| n° 10740 | Fiche technique | 19751 caractères | 19751Temps de lecture estimé : 11 mn | 05/09/06 |
| Résumé: Dans un pays écrasé par la dictature, des centaines de personnes ont disparu sans laisser de traces. Opposant farouche au régime, Thierry, le compagnon de Nathalie, a lui aussi été avalé par le système de répression, mais les rebelles touchent au but... | ||||
| Critères: fh amour volupté | ||||
| Auteur : Orchis Envoi mini-message | ||||
Nathalie appuya plus fortement le canon de son Glock dans le dos de son prisonnier. Les mains levées, il s’exécuta. Cet être infâme avait exécuté des dizaines de personnes sans sourciller, et maintenant il tremblait devant elle comme un agneau apeuré. Elle avait vu des mères de famille affronter le peloton d’exécution avec plus de dignité. Il la répugnait. Son index frôla la détente de son arme. Comme elle aimerait la presser…
Nathalie l’assomma d’un violent coup de crosse sur la nuque. Il s’effondra sans un cri.
Le colosse qui se tenait à ses côtés marmonna quelques protestations.
Il leva les yeux d’un air exaspéré.
Sans accorder plus d’attention à son coéquipier, elle observa la lourde porte qui perçait le mur du corridor. Voilà donc la geôle où avaient disparu les opposants au régime. Était-ce là que Thierry était mort ? Avait-il souffert ? L’avait-il appelée dans son agonie ? Sa gorge se noua en une boule de détresse. Elle se força à respirer profondément pour se calmer. Mathieu s’inquiéta aussitôt.
Il hocha la tête.
Faisant mine de ne pas avoir entendu, elle rangea son arme dans son étui, souleva la barre qui fermait la porte et tira le battant. Des relents fétides la frappèrent au visage avec la force d’un coup : des miasmes de moisissures, une puanteur d’excréments, une pestilence de charnier. La lumière crue des néons du couloir illumina la cellule, révélant un spectacle insoutenable : un sol de ciment maculé de taches sombres où grouillait une multitude d’insectes, une nuée de mouches qui vrombissaient dans l’air insalubre, trois corps décharnés dont les os saillaient sous la peau crasseuse. Luttant contre la nausée, elle pénétra dans le cachot et s’avança vers le premier détenu. Il avoisinait les cinquante ans ; la privation avait creusé ses traits burinés. S’il n’avait pas fixé le vide sans ciller, elle aurait pu croire qu’il vivait encore. La décomposition avait déjà entamé son travail macabre sur le second, Nathalie ne prit même pas la peine de s’en approcher. Quant au troisième, il lui tournait le dos. Elle se dirigea vers lui et le contourna pour s’accroupir à ses côtés. Il était affreusement maigre, plus efflanqué encore que ses compagnons d’infortune. Des ecchymoses sombres, des écorchures infectées couvraient son corps nu. Sa respiration rauque, irrégulière était à peine audible. Il vivait encore, mais pour combien de temps ? Chaque inspiration ressemblait à une bataille qu’il ne gagnait que de justesse. Ses yeux entrouverts luisaient dans la pénombre.
Au son de sa voix, l’homme esquissa un geste pour s’asseoir. Les chaînes qui pendaient à ses poignets et à ses chevilles cliquetèrent. Elle posa la main sur son épaule et grimaça de la sentir si décharnée.
Il ne l’écouta pas et la fixa d’un regard fiévreux. Des prunelles d’un bleu-vert inoubliable. Son cœur manqua d’exploser sous un afflux violent de joie mêlée de désespoir et d’incrédulité.
Indifférente à la vermine qui grouillait sur le sol, elle se laissa tomber à genoux pour examiner son visage hâve. C’était bien lui, sans le moindre doute possible. Un sanglot lui coupa le souffle. Elle caressa sa joue mangée par la barbe et la saleté. Elle était brûlante.
Elle déboucha en hâte sa gourde et lui souleva la tête pour l’aider à boire. Il faillit s’étrangler dès la première gorgée.
*****
Des gémissements, des supplications…
Nathalie se réveilla en sursaut. Thierry ! Elle quitta son lit de camp d’un bond, se rua à son chevet, chercha à tâtons l’interrupteur de la lampe et alluma la lumière. Il s’agitait sous les draps et geignait ; des gouttelettes de sueur luisaient sur son front.
Elle frôla son bras du bout des doigts ; il se redressa avec un cri et grimaça aussitôt. Son dos le faisait encore souffrir.
Elle lui adressa un sourire apaisant mais se garda bien de le toucher nouveau. Dans l’état où il était, le moindre contact suffirait à déclencher une crise de panique. Haletant, il jeta quelques coups d’œil angoissés autour de lui.
Il la fixa, mais elle était persuadée qu’il ne la voyait pas. Il contemplait un passé empli de tortures et de violences. Plusieurs secondes s’écoulèrent avant qu’une lueur de compréhension n’éclaire ses yeux. Il enfouit son visage dans ses mains.
Elle serra les dents. Plus que tout, elle désirait le prendre dans ses bras, le bercer, le rassurer, mais elle craignait bien trop de le déstabiliser pour s’y risquer. Ne surtout pas aller trop vite. Elle se contenta de s’asseoir sur le bord du lit et d’effleurer ses cheveux.
Il avait repris une bonne dizaine de kilos. Il était encore plus léger qu’elle, mais, au moins, il ne ressemblait plus à un squelette animé. Ses cauchemars commençaient même à s’espacer. Elle voulait croire à l’importance de ses progrès, elle voulait croire qu’il réussirait à surmonter son traumatisme.
Il releva la tête. Il paraissait si perdu… Elle lutta pour ne pas pleurer.
Dans un premier temps, elle demeura interdite, puis l’appréhension l’emporta. Elle avait rêvé de cet instant, mais elle avait passé trop de nuits à le veiller alors qu’il délirait, la prenant pour un de ses tortionnaires et se débattant dès qu’elle essayait de le soigner. Et si la peur reprenait le dessus ? S’il la repoussait encore une fois ? Ses maudites crises d’angoisse étaient si imprévisibles, si brutales. Elle hésita puis décida de garder ses inquiétudes pour elle. Il avait besoin d’être rassuré, pas de se voir asséner ce genre de doutes en pleine face.
Elle se glissa sous les draps en prenant soin de maintenir une certaine distance entre eux. Avec un soupir qui ressemblait à un sanglot, il l’enlaça et l’attira contre lui. Elle se raidit, certaine de le voir céder à la panique en quelques secondes. Il resta calme. Ses jambes nues se pressaient contre les siennes ; son bras, plus mince qu’autrefois, reposait sur ses côtes ; la chaleur de son corps l’enveloppait. C’était une sensation à la fois familière et étrangère. Thierry enfouit son visage dans le creux de son épaule. Elle écouta sa respiration. Elle était profonde, libre de toute oppression. Il avait l’air bien, tout simplement. Soulagée, elle osa enfin se détendre.
*****
Le roucoulement d’une tourterelle tira Nathalie de son sommeil. Elle battit des paupières, éblouie par un rayon de soleil inattendu.
Nathalie se retourna. Les yeux bleu-vert de Thierry avaient retrouvé une trace de leur gaieté d’autrefois. Elle sourit.
Sa voix vacilla, la joie déserta ses traits et le cœur de Nathalie sombra. Une fois encore, la détresse les séparait. Dans un geste de désespoir, elle posa ses lèvres sur les siennes. Il esquissa un léger mouvement de recul avant de parvenir à se contrôler. Sa langue répondit alors à ses avances, joua même avec la sienne. Elle glissa sa main dans sa nuque, juste en dessous de sa chevelure, et entama un lent massage. Il n’essaya pas de se dégager, elle s’enhardit. Ses doigts descendirent le long de son dos, s’aventurèrent sur ses côtes saillantes. Les anciennes traces de brûlures alternaient avec les balafres et les plaies à peine cicatrisées. Des blessures qu’elle avait pansées pendant des semaines, alors qu’il résistait de toutes ses maigres forces. Dorénavant, il ne luttait plus contre elle, mais il demeurait tendu. Inquiète, elle interrompit son baiser.
Il se tut et détourna le regard. Elle appuya son front contre le sien et lui caressa la joue.
Elle se réprima intérieurement. Elle s’était pourtant juré de lui laisser le temps de se rétablir !
Pendant quelques secondes, la stupéfaction la musela, puis elle explosa.
Il la dévisagea avec une expression de si parfaite stupéfaction que sa mauvaise humeur s’envola immédiatement. Elle l’embrassa langoureusement dans le cou, où le moindre effleurement l’enflammait. Il frémit.
Du pied, elle lui effleura la jambe.
Il hésita un instant, puis hocha la tête.
D’un geste, elle rejeta les draps sur le côté et dévoila le corps de Thierry. Ce corps qu’elle avait baigné, soigné et veillé pendant tant de jours. Elle mourait d’envie d’en prendre encore soin, excitée de le voir si soumis à ses désirs.
Elle se pencha sur lui pour explorer son torse de sa langue, de ses lèvres et de ses doigts. Elle s’attarda sur ses tétons pour les mordiller avec délicatesse ; ils durcirent. Elle savait combien il aimait cela. Un halètement récompensa ses efforts. Satisfaite, elle déposa une volée de baisers sur son ventre, puis elle fit descendre son caleçon. Thierry se souleva pour lui faciliter la tâche. Libéré de sa prison, son sexe se dressa fièrement, en pleine érection.
Elle saisit délicatement sa verge et la palpa. Elle était ferme, pleine de vigueur. Perdant le peu de contrôle qu’il exerçait encore sur lui-même, Thierry se redressa et insinua ses mains sous le tee-shirt qui servait de pyjama à sa compagne. Il n’alla pas bien loin.
Elle décela la panique dans sa voix, son désir s’éteignit aussitôt. Encore une de ces satanées crises d’angoisse ! Elle voulut s’écarter, mais il resserra son étreinte. Stupéfaite, elle le dévisagea. Pourquoi ne la repoussait-il pas ? C’était pourtant bien de la peur qu’elle lisait sur ses traits !
Il ne répondit pas mais souleva le tee-shirt de Nathalie et effleura les petites cicatrices blanches et rondes qui se détachaient sur sa peau hâlée. En un éclair, elle se rappela les détonations, la douleur qui déchirait son ventre, le cri affolé de Mathieu, le sang qui se répandait sur sa peau… Elle chassa ses souvenirs, refusant de se laisser déstabiliser en un moment pareil. Thierry fixait les marques avec horreur.
Il la contempla d’un air hagard. Soudain, la digue qui retenait ses sentiments céda. Il geignit et l’attira à lui. Ses mains s’affolèrent dans son dos en un va-et-vient rapide.
Il ne paraissait guère enclin à se calmer. Il arracha le tee-shirt plus qu’il ne l’ôta, comme s’il devait se hâter d’aimer Nathalie, comme si elle risquait de disparaître d’un instant à l’autre. Elle frissonna lorsque ses seins menus se blottirent au creux de ses paumes. Malgré son empressement, Thierry les caressa avec délicatesse, arrachant à sa compagne des soupirs de plus en plus appuyés. Il commença à se courber pour embrasser sa poitrine, mais il n’acheva pas son mouvement. Crispé de la tête aux pieds, il se figea et cessa même de respirer. Qu’avait-il ? Nathalie n’eut pas à réfléchir très longtemps. Son dos ! Comment avait-elle pu oublier ?
Il ne répondit pas, se contentant d’effleurer ses mamelons. Au moins, il n’avait rien perdu de son entêtement. Changeant de tactique, elle susurra :
Elle le sentit hésiter. Il la dévisagea, encore incertain.
Il céda et la contempla avec avidité. Elle s’étendit sur le dos et prit tout son temps pour faire glisser sa culotte le long de ses jambes. D’un mouvement souple, elle se mit ensuite à genoux sur le lit pour que Thierry puisse admirer à loisir les courbes de son corps nu.
D’un signe, il désigna son sexe qui ne semblait plus attendre qu’elle.
À la fois sensuelle, féline et provocante, elle s’approcha à quatre pattes ; Thierry guettait chacun de ses mouvements. Elle n’avait pas envie d’attendre plus longtemps. Elle l’enjamba et s’assit à califourchon sur ses cuisses. Sa verge se dressait juste devant elle. Lorsque Nathalie l’entoura de ses doigts, elle la sentit palpiter contre sa paume comme le cœur d’un oiseau affolé. Elle l’imagina en elle, se délectant par avance du bonheur de s’unir à lui. Une chaleur délicieuse l’envahit. Levant la tête vers Thierry, elle lut le trouble sur son visage et, au-delà du désir, de l’amour. Elle lui sourit, se souleva au-dessus du sexe de son amant et le guida vers les lèvres humides de son vagin. Thierry retint sa respiration. Les yeux plongés dans ceux de son compagnon, elle se laissa descendre sur lui. Le regard de Thierry chavira comme elle l’accueillait en elle. Elle fit durer au maximum cette lente pénétration, heureuse de retrouver cette sensation de plénitude. Quand il fut tout entier en elle, elle s’immobilisa pour mieux savourer leurs retrouvailles.
Le ton sur lequel il avait prononcé ces deux mots révélait le maelström d’émotions qui le bouleversait : la passion, la joie de retrouver celle qu’il aimait, le soulagement de savoir qu’il pouvait encore la combler… Elle se pencha pour l’embrasser ; il lui répondit avec ardeur, prenant bientôt la direction du ballet effréné de leurs langues. Hors d’haleine, elle finit par s’arracher à leur baiser. Sa soif de lui n’avait fait que croître. Elle se redressa et entama un lent mouvement de va-et-vient. Thierry caressa ses cuisses musclées par des heures d’entraînement, malaxa ses fesses fermes, s’attarda sur ses abdominaux nerveux, puis il reprit possession de ses seins dont il pinça légèrement les mamelons…
Ses mains chaudes posées sur elle, son sexe au creux de son corps. Presque comme avant. Elle accéléra le rythme comme le plaisir montait en elle, l’isolant peu à peu du monde extérieur. Les doigts de Thierry s’insinuèrent contre son bas-ventre, empruntèrent un chemin connu pour s’emparer de son clitoris et le titiller. Un cri échappa à Nathalie ; elle se sentit partir.
Ses mouvements se firent plus brusques, plus chaotiques. Elle agrippa le poignet de Thierry, s’immobilisa et serra les dents, les paupières mi-closes, submergée par les vagues d’un orgasme puissant. Son compagnon ne résista pas à la vue de sa jouissance.
Épuisée, elle se laissa aller contre lui et posa la joue sur son épaule, gardant encore un peu en elle sa verge qui perdait de sa vigueur. Thierry referma ses bras autour de son corps moite. Seules leurs respirations haletantes résonnaient dans le silence de la chambre. Il fallut de longues minutes à Nathalie pour qu’elle trouve le courage d’abandonner sa confortable position et qu’elle se coule aux côtés de son amant. Il se tourna sur le côté pour ne pas perdre le contact de sa peau nue contre la sienne. Blottie contre lui, elle susurra :
Pour toute réponse, il la serra un peu plus fort. Une larme de joie roula sur la joue de Nathalie lorsqu’elle le vit céder au sommeil en toute confiance.
Tout n’était pas perdu, il allait déjà mieux.