Une Histoire sur https://revebebe.pages-perso.free.fr/
n° 10508Fiche technique33897 caractères33897
Temps de lecture estimé : 20 mn
11/06/06
Résumé:  Un locataire découvre incidemment les petits secrets de sa logeuse.
Critères:  secret fh ff couleurs revede journal
Auteur : Père Ubic
La boîte à secrets



J’ai 23 ans et je suis étudiant en agronomie dans une ville moyenne du centre de la France. Mes parents m’ont trouvé une piaule, un tout petit meublé qui ne paye pas de mine, mais en rapport avec leur budget et qui me convient très bien. Pour tout dire, il s’agit simplement d’une minuscule chambre chez une dame, avec un tout petit coin douche. J’ai également accès à la cuisine pour me faire mon petit-déjeuner et, le soir, il arrive aussi que nous dînions ensemble.


Bernadette, c’est son nom, c’est une femme très simple et plutôt timorée. Je lui donne la cinquantaine mais, à bien réfléchir, je pense même qu’elle en a un peu plus. Elle a deux grands enfants qu’elle ne voit pratiquement jamais, et un mari qui n’a jamais voulu divorcer, mais avec qui elle est séparée depuis plus de dix ans. Elle vit donc seule, chichement, ses revenus étant essentiellement constitués des locations des piaules de cet immeuble. Mais, si j’ai bien tout compris, le bâtiment ne lui appartient pas, il est au nom de son mari. Il s’agit juste d’un arrangement financier entre eux deux.


J’ai du mal à comprendre pourquoi cette femme, au demeurant gentille et serviable, n’a jamais cherché à refaire sa vie. Elle est pourtant encore jolie. Certes le poids des ans a empâté son visage et lui a donné quelques rondeurs disgracieuses. Elle n’en reste pas moins une femme agréable à regarder, qui doit être de temps en temps courtisée par les hommes de tous âges.


Enfin, lorsque je dis qu’elle aurait pu refaire sa vie, c’est un peu l’hôpital qui se moque de la charité. Moi-même, je suis très seul. Je n’ai pas vraiment de copains et je n’ai eu que très peu de petites amies : très, très peu. Pour dire la vérité, il m’est encore possible de compter les fois où j’ai fait l’amour sur les doigts d’une seule main. Et encore, cela n’a pas été à chaque fois une réussite ! À bientôt 24 ans, je me sens vraiment en deçà des autres et ce n’est pas cette timidité invalidante, à laquelle je ne parviens pas à me soustraire, qui pourrait me permettre de remonter franchement la pente.

Toujours est-il que ma sexualité est très introvertie et très axée sur les fantasmes. Je délire sur plein de filles que je ne fréquenterai sans doute jamais, et plus précisément sur certaines d’entre elles qui gravitent autour de moi. En règle générale, je m’intéresse uniquement aux filles qui ne sont pas trop canon et que personne ne veut draguer, preuve, s’il en est, que j’ai une bien piètre opinion de moi-même.

Les unes après les autres, elles y passent toutes, dans ma tête, profs et élèves, et même les femmes de ménage. Et je me caresse aussi de temps en temps en pensant à l’une d’elles, ce qui ne résout pas mon problème de fond : la peur panique du passage à l’acte.


Ces temps-ci, je suis plus particulièrement axé vers une copine de classe, Blandine. Elle est bizarre, atypique, un peu étrange, elle a un look plutôt austère. Elle se donne un style « skinhead » en se rasant la tête, elle porte deux gros anneaux dans le nez et son visage livide est torturé par des boutons d’acné. Qui plus est, elle porte des joggings trop amples, on dirait des sacs de patates, ce qui lui donne une dégaine pas possible.

Elle grogne plutôt qu’elle ne parle et on dirait toujours qu’elle en veut à la terre entière. Elle n’a pas trop d’amis, je crois même qu’elle n’en a pas du tout, elle reste à longueur de journée complètement enfermée dans son monde, comme une pauvre conne. C’est ça qui me fascine chez elle et c’est aussi ça qui me touche. Je suis vraiment très accro à cette fille, quasiment amoureux, je m’imagine faire plein de choses avec elle, alors que je ne suis même pas capable de lui aligner deux mots.

Depuis que je l’ai vue courir à la gym, c’est encore pire, c’est devenu une véritable obsession. Tout le monde a pu s’apercevoir qu’elle n’avait pas de soutien-gorge ce jour-là. Certes, elle a plutôt de petits seins. N’empêche que, quand même, tout le monde les voyait bien bouger, et moi encore plus que les autres. Ça m’a fait un effet bœuf et, depuis, je suis tout excité, je ne pense plus qu’à elle.




De son côté, ma logeuse avait, jusqu’à présent, toujours échappé à mes fantasmes. Probablement parce qu’elle était quand même plus âgée que les femmes qui attirent habituellement mon attention, peut-être aussi parce qu’elle aurait pu être ma mère, peut-être enfin parce que sa gentillesse m’imposait un grand respect.

Quoiqu’il en soit, il y a de ça quelques semaines, j’ai fait une découverte très inattendue qui a changé radicalement le point de vue que j’avais d’elle.


Ce soir-là, nous étions tous les deux couchés, il devait être presque minuit, quand la sonnette de l’appartement a retenti. Une fois, deux fois, trois fois, puis quelqu’un s’est mis à tambouriner comme un fou à la porte. Etant donné que Bernadette ne donnait pas signe de vie, je me suis levé prestement, le temps de rajuster mon pyjama, et suis allé voir ce qui se passait. C’était le gars du rez-de-chaussée, il avait l’air tout affolé : de l’eau, venant de l’étage du dessus, était en train de dégouliner sur ses affaires.


Bernadette est apparue en robe de chambre, passablement hagarde. Le temps qu’elle s’imprègne de ce qui se passait, elle a décroché le téléphone et a appelé les pompiers. Ensuite nous sommes descendus tous les trois, avec les clefs. Au premier étage, personne ne répondait mais quand nous avons ouvert la porte, c’était un beau foutoir, tout l’appartement était inondé…

Ensuite, les pompiers sont arrivés. Entre temps, d’autres locataires étaient sortis de leurs piaules et nous avaient rejoints. Certains discutaient dans la rue, d’autres traînaient dans les couloirs, c’était un joyeux bordel, il y avait un maximum de personnes inutiles. Les pompiers ont fait un peu la police pour mettre un peu d’ordre dans tout ce beau monde.

Par la suite, on nous a invités à rentrer chez nous. Il n’y avait, paraît-il, plus aucun danger. Je suis donc remonté tristement dans ma piaule, laissant Bernadette faire le bilan du sinistre.


Chose inhabituelle, la porte de la chambre de ma logeuse était restée grande ouverte. Dans la précipitation, elle avait simplement oublié de la refermer. Machinalement, en revenant des toilettes, j’ai tourné la tête et j’ai jeté un œil dans cette pièce que j’avais jusque là à peine entraperçue, une chambre somme toute très classique et meublée à l’ancienne.

Seul un petit détail a capté mon attention : il y avait une revue en papier glacé qui traînait sur la descente de lit. Et même de là où j’étais, il me semblait bien qu’il s’agissait de filles nues.

Intrigué, je suis entré dans ce sanctuaire qui m’était jusqu’alors interdit et je suis allé jusqu’au pied du lit. Et là, je n’en ai pas cru mes yeux !


Il s’agissait d’un magazine pour lesbiennes qui me semblait plutôt hard, pas du tout le genre de ceux que l’on trouve dans les kiosques, ou alors uniquement sous blister. Peut-être l’avait-elle commandé sur Internet ? Je me suis laissé aller à feuilleter cette revue : des photos de femmes qui se bouffaient la chatte avec des gros plans sur des sexes écartelés, d’autres gouines s’enfilaient avec des dildos, d’autres encore étaient en train de se raser la touffe.

Ben dis donc, Bernadette, tu m’avais caché ça, cette attirance pour les filles…


C’est alors que je vis cette grosse panière en osier qui était d’ordinaire coiffée d’une imposante statue de chien (les rares fois où il m’était arrivé d’entrevoir la pièce, je n’avais pratiquement vu que ça, à côté de son lit). Simplement, là, le chien était à terre et la panière était grande ouverte. Plongeant le regard dedans, quelle surprise ! Elle semblait pleine d’accessoires érotiques de toutes sortes, godemichets, vibromasseurs, fioles de lubrifiants, il y avait tout un arsenal, un assortiment digne d’un sex-shop. Sans compter une imposante pile de bouquins de cul.

Les premiers de la pile semblaient exclusivement lesbiens ! Celui du dessus retint plus particulièrement mon attention. Il s’agissait manifestement d’une revue québécoise consacrée aux femmes de plus quarante ans. Relativement peu de photos, mais des photos très « amateur » de femmes plutôt matures, envoyées soi-disant par des lectrices, et des articles témoignages avec des titres très accrocheurs : « Ma blonde se fait fourrer par des godes énormes », « La démonstration Tupperware se termine en partouze », « La femme du pasteur initie sa voisine ».


Je lus le dernier texte. La voisine ingénue invitée pour prendre le thé chez la femme de l’ecclésiastique trouve celle-ci en charmante compagnie, en train de faire un 69 sur la moquette avec une grande black aux fesses bien rembourrées. D’abord intriguée, puis troublée, elle ne peut s’empêcher de poser sa main entre ses cuisses en regardant ce joli tableau. Evidemment, les deux gouines ne tardent pas à la repérer et décident de lui faire tout connaître des joies de Lesbos. S’en suivent broutages frénétiques, enconnages surdimensionnés et enculage avec un gode anal de bonne taille. Elles ne laisseront finalement l’ingénue repartir qu’après lui avoir fait tout essayer.

A la suite, une remarque du journal affirmait que la majorité des femmes de pasteurs étaient frustrées dans leur vie de couple et que la plupart d’entre elles, sinon toutes, s’adonnaient sans complexe aux plaisirs de Lesbos.


J’en étais là dans ma lecture quand j’entendis du bruit dans l’escalier. Panique à bord. Je remis rapidement tout en place et filai prestement dans ma chambrette. C’était manifestement une fausse alerte mais, d’un autre côté, c’aurait été bête de se faire prendre ainsi, la main dans le sac. J’ai donc préféré rester sagement sur mon lit à me tailler une bonne petite branlette. Un petit quart d’heure plus tard, j’ai entendu la porte. Il y eut un peu de bruit dans la cuisine, le déclenchement de la chasse d’eau, puis le grincement de la porte de sa chambre qui se refermait.

Allait-elle se remettre dans ses revues lesbiennes, allait-elle s’enfoncer un gode en reluquant toutes ces brouteuses de chattes ? Peut-être pas, il était déjà bien tard. Je tendis l’oreille mais n’entendis aucun bruit.




J’avais, du coup, très envie de connaître les fantasmes de ma logeuse dans leurs moindres détails. Or je savais que presque tous les dimanches, elle était invitée chez une de ses cousines. Elle partait sur les coups de 10 heures, déjeunait là-bas et revenait vers 18 heures - 19 heures. Je le savais parce que les rares fois où j’étais resté le week-end, elle avait suivi ce planning. C’était d’ailleurs la seule sortie qu’elle s’octroyait. Sinon, elle s’absentait parfois une ou deux heures pour aller faire les courses. Mais c’était beaucoup trop risqué et pas assez long pour mettre mon plan à exécution, car je comptais bien faire l’inventaire exhaustif de cette fameuse panière.


Comment s’assurer que le week-end prochain, elle irait bien chez sa cousine ? De mon côté, il me faudrait aussi prévenir mes parents, car j’avais l’habitude de passer les week-ends en famille, sauf très rares exceptions.

Je laissai passer deux ou trois jours, le temps pour elle de se remettre de ses émotions. Et, le vendredi matin, je m’arrangeai pour prendre mon petit déjeuner en tête-à-tête avec Bernadette, pour essayer d’en apprendre un peu plus :



Nous avions vaguement convenu, lors de la signature du contrat de location que je ne dormirais ni le samedi, ni le dimanche. Ceci dit, elle n’était pas chienne et, en cas de nécessité, elle ne faisait aucune difficulté pour que je reste dormir.



(Ouf, c’est justement ce que je voulais savoir et ce que j’espérais.).



Je me demandais comment cette femme presque pieuse pouvait en même temps être lesbienne. Je l’imaginais mal en train de brouter une foufoune. Mais peut-être ne l’avait-elle jamais fait, peut-être que tout cela resterait pour toujours pour elle à l’état de fantasme.

Toujours est-il que, pour dimanche, la voie était désormais libre.




Je suis parti ce matin-là vers neuf heures et me suis installé à une table près de la vitrine dans le troquet juste en face. De là où j’étais, je ne pouvais pas ne pas la voir sortir. Elle a mis un peu plus de temps que prévu, elle est partie sur le coup de dix heures et quart. Je l’ai suivie discrètement, de loin, jusqu’à la gare routière et j’ai attendu que son car prenne la route.

Retour vers la maison, j’ai filé directement dans sa chambre. Il ne m’a pas fallu très longtemps pour descendre le chien de son piédestal. J’ai retiré le couvercle et j’ai commencé à vider la panière en prenant soin de noter sur mon calepin l’ordre dans lequel je retirais les objets. Voici, ci-dessous, le résultat exhaustif de mon inventaire :



Quel attirail ! Elle était beaucoup trop outillée pour une sainte Nitouche fantasmeuse. Avait-elle déjà utilisé tous ces objets ? Probablement pas toute seule, en tout cas, mais alors, avec qui ?


Je parcourus sommairement quelques revues, mais sans conviction, j’avais déjà la tête ailleurs. Puis je remis soigneusement tout à sa place, ainsi que je l’avais trouvé. Il était déjà presque une heure de l’après-midi, mais je n’avais pas faim, j’avais beaucoup mieux à faire. Après avoir replacé soigneusement le chien sur son perchoir, j’ai filé dans ma chambre avec le cahier-journal et les lettres.


Par quoi commencer ? J’optai d’abord pour les lettres.

Il s’agissait pour la plupart de missives d’amour, d’amour passionné, la majorité d’entre elles n’étaient pas spécialement scabreuses et ne parlaient pratiquement pas de sexe. Elles ne faisaient d’ailleurs souvent que suggérer.


La première série était relativement récente, car certains écrits dataient d’à peine un mois. Les lettres venaient du Canada, d’une femme qui semblait très éprise de Bernadette, tant et si bien qu’elle lui écrivait des mots d’amours enflammés et parfois des poèmes. Elle avait le cœur brisé par cette trop grande distance qui les séparait. Elle la trouvait « sublime », elle ne pensait plus qu’à elle. Il lui arrivait encore parfois de faire l’amour avec son mari, mais c’était pour elle, selon ses dires, un vrai calvaire… Je n’eus pas la patience de lire ces écrits romantiques jusqu’au bout.


La seconde correspondance venait d’une Antillaise pure souche, du nom de Raymonde, une beauté des îles, café au lait et plutôt bien en chair. Une photo de sa bouille traînait dans une des lettres.

Beaucoup plus terre à terre que la Canadienne, la Raymonde ! L’occasion s’était présentée à elle d’avoir une aventure avec une voisine. Mais ces amours « contre-nature » s’étaient ébruitées dans tout le village et, depuis, c’était la honte pour elle et sa copine. Quoiqu’il en soit, elle n’avait pas froid aux yeux et ce petit contretemps ne l’avait nullement empêchée de recommencer à diverses reprises avec d’autres filles, souvent des touristes qui venaient sur l’île et, plus récemment, avec une autre créole qu’elle avait alpaguée sur un marché.

Apparemment Bernadette, de son côté, lui confiait elle aussi tous ses petits secrets, car la chaude Antillaise lui répondait en lui prodiguant moult conseils. Mais, faute d’avoir les lettres originales de ma logeuse, je ne comprenais pas trop, dans certains cas, où elle voulait en venir et de quoi il retournait.


Il y avait aussi une autre amoureuse frivole, une parisienne. De son côté, elle était déjà pacsée avec une autre femme, mais elle cherchait pourtant une fille plus douce, plus tendre, plus câline et, visiblement Bernadette lui convenait bien, de par son caractère. Sauf que… elle n’osait pas encore franchir le pas et tromper sa concubine. Mais elle envisageait, par moments, de faire le déplacement. Paris n’était pas si loin !


Et enfin, une dernière correspondante qui portait simplement nom de « Céline ». Céline ? N’était-ce pas précisément le prénom de la cousine ? Et, quelle coïncidence, elle habitait justement à l’autre bout du département.

Mais oui, c’était bien elle. Ses lettres à elle étaient truffées de « Ma chérie », « Mon amour », « Je me languis de toi », « Si tu savais comme j’aime être blottie dans tes bras », « Si tu savais comme j’aime quand tu t’empares de mon corps, quand tu abuses de moi. », « J’aime me donner entièrement à toi. J’attends ce moment avec tellement d’impatience », « Je me caresse en pensant très fort à toi ».

Sa cousine ! Bernadette avait donc franchi le pas avec elle, elles étaient devenues amantes.


Dans une autre missive :

«  … Il me semble que Paul se doute de quelque chose. L’autre jour, il y avait un film à la télé et une femme en embrassait une autre. Il m’a dit, très agressivement : « C’est vraiment une horreur toutes ces gouines, on devrait faire comme en Iran, les lapider. » Et, ce disant, il me regardait avec insistance et une pointe de mépris non dissimulé.

Je crois qu’il a maintenant tout compris. Pour lui, c’est un non-sens, il a toujours été très homophobe. Je crois qu’il m’aurait pardonné si j’avais pris un amant. À une certaine époque, après son accident, il m’avait même presque poussée à le faire.

Mais là, de me savoir dans les bras d’une femme, pour lui, c’est insupportable.

Je crois aussi qu’il te déteste, il te supporte de moins en moins. Je me demande s’il ne serait pas préférable de nous retrouver plus souvent en cachette. »




Quinze heures. Je remis de l’ordre dans les lettres, reconstituai le paquet soigneusement et filai dans la chambre de Bernadette pour remettre tout ça à sa place.

Maintenant que je connaissais l’adresse précise de la dénommée Céline, il me suffisait de téléphoner à la gare pour connaître les heures des cars.



Le temps qu’elle revienne à pied de la gare, ça me laissait un peu plus de trois heures pour le cahier-journal.




Les premières pages dataient d’environ une douzaine d’années. À cette époque, les rapports étaient déjà tendus entre son mari et Bernadette, il ne pouvait déjà plus la supporter, il la trouvait trop chochotte et pas assez excitante. Plusieurs fois aussi, il avait levé la main sur elle. Finalement, il était parti logiquement avec une femme plus jeune.


S’ensuivaient de très longues pages où elle étalait ses idées noires, celles de la période qui avait entouré son pseudo-divorce. Elle n’avait plus goût à rien. Ses propres enfants, endoctrinés par leur père, lui tournaient le dos. Ajouté à cela de multiples problèmes d’argent et la mort de sa mère…

Cinquante pages d’une grande tristesse, elle avait même fait un passage dans une maison de repos où elle avait été soignée pour dépression.


Petit à petit, elle avait quand même repris du poil de la bête, en se raccrochant comme elle disait à son petit train-train quotidien.


Il y a de ça six ans, elle avait eu une première expérience avec un homme marié, le père d’un locataire mais cette expérience entre deux portes ne lui avait pas apporté grand chose, sinon des ennuis avec la femme de cet homme.


L’année suivante, elle avait été séduite par un éboueur, un très grand black portant le joli nom de Bienvenue. Il l’avait draguée en lui apportant le calendrier annuel. Par la suite, il était revenu plusieurs fois, toujours pour la draguer et elle avait fini par succomber à ses avances.


Adolescente, un de ses tous premiers fantasmes, avait été de faire l’amour avec un Noir. Et elle s’était promis-juré qu’un jour elle en mettrait un dans son lit. Seulement voilà, le temps et les années avaient passé et il lui avait fallu attendre 45 ans pour réaliser ce fantasme.

Par la suite, tout s’enchaîna très vite : Bienvenue lui présenta Honoré, Honoré lui présenta Abdoul qui lui présenta Pierre. Les deux ans qui suivirent cette première tentative, ce furent douze beaux black qui défilèrent dans son lit, un ou deux Créoles, mais pour la plupart des Africains. Noirs ébène, c’est comme ça qu’elle les préférait. Leurs corps bien noirs, c’est ça qui l’excitait, beaucoup plus que leur savoir-faire ou leurs supposées mensurations. D’ailleurs la plupart n’avaient rien d’exceptionnel sur ce plan-là, sauf peut-être Abdoul qui avait réellement un sexe énorme.


Le défilé de tous ces Noirs dans son immeuble avait fini par faire jaser dans le quartier. Elle s’était même fait traiter de pute plusieurs fois, par des imbéciles. Qu’importe, elle continuait. Sauf que, sauf que… elle avait aussi d’autres fantasmes, cachés tout au fond de son subconscient, des fantasmes beaucoup plus inavouables qui, depuis toujours, mais de plus en plus fréquemment, la titillaient. Plusieurs fois, en embrassant sa cousine Céline, elle avait eu des pensées envers elle, l’envie d’embrasser sa bouche, l’envie de dénuder son corps.


L’occasion se présenta de concrétiser son attirance pour les femmes par le biais d’une jeune étudiante un peu spéciale qui vivait à ce moment-là dans l’immeuble. Plusieurs fois, Bernadette l’avait vue revenir avec des « amies » qui semblaient être un peu plus que de simples copines. D’ailleurs, une fois, elle les avait même entraperçues en train de se bécoter en bas de l’escalier. Bernadette s’était alors mise à fantasmer déraisonnablement sur cette jeune fille, en la regardant plus que nécessaire. Et l’autre, qui n’était pas née de la dernière pluie, avait vite compris ce qui se passait. Prétextant un problème de chauffage, elle attira la logeuse dans sa piaule.

Bernadette était toute tremblante, à la fois honteuse et craintive.



Et comme Bernadette prétextait justement leur grande différence d’âge pour essayer de se défiler :



C’est ainsi qu’elles firent l’amour pendant toute une nuit. Ce fut une révélation pour Bernadette, cela réveillait tant de désirs secrets qu’elle avait jusque-là refoulés.

A compter de ce jour, son attirance pour les grands blacks musclés se fit beaucoup moins forte et son penchant pour les femmes beaucoup plus intense. Désormais, Bienvenue et Abdou avaient encore droit, de façon épisodique, à ses faveurs. Mais c’était elle qui allait chez eux, histoire d’espacer les rapports et aussi de faire taire les rumeurs.


Quant à ses rapports avec les femmes, elle avait fait tout son possible pour que ça ne se sache pas. Sa première année d’expériences homosexuelles, elle rencontra pas mal de lesbiennes. Elle répondait à des petites annonces et c’est elle qui, en général, se déplaçait, et de préférence assez loin. Mais financièrement, ce n’était plus supportable, ça faisait un sacré trou dans son budget. C’est alors qu’elle connut madame Rodier, une couturière un peu plus jeune qu’elle. À force d’expérience, elle avait appris à reconnaître les femmes homosexuelles et celle-ci en était une belle. Elle prit contact avec elle pour faire rajuster une jupe, et arriva ce qui devait arriver, elles passèrent dans l’arrière-boutique. Simone Rodier avait l’immense avantage d’habiter à cinq cent mètres à peine de chez Bernadette, dans une petite ruelle, des rendez-vous assez discrets. Elles se voyaient plusieurs fois par semaine. C’est aussi elle qui lui fit connaître Françoise Lesage, une petite femme très timide, presque effacée qui correspondait beaucoup mieux à la sensibilité de Bernadette que l’imposante Simone.


La première rencontre entre les deux femmes fut comme un coup de foudre, à tel point que Françoise décida bientôt de louer une petite garçonnière sur les quais, à deux pas de chez Bernadette. Il faut dire aussi que son mari, ingénieur, avait largement les moyens de subvenir aux besoins de sa lesbienne de femme. Cet amour passion entre les deux amantes dura presque deux ans, jusqu’à ce que Françoise se trouve une autre maîtresse et qu’elle brise le cœur de Bernadette.


C’est suite à ce chagrin d’amour que Bernadette s’était rabattue sur Céline, sa cousine, une belle petite brunette sur qui elle fantasmait déjà, secrètement, lorsqu’elles étaient toutes jeunes. Sans vouloir se l’avouer, elle avait toujours été attirée par sa cousine, et cette rencontre était désormais inévitable.

Simplement, Céline était novice dans le domaine et assez réticente. Elle l’avait accueillie fraîchement au début et avait repoussé ses avances pendant un certain temps… Pourtant, à force d’insistance, elle avait fini par la domestiquer, elle avait fait valser peu à peu les barrières, jusqu’à ce jour béni où, pour la première fois, elles s’étaient embrassées jusqu’a plus soif.

Bernadette avait alors rapidement converti sa cousine aux joies de Lesbos. Ensuite ce fut une passion amoureuse sans limite, dévastatrice et sans tabou.


Céline, l’amour de sa vie ! C’est ainsi qu’elle la voyait désormais. Il n’y en avait plus que pour elle. Elle remplissait tout son cœur, ce qui ne l’empêchait pas, de temps à autres, de fantasmer malgré tout sur d’autres femmes…




Machinalement mon regard vint croiser le réveil. Mon dieu, je m’étais laissé emporter par le temps ! Il était déjà presque six heures et quart, Bernadette allait bientôt arriver.

J’ai filé vite fait dans sa chambre et j’ai remis le cahier-journal à sa place, et le chien par-dessus…

Et je suis sorti de la maison. Après toutes ces révélations, j’avais bien besoin de prendre l’air.


Ainsi, cette logeuse si discrète, tellement douce et timide, aimait avec passion sa cousine, ce qui ne l’empêchait pas d’aller voir d’autres femmes, ni même de s’envoyer en l’air de temps à autres avec des blacks.

J’étais sur le cul. Moi qui la voyais depuis toujours comme une femme à bon Dieu.

Et moi dans tout cela ? Moi avec elle ? Non, c’était impossible, je ne le savais que trop, je ne cadrais pas du tout avec ses fantasmes…


Je ne pouvais, par contre, que reconnaître que c’était une femme courageuse qui allait au fond de ses passions. Si seulement je pouvais en faire autant ! Aller au bout des miennes ! Et pourquoi pas après tout. Si elle en était, elle, capable, pourquoi pas moi. Elle n’avait pas hésité à se taper des Africains, pas plus qu’elle n’avait hésité à prendre rendez-vous avec des gouines, pas plus qu’elle n’hésitait désormais à faire fi du mépris de Paul pour retrouver sa Céline !




Or, je passais justement à proximité de la piaule de cette copine de classe, vous savez, Blandine, la skinhead. Avec son grand nez et son look zarbi, c’était probablement une des plus moches de toutes mes connaissances. Mais son regard mauvais m’attirait, il exprimait une grande liberté et la violence des sentiments qui la torturaient. C’était précisément cela, cette sensation ultime, mélange de haine vipérine et de suicide imminent, qui lui donnait un charme fou. Quoi de plus exaltant que de rentrer dans son univers, au risque de tout y perdre.

Mourir avec elle aurait été la pire chose mais aussi la plus divine, mourir, de toute façon, serait un jour inéluctable, alors pourquoi continuer à faire semblant ?

Qu’avais-je à perdre au fond, sinon à me perdre dans mes insuffisances ?


Aussi ai-je commis ce geste fou mais simplement banal qui a consisté à appuyer sur sa sonnette. Je ne saurais trop quoi lui dire, c’est certain. Je n’avais rien à dire, j’étais vide… Mais c’était la première fois que j’avais l’impression de faire une grande chose dans ma vie…



« Qu’elle me traite comme une merde, mais que j’existe ! » ai-je pensé dans ma tête.



Une éternité s’est écoulée avant sa réponse. Impossible de penser à quoi que ce soit. L’image farfelue de ma sœur en larmes parce que je lui avais piqué ses carambars lorsque j’étais môme m’a traversé la tête…

Puis "griiiiiis", le grésillement électrique d’une ouverture de porte.



Je perçus dans sa voix peu avenante qu’elle ne me ferait aucun cadeau… mais c’est ce que j’aimais chez elle, après tout !