| n° 10212 | Fiche technique | 18279 caractères | 18279Temps de lecture estimé : 11 mn | 14/03/06 |
| Résumé: Le vrai titre: "Petit traîté superfétatoire mais néanmoins exhaustif des micro-attributs..." | ||||
| Critères: nonéro humour | ||||
| Auteur : Boulegomme Envoi mini-message | ||||
« J’ai une petite bite. »
Derrière cet aveu apparemment anodin, se cache des années de souffrances, de secrets, de honte et d’interdits.
Gymnase annexe du Stade Léo Lagrange de Mons en Bareuil.
Des chaises, en rond, au centre du terrain de hand-ball.
Des hommes. Des hommes seulement. Des raclements de gorges gênés qui résonnent comme un tocsin lugubre, ce lundi 20 juin 2005, à 20h30.
Séance hebdomadaire de l’A.P.B.A.
La litanie rituelle des présentations continue, faite de sourire forcés, de doigts entremêlés que l’on triture, de paires d’yeux baissés qui n’osent se croiser malgré la communauté des douleurs.
Adrien se lève, penaud.
Une salve d’applaudissements ponctue maladroitement la prouesse du héros.
Je mis plusieurs mois à comprendre vraiment l’utilité de telles séances. Au début, mon scepticisme était à la hauteur de mon trouble. Pour la première fois de ma vie, j’énonçais à haute voix cet aveu fatidique, doublé d’un silencieux « et je vous emmerde… » qui me dédouanait d’explications. Mais je ne pouvais considérer qu’il apporterait quoique ce soit aux affres que ce handicap majeur engendrait dans ma vie.
J’affirme même qu’il déterminait ma vie.
Je jouai pourtant le jeu.
J’eus dès lors de nombreux entretiens avec le Docteur Bideault, qui me firent comprendre à quel point premièrement je n’étais pas seul à subir cette malformation génitalement microscopique, mais également la diversité des réactions face à ce douloureux malheur.
Elle me fit rencontrer des gens, discuter avec eux. J’en recueillis des témoignages bouleversants, à caleçon découvert. Ces hommes acceptèrent de parler, pour la première fois, de ce qui est toujours considéré comme un tabou dans une époque où la performance et l’apparence parfaite est exigée de tous.
Je poursuivis mes recherches en plongeant tête baissée dans des études bibliographiques approfondies malgré la faiblesse des documents sur ce sujet. Cette pusillanimité me semblait justifiée par le soupçon possible que, si vous étudiez ce fléau, c’est que vous en étiez vous-même atteint, et que donc peu de gens désiraient supporter cette infamie aux yeux des autres.
Ce courage, je l’ai aujourd’hui.
Grâce à ces années de recherches, j’ai pu transcender (avec beaucoup d’efforts, je dois l’avouer) ma pudeur et mon orgueil pour dévoiler les secrets de cette affliction anatomique souvent inavouée, pour que les générations futures puissent profiter de ces connaissances accumulées, et jouir sereinement, pour ne pas dire ouvertement, des plaisirs de la vie.
J’associe évidemment le Docteur Bideault dans cette entreprise, car elle me fut d’une aide précieuse dans les entretiens que je révèle dans cet opus, mais également dans les contacts qu’elle m’a permis d’obtenir, et les réseaux ultra confidentiels dans lesquels elle m’a introduit.
Je tiens à dire en exergue à ce modeste préambule, qu’étant moi-même concerné par ce sujet, je ne m’interdis pas une certaine dose de mauvaise foi dans l’interprétation de certains documents, sondages, analyses ou mise en perspective des différents champs d’action de ce vaste sujet.
Je dédie cet ouvrage à mes parents, sans qui rien de tout cela ne serait arrivé.
DC : Bonjour docteur. Si vous le voulez bien, nous allons entrer directement dans le vit du sujet, si je puis m’exprimer ainsi… Comment peut-on définir anatomiquement ce que l’on appelle trivialement une « petite bite » ?
Dr B : Votre première question est la plus compliquée. En effet, malgré les progrès de la médecine, ce phénomène échappe à toute définition scientifique. Les seuls éléments d’étude que l’on peut raisonnablement apposer à ce terme poissard sont les statistiques élaborées par certains chercheurs en sexologie sur la taille du pénis, notamment dans les contrées occidentales. On peut évaluer la moyenne de cette taille, en Europe par exemple, à environ quinze ou seize centimètres en érection.
DC : et en Afrique ?
Dr B : Je m’attendais à cette question, mais je crois que nous y reviendrons plus tard, si vous le voulez bien. Ce qui est intéressant de noter dans ces relevés topographiques du relief ithyphallique, c’est que cette moyenne est concentrée autour de ces quinze centimètres fatidiques. En clair, dès que l’on s’éloigne de ce chiffre, les pourcentages sont minimes. Il y a donc peu d’exceptions, ce qui rend donc plus difficile l’approche psychologique de cette notion abstraite, qui fait qu’un homme a honte de la taille de son sexe. C’est donc plus sur cette honte fantasmatique que l’on peut travailler, et non sur l’objectivité de sa taille naturelle.
DC : Mais ces exceptions peuvent tout de même engendrer des traumatismes, non ?
Dr B : En effet. Mais nous entrons là dans un domaine pathologique majeur. Je pense que vous faites allusion au phénomène du « micro-pénis ». Ces cas sont extrêmement rares, et ont l’avantage d’être mis à jour assez rapidement, car ils amènent le patient à consulter rapidement. Mais, outre le fait qu’une opération est souvent envisagée, et nous reparlerons de ce thème plus tard également, les signes traumatiques engendrés par ce handicap sont spécifiques et, comme les extrêmes se rejoignent, résultent des mêmes mécanismes que le priapisme ou l’éléphantiasis. Ces signes diffèrent de ce qui nous préoccupe par l’absence de communication sexuelle. Ces patients ne sont pas dans le doute, mais dans la certitude qu’ils ne peuvent avoir un comportement sexuel normal, ou du moins normatif, et par là même ne recherchent pas le contact avec une ou un partenaire éventuel.
Les sujets qui nous intéressent dans cet ouvrage sont plus complexes. Ils ne « savent » pas si leur partenaire va accepter leur anatomie. Ils vont essayer de se comparer à l’autre. Ils vont générer des angoisses, des tabous, des comportements marginaux, des habitus sociaux déviants. Ce sont ces extériorisations qui vont plus nous intéresser, car elles deviennent elles-mêmes les moteurs de leur mal être et de leur souffrance.
DC : Je crois comprendre. Il n’y a donc pas de critère scientifique à ce phénomène, mais juste des implications socio-psychologiques.
Dr B : En raccourci, on peut effectivement le dire en ces termes. Mais évitons tout de même la simplification, si vous le permettez.
DC : Bien sûr. C’est le but même de notre démarche.
Liliane souriait en se brossant les cheveux. Elle scrutait dans le miroir les traces des ans sur son visage. Elle aimait ces rides subtiles qui dessinaient sur son visage les sillons des émotions passées. Fossettes de plaisirs au coin des lèvres, plis malicieux d’émerveillements à la pointe des paupières, stries marquées sur le front, témoins des soucis récents.
Malgré la mort de son mari (« deux ans déjà »), Liliane acceptait le bilan de sa vie. À quarante-sept ans, elle avait exploré toutes les facettes du bonheur, même si elle reconnaissait qu’elle n’avait fait que les effleurer. Et puis il lui restait tant à découvrir.
« Comment s’appelle-t-il, déjà ? Ah oui, Jean-Luc. Charmant jeune homme. Va falloir que je sois à la hauteur. Enfin, attention, ma vieille, pas d’enjeu ! Il m’a juste invité à boire un verre. Rien de fatidique ! Laissons faire les choses. »
Ces velléités de séduction étaient assez nouvelles, mais néanmoins excitantes. Jeannot s’en retournerait sûrement dans sa tombe, jaloux comme il était, mais Liliane s’octroyait le droit à choquer les morts.
« Il est temps. »
Avec Jeannot, c’était le repos de l’amazone ! (Rires) Bon ! C’est pas tout ça, mais faut que je me pomponne un peu !
Liliane sortit de la salle de bain.
Dans une heure, elle retrouvera Jean-Luc au Bar des Amis.
« Il avait un tout petit zizi et un gros cul, le père Ubu »
Dick Annegarn
A une époque où tout n’est que communication, où le moindre sujet est source de débat, où tout « se discute », où, grâce à la télévision, nous pouvons désormais savoir que notre voisin est atteint de T.O.C, où le curé du village est soupçonné de pédophilie dès qu’il flatte la petite tête blonde à la kermesse de la paroisse, où Mme Michu ne peut plus sortir de chez elle depuis qu’elle a appris à la radio que M. Michu fréquentait les clubs échangistes avec sa maîtresse qui venait de se faire doubler les seins grâce à un reportage vu à la télé où sa mère témoignait qu’elle se faisait liposucer pour séduire de jeunes thaïlandais lors de ses voyages touristico-sexuels avec son patron victime de harcèlement sexuel depuis qu’il avait avoué à sa secrétaire qu’il pratiquait l’inceste avec sa sœur autiste maltraitée dans un hôpital psychiatrique où les patients s’adonnaient aux partouzes sado-maso dirigées par un adepte d’une secte macro-bio-tendance-épanouissement-par-les-plaisirs-du-corps grâce à une théorie du Docteur X, néo-nazi notoire atteint d’Alzheimer suite à une épidémie nosocomiale à la clinique néo-natale où sa femme venait d’accoucher d’un trisomique parkinsonien.
Bref, tout se sait, tout fait débat, et notre entreprise, je dois l’affirmer, se défend d’entrer dans cette démarche qui préfère énoncer plutôt que connaître.
Nous nous devons donc d’élaborer une approche plus rationnelle de notre sujet, et l’intégrer dans une évolution historique et sociologique plus pertinente.
Car ce qui nous préoccupe aujourd’hui n’est pas nouveau.
Le rapport étroit de l’homme à son sexe a toujours existé, et les chercheurs, que ce soit dans la sphère historique, sociologique, et même ethnologique, ont toujours relevé des traces précises de cette question dans l’évolution du monde.
Nous pouvons déjà partir d’un postulat : La petite bite a toujours existé.
C’est cette évidence qui prouve l’importance de notre réflexion. À travers ce spectre micro-génital, nous allons montrer à quel point notre sujet est crucial pour comprendre le monde qui nous entoure.
Est-il possible de comprendre notre société actuelle sans déterminer la part que prend la taille du sexe dans les évènements qui ont jalonné notre histoire ? Peut-on penser une seconde comprendre par exemple la montée du nazisme sans évoquer la taille du sexe d’Hitler ? Doit-on mettre de côté les théories élaborées par les plus grands historiens évoquant la petite bite du roi Dagobert, qui le poussa à changer la position de ses frusques pour cacher sa misère ? Peut-on raisonnablement attribuer son génie à Léonard de Vinci sans imaginer que le sourire de la Joconde ne puisse s’esquisser que devant l’entrejambe du célèbre peintre ?
Pour notre part, nous ne pouvons l’ignorer.
Certes, dans l’Antiquité, certains témoignages dignes de foi évoquent l’impossibilité pour le citoyen lambda de postuler à certaines fonctions élevées si son sexe était trop gros. La petite bite était donc à l’époque un critère positif d’évolution sociale.
Bien sûr, nous n’irons pas jusqu’à affirmer que la célèbre phrase de César à Brutus « Tu quoque Filii mi » évoquait la petitesse du membre de son fils adoptif et néanmoins parricide, mais il est tout de même possible d’imaginer que la gloire de Rome ne tenait pas seulement dans les mamelles hypertrophiées de la louve historique.
Nous pensons à juste titre qu’au vu des documents en notre possession, les différents empereurs romains n’avaient soif d’expansion territoriale que pour contrecarrer l’impossibilité à l’époque d’agrandir leurs attributs naturels.
Il est inconcevable aujourd’hui d’occulter la possibilité que Charlemagne ait pu réussir à créer l’unité nationale sans une faiblesse héréditaire que sa Cunégonde de femme évoquait en le surnommant affectueusement « mon Carolus Minimus »
Nous pourrions multiplier les exemples à l’infini, depuis la vengeance malsaine de l’évêque Cochon envers Jeanne la Pucelle jusqu’au doutes émis sur la grande taille inversement proportionnelle du général de Gaulle, au nom si évocateur.
Mais il nous faudrait un ouvrage entier pour traiter ce pan historique de notre recherche, et telle n’est pas notre ambition.
Il nous est simplement important de noter deux éléments importants qui s’intègrent dans notre parcours : le premier, c’est que notre Histoire montre que toutes ces petites bites qui se sont illustrées dans les grands évènements ne s’en sont pas vantées, ce qui rejoint le critère évoqué dans l’entretien précédent : la petite bite détermine le comportement masculin, mais n’est jamais revendiqué comme tel. En épluchant les mémoires de ces figures de l’Histoire, il n’en est jamais fait mention. La Honte fait partie intégrante du processus comportemental de la petite bite.
Le deuxième élément n’est qu’une constatation : les grands hommes en ont une petite.