subjuguée, la jeune fille ne redescend sur terre qu’en entendant le son de la voix de son hôtesse. Elle, à l’accoutumée, si farouche, se défait de ses vêtements sans hésiter et se couche sur le marbre de la table. Ce n’est pas un froid glacial qui l’accueille, mais une douce chaleur qui se diffuse progressivement dans tous ses membres. Confiante et totalement détendue, elle voit Cée répandre sur l’ensemble de son corps une poudre blanche.
C’est alors que son visage change d’apparence et Mélody voit alors apparaître une femme à l’aspect repoussant, la peau en partielle décomposition, un regard vide et des cheveux passant du blanc éclatant au rouge vif. La salle semble s’être réduite de moitié et les murs se rapprocher. La jeune fille, totalement paniquée, ne peut cependant pas bouger et doit assister à cette hideuse transformation. La créature hurle des imprécations dans une langue inconnue qui lui perce les tympans et fait frissonner tout son corps. Puis, dans un éclair qui illumine la pièce, le corps de Mélody se tend et se soulève. La jeune fille pousse un hurlement qui couvre les cris de la sorcière, ses yeux se révulsent, tous ses sens sont décuplés et elle ressent une vibration au plus profond de son ventre.
Alors qu’elle perd connaissance et que tout dans la pièce redevient comme avant, Cée, revenue à son aspect précédent, réveille Mélody en lui passant une liqueur sous le nez.
Pendant que Mélody se lave, Cée poursuit son enquête. Elle scrute la table d’un œil aiguisé. La poudre blanche s’est évaporée et le meuble a repris son éclat de pureté comme auparavant. Cependant, quelque chose semble troubler la magicienne. Tournant autour de la table, elle renifle une odeur qui ne lui est pas inconnue. Mais elle n’arrive pas encore à la reconnaître. C’est une émanation qu’elle n’a senti qu’une fois et c’était il y a très longtemps. Soudain, la mémoire lui revient.
« Lui ! Il est ici ! Avec elle ! »
Adoptant un comportement de plus en plus bestial, Cée monte sur la table et hume l’air. Elle sent leurs deux odeurs mélangées. Elle, fille pure que la cérémonie de son village a consacré femme. Lui, l’Homme, impur au plus haut point. Ainsi, c’est lui qui l’a accompagnée jusqu’ici. Tout à coup, lui apparaît l’image des deux corps, serrés l’un contre l’autre. Cée pousse un hurlement de rage et se précipite en dehors de la pièce en s’engouffrant par une ouverture dissimulée derrière un des vieux meubles.
Je me lève de ma chaise, indignée et en colère.
Je me rassois, reprends mon stylo et poursuis mon histoire.
Mélody s’ennuie. Elle marche au milieu du village en donnant des coups de pieds dans les cailloux. Elle ne sait pas depuis combien de temps, ils sont arrivés, mais cela lui semble faire une éternité. Les gens ne parlent pas et ils travaillent tout le temps. L’Homme a disparu de la circulation. Quant à la Grande Prêtresse, elle doit sûrement être dans son souterrain et Mélody ne souhaite pas la revoir. Toutefois, cette expérience l’a bouleversée. Cet infime moment où son corps a semblé voler était d’une intensité irréelle. Jamais, elle n’avait connu ça, évidemment, mais elle ne pensait pas que cela pouvait exister. Sous la douche, encore sous le choc, elle avait ressenti une douce chaleur dans son bas-ventre. Et lorsque, dans un geste machinal, elle avait passé sa main entre ses cuisses pour laver son intimité, elle s’était sentie humide. Malgré les jours qui passent (ou peut-être même les années !), cette flamme ne la quitte pas. Elle ignore ce qu’il faut faire pour combler ce vide, pour répondre à ce manque qui la taraude, mais elle est décidée à le découvrir. De plus, comme il n’y a vraiment rien d’autre à faire, elle dispose de tout le temps qu’elle veut.
Ses yeux sont attirés par un mouvement sur le chemin de la maison de la sorcière. Bien qu’elle se trouve à plusieurs centaines de mètres, son regard perçant lui permet de reconnaître l’Homme qui se dirige d’un pas décidé vers la bâtisse. Se souvenant qu’il possède le don de savoir qui se trouve derrière lui, elle décide d’attendre qu’il soit entré pour commencer à le suivre. Dix minutes après l’Homme, Mélody franchit à son tour la porte. C’est avec un grand étonnement qu’elle constate que la pièce totalement obscure qu’elle avait traversé lors de sa première visite, est à présent baignée de lumière. En effet, une grande fenêtre laisse entrer les rayons du soleil, ainsi que l’air frais. Un léger parfum de fleurs se répand dans toute la pièce et vient chatouiller ses narines. Les arômes de la nature la transportent et elle se laisse guider par son odorat.
Reprenant le même itinéraire que précédemment, elle traverse le couloir, paré des couleurs de l’arc-en-ciel. Une douce mélodie lui arrive aux oreilles, semblable au bruit d’un ruisseau se frayant un chemin entre les pierres et les herbes folles. De plus en plus détendue, la jeune fille ne réalise pas immédiatement qu’elle se trouve devant une grande porte en bois. Un bois noble et vernis de la veille, semble-t-il. Se rendant compte que le bruit a cessé, Mélody reprend ses esprits et pousse avec précaution la porte. Celle-ci s’ouvre lentement, sans un bruit, dévoilant un panorama d’une beauté à couper le souffle. Au plus loin que portent ses yeux, une chaîne de montagnes s’étend sur des kilomètres de long, surplombant une vallée verdoyante, toute en verdure et en forêts. Une rivière sépare la vallée en deux, descendant en cascade des plus hauts sommets et traversant la prairie, elle passe aux pieds de Mélody, poursuivant sa route lente et majestueuse.
C’est alors que le silence est brisé par une longue plainte, suivie de petits gémissements et de cris rauques. Prenant la direction de ces bruits, la jeune fille débouche près d’un étang. Sur la berge, protégés du soleil par les branches d’un chêne millénaire, l’Homme et Cée sont allongés, nus.
Double choc pour la jeune fille qui ne comprend pas bien ce qu’ils sont en train de faire. Il y a d’abord l’apparence de Cée. Encore une fois, elle ne ressemble pas à ce qu’elle a pu voir. Sa peau mate, tannée par le soleil contraste avec ses cheveux dorés. Elle semble plus grande, plus fine et surtout plus jeune. Agenouillée sur l’Homme, elle bouge en cadence et remue les hanches très rapidement. Mélody a déjà vu des femmes nues, mais même la plus belle de son village semblerait bien banale à côté de Cée. Quant à l’Homme… À vrai dire, il y a une partie de son anatomie qui n’a rien à voir avec ce qu’elle a pu voir jusqu’à maintenant.
Chez elle, les femmes se reproduisent seules et n’ont aucun besoin des mâles pour cela. Eux sont là pour les tâches fatigantes et difficiles, pour nourrir leurs familles et satisfaire tous leurs besoins. Il y a bien longtemps que l’appareil reproducteur masculin a disparu. Mais pas chez l’Homme. Et Mélody comprend peu à peu ce qu’il se passe. Bientôt, lui reviennent en mémoire les cours d’Histoire, particulièrement ceux traitant de l’Époque d’Avant, ces millénaires de décadence où les Hommes, assoiffés de pouvoir et de sexe ont fini par s’entretuer. Ainsi, l’Homme serait un rescapé de cette ère révolue.
Attentive aux ébats des deux amants, Mélody ne s’aperçoit pas tout de suite qu’une main s’est glissée dans son pantalon. Lorsqu’elle sent un doigt s’immiscer dans son intimité, elle tourne la tête et pousse un petit cri de surprise.
Sous nos yeux, l’Homme et Cée changent de position à plusieurs reprises. La Grande Prêtresse finit par se retrouver à quatre pattes, l’Homme fiché au fond de son ventre derrière elle. Sous mes doigts inquisiteurs, Mélody commence à haleter, ses jambes ont du mal à la porter. Alors, lentement, je l’allonge sur l’herbe fraîche et la déshabille entièrement. Je m’installe entre ses cuisses et me régale de son nectar fruité. Les yeux au ciel, elle le voit passer du bleu clair au rouge pourpre. Au-dessus des montagnes enneigées, la foudre frappe et le tonnerre gronde. La chaleur fait fondre la neige qui vient grossir la rivière. Quittant son lit, elle inonde la plaine et tandis que la jeune femme jouit sous ma langue, la voûte céleste explose en mille couleurs éclatantes. L’Homme, dans un dernier élan bestial, rejoint Cée dans un monde féerique, lumineux et blanc. Les deux êtres, unis désormais pour l’éternité par leur chair, se relèvent et nous rejoignent. Nous regardons Mélody dormir paisiblement quelques instants. Puis, Cée me touche l’épaule :
Je me réveille en sursaut, alors qu’une main me secoue vigoureusement l’épaule. Je regarde autour de moi, c’est Émilie, ma meilleure amie qui me réveille. La nuit est tombée et le bar est vide.
Je paye le serveur, me saisit de mes feuilles et la rattrape en courant. Je n’aurais pas assez d’une nuit pour lui raconter mon rêve. En fouillant dans ma poche pour prendre les clés de l’appartement et en écoutant d’une oreille distraite mon amie, je sens un tissu glisser sous mes doigts. L’amenant à hauteur de mes yeux, je découvre un sous-vêtement blanc dans une étoffe qui m’est totalement inconnue.
« Mélody. »
Ce nom m’a échappé dans un souffle et l’image d’une jeune fille courant nue dans l’herbe m’apparaît un instant. Il fait beau, le ciel et blanc, l’air est doux, tout est pur. Je m’évade…