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Temps de lecture estimé : 16 mn
11/04/06
Résumé:  Trente ans d'errance dans l'espace... Et si ce cauchemar s'arrêtait enfin ? Tout serait meilleur que cet exil.
Critères:  #sciencefiction fh amour revede pénétratio
Auteur : Patrick R. D.            Envoi mini-message
Souvenirs de l'Avant

Souvenirs…

Souvenirs d’une vie à jamais disparue.

Souvenirs d’un amour parti trop tôt.

Je préférerais parfois ne pas pouvoir me souvenir.

Ne plus vivre.

Comme les autres. Comme tous les autres.

La vie me semblait si parfaite.

Pourtant elle ne l’était pas.

Mais c’était la Vie.


La lune brune projetait son ombre sur le vaisseau, plongeant la cabine dans le noir. Tout était éteint, la gravité artificielle était déconnectée, un corps flottait, immobile, à peine éclairé par la clarté des étoiles. L’homme semblait dormir, mais il ne dormait pas. Il n’avait pas dormi depuis plus de trente ans.


Il rouvrit les yeux quand il sentit sur ses paupières une clarté intense. Le vaisseau sortait du cône d’ombre de la petite lune. Les vitres s’étaient aussitôt opacifiées, permettant à l’unique occupant de ce grand vaisseau de ne pas risquer d’être aveuglé par ce grand soleil. Il sentit malgré tout la chaleur sur sa peau nue. Ses poils se hérissèrent et un grand frisson parcourut tout son corps.


C’est le moment qu’il choisit pour se décider à bouger. Il se retourna pour appuyer son pied sur le plafond de la cabine de pilotage et se projeter vers le plancher. Sa main droite attrapa l’accoudoir d’un des fauteuils et d’un mouvement souple il s’assit. Il put alors appuyer sur un bouton du panneau de commande de l’accoudoir droit. Aussitôt, toute la cabine s’illumina. Il aurait tout aussi bien pu demander à l’ordinateur de le faire sans bouger un doigt, mais il se sentait un minimum utile en faisant un maximum de choses manuellement. Il savait bien qu’en réalité, il n’avait plus aucun contrôle réel sur le cours de sa propre existence. Mais il préférait l’oublier et faire comme s’il commandait vraiment ce grand vaisseau.


Un immense écran immatériel flottait au-dessus de lui et affichait sa position dans le système, avec les orbites de l’unique planète et de ses trois lunes. Ce système n’avait en réalité aucun intérêt pour lui. Il le savait maintenant. Il était désert. Comme tous les autres. La galaxie tout entière semblait vide de toute vie.



Sa voix le surprit. Il n’avait pas ouvert la bouche et dit un mot depuis plusieurs jours. Il ne se souvenait d’ailleurs pas précisément depuis quand. Le temps. Le temps avait depuis longtemps perdu toute signification pour lui. Trente ans de solitude allaient finir par le rendre fou. Si ce n’était déjà fait.



L’ordinateur ! Son unique interlocuteur depuis trente ans. Et comment ne pas devenir fou, seul dans un vaisseau interstellaire avec comme seul interlocuteur un ordinateur, une soi-disant intelligence artificielle. Et cette voix de femme, douce et sensuelle, comme pour mieux le torturer. À son arrivée à bord, le vaisseau lui avait donné son nom. Un nom de femme. Il l’avait refusé, et oublié aussi vite. Ce vaisseau n’était qu’une machine, et aussi puissante que soit son intelligence artificielle, il resterait toujours une machine.



Il parlait à voix haute plus pour lui-même que pour le vaisseau. L’ordinateur le savait maintenant et avait depuis longtemps compris quand cela valait la peine de répondre.


Le point de vue offert par la grande verrière du poste de pilotage changea brusquement. Sans la gravité artificielle, il aurait été projeté et écrasé contre la paroi à sa droite. Les étoiles défilaient rapidement pendant que le vaisseau changeait de cap et accélérait à plus de 10g. L’accélération était imperceptible pour Kayle. Seules les informations de l’écran holographique lui permettaient de savoir qu’ils approchaient de la vitesse nécessaire au saut interstellaire.


Dans son dos, trois cents mètres plus loin, la centrale à fusion qui formait l’essentiel du volume de son vaisseau délivrait toute l’énergie nécessaire. Une longue flamme bleue s’échappait du propulseur principal Un jour, elle serait visible à des années-lumières à la ronde. Mais encore faudrait-il qu’il y ait quelqu’un pour la voir.


Ayant atteint la vitesse nécessaire et accumulé assez d’énergie cinétique, le vaisseau coupa son propulseur à fusion pour continuer sur sa lancée. Puis l’instant d’après, il avait disparu de ce système pour réapparaître 175 années-lumières plus loin dans le plan orbital d’un système solaire de type Sol.


Encore un saut.

Encore un monde vide de vie.

Et si un jour je trouvais de la vie. Que ferais-je ?

Peut-être pourrais-je enfin mourir en paix…


La vue était toujours la même. Des étoiles dans toutes les directions, et un soleil d’une taille et d’une couleur similaire à celui de la Terre. Mais sans la Terre


A peine avait-il commencé à regarder leur position dans ce système que plusieurs alarmes sonnèrent, faisant sursauter Kayle. En trente ans, jamais il n’avait entendu ces alarmes et ne savait pas ce qu’elles signifiaient.



Kayle en resta bouche bée. Il s’étonna car il avait même cru remarquer une émotion dans la voix de l’ordinateur. Trente ans de recherches, à attendre ce moment, et maintenant qu’il y était, il était pris d’une peur panique et ne savait pas ce qu’il devait faire. Il commença à trembler de tout son corps et sentit une vague de froid le traverser.


Il resta immobile de longues secondes, peut-être des minutes, il n’aurait pu le dire. Il fut sorti de sa torpeur par la voix du vaisseau.



Pendant qu’il disait cela, l’ordinateur affichait les sources des émissions radios sur le schéma du système solaire. Ils se trouvaient justement dans une orbite intermédiaire, entre celles de ces deux planètes. Kayle revenait lentement à la réalité et observait ce système sur l’écran holographique. Utilisant les commandes de son fauteuil, il affichait des informations sur les planètes et leurs orbites. Il commençait à se poser des questions. Ce qu’il voyait lui semblait impossible.



Il connaissait déjà la réponse, mais il lui fallait l’entendre. L’affichage se modifia, des orbites avaient été ajoutées et se superposaient presque à celles déjà visibles.



Il n’écoutait plus ce que lui expliquait le vaisseau. Les détails étaient sans importance. C’était impossible, il n’osait même pas imaginer la probabilité qu’une telle chose arrive. Comment et pourquoi, cela n’avait finalement pas d’importance. Après trente ans de recherches, et des milliers de systèmes solaires visités, il avait enfin trouvé un système habitable, et même habité. Son voyage était enfin terminé, il le savait. Il allait pouvoir retrouver le sol d’une planète, respirer un air pur, sentir le vent sur sa peau, autant de plaisirs simples qui lui étaient interdits depuis plus de trente ans.


La punition a été dure.

J’aurais préféré la mort.

Au moins, j’aurais pu tout oublier.

Mais maintenant, tout va peut-être changer.



La phrase semblait résonner dans son esprit. Il réalisa soudain que l’ordinateur du vaisseau lui parlait. Il s’était à nouveau perdu dans ses pensées.



Kayle quitta le poste de commande pour prendre une douche. Il avait besoin de s’isoler pour réfléchir. L’eau qui coulait sur sa peau lui fit penser à une caresse. La seule caresse à laquelle il avait droit depuis trente ans. Il regrettait le temps où d’autres humains existaient encore. Le temps déjà si lointain où il avait senti contre lui le corps d’une femme. D’une vraie femme.


Il resta longtemps sous l’eau brûlante. Il ne la sentait plus. Il était ailleurs. Il revoyait Jill. Il sentait à nouveau sa peau, revoyait son corps nu, sa peau mate d’une douceur infinie. Il se revit lui faire l’amour. Il ne pensait plus à rien d’autre qu’à elle. Il rêvait éveillé. Il sentait son pénis emprisonné par son sexe humide, et Jill qui le serrait fort contre elle. Il fixait son visage sur lequel il reconnaissait cette expression de bonheur qu’il lui avait si souvent vue. Elle fermait les yeux pendant qu’il bougeait en elle.


Soudain, elle ouvrit les yeux, et il se sentit pris de panique. Ce n’était pas elle. Ces yeux n’étaient pas humains.


Tout était de ma faute.

Je me suis pris pour Dieu.

Et j’en ai fait payer le prix à l’humanité tout entière.


Il sortit de la douche en tremblant. Il ne pleurait pas. Il n’avait jamais réussi à pleurer. Même à la mort de Jill, il n’avait pas réussi à pleurer. À cette époque, la colère le dominait. Il n’avait pas accepté ce départ. Mais il avait le pouvoir de faire disparaître la mort. Et c’est ce qu’il avait fait. Enfin c’est ce qu’il croyait à l’époque.


Il repartit directement pour le poste de commande, sans même se sécher ni se rhabiller. En trente ans de solitude, il avait perdu beaucoup d’habitudes d’homme civilisé. La voix douce de l’ordinateur l’accueillit.



Tout ce qui se passait ici était impossible. Nous étions à plus de trois cents années-lumière de la Terre. Aucune colonie n’avait jamais été installée aussi loin avant la fin.



L’écran afficha un texte très court.


« Bienvenue Kayle. Vous êtes ici chez vous. Nous vous attendions. Notre émissaire part en ce moment vers vous pour vous rencontrer. Le rendez-vous se fera dans deux heures. Ne changez pas votre trajectoire. »



C’était eux. Ils étaient là et l’attendaient. Mais pourquoi ? Pourquoi l’avoir épargné, envoyé en exil pour finalement l’attendre ici ? Pourquoi ne pas lui avoir offert le même sort qu’au reste de l’humanité ?


Et si ce cauchemar s’arrêtait enfin ? Tout serait meilleur que cet exil.



Cela confirmait les doutes de Kayle. C’était bien eux, c’était bien Elle derrière tout ça. En trente ans, leurs progrès semblaient impressionnants. La confirmation arriverait bientôt.


Et maintenant ?

Que faire ?

J’ai perdu le contrôle depuis si longtemps.

Ils me veulent vivant, c’est sûr. Mais pourquoi ?



Kayle était dans sa chambre. Il finissait le choix d’une tenue décente. S’il se trompait sur ce visiteur, autant ne pas apparaître nu. Après un aussi long exil, il s’étonnait de penser à ça. Une fois passé un costume en maille électrosynthétique capable de changer de teinte en fonction de ses sentiments, il quitta son immense chambre pour rejoindre le sas.


Quand il y arriva, il entendit le léger choc au moment où l’autre vaisseau se collait doucement au sien. Les sons suivants lui indiquaient que le sas équilibrait la pression avant de s’ouvrir. Kayle s’étonna de son calme. Au fond de lui, il attendait ce moment. Il savait qu’il arriverait un jour ou l’autre.


La porte circulaire finit par s’ouvrir. Pendant un instant, il crut que son cœur allait s’arrêter. C’était elle. Elle était là pour lui.


Elle s’approcha doucement, de sa démarche souple et élégante qu’il lui avait toujours connu.



Elle souriait comme dans ses plus beaux souvenirs. Elle n’avait pas changé. Lui si. Malgré toutes les technologies dont était équipé le vaisseau, il avait physiquement vieilli d’une dizaine d’années. Elle, par contre, était toujours la même. Il restait là sans bouger à la regarder, puis il finit par réaliser que ce n’était pas Jill devant lui, mais l’autre Elle. Jill était morte depuis si longtemps.



Elle restait impassible, droite, lui souriant.



Pour vivre avec Jill jusqu’à sa mort à lui. Cet acte insensé, égoïste, avait provoqué à l’époque un émoi considérable. Il était considéré comme l’un des plus grands génies de son temps, révolutionnant l’intelligence artificielle et la robotique. Car il avait réussi au-delà de toute espérance. Rapidement, malgré les craintes de certains, les demandes affluèrent et bientôt des milliers de copies parfaites d’êtres aimés trop tôt disparus vivaient sur Terre avec les humains. Jusqu’au jour où on leur avait laissé un peu trop de liberté.



Elle lui parlait depuis le début comme on parle à un malade, avec un sourire condescendant. Kayle le sentait. Si Elle le considérait toujours comme son créateur et le respectait, Elle se sentait désormais supérieure à lui. Il n’en doutait plus.



Non. Il se souvenait lui avoir dit non, puis après rien. Que s’était-il passé ? Il avait perdu connaissance. Et il avait dormi. Combien de temps ? Dormir. Un luxe qu’il s’était interdit de peur de rêver et de revoir des choses trop atroces. Le vaisseau lui fournissait les drogues nécessaires, il en avait pris une dose ce matin. Normalement, il n’aurait pas dû dormir ainsi.


Kayle se releva et s’assit. Il comprit alors qu’il n’était plus dans le vaisseau. Le lit était immense et faisait face à une grande ouverture par laquelle une brise tiède entrait en faisant voler doucement des voilages blancs. Blancs comme tout dans cette chambre. En se levant, il sentit tout de suite la différence. Il était sur une planète. Il sentait la différence avec la gravité artificielle.


Il se leva pour se diriger vers ce qui semblait être une terrasse. Il était nu et il sentait la douceur de l’air sur sa peau. Quel bonheur. Le paysage était grandiose. La terrasse dominait une grande crique ressemblant à celle où il aimait aller avec Jill sur une île grecque.



Il ne se retourna pas pour voir qui lui parlait. Il avait reconnu sa voix. Il se sentait bien désormais.


Tout est fini.

Enfin.

Je vais pouvoir me reposer, et vivre.

Oui vivre.


Il sentit son parfum avant qu’elle ne pose sa main sur son épaule. Il reconnut le parfum délicat et sucré de sa peau. Il soupira en sentant le contact chaud de sa main sur son épaule nue.



Il se tourna pour constater qu’elle était nue elle aussi. Sa peau mate lui semblait encore plus belle qu’avant. Elle s’approcha jusqu’à pouvoir l’embrasser. Il se laissa faire avec plaisir. Le goût de ses lèvres, de sa langue. Tout était encore plus beau que dans ses souvenirs. Trente ans à vivre avec des souvenirs.


Maintenant, tout lui semblait si vrai. Il passa ses mains le long du dos de sa partenaire, jusqu’à ses fesses fermes. Elles étaient si douces. Elle fit un pas en arrière, se saisit de sa main droite et le tira doucement vers le lit. Il se laissait faire. Il se sentait comme un petit garçon vivant sa première fois. Oui, c’était comme s’ils allaient faire l’amour pour la première fois. Pourtant, il connaissait déjà tout de son corps, mais au fond de lui, il sentait qu’il allait faire l’amour pour la première fois. Il ne pouvait se l’expliquer.


Arrivés près du lit, il l’attira contre lui et la serra fort. Il la souleva et se mit à rire. Un rire de bonheur, celui d’un adolescent qui découvre l’amour. Elle se mit à rire aussi en tournoyant. Ils firent tomber un vase posé sur l’un des chevets. Le bruit sourd du verre qui explose sur le sol les surprit et ils se laissèrent tomber sur le lit.


Ils étaient couchés l’un contre l’autre. Il se souleva sur un bras pour l’admirer. Elle respirait fort, ses petits seins se soulevaient au rythme de son souffle. Il passa sa main libre doucement le long de ses bras, puis sur sa poitrine, s’arrêtant sur les tétons durcis, les pinçant comme il savait qu’il l’avait toujours fait. Elle lui souriait et le regardait tendrement.


A son tour, elle se pencha vers lui, l’obligeant à se recoucher. Leurs bouches se rejoignirent, puis après un long et tendre baiser, elle descendit le long de son torse, le caressant et l’embrassant sans cesse. Il frissonna quand elle atteignit le bas de son ventre. Elle s’amusa un instant à jouer avec les boucles de poils de son pubis. Ça aussi, il se rappelait qu’elle l’avait toujours fait. Son sexe dressé attira vite les attentions de ces doux doigts féminins. Puis il sentit des lèvres se poser sur le gland. Il avait fermé les yeux, comme pour mieux ressentir la douceur de ces caresses.


Il soupira quand elle fit doucement descendre ses lèvres le long de son pénis. Le plaisir qu’il ressentait lui semblait plus fort que jamais. Il ne voulait pas jouir dans sa bouche, il voulait se sentir venir en elle. Sa compagne le savait et ne s’attarda pas bien longtemps sur cette caresse. Il rouvrit les yeux pour la voir s’installer au-dessus de son sexe. D’une main, elle le guida en elle et se laissa descendre doucement, le regardant droit dans les yeux. Il posa ses mains sur ses hanches, mais la laissa choisir le rythme qu’elle voulait.


Elle commença par bouger lentement, continuant à le regarder, puis peu à peu, il vit qu’elle se laissait aller à son plaisir. Il aimait la voir ainsi, les yeux fermés quand elle faisait l’amour. Elle avait toujours fait ça, ne les rouvrant qu’au moment de l’orgasme. Il sentait son pénis enserré dans ce sexe chaud et humide. Le plaisir lui semblait infini. Plus rien d’autre n’existait.


Après un temps qui lui parut trop court, il sentit qu’il allait bientôt jouir. Sa respiration s’accélérait, ses gémissements signalaient à sa partenaire qu’il allait bientôt venir en elle. Il l’entendait gémir de plus en plus vite et fort. Ses mains douces serraient fort ses épaules, lui faisant presque mal. Elle poussa un petit cri et un long soupir, et ouvrit les yeux. À ce moment, il se sentit se vider au fond de ce sexe chaud et humide. Le sourire épanoui qu’elle avait en le regardant, il le connaissait déjà. Le sourire qu’avait toujours eu Jill après la jouissance. Elle s’effondra sur lui et ils restèrent ainsi longtemps, sans dire un mot, profitant simplement de ce moment de béatitude.


Plus tard, en se levant du lit, son pied se posa sur les éclats de verre du vase. Il ressentit une douleur vive tout le long de sa jambe, mais celle-ci disparut aussitôt. Il regarda la plante de son pied pour constater l’absence de sang. Une large coupure était en train de se refermer. La peau artificielle faisait des merveilles.

Il sourit.

Il se sentait bien, enfin.


Finalement, Elle avait raison.

Désormais, je le sais, tout est parfait.

Pour toujours.