| n° 10472 | Fiche technique | 8427 caractères | 8427 1374 Temps de lecture estimé : 5 mn |
02/06/06 |
| Résumé: Dormir la tête pleine de désirs et de questions n'est plus possible. Alors, quels seront les effets de sa rentrée tardive du travail ! Voici l'introduction du récit, l'ensemencement de l'énigme. Mais, au fait, y a-t-il un mystère dans tout cela ? | ||||
| Critères: fh frousses couple amour voir fellation | ||||
| Auteur : Valantino (Apprenti en écriture. Repenti en Amour.) | ||||
À chaque balayage de phares, mon cœur fait un bon. Je n’arrive plus à dormir. Comme toujours, le véhicule continue sa route sans s’arrêter. À mon grand désespoir.
Il ne faut surtout pas allumer. Elle va croire que je l’attends. Elle va savoir que je ne dors pas. Je deviendrais vulnérable et inquiet à ses yeux. Dévoiler ma dépendance serait insupportable. Or, je veux alimenter cette image forte qu’elle a de moi, son époux. Bien sûr, je crois qu’elle m’imagine fort, imperturbable, presque indifférent. Il s’agit pour moi d’une réalité sine qua non dans notre couple.
Le pire, c’est que j’ignore la raison de cette attitude qui est mue par une force intérieure et que je sais illogique. Mais peu importe, j’agis de la sorte parce que je m’entête dans ce cheminement. Certes, il est prédestiné à une issue fatale, mais les sensations qui en découlent sont indescriptibles tant mon excitation s’en alimente, bien que toujours accompagnée par une tristesse parasitaire.
La gorge sèche, je descends vers la cuisine dans le noir, car je connais la maison par coeur. Je m’y déplace comme un chat dans l’obscurité presque totale.
L’éclairage du réfrigérateur pourrait me trahir. Je fais vite, je tremble et je renverse la moitié du verre. Je gobe le contenu à toute vitesse.
Après tout, son travail l’oblige à rentrer tard. Ou tôt, c’est selon le point de vue. Mais là, il est déjà trois heures. Les chiffres fluorescents me narguent également.
Non, je ne veux pas savoir.
Pourtant, le restaurant ferme à une heure du matin au plus tard. Et alors ? Nous sommes pourtant mercredi, jour de semaine forcément calme.
Pas question de lui téléphoner. De toute façon, si elle avait un problème, elle m’appellerait.
Par déduction, si elle est en retard c’est parce qu’elle le veut bien ou par obligation.
Et puis, j’aurais l’air stupide si j’appelle pour rien ou si je la dérange occupée à Dieu sait quoi ! Que peut-on faire à une heure où tout le monde dort ? Tout le monde sauf moi.
Quatre heures trente-cinq. Je me suis presque assoupi. Cette fois, les phares s’immobilisent. Le moteur s’arrête et mon coeur s’emballe. Je bondis à la fenêtre. C’est bien elle.
Le trousseau de clefs claque contre la porte de verre. Clic. Une lueur envahit l’entrée, le sac à main tombe sur le carrelage. Et puis le silence.
Rapidement, je regagne les couvertures protectrices en pensant à tout ce qui a pu se passer pendant tout ce temps de retard. Un surplus de travail, des clients qui ne décollent pas… Voilà que j’essaie de lui trouver des excuses.
Il me faut rester calme, comme si je dormais réellement.
C’est décidé, je feindrai le réveil lorsqu’elle arrivera dans le lit. Sait-on jamais ? Elle pourrait avoir l’envie de m’étreindre. Cela la dédouanerait totalement, remettrait à jour son amour pour moi. Travailler toutes ces heures, pour ensuite se faire aimer par son mari. C’est sûr que cela apaiserait ma jalousie, mes troubles.
Quoique…
La rampe d’escalier se réveille, émettant de courtes plaintes grinçantes. Marina escalade les marches lentement, comme pour étouffer les bruits. Mauvais signe. Elle ne veut sans doute pas me réveiller. La voici au seuil de notre chambre. J’aperçois enfin sa silhouette. Elle s’étend pour enrayer l’effet de fatigue. Le jeu d’ombres met en valeur le mouvement de ses seins magnifiques. Mes paupières se ferment à la moindre alerte, mais je scrute ses mouvements dès qu’elle regarde ailleurs.
Elle vacille légèrement en tournant sur elle-même. Sa robe noire tombe.
Ses belles courbes se dévoilent dans la pénombre. Mon regard reste en panne sur son fessier rond, magnifique. J’en connais si bien la consistance, et l’ouverture délicate pendant nos ébats. Ses seins fatigués ploient lorsqu’elle s’assied. La chaise craque sous les rotations de ses gesticulations indécentes. Marina écarte ses longues jambes et retire ses bas que je devine noirs. Elle me laisse une vue imprenable sur son sexe clairsemé de poils roux, humidifié sans doute par la sueur de son travail. S’approchant du lit, elle m’envoie les effluves de son parfum dégradé par l’alcool. En un long soupir, ma femme s’affale par-dessus les couvertures. J’attends la longueur d’une éternité. Son souffle régulier me rassure. Elle est bien endormie. Les lueurs du petit matin éclairent son corps nu étendu à mon côté. Même si je le souhaitais, il m’est impossible d’ignorer les détails de son anatomie. Je me lève délicatement et contourne notre couche pour me placer debout près d’elle.
Rien n’est érigé. Le poids de sa poitrine écarte naturellement les mamelles. Quelque peu rougis, les bouts sont au repos. Instinctivement, j’ose effleurer sa cuisse la plus proche. En réaction, elle écarte légèrement les jambes, me laissant découvrir son sexe irrité. Sa peau de rousse est très sensible aux frictions. Je me rappelle cet après-midi pluvieux, passé à même le sol de notre chambre. À sa demande, nous avions expérimenté toutes sortes de positions érotiques. Le lendemain, ses genoux avaient conservé intactes les traces de ripage sur la moquette.
Du dos de la main, je lui caresse doucement le visage. Mes doigts suivent les courbes de ses pommettes et redessinent les limites de ses lèvres entrouvertes. J’ai tellement envie de l’embrasser, mais tellement peur de la réveiller. Je me penche et lui dépose un baiser impatient sur la tempe, profite de cette chance pour lui murmurer que je l’aime. Rassuré et excité à la fois puisqu’elle ne peut m’entendre. Mon désir grandi défie la fatigue et l’angoisse. Comme dans un cinéma minable, les ombres décuplent mes mouvements et affichent mes gestes intimes sur la pâleur du mur.
Pendant un long moment, je suis pris par ce voyeurisme narcissique. Marina se tourne en soupirant et se lance dans une longue diatribe de murmures inintelligibles. La silhouette de son bras apparaît sur l’écran improvisé. Le contact de sa main chaude me fait tressaillir.
Ses doigts remontent et trouvent ce qu’ils cherchaient. Ils m’attirent lentement vers elle. J’accompagne son mouvement par une génuflexion précipitée qui propulse sur le mur magique une image en noir et blanc presque religieuse. Les genoux rivés au bord du lit, je laisse surgir ma hampe à portée de son souffle. Et puis, plus rien. Se serait-elle rendormie ? Pris de panique, je veux me dégager, mais sa paume revient à la vie et me caresse la jambe en me poussant irrémédiablement vers la chaleur de ses lèvres. J’essaie d’étouffer ma respiration bruyante. En manque d’oxygène, j’ai beau ouvrir la bouche comme un noyé émergeant des profondeurs, je n’arrive pas à prendre le rythme et mon corps se courbe sur elle. Ma main fébrile tente d’investir le mont de Vénus rayonnant.
Mon regard voyage entre le jeu d’ombres fantastiques et la source de mon bonheur. Elle ne bouge presque plus. Elle entame une suite de petites succions tout en gardant mon membre immobile. Je me concentre sur son corps laiteux, sa poitrine maintenant tendue. Tel un barrage qui se rompt, je ne puis retenir le plaisir aspiré par ses petites vibrations. Les caresses au dos de ma cuisse continuent jusqu’à ce que mon excitation tombe naturellement en délaissant ses lèvres.
Me voilà comme une statue de sel, à la fois ivre de bonheur et stupéfait par ces paroles équivoques. Pourquoi me vouvoie-t-elle ? La tête dans les étoiles, je regagne la froideur de mon lit. Les questions jaillissent dans mon esprit toujours embrumé. Et puis la fatigue me gagne sournoisement, abandonnant toutes ces énigmes laissées sans réponse.