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Temps de lecture estimé : 12 mn
02/05/06
Résumé:  Charlotte vous raconte notre rencontre... Je vous en prie, soyez indulgents avec elle...
Critères:  fh nonéro
Auteur : Frédichounet            Envoi mini-message

Série : Charlotte ou massage et plus si...

Chapitre 04 / 05
La rencontre


Il est maintenant 14h30. Je me suis rallongée à côté de lui, à sa droite, l’ai attiré et ai posé sa tête sur mon épaule. Sa respiration est proche de celle du sommeil, mais je sais qu’il ne dort pas. Je lui ai dit qu’il pouvait le faire, s’il le voulait encore, Mais il s’est juste contenté de fermer ma bouche d’un baiser.

On est restés comme ça un petit moment, moi à caresser ses cheveux, sa nuque, et lui me donnait de tout petits bisous sur la joue, le cou, le lobe de l’oreille. Tout en frissonnant sous les douceurs qu’il me prodiguait, je me disais que nous n’avions pas beaucoup parlé de ce revirement incroyable. Je veux dire, de ce qu’il s’est passé depuis hier soir. C’est comme si on n’en avait pas besoin. J’ai l’impression que ça a toujours été comme ça : que nous n’avons jamais cessé de nous aimer. Oh, bien sûr, je sais que ce n’est pas vrai, mais je ne sais plus à quand remonte la dernière fois où je l’ai regardé comme un ami. Impossible d’y coller une date !

On dirait que son romantisme est contagieux ! Oh et puis, pourquoi ne le serions-nous pas ? On ne fait de mal à personne, non ?!

Il faut que vous compreniez quel genre de personne il est. Et quoi de mieux que de raconter notre rencontre, je vais essayer de faire ça court, et ce sera assez révélateur, je pense.




Tous les après-midi, après mon travail, j’avais pour habitude de me rendre à un petit bar très sympa. Le genre d’endroit qui vous fait vous sentir chez vous. C’était devenu un besoin, que de passer un petit moment là-bas, et il se trouve que ce jour-là, j’en avais rudement besoin ! Le patron m’avait amené le thé citron que j’avais machinalement commandé. Je regardais au fond de ma tasse quand les larmes sont arrivées. Ça faisait un moment qu’elles couvaient. Un premier sanglot m’a secoué, je me suis mise à pleurer bruyamment. J’en ai éprouvé de la honte, de pleurer comme une gamine au milieu de ce bar, alors j’ai caché mon visage dans mes mains. Presque tout de suite, j’ai senti une main passer sur les doigts de ma main droite, mon oreille, mes cheveux. Elle était douce et petite. Mes pleurs ont redoublé. Je me fichais de qui me consolait : c’était quelqu’un de gentil puisqu’il (ou elle) cherchait à atténuer ma peine. Les grandes eaux se sont libérées et puis ça a fini par se calmer.

Elle avait toujours sa main qui courrait sur le côté de ma tête. Mon cerveau se remettait à fonctionner, et j’étais persuadée qu’il n’y avait qu’une femme qui puisse se montrer aussi compatissante. Même si c’était une femme qui était responsable de ma peine. Pour moi, les hommes n’existaient pas ! C’était des animaux juste bons à juger les gens sur leur apparence.

Bref, je n’allais pas rester cachée éternellement. La stupeur que j’ai éprouvée en ouvrant mes mains a tari, instantanément, les quelques larmes qui menaçaient encore : assis de l’autre côté de ma table, se tenait un petit gars très jeune ! Il me tendait un mouchoir en papier immaculé coincé entre deux doigts de sa main droite. Il me souriait tendrement en me regardant dans les yeux. Le regard le plus franc qu’aucun homme ne m’a jamais lancé ! Le plus doux aussi.



J’étais pétrifiée. Incapable du moindre mouvement. Il a posé son avant-bras gauche sur la table et s’est approché. Stupidement, j’ai eu peur qu’il ne m’embrasse. En même temps, j’ai trouvé ses yeux très brillants… humides. Il s’est contenté d’essuyer mes joues avec son mouchoir. Il a eu une grande aspiration, l’a retenue quelques secondes et a expiré longuement. Comme s’il refoulait à grand peine des larmes, lui aussi.



J’ai détesté la voix de petite fille qui lui a répondu ! Il n’a pas eu l’air de le remarquer, m’a juste souri, comme pour confirmer qu’il le pensait aussi. Il a posé le mouchoir sur la table et… m’a pris une main dans les siennes ! Je n’ai même pas tenté de la reprendre. Son regard m’inspirait une confiance sans borne ! Il me disait, avec ses yeux, que jamais il ne me ferait de mal. Ça a l’air exagéré sur le coup, mais c’est ce que j’ai ressenti.



Avant que j’ai pu retenir mes mots, je lui ai révélé : 1. que j’étais lesbienne, 2. que je venais de me faire plaquer, et enfin… le pompon : que j’avais un langage de charretière !

Il m’a lancé un petit regard de reproche, mais sa bouche continuait à sourire. Je me suis levée, morte de honte. Il m’a rendu ma main en la caressant doucement, comme à regret.



Je ne savais plus quoi dire, ou faire ! Alors j’ai fui.




Le lendemain, quand je suis retournée au café, il n’était pas là. J’ai commencé par me rendre près de la caisse pour payer mon thé de la veille ! La patronne m’a dit que le jeune homme l’avait payée. Je suis allée m’asseoir et je l’ai attendu ! Il n’est pas venu. Le jour d’après non plus !

Une semaine plus tard, à peu près, je l’ai vu dans la rue. Il tenait une fille par la main et lui souriait tout en lui parlant. J’ai détesté cette fille : une espèce de petite nana toute maigre et trop mignonne ! C’est sûr qu’avec mes 125 Kg, "je ne faisais pas le poids -un comble- !" (Non, je n’étais pas jalouse !). J’ai détourné la tête pour qu’il ne me voit pas. Et j’ai pris la route de chez moi, la tête dans les épaules.



J’ai entendu sa voix en même temps qu’une main saisissait la mienne. La gravure de mode se tenait légèrement en retrait. Il avait lâché sa main.



Décidément, je serai toujours incapable de lui parler ! Il a une de ces façons de me surprendre, aussi !



"Bonjour", me fait-elle en me tendant la main. Elle a le même sourire que son frère. Ils sont tous comme ça, dans la famille ?!… ou bien…



Bon. Si je reste comme deux ronds de flan encore une minute, ils vont me prendre pour une débile ! Mais voilà qu’ils sont deux à me désarçonner, maintenant !



J’ai l’impression de rêver !… N’allez pas vous méprendre, je ne suis pas amoureuse, hein… J’ai juste retrouvé ma voix, l’instant de surprise a passé et j’ai vraiment l’impression… qu’ils sont la sollicitude même ! Lui, ne parle plus. Ça a l’air de l’amuser que sa sœur fasse la conversation.



Voilà que c’est le frangin qui est abasourdi, maintenant !



Puis, se tournant vers moi :



Et elle me saute au cou pour me plaquer un bisou sonore sur la joue. C’est Frédéric qui a conclu ce jour-là :



Sur le chemin de mon appartement, je me suis rendue compte que j’avais oublié, pour le thé. J’ai passé les deux jours qui me séparaient de vendredi à me demander si j’irais au rendez-vous.

Ce jour là, au réveil, je me suis levée au radar : j’avais très peu dormi. J’ai passé une bonne partie de la nuit à évoquer les visages de Sarah et de Frédéric, si proches et si différents. Je me demandais pourquoi ils ne quittaient pas ma tête ! Non que je sois éprise de l’un ou de l’autre : je vous répète et vous affirme que ce n’était pas ça ! J’étais… j’avais besoin d’amitié ! Et ils m’en avaient témoigné, plus que de raison ! Sarah est un peu "survoltée", plus petite que son frère, elle a l’air très jeune. Et Frédéric… Je n’arrive pas à lui donner un age. Il a l’assurance d’un adulte et la franchise de quelqu’un qui sait où il va. Même moi, avec mes 23 ans et mon visage de poupon, je fais plus vieille ! J’ai tourné comme un lion en cage toute la journée. Aux alentours de 17h00, j’ai commencé à accomplir les gestes de préparation sans m’en rendre compte. J’avais la sensation de m’observer me préparer, comme si c’était une autre personne qui évoluait devant moi. Je suis arrivée un poil après 19h00 au bar. Ils étaient là tous les deux. Il s’est levé, et m’a tendu la main que j’ai serrée.



Sarah n’a pas fait de chichi, après s’être levée, elle m’a enlacée et a posé une bise sur chacune de mes joues. J’ai senti le rouge me monter au visage.



A partir du moment où j’ai posé un pied dans l’appartement de Frédéric, ils ont été aux petits soins pour moi. Très gênant ! J’ai passée une des meilleurs soirées de mon existence. On aurait dit qu’ils s’étaient concertés pour faire de moi… une princesse ! Je ne me suis même pas aperçue quand Sarah m’a tutoyée, pour la première fois. Je me sentais si bien en leur présence que c’était moi qui avait commencé. Le repas était succulent : des nouilles à la bolognaise avec tout plein de légumes. J’ai félicité à la ronde, ne sachant pas qui avait cuisiné. Et Sarah m’a dit que c’était son frère, « l’artiste » ! Il a rougi un bon coup en disant que c’était la seule chose qu’il savait faire. Et sa sœur l’a enfoncé encore en répondant :



Devant le teint de Fred, qui a encore plus viré au rouge, j’ai aussi éclaté de rire. Ça faisait des mois que ça ne m’était pas arrivé ! Il a fini par se joindre à nous.


La soirée était bien avancée quand ils m’ont donné la suite du programme. Un film : "La liste de Schindler". Je ne l’avais jamais vu. Fred nous a dit qu’il l’avait déjà vu, que ce n’était pas trop la joie, mais qu’il l’avait promis à sa "p’tite sœur" pour ce soir. Il a dit aussi que si nous ne le supportions pas, il mettrait autre chose. On est restés "scotchés" au film du début jusqu’à la fin ! On a tous pioché dans le paquet de mouchoirs posé sur la table basse, devant nous, à différents moments du film. Et quand Liam Neeson a craqué, à la fin du film, Fred en a fait autant à côté de moi. Moi, je pleurais aussi, mais ça ne m’a pas empêchée de prendre sa main. Il en avait fait autant quand je me suis rendue compte qu’ils avaient tué la petite fille au manteau rouge, et que j’ai éclaté en sanglots… Un des meilleurs films que j’ai jamais vu ! Très dur mais magnifique ! Quant à Sarah, elle pleurait encore au générique de fin. Elle a jeté ses bras autour du cou de son frère, pour pleurer tout son saoul, pendant qu’il lui tapotait le dos. J’ai caressé sa main pour me joindre aux consolations, elle a ouvert les yeux, m’a souri et m’a remerciée.


Ca m’avait un peu surprise, de le voir pleurer. Et puis, je me suis rappelée ses yeux humides, le jour de notre rencontre. C’était bien des larmes qu’il avait ravalées ! Un peu sensible, le bonhomme !

Il s’est levé en reniflant et est allé chercher le dessert : une crème glacée. J’ai voulu me lever, pour l’aider, mais il a dit que nous étions ses invitées ! Tout en mangeant la glace, nous avons parlé du film, puis la conversation a dévié sur d’autres choses, plus gaies. Fred n’arrêtait pas de nous chambrer et de sortir des blagues et autres plaisanteries. Si bien que le reste de la soirée s’est déroulée en fou rires et autres éclats de voix ! Je ne voulais pas les quitter quand il a commencé à se faire tard, mais je n’habitais pas ici ! Ils ont tenu à me raccompagner tous les deux. Fred a dit à Sarah qu’il valait mieux qu’elle l’attende : elle tombait de fatigue. Elle m’a encore enlacée pour me faire la bise, et est allée se coucher dans le lit de son frère.


Sur le chemin vers chez moi, il m’a pris la main. Ça m’a un peu surprise, mais il a fait ça tellement… naturellement. J’ai pensé, un peu cyniquement, que nos silhouettes, dans l’ombre devaient ressembler à "Laurel et Hardi" ! Je m’en suis voulu pour ça. Ça n’avait pas l’air de le déranger. Je l’ai regardé, il avait un petit sourire accroché à son visage. Il gardait le silence. Même quand on a croisé un groupe de personnes, qui se sont mis à rire après notre passage. Je ne savais pas si c’était nous qui les avions fait rire, mais je lui ai demandé :



Il m’a accompagnée jusque devant la porte de mon appartement, mais n’a pas voulu rentrer quand je le lui ai proposé. Il m’a tendu un papier en me disant :



Il s’est approché et m’a prise dans ses bras quand j’ai fondu en larmes. J’ai pleuré parce qu’il a su si bien lire en moi. Et parce que je savais qu’avec lui, je pouvais montrer combien je souffrais, qu’il ne me jugerais pas. J’exprimais aussi ma reconnaissance, en lui montrant que j’avais confiance en lui. Il a prononcé des paroles très douces, dans le creux de mon oreille. Il m’a murmuré qu’il était mon ami et qu’il le serait toujours, si je le voulais. Il caressait mon dos et mes cheveux, tout doucement. On est resté un bon moment comme ça, sur le pas de ma porte. Il a commencé à desserrer son étreinte, alors je l’ai retenu de toutes mes forces: je ne voulais pas qu’il parte. Il m’a rendu mon étreinte, m’a répété que je devais l’appeler en cas de besoin. Il m’a dit aussi qu’il me dirait autre chose ces prochains jours, mais qu’il voulait être sûr que j’acceptais son amitié, d’abord. Que je devais y réfléchir.

J’ai fini par le lâcher. Il m’a caressé le visage, en me souriant, et en essuyant mes larmes de ses paumes. Il m’a donné une bise très légère sur la joue droite, et m’a dit, dans un nouveau murmure :



Et il est parti.




Je sens que mes lecteurs vont me tuer, à force de critiques incendiaires ! Je vous promets de vous raconter la suite de ce vendredi, pour me faire pardonner. Elle va être torride ! En tout cas, elle l’est dans mes souvenirs ! Inutile de noter "La rencontre". C’est déjà assez pénible, de constater que très peu de lecteurs croient à la véracité de notre histoire !


A une très prochaine fois…


Fred.