Une Histoire sur https://revebebe.pages-perso.free.fr/
n° 10328Fiche technique19652 caractères19652
Temps de lecture estimé : 13 mn
19/04/06
Résumé:  Je l'ai rencontré un jeudi soir, quelques mois après la fin de la guerre, dans une taverne près de l'entrée de la vieille ville.
Critères:  fh bizarre voir fetiche fmast hmast cunnilingu nopéné ecriv_f
Auteur : London  (Jeune, idéaliste glauque et sensisble.)
L'amant intouchable

Je l’ai rencontré un jeudi soir, quelques mois après la fin de la guerre, dans une taverne près de l’entrée de la vieille ville. Une sorte de cave enfouie sous les murailles, glauque à souhait, mais où la bière n’est pas trop mauvaise, pour un prix presque raisonnable.

Jules.

On s’est retrouvé assis à la même table, parce qu’il était avec un de ses amis qui connaissait un ami de l’ami avec qui j’étais venue, quelque chose dans ce goût-là. Ou, plus simplement, parce que l’alcool crée le contact.


Je l’ai tout de suite trouvé beau, je suis attirée par les gueules un peu étranges. Plus grand que moi - qui suis grande -, des cheveux noirs de la même longueur que sa barbe de deux jours, des yeux verts très fins, un peu bridés et très cernés, un long menton osseux, des traits durs, anguleux. Un nez un peu de travers, un peu trop long. Une seule touche de douceur, sa bouche. La lèvre supérieure très marquée, ondulant comme une vague.


Je ne lui parlais pas, et lui ne parlait à personne. Son ami faisait partie de cette catégorie de personnes qui forcent les autres à déballer leur vie grâce à une capacité à l’écoute surdéveloppée. Et moi, je suis une cible facile pour ce genre d’individus, je me dévoile trop facilement.

Alors j’ai parlé, parlé de religion, parlé de l’armée, de la guerre, et puis il a commencé à me faire parler de moi, alors, de mes amours et de mon cœur qui avait un peu envie qu’on lui foute la paix, de mon cœur qui en avait marre d’être mon premier centre d’intérêt, je lui disais qu’il y avait tellement de belles choses à voir, à faire, mais que j’étais incapable de me tourner sur autre chose que ma petite personne, mes petites douleurs, futiles, passagères…


Je me suis retournée vers lui, Jules. Il me regardait, l’air absent et observateur tout à la fois. Il m’a donné l’impression d’être quelqu’un qui regarde passer sa vie comme d’autres assistent à une pièce de théâtre. Observateur, cynique et blasé. Il n’avait pas l’air très vieux, mais il avait l’air d’en avoir vu passer pas mal. Pas mal de quoi, je ne le savais pas vraiment. Et dans son visage, il y avait quelque chose qui me faisait mal, quelque chose qui n’était pas insensible, quelque chose qui avait l’air de se battre.



Et là, c’est lui, Jules, qui m’a répondu, parlant pour la première fois depuis mon arrivée.



Il a ri, un rire amer.



Il a ri, un rire froid, mais sa remarque était du ton de la plaisanterie.



Il n’a rien dit de plus, la conversation a été détournée par je ne sais plus quel fanatique de je ne sais plus quel film. Je n’étais pas en pleine forme, un peu fatiguée, bien que mes vacances d’été aient commencé trois semaines auparavant. Vers deux heures, je me suis levée et j’ai dit au revoir aux autres. Je ne l’avais pas remarqué, mais Jules m’avait suivie. Il m’a interpellée à la sortie.



Il m’a suivie, puisque j’avais répondu oui.



Il a ri, encore ce rire amer, cette fois avec comme une petite mélodie de folie. J’ai frissonné.



Il parlait d’une voix monocorde, un peu lasse, aussi amère que son rire, avec des résonances de violence, la violence tenue en laisse, contenue, comme un chien pour lequel le seul moyen de ne pas mordre est d’être muselé.



Il déglutit avec peine avant de continuer.



Il m’a fait entrer chez lui, c’est-à-dire un tout petit appartement dans un immeuble subventionné par l’Etat. Il m’a fait du thé, et pour lui du café. Il n’y avait qu’une seule pièce qui lui servait à la fois de salle à manger, de cuisine et de chambre. Il avait quand même une salle de bain avec une douche et des toilettes, ce qui m’est presque apparu comme un luxe dans un tel appartement.

Il s’est assis à sa petite table, en face de moi, a posé ma tasse devant moi et a entamé la sienne. Il m’a regardé droit dans les yeux pendant un moment. Je n’ai pas osé lui demander d’arrêter.



Il a souri, j’ai un peu ri. On s’est allumé une cigarette, qu’on a fumé en silence. Il s’est levé, s’est approché de moi et, sans me toucher d’une autre manière, a posé ses lèvres sur les miennes. Je n’ai d’abord pas réagi, et puis j’ai fermé les yeux et je me suis laissée embrasser. Il m’a murmuré à l’oreille «Viens», alors je suis venue. Il s’est assis sur son lit, m’a dit de me coucher, alors je me suis couchée. Il a commencé à déboutonner ma chemise, sans toujours sans me toucher. Je tremblais. Et puis il a délacé le cordon qui fermait ma jupe, et il l’a fait glisser le long de mes jambes.


Je me suis laissée déshabiller, sans bouger, sans rien dire. Je me suis retrouvée nue, allongée, les mains posés sur mon ventre. J’ai voulu en approcher une de son visage, mais il a reculé et il m’a dit, avec une voix agitée et nerveuse, que je ne devais pas le toucher, qu’il ne pouvait pas être touché. Je n’ai pas bougé, je l’ai laissé me regarder, longtemps. Il était nerveux, au début, mais il a fini par se calmer. Il s’est allongé à côté de moi, et il a été comme pris d’angoisse, il s’est mis à trembler, à se mordre les lèvres.



Il s’est remis à trembler de plus belle.



Il avait les larmes aux yeux.



J’ai fermé les yeux, j’ai posé une main entre mes jambes, l’autre autour de mon cou, et je l’ai imaginé, je l’ai imaginé prendre mon sexe dans sa main, planter ses doigts dans mon cou, m’embrasser, et me caresser, encore et encore… Je me sentais plus nue que jamais, offerte toute entière à ses yeux. Après un long moment, je l’ai senti se déplacer sur le lit, je l’ai entendu décrocher son pantalon. Il s’est glissé entre mes jambes. Je croyais qu’il allait me faire l’amour, mais il a posé ses coudes de chaque côté de mes cuisses et sa bouche sur ma main, qu’il a doucement dégagée pour prendre mon sexe entre ses lèvres, délicatement, lentement. À ce premier contact, tout mon corps s’est soulevé, secoué. Il a relevé la tête. J’ai ouvert les yeux. Il me regardait, avec un léger sourire au coin des lèvres.



Il a souri encore plus, un sourire malicieux, fier.

Et il a replongé sa tête entre mes jambes. Cette fois, j’ai gémi, j’ai gigoté. Il a continué, d’abord à m’embrasser tout délicatement, et puis il a commencé à promener sa langue un peu partout, pour me faire languir avant de me donner du plaisir comme il aurait pu m’en donner immédiatement. Il faisait ça bien… Il a mis du temps avant de préciser ses caresses, mais une fois engagé sur ce terrain, il ne s’est plus arrêté. Il s’agrippait aux draps du lit, et il frottait son sexe contre le matelas, parfois il gémissait un peu. Jamais autant que moi, il m’a presque arraché des cris.


J’en suis arrivée à ce moment où chaque mouvement de sa langue faisait monter dans mon ventre des gerbes de plaisir, j’ai suffoqué, gémi, tremblé, et le plaisir est encore monté, monté jusqu’à l’orgasme, cette tornade de jouissance qui vous enlace pour quelques secondes…


Et puis j’ai laissé ma tête retomber sur l’oreiller, j’ai voulu me dégager, parce que ma peau était trop sensible dans ce moment qui vient juste après l’orgasme, mais quand j’ai essayé de bouger il a d’abord émis un son entre le cri et le gémissement, il a bloqué mes hanches entre ses bras et il m’a murmuré, paniqué, de ne pas bouger. Il n’arrêtait pas de le répéter «Bouge pas, attends, attends…» Il bégayait, sa respiration était saccadée. Il a appuyé le côté de son visage à l’intérieur de ma cuisse, la bouche toujours contre mon sexe, et il a descendu sa main droite à la hauteur du sien. Il s’est caressé quelques secondes, il a gémi encore plus fort et il a crié, un cri qui ressemblait plus à de la douleur qu’à du plaisir. Tout son corps s’est raidi, ses doigts se sont crispés plus forts sur les draps du lit, et puis, d’un coup, il est retombé. Il sanglotait. Il s’est reculé, s’est replié au fond du lit.


Il m’a fallu un long moment pour me calmer, reprendre mon souffle. J’ai essuyé les larmes de plaisir sur mes joues, et je me suis approchée de lui. Comme un petit animal traqué, il s’est replié contre la paroi, tremblant. J’ai voulu poser ma main sur son épaule, mais il m’a tout de suite dit d’arrêter. Il répétait sans cesse qu’il était désolé, qu’il ne pouvait rien y faire.


Il a fini par se calmer un peu. Il s’est levé, a refermé son pantalon et s’est allumé une cigarette. Il m’en a aussi donné une. J’étais encore nue, assise le dos appuyé contre la paroi.

Il a posé sur mon corps son regard triste.



Je n’ai rien répondu. Et puis je lui ai demandé:



Il a baissé les yeux, et il a commencé à pleurer.



J’ai approché ma main de la sienne, il l’a regardée du coin des yeux, il a hésité quelques secondes, et… il ne l’a pas prise.



Cette fois, c’est moi qui me suis mise à pleurer, sans vraiment savoir pourquoi. Il m’a fait un sourire triste, s’est approché de moi, m’a enroulée dans son duvet et m’a fait me coucher contre lui. Je ne le touchais toujours pas, mais j’étais blottie dans ses bras, dans le duvet mais dans ses bras, la tête posée contre son torse. Je me suis endormie.


La fois suivante, il n’a pas pris ma main.


La fois d’après, j’ai continué à espérer.


Celle encore après, j’avais fini par me résigner à sa bouche, mais il a pris ma main dans la sienne, l’espace d’une seconde, une petite seconde.


La suivante, je l’ai retrouvé en sang sur le sol de son appartement. Je ne pouvais rien pour lui à long terme, je pouvais juste lui donner quelques instants de repos. Il avait raison.


Je ne l’ai plus revu pendant plusieurs mois, jusqu’au jour où il a débarqué chez moi, les deux poignets bandés, et qu’il m’a serrée si fort dans ses bras que j’ai cru qu’il allait m’étouffer.


Je n’ai jamais rien vécu de plus dur que de ne pas pouvoir toucher la peau de mon amant. Je n’ai jamais rien vécu de plus dur que d’avoir un amant incapable de me toucher.