| n° 10488 | Fiche technique | 34597 caractères | 34597Temps de lecture estimé : 20 mn | 05/06/06 |
| Résumé: Juste avant le dernier de la série, pour que vous y voyiez un peu plus clair... | ||||
| Critères: f ff copains gros(ses) grosseins telnet volupté cérébral revede voir fmast intermast cunnilingu | ||||
| Auteur : Frédichounet Envoi mini-message | ||||
| Épisode précédent | Série : Salon de thé pour dames seules Chapitre 03 | Fin provisoire |
Pendant que j’épongeais le sol, j’ai jeté quelques regards sur elle. Elle semblait dormir, dans son bain, mais l’instant d’après ses yeux s’ouvraient, et elle ne regardait rien d’autre que moi. Son regard n’exprimait plus seulement de la confiance, ni de la curiosité sur ce que j’allais encore inventer : il avait changé. Je sentais qu’elle commençait à m’aimer… un peu trop.
Je me suis "armé", avant d’aller la retrouver, dans le salon de thé. Je ne sais si cela fonctionnera, mais si je fais attention de ne montrer que tendresse et sollicitude à son égard, cela devrait aller… Pourvu que l’amour ne s’en mêle pas. Ça me flatte, quelque part, qu’elle ait franchi ce cap pour moi, mais je trouve cela… dangereux !
Je dois la quitter à la fin de ce week-end. Elle le sait. Je n’ai fait aucun mystère, là-dessus, mais je ne sais pas si elle lutte vraiment, pour ne pas s’amouracher de moi. j’ai plutôt l’impression qu’elle a décidé de laisser faire. Et ça me fait peur. Je ne sais pas ce dont elle a le plus besoin : d’amitié ou d’amour. Ses lettres et ses coups de fil m’ont beaucoup appris sur elle, mais je n’arrive pas à faire la part de ça. Peut-être qu’en l’écoutant me raconter son histoire, la solution s’imposera-t-elle à moi ?!…
Quand je m’installe dans le bain, en face d’elle, mon regard ne quitte pas le sien. On se sourit, tous les deux. Elle fait un mouvement vers moi, mais je l’arrête :
Je coule la tête dans l’eau entre mes genoux, et frotte mon visage, passe les mains dans mes cheveux un peu longs. puis émerge, lui souris et lui tends les bras :
Tandis qu’elle rampe sur les fesses pour venir s’adosser à mon torse, je vois ses seins lourds et un peu tombants osciller, jouer involontairement avec la mousse du bain. Elle se laisse aller, en soupirant d’aise, contre moi. Un petit rire sort de sa bouche quand sa tête vient heurter doucement le bout de mon nez. Je ris avec elle. On se laisse gagner, un long moment, en silence, par la tendresse et la volupté. Un instant d’une douceur indescriptible.
Tandis que mes mains quittent le fond de la baignoire, j’entends un murmure :
S’ensuit un long monologue, entrecoupé de tremblements, de pleurs, de sanglots que je vous épargnerai. Sachez seulement que son histoire est vraiment tragique et que oui : vraiment PERSONNE ne pourrait sortir indemne d’une telle monstruosité !
Mes bras sont venus l’envelopper au plus fort de sa peine, et j’ai pleuré avec elle. Elle s’abandonnait sans aucune retenue à ses larmes. Ça fait un peu pléonasme de dire ça, mais c’est pour que vous compreniez combien sa souffrance était encore présente, même plus de vingt ans après !… Voilà, pour vous résumer cela :
Dans la tête de Géraldine, de nombreux espoirs tournaient, augmentait un bonheur auquel elle n’osait croire. Son mari avait changé. Elle savait que c’était en grande partie l’état de sa femme qui avait fait naître l’amour dans son regard : elle était enceinte. Son mari n’était pas spécialement beau mais il était son "homme" ! Elle commençait, elle aussi, à le voir différemment.
Ils attendaient, tous trois, que le directeur de la banque veuille bien les accueillir. Une trentaine de minutes plus tard, ils ressortaient de son bureau avec une promesse d’accord de leur prêt, s’il trouvait une ou plusieurs garanties. Leurs quatre parents leur avaient déjà dit qu’ils le seraient : garants. Tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes… et sa vie bascula à jamais.
Un homme, dont elle ne put voir le visage, la bouscula, en entrant en hurlant dans le bureau du directeur. Il braqua un pistolet sur le visage terrifié de celui-ci, puis tourna la tête dans la direction du couple. Une voix grave, légèrement énervée, sortit de dessous une cagoule :
Tandis que l’adrénaline prenait possession de son cerveau, Géraldine sentit deux mains la saisir délicatement aux épaules, et l’entraîner vers la partie publique de la banque. Elle eut juste le temps d’entendre, dans une sorte de brouillard, juste avant que la porte ne se referme, la même voix grave devenir ironique :
Plusieurs personnes étaient assises par terre, le long du comptoir des guichets. On leur ordonna de s’asseoir avec les autres. Trois "cagoules" tenaient en respect une dizaine de personnes terrifiées… Tout le monde a sursauté en entendant un coup de feu, y compris les cagoules. Tout de suite après, celle qui était enfermée dans le bureau est sortie passablement furieusement de celui-ci, tandis que commençait à retentir une sirène. Le directeur n’en est pas ressorti, jamais.
La "cagoule en chef" s’est adressée à une autre, en lui montrant une liasse de billets maculée de peinture rouge :
Les yeux d’un fou se sont posés sur elle, la mettant dans un état proche de la folie, elle-même.
Il l’a empoignée et l’a remise debout. Une voix, proche de la cassure, qu’elle connaissait a dit :
Plusieurs camions et voitures de police les attendaient, à leur sortie.
Un énorme son a éclaté à la droite de la tête de Géraldine. Puis un choc d’une très grande violence a projeté son bassin vers l’arrière, l’étalant à plat ventre sur le trottoir. La voix qu’elle connaissait a crié.
Rideau.
À son réveil, ses yeux ont, d’abord, refusé de s’ouvrir. Tout ce qui l’entourait était beaucoup trop blanc. Elle était seule dans ce qui ressemblait à une chambre d’hôpital. Une autre forme blanche est entrée, tel un fantôme et a évolué un moment autour de son lit, pour venir s’arrêter à sa droite. Une main a caressé la sienne.
Sa convalescence a été longue. On lui a appris que son mari était mort : touché par une "balle perdue" de la police. Une autre l’avait atteinte, elle. Le docteur qui l’a opérée lui a dit qu’il avait tout tenté pour sauver ce qui pouvait l’être. La balle avait détruit son utérus, tuant son occupant, pour aller s’arrêter dans un rein, qu’il avait dû retirer aussi.
Voilà. En à peine moins de trente minutes, tous ses espoirs ont été réduits à néant.
Les quatre parents, les siens et ceux de Jean se sont relayés, dans sa chambre. Parfois, ils étaient tous les quatre à traîner autour de son lit, ne sachant pas quoi faire de leurs mains, lui jetant des regards furtifs, désolés, ou carrément larmoyants. Ils semblaient complètement impuissants face au mutisme et aux regards trop secs, de la jeune fille.
Son seul réconfort venait de la première infirmière à l’avoir trouvée, éveillée dans son lit. Elle, elle arrivait parfois à la faire pleurer. Chantal lui parlait sans cesse, de tout et de rien, et soudain, elle éclatait en sanglot. Quand ça arrivait, elle cherchait les bras de Géraldine, qui laissait éclater sa détresse. Personne, dans cet hôpital, n’a jamais entendu le son de sa voix. Pas même Chantal. L’infirmière, qui était à peine plus âgée qu’elle, avait assisté à l’opération, mais le chirurgien avait dû la renvoyer de la salle d’opération : elle était proche de l’état de choc. Totalement inefficace.
Peu avant sa sortie, Chantal est venue la retrouver. Elle lui a dit qu’elle démissionnait : elle ne pourrait pas supporter d’être exposée à ce genre de tragédie trop longtemps. Elle lui a dit aussi qu’elle avait ressenti, instantanément pour elle, une sorte de "coup de foudre d’amitié". Jamais, tout ce qu’elle avait fait pour elle n’avait été de la pitié, juste de l’amitié. Elle lui a dit tout ça alors que des larmes silencieuses coulaient sur ses joues, et qu’elle lui caressait les mains, assise sur son lit.
Peut-être, en étant très attentif, en avez-vous entendu parler, mais ça m’étonnerait !… L’état lui a offert une pension tellement énorme, qu’il était clair qu’il achetait ainsi son silence. Le Président de la République de l’époque lui a même rendu visite. Derrière son discours gêné mais alambiqué, elle a cru entendre qu’il était l’instigateur de la pension, du grand appartement, offert lui aussi… et de l’ordre de répliquer en cas d’agression de la part des gangsters.
Chantal est devenue son amie. La seule qu’elle aura jamais… jusqu’à ce qu’un jeune homme réponde à son annonce.
Un jour où elles étaient toutes les deux en train de déjeuner, dans son grand appartement, l’ex-infirmière a entendu :
Elle ne lui a pas passé, cette fois-là ; elle lui a sauté dessus, littéralement. Elles ont terminé le repas, allongées par terre, mortes de rire, la chaise de Géraldine renversée. Chantal lui couvrait le visage de bises, folle de joie, pleurant et riant à gorge déployée, tour à tour. Une hystérie communicative puisque Géraldine pleurait et riait avec elle. Il avait fallu plus de huit années de sollicitudes en tout genre, de patience, d’amitié inconditionnelle de la part de Chantal, pour voir enfin son amie sortir de son mutisme. Elle entendait les mots danser, dans sa tête, des mots d’une banalité tellement… banale, que le rire repartait de plus belle.
Ni l’une ni l’autre ne sentait leurs lèvres s’écraser parfois, emportées par leur folie, qu’elles étaient. Elles ont passé le reste de la nuit à parler, et Géraldine voyait son amie plus heureuse qu’elle ne l’avait jamais vue. Épuisées, l’une comme l’autre, elles ont fini par aller se coucher, aux premières lueurs de l’aube, chacune de leur côté : elle dans son grand lit et Chantal dans la chambre d’ami. À son réveil, quelques heures plus tard, elle se sentait bien. Mieux qu’elle ne l’avait été depuis bien longtemps.
Elle s’est levée pour préparer un petit-déjeuner pour deux, puis un nuage l’a portée jusqu’à la chambre de Chantal. Le soleil tentait de percer les volets fermés, baignant ainsi la chambre de lueurs tamisées. La lumière effleurait le visage de son invitée, le baignant d’un halo de douceur. Elle avait les yeux ouverts et a tourné la tête dans sa direction à son entrée. Géraldine lui a dit simplement :
Puis elle est allée s’asseoir à côté d’elle et lui a pris la main. Chantal souriait et ses yeux étaient un peu humides. L’aréole de son sein gauche dépassait un peu de l’échancrure de la nuisette qu’elle avait revêtue pour dormir. Normal : c’était elle qui la lui avait prêtée. Géraldine était quand même un peu plus "enveloppée" qu’elle, surtout de la poitrine.
Elles se sont rendues à la cuisine main dans la main, puis ont grignoté plus que réellement mangé. Chantal allait se lever quand son amie l’a devancée. Elle l’a regardée en lui souriant et l’a aidée à se lever, en prenant délicatement sa main, et l’a entraînée vers le salon. Elles se sont assises, l’une à côté de l’autre, dans le canapé. Chantal voyait de la peur dans les yeux qui ne la quittaient pas. Et elle comprit. Elle fit ce qu’elle avait envie de faire depuis que l’ange était entré dans sa chambre : elle prit sa bouche de la sienne, avec la plus grande délicatesse, reproduisant ce qu’elle se rappelait avoir senti la veille au soir. C’était juste des bises qui traduisaient toute la tendresse qu’elles ressentaient l’une pour l’autre. Une sorte de murmure, qui ressemblait à un gémissement, sortit d’entre les lèvres de Géraldine, et l’instant d’après, elle guida la main de Chantal pour la poser sur son ventre, légèrement au-dessus de son mont de Vénus, par-dessus sa nuisette. Un sanglot, en même temps qu’une prière, jaillit de sa bouche :
Chantal avait peur. Elle sentait qu’il y avait plus qu’une attente réellement sexuelle, dans la demande de son amie. Elle savait que celle-ci avait autrement plus peur qu’elle-même. L’envie la poussa à chercher sa langue et son baiser devint l’essence même du baiser. Il était tout l’amour qu’elle pouvait ressentir pour Géraldine, et des gémissements vinrent chatouiller ses tympans, affirmant que l’initiative était ce que son amie voulait. Mais, elle se mit à pleurer.
Elle sentit son amie l’étreindre furieusement et la secouer de sanglot. Elle pleurait comme un petit enfant.
Elle passa sa main sous la nuisette et chercha son clitoris, fit aller et venir son doigt, en une caresse très légère. Ses doigts parcoururent la fente close sur toute sa longueur. Elle sentait les petites lèvres affleurer à l’orée de l’entaille. Son sexe était sec. Elle dit, simplement :
Elle l’aida à se lever et l’y conduisit. Puis elle la fit asseoir sur le lit, lui caressa le visage des deux mains, et lui retira lentement sa nuisette. Puis elle laissa son corps, encore revêtu de satin, caresser le satin de la peau blanche, tandis que ses lèvres goûtaient, à nouveau, le fruit qu’elle chérissait. La langue de son amie joua avec la sienne, participant au baiser, l’encourageant. Chantal poussa avec ses seules lèvres pour allonger Géraldine. Leurs bouches se quittèrent et elle la suivit quand son corps rampa pour s’enfoncer plus profondément dans le lit. Leurs yeux ne se quittaient pas. Elle ne pleurait plus et son regard montrait un mélange d’attente, d’espoir, de bonheur et… d’amour. Un long frisson la parcourut quand elle sentit deux mains remonter sa nuisette, en caressant ses fesses, d’abord, puis le bas de son dos. Elle l’aida, en décollant légèrement son corps, et Géraldine remonta encore, en une caresse fébrile et impatiente, jusqu’à ce que la nuisette ne soit plus un obstacle au contact de leurs deux corps.
Nulle acrobatie ne vint égayer leurs ébats ce jour-là, mais Chantal sut trouver les gestes qui amenèrent Géraldine à une extase qui les libéra toutes deux. Elle avait calqué les caresses qu’elle utilisait sur elle-même, parfois. Des larmes coulaient sur les joues de Géraldine, et ce n’était plus celle de la peur, mais de la reconnaissance, du soulagement.
Chantal avait dû laisser son amie, aux premières heures de l’après-midi, retournant à des activités qui lui appartenaient, où Géraldine n’avait pas encore sa place. Mais, le lendemain, quand elle revit son amie, la peur était revenue. L’impatience et le manque causé par leur séparation firent qu’elle se jeta dans ses bras, dans une étreinte qui les mena, toutes deux, au bord de l’asphyxie.
Au cours de longs mois, les caresses de leurs mains et leurs baisers furent leurs seuls jeux. Géraldine osa laisser son corps, et surtout sa bouche goûter à la fleur qui lui faisait envie, clouant Chantal au lit qui avait si souvent accueilli leurs timides étreintes. La tendresse qui les unissait en fut grandie et crût encore.
Elles apprenaient ensemble et goûtaient les seins de l’autre. Seule Géraldine osait lécher la vulve de l’être aimé, dégustant le liquide, le buvant, et même si elle avait aimé que son amie le lui rende, elle ne put jamais le lui demander. Pourtant, jamais elles ne purent, vraiment, éteindre la soif qu’elles ressentaient l’une pour l’autre.
Mais Chantal, qui avait un esprit moins romantique que Géraldine, plus… pragmatique, sentait que Géraldine ne serait jamais totalement heureuse ainsi. Et puis, ni l’une ni l’autre n’était totalement lesbienne. Elle suggéra à son amie, avec maints détours et mots choisis, de s’ouvrir à d’autres horizons. Elle se fit traiter de folle, en retour, et elles eurent leur première réelle dispute. Mais l’idée fit son chemin.
Plus de vingt ans avaient passé depuis que Chantal avait accueilli la jeune convalescente dans la nouvelle vie qu’allait être celle de Géraldine. Il fallut, à cette dernière, encore quatre ans pour oser passer l’annonce qui allait nous faire nous rencontrer. Deux années passèrent avant que je ne tombe par hasard sur celle-ci. Le couple d’amies, qui était, en même temps, bien plus que ça, avait reçu de nombreuses réponses. De farfelus en tout genre, qui avaient été éliminés, dès la première lettre ; d’autres, plus réservés qui avaient reçu une correspondance plus abondante, avant de lire une longue lettre qui expliquait qu’ils ne correspondaient, finalement pas aux attentes de Géraldine.
Elles lisaient toujours ensemble les lettres reçues, et les analysaient avec certes de l’espoir, mais aussi la plus grande prudence.
Un matin, à l’arrivée de Chantal, Géraldine l’embrassa et lui mit une lettre entre les mains sans un mot. Elle découvrit un texte qui décrivait, avec une justesse confondante, ce qu’elle savait des souffrances passées de son amie. Elle n’en était, même pas à la moitié des pages, et chercha le regard de son amie, qui ne la quittait pas des yeux. Elle devait afficher un air parfaitement effaré, puisque Géraldine lui souriait, visiblement amusée de son étonnement. Elle retourna à sa lecture et la termina avec une impatience fébrile.
La lettre était en deux parties, plutôt distinctes mais complémentaires : dans la première, la plus "délicate", je m’étais demandé ce qui pouvait motiver une telle annonce chez une personne de cet âge. Je vous rappelle que j’avais abordé cela comme un "jeu" ! En fait, j’avais été plutôt chanceux. Mais, en même temps j’avais mûrement réfléchi, recommençant plusieurs fois, remplissant quelques corbeilles à papier. Et c’est ainsi que mon sérieux a pris le relais de ma désinvolture. Dans la deuxième partie, je m’étais contenté de demander si l’annonce était réellement… sexuelle (le seul mot qui se "rattachait" à cet aspect des rapports humains !). Puis j’avais écrit que, de toute façon, si "la dame de 45 ans" préférait une correspondance plus "amicale", je serais enchanté de répondre à son attente. J’avais ajouté qu’elle pouvait me "tester", si elle le souhaitait, que je ne m’en offusquerais pas, que je comprendrais qu’elle prenne toutes les précautions nécessaires pour se protéger.
Il a fallu deux semaines avant que je ne reçoive une lettre qui avait dû beaucoup l’amuser !… Ça, pour me "tester", elle m’a testé !
J’ai répondu à ses nombreuses questions le plus sincèrement du monde. De toute façon, l’honnêteté avait toujours été une qualité incontournable, pour moi. J’ai conclu cette deuxième lettre en donnant quelques précisions sur moi, auxquelles elle n’avait pas pensé, et en demandant de ses nouvelles.
Vous savez déjà que dans la lettre suivante, elle me demandait mon adresse personnelle. Ce que vous ignorez c’est qu’elle a aussi été la plus longue lettre qu’elle m’ait envoyée. Celle-ci fourmillait de détails apparemment sans importances, mais, en lisant "entre les lignes", j’y ai appris de nombreuses choses sur elle. Des choses qui auraient ressemblé à la dernière des indiscrétions, si j’avais osé le demander. Elle s’était "livrée" avec un abandon qui confinait à l’imprudence. Elle m’aurait dit qu’elle VOULAIT que je sois son ami, qu’elle aurait obtenu le même effet !
La chaleur que cela avait mise dans mon coeur, ne m’a pas empêché de me demander si je devais accéder à sa demande. J’y ai consenti après de longs jours de réflexion, et notre correspondance en a été accélérée.
Au cours des six mois qui ont suivis, j’ai reçu, parfois une, voire deux lettres par semaine. Je les lisais, quelquefois, plusieurs fois de suite, avant d’envoyer une réponse souvent même pas relue, ni corrigée, avec une impatience fébrile.
Une, puis deux semaines ont passé. Rien. Le vide.
Je n’étais pas à prendre avec des pincettes, ça, je peux vous l’affirmer !… Il me manquait ma drogue.
Et puis, un simple bristol, dans une enveloppe :
Frédéric, J’espère de tout mon coeur que tu es bien ce que tu affirmes être.
Appelle-moi, mon chéri !
Je t’en prie.
Géraldine.
Suivait un numéro de téléphone dans le coin, en bas à droite.
Le soulagement m’a fait monter les larmes aux yeux… elle voulait m’entendre. Alors, je l’ai appelée. Immédiatement. Il valait mieux pas que je réfléchisse.
Je l’ai écrit comme ça, mais en vérité, j’avais bégayé lamentablement. Un long silence a passé. Une voix féminine, étonnamment jeune a tenté de le briser. Elle a échoué avec autant de timidité que moi. Alors, j’ai fait appel à tout le courage qui m’habitait, et lui ai proposé :
En vérité, mon coeur cognait si fort que je le ressentais jusque dans ma gorge. Elle a eu un petit rire qui montrait encore sa gêne, mais qui eut le don de nous détendre un peu plus. Pourtant, nous n’échangeâmes, lors de ce coup de fil, guère plus que ce que nous avions pu lire, l’un comme l’autre. Nous avions au moins pu reconnaître nos voix, et c’était… parfait. Je lui ai dicté mon numéro de téléphone, juste avant de la quitter, en lui promettant que je la rappellerais le lendemain. Et les coups de fil ont rythmés mes journées. je ne sais pas s’il en était de même pour elle.
Un jour, elle me demanda pourquoi ma voix avait l’air si jeune. Je lui répondis :
Elle ne releva pas. À la place, j’entendis son souffle. Je n’osais croire à ce qu’elle était en train de faire, et pourtant…
Et le temps a continué de passer. Nos échanges téléphoniques n’étaient même plus une drogue, c’était devenu une autre partie de moi. Quelque chose comme… un besoin vital de l’entendre.
Et puis, une nuit, vers les deux heures du matin le téléphone sonna. Un murmure :
Vous avez peut-être déjà reçu un coup de fil, en pleine nuit, alors vous savez quel effet ça fait. Une angoisse sourde vous étreint et vous redoutez d’entendre : "Monsieur Chose ?… Ici les urgences de l’hôpital Trucmuche. Votre père (ou n’importe quelle personne proche) vient de mourir." Si bien que je n’ai rien pu répondre. Elle aussi observait le silence, puis un autre murmure :
Encore sa voix rajeunie, de petite fille. Moi, j’étais bouleversé, mes yeux hagards contemplant les ombres au plafond, au-dessus de mon lit. L’angoisse commençait à refluer. Je ne connaissais qu’un seul moyen pour aider la peur à disparaître, je la tutoyai pour la première fois :
Le lendemain, quand elle m’a demandé comment je savais tout ça, je lui ai juste répondu :
En fait, je n’ai fait qu’affirmer l’envie qu’elle n’avait osé s’avouer la nuit précédente. Sa réponse n’en fut pas vraiment une :
Là, ses paroles exprimaient un caprice… ou la colère. De toute façon, rien qui ne me plaise, alors, j’ai murmuré, pour qu’elle m’écoute :
Un silence m’a répondu, et moi, pendant ce temps, je me demandais : "qui est Chantal ?" et "comment la conversation a-t-elle pu déraper à ce point ?" En fait, elle allait m’en parler, pour la première fois, au cours de notre bain.
Une voix blanche m’a répondu :
À environ deux heures du matin, cette nuit-là, le téléphone a sonné. Quelqu’un pleurait de l’autre côté de la ligne. Alors, je lui ai chanté une berceuse, mais pas la même que la nuit précédente. J’ai commencé par la calmer, avec tous les mots doux que je connaissais, et quand les pleurs ont cessé, j’ai orienté la conversation vers ce dont elle avait besoin. Je lui ai raconté des cochonneries qui l’ont d’abord outrée? puis qui l’ont poussée à calmer l’incendie que j’avais allumé plusieurs fois de suite. Et c’est elle qui a chanté pour moi, cette nuit-là.
Jeudi, à la fin de notre conversation, je lui ai dit :
Elle m’a appelé, mais aux alentours de dix heures, pour me dire :
Pour la taquiner, j’ai répondu :
Quand j’ai été bordé dans mon lit, je lui ai dit :
Pour ceux que ça intéresse, sachez qu’aucun des hommes sortis avec elle de la banque, n’a survécu. Quand les policiers ont vu Géraldine s’écrouler, l’un d’eux a tenté de blesser Jean pour qu’il s’allonge aussi. Manque de chance, la balle a sectionné l’artère fémorale, juste au-dessous du pli de l’aine. Il est tombé quand même, et un déluge de balles de tous calibres s’est abattu sur les gangsters. Il n’y avait plus aucune balle dans aucun chargeur, et le temps que l’on secourt les blessés, Jean avait déjà perdu beaucoup trop de sang. Il est mort dans l’ambulance.
Il ne me reste plus qu’à vous raconter notre conversation de vendredi midi… et à finir notre week-end.
Encore un peu de patience…
Fred.