| n° 10425 | Fiche technique | 19649 caractères | 19649 3544 Temps de lecture estimé : 15 mn |
16/05/06 |
Résumé: Une femme mégalo écrit à son ancien amant pour le rabaisser. | ||||
Critères: fh inconnu amour humilié(e) cérébral pénétratio tutu | ||||
| Auteur : Stepheve (Jeune étudiante en lettres en pause aimant écrire) Envoi mini-message | ||||
Je sais que tu ne veux rien savoir de moi, et tu as raison, je sais que tu ne me connais plus et que tu souhaites ne jamais m’avoir connue. Je sais que si je te disais « je t’aime », tu me frapperais. Je sais que si je t’offrais un sourire, tu pleurerais.
Je sais que je ne peux pas me passer de penser à toi, et je sais que, le soir, malgré toi, tu rêves à moi, à nous. Je sais que tu ne peux pas m’enlever de ta peau, je sais que tu me hais, et que tu veux te venger, mais que tu ne supportes pas l’idée de me faire du mal.
Je sais qui tu es, je sais tes désirs et tes rêves, je sais tes petites habitudes, je sais les petits détails que tu apprécies, je sais ce que tu manges, je sais ce que tu bois. Je sais aussi que si jamais, par miracle ou enchantement, tu savais tout ce que je vais écrire ici, tu n’aurais qu’une seule idée, celle de renaître. Mais le temps a fait son travail, et maintenant nous ne sommes que de simples machines.
A quoi bon de se souvenir de ce qui ne reviendra jamais ? Quand on est jeune, cela nourrit l’espoir, mais à nos âges, qu’a-t-elle de bien, cette nostalgie ? Eh bien, je vais te le dire, elle accélère nos battements cardiaques, notre respiration, et nous fait vivre, alors que cela fait des années que l’on est des machines. Je ne pourrai jamais me passer de ces souvenirs.
J’avais tellement peur de devenir ce que je ne comprenais pas. Et voilà pourquoi maintenant je comprends trop ce que je suis. Mais cela n’a aucun intérêt, si ce n’est peut-être celui de te prouver que j’ai réussi malgré tout à accomplir quelque chose, et te rendre fier, t’attendrir. Toi aussi tu sais ce qu’est la solitude, toi aussi tu sais qu’elle peut tuer, tu en es peut-être mort, qui sait.
Ce soir-là, comme tant d’autres soirs, tu me manquais, et je t’attendais tout en sachant que tu ne viendrais pas. Mais je ne te savais pas présent, je ne te savais pas dans mon cœur, malgré l’envie pressante de te sentir près de moi. Maintenant je sais que, ce soir-là, la passion m’étouffait. Je ne voulais plus la ressentir, et je n’avais aucune intention de dire quoi que ce soit. J’avais peur de m’en rendre compte. La distance nous a joué un mauvais tour, la distance nous a trompés. Je ne me faisais aucun souci, puisque tout, comme par magie, s’arrangeait, et j’avais confiance en toi, en nous. J’aurai du être plus vigilante, mais à dix-huit ans on a envie d’être insouciant. Je ne regrette pas, même maintenant, le mal que je t’ai fait, dans mon cœur. Je sens que c’était un bien malgré toute la douleur.
Et donc, ce soir-là, tout a basculé. Mon cœur a éclaté en mille morceaux et cela sans que je m’en aperçoive. La vie m’a joué un mauvais tour. J’ai dû cesser de t’aimer à contre cœur, et pour plus invraisemblable que cela puisse être, je ne m’en suis pas aperçue. Maintenant, quand tout paraît si lointain, je réalise que, jusqu’à présent, je ne m’en suis pas aperçue, ce texte en est la preuve. Tragiquement, par peur de cesser de t’appartenir, je suis allée vers mon destin, et je t’ai perdu. Comme Œdipe qui, par la volonté même d’échapper au malheur, court vers lui. La vie est peuplée de petites tragédies comme celle-ci, mais pour moi cela représente bien plus. Ce soir-là a déterminé le reste de ma vie.
Et pour fuir la douleur de ne pas pouvoir te serrer dans mes bras, j’ai serré quelqu’un d’autre, et sans y penser, je lui ai tout donné. Cet homme ne me connaissait pas, cet homme ne voulait pas me connaître, cet homme ne voulait pas s’infiltrer, cet homme ne voulait pas que je m’infiltre ; cet homme, comme moi, voulait tout simplement, ce soir de décembre, vivre un peu. Je croquais la vie, je tombais en toute vitesse et je profitais du vent froid qui me gelait le visage comme si ma vie en dépendait.
Ta présence ne m’a jamais quittée ce soir-là, ta présence me rappelait qui j’étais, d’où je venais, ta présence me rappelait mon prénom, ta présence me rappelait mes désirs, mes peurs, mes goûts, mes fantaisies. Il a fallu pourtant tout reconstruire en un seul souffle.
Je pense à une des mille chansons que, jeune, j’écoutais pour me dire que j’étais en amour. Il fallait que je me le dise sans cesse, pour que je puisse bien savourer le plaisir inavouable d’aimer, et d’aimer en apparence plus que ce que l’on m’aimait. Lorsque je ressentais, comme toute petite fille, le besoin de me sentir aimée, je relisais tes lettres, mais j’arrêtais presque aussitôt, parce que j’avais l’impression de vouloir m’emparer de quelque chose qui n’était plus et qui n’avait été qu’une seule seconde.
Jamais je n’aurais pensé que l’on puisse vivre une histoire d’amour sans le savoir. Jamais je n’aurais cru que l’on puisse aimer un homme sans être au courant d’avoir cessé d’en aimer un autre. Mais c’est cependant ce qui se passait, dans ce cœur qui n’a jamais changé et que je veux, à travers mes mots, te faire connaître. L’écriture de ces quelques phrases est sans doute l’acte le plus égoïste que j’aie jamais accompli. Mais jamais je n’ai connu un besoin aussi pressant, même lorsque mon cœur était en proie aux passions les plus incontrôlables, les plus folles. Avec ces mots, je suis consciente de te blesser comme je n’ai pas su te blesser avec mes actes.
J’entends parfois dans mes rêves le son de ta voix, tes pleurs, tes cris, et cela me tourmente. Ta présence me tourmente aujourd’hui, autant que ton absence me tourmentait jadis. Ton malheur et ta déchéance ont été le prix pour mon bonheur et ma splendeur, et je n’ai pas le choix, je dois opter pour la justification du lâche, je ne pouvais pas faire autrement, parce que cela est vrai, et ce n’est pas une question de lâcheté, j’ai eu le courage d’oser être heureuse et j’en suis fière, bien que mon bonheur ait représenté ton malheur et le caractère vide de ta vie.
Je sais ce que tu es devenu, tu n’es rien, je t’ai réduit au stade de végétal, tu n’as pas été capable d’oser renaître, le lâche, c’est toi. Tu t’es laissé aller aux forces, ce destin t’était certainement réservé, je ne pouvais pas faire autrement. Mais c’est grâce à toi que j’ai eu la force et le courage de toucher au bonheur, et par conséquent, de te priver du tien. On n’est qu’un seul être toi et moi, divisé par un mal étrange et inévitable, et donc seulement un de nous deux pouvait emporter cette vie, qui divisée n’aurait donné que deux existences.
Il a fallu que la boucle soit bouclée, que le destin aboutisse, que je sois l’être sublime et toi l’envers de la médaille, que tu me donnes ta vie pour ne rien recevoir en échange, si ce n’est le vide qui t’accompagne jusqu’à ce jour. Il s’agit de la vie poussée à l’extrême, il s’agit du bonheur en tant qu’idée pure, il s’agit de l’amour détaché de toute chose concrète, il s’agit d’un être, moi, qui a atteint toute sa valeur spirituelle, grâce à la déchéance d’un autre. Tu n’as même pas eu le courage de te donner la mort, puisque tout le courage de cet être androgyne m’a été accordé, je ne pouvais pas faire autrement, je ne pouvais qu’oser, et j’ai osé te détruire.
Maintenant que j’en suis consciente, il est trop tard pour te respecter et te rendre ce que je t’ai pris. Il n’y aurait aucun moyen de te faire partager mon épanouissement, celui-ci est bouclé, total. Les défauts qu’exige la perfection, je te les ai pris aussi, et donc tu n’es rien, je t’ai pris même la lâcheté et la bêtise, je t’ai pris l’injustice, la laideur, et aussi le malheur. Tu n’es même pas malheureux, tu es simplement la nullité totale, tout ce qui te reste c’est ton existence, tout ce que tu as de positif c’est le fait d’être. Tu es, et c’est grâce à moi que tu es. Si je ne t’avais pas pris le courage, tu te serais tôt ou tard donné la mort.
Pourtant j’étais à toi, tu m’avais, et je t’avais. Depuis que nous avons tragiquement pris connaissance de nos essences, nous sommes devenus cet ange d’amour qui s’est transformé en ce que nous sommes aujourd’hui, une vie et une existence. Tout est extrêmement clair, et la seule chose que je peux prétendre te rendre, de tout ce que je t’ai pris, par trahison et égoïsme, est une once de lucidité afin que tu puisses t’approprier du constat de ce que nous sommes, de ce que je suis.
Ce soir-là, oh, mon amour, ce soir-là nous nous sommes divisés. La douleur tu l’as assumée, le bonheur que l’on aurait pu partager tu me l’as laissé. Mais je ne peux pas te remercier puisque je ne pouvais pas faire autrement, te prendre ce bonheur était la seule option. S’il existe un Dieu, je sais que je suis son unique œuvre achevée, son chef d’œuvre le plus cher, sa création la plus splendide. Je suis la perfection, et tu es le déchet. Aurait-il pu opter pour la solution inverse, et donner à son œuvre une fin opposée à celle qu’elle a eue ? Aurais-tu su assumer ce que j’ai eu le courage d’assumer, aurais-tu pu me détruire, m’anéantir, me tuer ? L’aurais-tu fait ? Le peu de conscience qui te reste, s’il t’en reste encore, te le dira.
Comme ce soir-là, aujourd’hui, je ne peux pas faire autrement. J’ai opté pour achever mon bonheur en achevant ta destruction. Dieu sera-t-il aussi génial pour donner à son œuvre cette étincelle qui la sépare de la plus totale perfection ? Saura-t-il renoncer à son statut d’être le plus parfait pour le céder à son œuvre. Ces mots sont ce qui me manque pour être divine. Mes sentiments envers toi sont l’une des preuves de ma quasi perfection. Je suis capable de t’aimer, de t’adorer dans ta condition de moins que rien. Tu n’as rien fait d’autre qu’aimer une femme superbe, maintenant, je parviens à adorer un sous-homme. Je t’admire par ton vide, je t’admire par ta nullité, et je t’aime de tout mon cœur, bien plus que ce que je t’ai aimé lorsque, adolescente qui ne pouvait imaginer ce qu’elle deviendrait, je t’ai rencontré. C’est ta faute, tu aurais pu résister, tu savais, au fond de ton être, puisque tu avais encore ta part de lucidité, que cet amour te mènerait à la déchéance, mais par faiblesse, tu y as cédé. Nous avons signé le contrat avec notre premier baiser, et nous l’avons validé dans notre première rencontre.
Dieu m’a poussée à m’infiltrer dans ton être cette nuit de juin, alors que je savais que tu ne pourrais pas éblouir mes sens comme l’amour de ma vie l’a fait. Et nous nous sommes connus, dans la pénombre, sans un bruit, nous avons joui l’un de l’autre en exprimant cette animalité que je t’ai aussi volée. Tu ne dois plus savoir, pauvre pantin, ce qu’est le désir. J’ai joui pendant des années de ton manque de jouissance, et maintenant que je le sais, je me sens t’appartenir. Mais cela est un vain constat, tu n’es plus en mesure de me posséder puisque tu m’as rendue à moi-même, je suis ton bonheur. Nous aurions pu n’être qu’un, mais notre bonheur aurait été trop concret, alors que l’abstraction qui fait de moi un être quasi-divin me rapproche du bonheur dans son statut d’idée pure, et donc de mon créateur. Je t’ai laissé la tranquillité de ne rien être, parce que je ne pouvais te prendre que la passion, je t’ai pris ton amour-passion, je t’ai pris ton désir, ton espoir, tes rêves, je t’ai pris ton pouvoir de séduction, ta sensibilité, ta beauté, ton souffle. Je t’ai pris aussi ton arrogance, ta jalousie, ton impatience.
Et je les ai partagées avec lui, le seul à la hauteur d’une demi-déesse comme moi. C’est lui qui m’a offert tout ce je n’ai pas eu l’occasion de t’apprendre à m’offrir. Et c’est à lui que je dois la force d’avoir pu te détruire, moi qui t’aime de tout mon cœur. Si tu avais encore la faculté de haïr, tu pourrais te rabattre sur lui pour l’exprimer. Si tu avais encore ta jalousie caractéristique, c’est envers lui que tu la réaliserais. Si tu pouvais encore sentir quelque chose, tu retrouverais dans la méchanceté des propos que je tiens tout mon amour, et si tu en étais encore capable, tu pourrais te rappeler le mois que nous avons vécus ensemble. Comme je suis heureuse d’avoir pris soin de te voler ta conscience, pour que tu ne puisses véritablement t’approprier de tout ce que je te dis. Tu as ta faculté d’apprendre, puisque tu n’as rien à perdre, donc il me faut remplir le but de ces pages, qui n’auraient dû se résumer qu’à ce qui suit.
Prise d’un élan de force qui me venait de l’envie de vivre issue de ce grand amour passion que je vivais avec toi, je voulus m’empêcher de souffrir en constatant que tu n’étais pas là. J’ai pris mon courage à deux mains, en ignorant que c’était le tien, et j’ai abandonné mon univers de solitude, je me suis forcée avec une énergie que, sans le savoir, je t’avais empruntée, pour m’ouvrir et me laisser voir, admirer. Et en quelques instants, je m’étais rendue plus belle que d’ordinaire en te prenant peu à peu ta beauté, plus gracieuse, en te prenant ta grâce, plus vertueuse en te volant ta vertu. Je ne savais si j’étais encore adolescente ou jeune adulte prise de folie.
Et tandis que tout cela se passait, je marchais droit au but. La même force qui, quelques mois auparavant, m’avait poussé dans ton lit me rapprochait de mon ermite. Jamais je n’avais vu un homme aussi beau, mais je ne le savais pas, en le comparant à toi, sa beauté me semblait fade. Et puis mon corps, qui avait soif du tien, a voulu d’un coup, pour ne pas te perdre, se distraire de son manque, mes yeux se sont voilés, je me suis égarée. Et j’ai commencé doucement à te voler ton désir.
Il fallait à présent trouver le moyen de parvenir à mes fins perverses. J’ai oublié tout le respect que j’ai pu avoir envers toi et envers notre projet, par simple mégarde ou bien parce que je ne pouvais pas faire autrement, c’est l’une des rares choses que je ne sais pas. J’ai suivi cet inconnu furtivement sans me faire remarquer, quand il m’a enfin repérée mon cœur a sursauté. C’était ta jalousie que je commençais à te voler. C’était ton envie de plaire qui commençait déjà à être la mienne. Sans faire exprès, je séduisais paisiblement et tranquillement.
Et, naturellement, c’est lui qui s’est approché, mon cœur a encore frémi, mais cette fois ce n’était plus ta jalousie, mais ma satisfaction. Je fumais tranquillement comme si j’avais le reste de l’éternité pour une seule cigarette. Je n’étais pas pressée, je savais déjà ce qui allait se passer. Et il n’a été question que de quelques mots vides pour que l’envie s’instaure peu à peu, c’était mon envie mélangée à la tienne que je t’avais aussi volée. Tout cela je ne le savais pas, c’était enfoui dans un coin de ma conscience et je pensais qu’il s’agissait simplement d’une de ces rêveries incongrues qui venaient de temps en temps troubler ma rationalité et qui s’envolaient ensuite comme si rien n’avait été. Je pensais à toi et je t’aimais, tandis que je renonçais à un désir que je n’avais pas eu le temps de connaître.
Je me livrais à ma quotidienneté quand soudain une main vint se poser sur la mienne, et un torse d’homme contre mon dos. Ma pensée m’abandonna, et je ne pus que sourire, et le réflexe conditionné m’a fait me retourner. La main s’emparait de mes doigts, tandis que je reconnaissais mon inconnu et que je me réappropriais ce désir et ce rêve que j’avais cru abandonner en m’abandonnant à notre amour pour un dernier instant. Le vertige était si réel que je me sentais tomber, et tout naturellement une autre main vint se poser sur ma hanche que le désir brûlait déjà. Puis, je savourais ma chute, en ne pensant qu’à toi. D’autres propos banaux sont venus catalyser le destin. Puis, une autre cigarette, fumée beaucoup plus nerveusement, fiévreusement même, puis une autre, puis un café, accompagné de ces mêmes propos qui me semblent aujourd’hui tellement dénués de sens. La chaleur entre mes cuisses se faisait de plus en plus insistante, tandis que ses mains faisaient connaissance avec les miennes et se mêlaient à mon anatomie comme si leur but n’était que celui-ci.
Je ne pouvais pas cesser de penser à toi et ses mains me semblaient vides. J’examinais son visage et comparais ses traits aux tiens, qui me semblaient beaucoup plus beaux et plus gracieux. Mais c’était ses lèvres qui m’attiraient, c’était ses lèvres qui me donnaient envie, et pas les tiennes. Puis vint s’infiltrer un sujet déplacé dans la conversation banale. Ces mots-là étaient essentiels, ces mots-là traduisaient le but de la rencontre, ces mots-là traduisaient le manque de prudence et mon envie pressante d’échapper à ton absence, sans savoir que par ce moyen je nous tuerais.
Et il a fallu que je le dise, avec toutes les arrières pensées indécentes qu’il y avait derrière ces mots en apparence innocents, « j’ai froid ». Par inertie et convention s’en suivit la première étreinte, et dans l’ordre naturel des choses ces lèvres que je convoitais se sont doucement posées sur les miennes. Je pensais à toi, mais je n’hésitais pas. L’envie se concrétisait malgré tout, et les ardeurs se faisaient pressantes. Les mots fuyaient, puis ils revinrent, et là le vertige m’a fait pour la première fois te chasser de ma pensée, chasser l’amour de mon cœur, l’endormir, pour éveiller une intelligence purement au service de l’animalité. Les mots, revenus, nous servaient de pont, pour justifier la réalité de quelque chose qui devait rester dans la fantaisie. Ce n’est pas sans une sorte de sentiment de regret, sans une sorte de peur que j’ouvris ma porte pour faire rentrer chez nous un homme que je voulais en toute évidence mettre dans mon lit. Mais je savais que je n’aurais rien à faire, que mes charmes étaient déployés, que les mots banaux étaient de mon côté et que ta présence ne pourrait en rien nuire à la fatalité, puisque le destin était déjà annoncé.
Je me laissais aller à ce délicieux vertige, tandis que mes lèvres fiévreuses s’empressaient de se mêler aux siennes et que mes mains égarées éliminaient désespérément toute barrière à l’aboutissement de mon désir. Avec amertume je me laissais déshabiller et toucher, avec plaisir je sentais mes sens s’aiguiser comme sous l’effet d’une drogue, une drogue appelée désir. Une fois les vêtements envolés il ne me restait qu’à désirer, et le reste était automatique. Mais ta présence et la culpabilité me jetaient vers un plaisir médiocre, une pointe de douleur me réveilla le cœur lorsqu’il a envahi mon intimité, mais le corps me trahissait et j’ai frémi de cette langue fébrile qui me caressait sans décence, sans respect, sans vergogne. Ce frémissement, prélude au chaos, m’a éteint le cœur et le cerveau au profit du corps que je te volais.
Je me suis faite animale, je me suis offerte à un inconnu sans me soucier des conséquences que cet acte pourrait avoir sur moi-même, mais cependant en culpabilisant par rapport à toi et à l’absence de mon amour pour toi. Il sentit cette tension et s’arrêta brusquement, j’étais sur le point de pleurer, mais il me fit rire et l’étreinte reprit, je me fis violence pour rendre à notre corps le plaisir qu’il avait mérité, et le désir s’est fait plus grand, je me suis emparée de lui comme une chienne, mon but n’étant pas tant donner du plaisir que d’être en mesure d’en recevoir légitimement.
Au moment où nos deux corps fusionnèrent, j’ai su que tout avait basculé, et un bonheur intense a fait éclater mon cœur en mille morceaux. Voilà comme, en une seconde, je t’ai détruit, pour commencer à acquérir tout ce que j’ai à présent de toi et de moi et qui me fait si parfaite. S’en suivit une idylle beaucoup plus belle que la notre, un amour passion bien plus rapproché du vrai et de l’insaisissable, et donc j’ai voulu croquer au bonheur et j’ai osé, j’ai osé aimer la seule personne qui méritait mon amour.
Voilà comment tu es ce que tu es. Voilà comment tu es devenu ce végétal qui m’aime encore et qui m’en veut parce que je lui ai imposé cette rancune. Reconnais-toi dans ces appellatifs, et fait honneur à Dieu en parachevant ta déchéance.