| n° 09945 | Fiche technique | 71767 caractères | 71767 12218 Temps de lecture estimé : 49 mn |
02/12/05 |
Résumé: Charlotte a hérité d'un manoir en Ecosse et s'y rend pour le visiter. | ||||
Critères: #fantastique ff frousses | ||||
| Auteur : Jean-Marc Manenti (48 ans épicurhyen en diable.) Envoi mini-message | ||||
Au volant de sa voiture de location, Charlotte pestait intérieurement contre la conduite à gauche. Il était plus de 20 heures et elle venait de quitter la grande route pour une sorte de chemin bien goudronné qui était sensé mener à son Manoir. Et oui, Charlotte était, depuis peu, propriétaire d’un vrai manoir écossais, héritage d’un lointain tonton. Alors qu’on était en plein été, il faisait frais dans cette région du nord de l’Écosse. Le ciel charriait de gros nuages gris et noirs.
Charlotte s’extirpa de ses pensées et jeta un œil sur la carte routière déployée sur le siège du passager. Encore quelques virages et elle serait arrivée.
L’avocat l’avait reçue quelques heures auparavant, lui avait fait signer un tas de papiers, expliqué la succession, donner un plan détaillé du manoir et "généreusement offert" la carte routière. Après une côte de plusieurs centaines de mètres, l’ombre de la bâtisse se découpa, sinistre, sur le ciel gris foncé.
Une fois la voiture garée devant la grande porte d’entrée, Charlotte inspecta le paysage. C’était la lande à perte de vue. Elle se décida à monter les cinq marches et, au moment où elle mit la main sur son trousseau de clefs, la porte s’ouvrit. Charlotte faillit tout laisser tomber à terre. Devant elle, tout sourires, se tenait un homme d’une trentaine d’années, vêtu d’un pantalon noir impeccablement repassé, d’une chemise blanche au col orné d’un nœud papillon, d’un petit gilet à rayures. Même le brushing était digne d’une gravure de mode au masculin.
Le majordome s’effaça pour la laisser passer. Charlotte entra et se trouva dans un grand hall.
La jeune femme fut heureuse de trouver un feu dans la cheminée. Le climat avait l’air plutôt frais dans la région. Elle pensait trouver une maison quasi-abandonnée et poussiéreuse, au lieu de cela, elle entrait dans un manoir tout propre et chauffé.
Une fois seule, Charlotte admira le magnifique salon, les fauteuils d’un style très british. Par la grande fenêtre, elle vit Nelson prendre ses bagages dans la voiture. Elle faillit pousser un cri de surprise quand une jeune fille entra, un plateau à la main.
Charlotte examina du coin de l’œil la servante qui quittait la pièce. Elle était du même gabarit qu’elle, quoiqu’un peu plus dodue, sauf que Tracy était rousse. Une jolie petite rousse, aux cheveux flamboyants et longs, avec ça ! Un joli brin de fille, pulpeuse à souhait, aux yeux de chat presque gris, à la peau aussi blanche que celle de Charlotte. Elle fut stupéfaite par l’attirance pour cette jeune fille qui venait de naître en elle. Charlotte, perplexe, se cala dans son siège et fuma une cigarette en buvant son thé. Elle était stupéfaite… Comment une jeune fille pouvait-elle lui tournebouler l’esprit de cette manière. Au moment où elle se levait en baillant pour aller se coucher, Tracy entra pour débarrasser la petite table. Contrairement à Nelson qui était vêtu de façon "domestique de bonne société", la jeune servante était habillée simplement d’un blue-jean, d’un fin tee-shirt dont le tissu moulait ses magnifiques seins, dont Charlotte devinait la nudité et les tétons. Tracy était aussi chaussée d’une paire de baskets. Charlotte la trouvait mignonne à croquer.
Une fois le plateau déposé à l’office, Charlotte suivit Tracy dans les escaliers. La jeune fille ouvrit une porte au fond du long corridor et s’effaça pour laisser passer sa patronne.
Effectivement, la chambre était située sur l’arrière du manoir et on pouvait voir vers l’horizon, la mer et ses grosses vagues qui éclataient sur les rochers, projetant des paquets d’écume aux alentours. Un chemin de terre serpentait jusqu’à la grève. Vers la gauche, il y avait un petit bois et la lande. Charlotte reporta son attention sur la chambre. Elle faisait bien vingt ou vingt cinq mètres carré, mais contenait peu de meubles. Un immense lit, une imposante armoire, une psyché, un petit secrétaire, une table et quatre chaises et, de part et d’autre du lit, un fauteuil.
Charlotte s’assit sur le tabouret devant la psyché. Aussitôt, Tracy s’approcha et défit les pinces qui maintenaient la blonde chevelure, chevelure qui tomba en cascade sur ses épaules. Elle pivota sur son siège et leva la tête pour planter son regard dans celui de la jeune fille. Cet échange dura une longue minute, jusqu’à ce que les joues de la domestique s’empourprent. Charlotte, en proie à des sentiments qui la dépassait et auxquels elle ne voulait pas penser, entortilla une de ses mèches rousses entre ses doigts.
Le visage de Tracy devint plus rouge encore.
Tracy ouvrit l’armoire où les vêtements de Charlotte étaient déjà soigneusement rangés. Elle en préleva une nuisette. Elle la tendit à la maîtresse du lieu qui avait déjà passé sa robe par-dessus la tête et se trouvait donc uniquement vêtue de son string noir et du soutien-gorge assorti. Charlotte crut discerner un trouble dans les yeux félins de sa domestique. Néanmoins, elle libéra ses seins et laissa glisser son string vers le sol. À gestes lents, elle enfila sa nuisette.
Celle-ci s’empara d’une brosse et lissa les mèches blondes avec délicatesse, sans quitter des yeux, dans le miroir, la poitrine aux aréoles roses de sa nouvelle patronne. Quand elle reposa la brosse, Charlotte la remercia, se tourna vers elle et déposa un baiser sur la blanche joue perlée de taches rousses.
Charlotte s’assit dans un fauteuil. Les formes encore juvéniles qui se devinaient sous les habits de la domestique l’avaient mise en émoi plus qu’elle ne voulait se l’avouer. Charlotte lut quelques instants le journal qu’elle avait acheté en sortant du cabinet de l’avocat. Mais, épuisée par cette journée de voyage, elle se mit toute nue et se glissa sous les draps propres. Elle n’arrivait pas à chasser Tracy de ses pensées. Instinctivement, elle se mit à se caresser en pensant à son corps nu contre celui de la jeune Irlandaise, puis se fit jouir.
C’est la voix claire et limpide de Tracy qui sortit Charlotte du sommeil. Lorsqu’elle ouvrit les paupières, la jeune fille était penchée sur elle, sa fine main pâle posée sur son épaule nue. À ce contact, les tétons de Charlotte se tendirent aussitôt sous le drap.
Tracy s’était vêtue d’une légère robe d’été et, au travers du fin tissu, Charlotte devinait ses seins à la peau laiteuse emprisonnés dans un soutien-gorge vert. La pulpeuse blonde repoussa le drap et s’étira langoureusement sous les yeux écarquillés de la jeune fille. Puis, elle se mit debout face à elle.
La jeune fille resta tétanisée sur place, la bouche entrouverte, sans pouvoir répondre. Charlotte ouvrit la fermeture Éclair de sa robe avec une lenteur calculée. La jeune servante se laissa faire sans protester et se retrouva en slip et soutien-gorge. Ceux-ci tombèrent au sol bien vite, grâce aux doigts agiles de Charlotte.
Charlotte lui releva la tête du bout d’un doigt et l’enveloppa d’un tendre regard.
Il y eut un moment de silence que Charlotte rompit la première.
La jeune fille eut un signe de dénégation.
Charlotte l’attira contre elle, peau contre peau, seins contre seins, bouche contre bouche… Et bientôt, langues entremêlées. Elles roulèrent enlacées sur le lit. Leur baiser dura un long moment. Elles échangèrent leur salive, se sucèrent mutuellement la langue, frottèrent doucement leurs bouches l’une contre l’autre. Charlotte s’écarta de la pulpeuse domestique pour la regarder.
Elles s’embrassèrent à nouveau. Puis Charlotte l’inspecta minutieusement tout en la touchant du bout des doigts. Elle la complimenta sur ses cheveux, son visage de poupée qu’elle embrassait avec passion.
Charlotte fit courir sa bouche sur la peau curieusement un peu sucrée de ses épaules qui sentait le savon, mordilla ses seins, passa sa langue sur les tétons tendus. Tracy haletait de bonheur, ses mains enfouies dans la tignasse blonde. Le ventre de la petite rousse frémit et palpita sous la langue experte de Charlotte, et tout son corps se raidit de plaisir quand celle-ci glissa sur ses cuisses.
La bouche de Charlotte voyagea le long de ses jambes et s’attarda sur ses pieds blancs.
Elle les baisa et remonta petit à petit sur les mollets.
Elle fit glisser la pointe de sa langue dans le sillon de la colonne vertébrale et redescendit dans la raie des fesses.
Charlotte la tourna face à elle, la prit dans ses bras et entremêla ses jambes avec les siennes.
Pendant de longues minutes, Charlotte dégusta du bout des lèvres la peau de sa compagne, savoura ses baisers, la tiédeur de son corps. Quand le visage de Charlotte s’aventura à nouveau entre les jambes de la jeune fille, elle remarqua que sa toison et la peau de l’intérieur de ses cuisses étaient encore plus maculées de son nectar de plaisir.
Ivre de désir, Charlotte posa ses lèvres sur la fente tant convoitée et insinua sa langue dans ses replis intimes. Elle se délecta de sa liqueur distillée par le plaisir, avec une gourmandise avide. Un peu plus tard la petite irlandaise eut toutes les peines du monde à contenir ses cris de jouissance. Son orgasme fut puissant et secoua tout son corps. Charlotte, le visage inondé de la cyprine odorante de Tracy était au comble du bonheur. Les deux femmes restèrent enlacées un long moment, échangeant de temps à autres un baiser ou un tendre regard.
Charlotte guida la main de Tracy entre ses cuisses.
La blonde saisit le poignet de la domestique pour l’inciter à la pénétrer au plus profond de son ventre. Bientôt, toute la main disparut dans le ventre de Charlotte. Quand elle reprit ses esprits, elle s’aperçut qu’elle tenait toujours le bras de Tracy qui attendait en souriant. Elle guida la main juvénile vers la bouche de l’Irlandaise. À petits coups de langues, celle-ci lui lécha les doigts, puis toute la main.
Charlotte, qui sentit un obstacle sous son majeur, stoppa brusquement son geste.
Tracy baissa les yeux et rougit.
Un véhicule entra dans la propriété et la jeune Irlandaise se redressa et sauta vivement à bas du lit.
Quand Tracy poussa à nouveau la porte de la chambre, portant un plateau, Charlotte était debout devant la fenêtre, toujours toute nue. Ce matin le ciel était d’un beau bleu et la vue sur la mer était splendide. Le plateau fut posé sur la table et Charlotte, au lieu de prendre place sur la chaise, s’assit cul nu sur le coin de la table, cuisses ostensiblement écartées. Elle picora les petits cakes aux fruits confits. De temps à autre, elle buvait une gorgée de café.
Le visage de la jeune domestique s’empourpra légèrement.
Charlotte l’attira à elle.
Devant l’embarras de son employée, Charlotte lui fourra d’autorité un cake dans la bouche et elles éclatèrent de rire.
Plus tard, Nelson lui fit visiter le manoir et une partie de la propriété. Une fois achevé le repas de midi préparé par Tracy, Charlotte se fit conduire en ville par le majordome où elle expédia le reste des tracasseries liées à la succession et signa les derniers papiers chez l’avocat. Elle apprit, en outre, qu’une fortune considérable en Livres Sterling accompagnait le manoir. Elle fit ensuite les vitrines, visita la petite cité, sacrifia au five o’clock dans un salon de thé très chic et, vers 19 heures, remonta au manoir.
Un peu plus tard, Tracy posa un plateau de toasts et une théière sur la table basse. Elle remarqua que Charlotte, assise sur le canapé devant la télé qui diffusait un bulletin météo, s’était mise à son aise pendant qu’elle avait préparé la collation. Elle portait sa nuisette transparente ou on devinait les aréoles roses de ses seins et le triangle blond du pubis. Une bouffée de désir s’empara de la jeune rousse. Elle s’assit à même l’épais tapis, aux pieds de Charlotte et elles vidèrent bien vite de ses toasts le plateau et la cruche de thé. Pendant le journal, en baissant les yeux, Charlotte surprit Tracy, le visage levé vers elle, le regard plein d’une sorte d’admiration. Elles échangèrent un sourire et Charlotte se pencha pour poser ses lèvres contre la bouche satinée de la jeune domestique. Puis Tracy posa sa tête sur les jambes dénudées de Charlotte, qui regarda le reste du journal télévisé en lui caressant les cheveux.
Quelques dizaines de minutes plus tard, le cortège de nouvelles plus ou moins bonnes terminé, la jeune fille emporta le plateau.
Charlotte compris que la petite irlandaise ne voulait pas briser la notion de hiérarchie qui les séparait. Devant la mine étonnée de sa patronne, elle ajouta :
Elle marqua un temps d’arrêt et, fixant Charlotte avec un large sourire, continua :
Quand, trois quarts d’heure plus tard, Tracy toqua à la porte, Charlotte lui ouvrit en tenue d’Ève. Pour sa part, la rousse irlandaise s’était vêtue d’une courte nuisette dans les tons bleutés, tout aussi transparente que celle que portait Charlotte au salon. Celle de Tracy était sans manche, elle tenait aux épaules par un flot qui nouait les deux fines bretelles. Le fin tissu qui moulait ses deux superbes seins, faisait émaner de Tracy un sensuel érotisme.
Charlotte contempla un long moment ce corps presque nu, où elle pouvait apercevoir en flou la tache sombre des aréoles, celle, plus petite, du nombril, et le triangle touffu de son pubis. La blonde s’effaça enfin pour laisser entrer la jeune fille et, en refermant la porte, la retint doucement par une main.
Charlotte souffla l’air par le nez, agacée. Néanmoins, elle n’insista pas.
Charlotte avait débité sa phrase avec une voix où perçait l’émotion. Sa main toujours dans celle de Charlotte, Tracy la mena sans mot dire devant la psyché. D’une pression sur les épaules, elle l’invita à s’asseoir et entreprit d’enlever les pinces et les peignes qui retenaient ses cheveux. Ils tombèrent en cascade sur ses pâles épaules. Charlotte pencha la tête en arrière pour la poser contre le corps tiède de Tracy. La petite rousse en profita pour emprisonner les seins laiteux de Charlotte et jouer avec les tétons durcis.
Charlotte pivota, écarta les jambes et attira l’Irlandaise contre elle pour l’enlacer.
Puis, après un moment de silence, Charlotte leva la tête vers Tracy. D’un geste lent, elle tira sur le flot de chaque bretelle et le vêtement glissa à terre.
Charlotte frotta doucement sa joue contre les seins fermes et le ventre frémissant de sa partenaire. Elle s’enivrait des senteurs de ce corps chaud et aussi brûlant de désir que le sien. Elle se leva et mena la petite rousse vers le lit. (Plus tard, lorsque Charlotte noircira les pages de son journal intime, elle écriera que cette nuit-là fut la plus belle de son existence.)
Les deux filles s’allongèrent sur le drap et se serrèrent l’une contre l’autre pour s’embrasser avec passion et volupté, cheveux blonds et roux mêlés. Elles passèrent un très long moment à se caresser en silence, n’écoutant que leur respiration haletante, le glissement de leurs mains sur leur peau, leurs gémissements de plaisir étouffés par leurs bouches soudées. Chacune voulut connaître la moindre parcelle du corps de l’autre sur le bout des ongles. Elles se fouillèrent mutuellement, Charlotte usant de ses doigts avec prudence, pour ne pas déflorer Tracy. Grâce à des jeux de mains habiles, elles se firent jouir à plusieurs reprises. Entre deux orgasmes, elles continuaient à se caresser, poissant leurs corps de leur liqueur de plaisir. Toute sa timidité balayée par son brûlant désir, Tracy se glissa entre les cuisses de Charlotte et embrassa avec avidité son mont de Vénus. La petite langue mutine eut vite raison des sens de Charlotte qui connut un intense moment d’extase, et l’Irlandaise éprouva un fort sentiment de fierté en son intérieur quand elle entendit le long gémissement d’orgasme de Charlotte.
Celle-ci lui parla de son métier de traductrice pour une maison d’édition.
Néanmoins, Charlotte apprit que Miss O’hara venait d’un orphelinat qui l’avait placé là après un minimum d’instruction. Charlotte consulta son réveil de voyage.
Charlotte prit appui sur un coude et se pencha sur le visage de l’Irlandaise, nez contre nez.
Tracy plaça ses genoux de part et d’autre du visage de Charlotte et se pencha au-dessus d’elle. Puis, elle glissa les mains sous ses fesses et plongea la tête entre ses cuisses pâles. Le silence ne fut plus troublé que par les gémissements du duo et le bruit humide des langues qui fouillaient leurs replis intimes, taquinaient les clitoris. C’est Charlotte qui, sous la langue avide et gourmande de Tracy, succomba la première. Tandis que son corps tout entier se tendait comme un élastique, elle étouffa son cri en collant sa bouche contre la fente béante de la rouquine, ses ongles lacérèrent la croupe à laquelle elles se cramponnaient. Charlotte s’affala, inerte. En attendant que sa compagne reprenne ses esprits, Tracy, toujours dans la même position, posa sa joue contre son bas-ventre. La rousse irlandaise fut empoignée aux hanches et la langue experte de Charlotte l’explora à nouveau avec une terrible précision qui la précipita dans une voluptueuse jouissance. Le cri de Tracy se répercuta dans la grande bâtisse.
Épuisées, elles se glissèrent sous le drap, s’enlacèrent et, blotties l’une contre l’autre, furent vite gagnées par un sommeil réparateur.
Charlotte sortit lentement d’un profond néant. Elle dut faire un effort pour ouvrir ses paupières encore lourdes et collées par la fatigue. Elle voulut bouger, mais quelque chose l’en empêchait. Un petit moment d’attente lui suffit pour recouvrer la totalité de ses esprits. Charlotte était couchée sur le dos, un bras entourant la petite Irlandaise qui dormait encore, la tête sur son épaule, le souffle régulier. Charlotte tourna lentement les yeux vers la fenêtre. La matinée devait être bien avancée, car la lumière qui passait au travers des fentes des persiennes vermoulues était violente.
Tracy remua un peu, s’étira en baillant et poussa un petit cri en voyant les aiguilles du réveil. Elle tenta de repousser le drap mais Charlotte la retint.
Charlotte sauta à bas du lit et, sans prendre la peine de passer un vêtement, sortit de la chambre. Depuis le pas de la porte elle intima l’ordre à Tracy de l’attendre sans bouger. Elle fut de retour un peu plus tard, poussant une table à roulettes chargée de deux petits déjeuners à la Française. Tracy s’assit au bord du lit, où Charlotte vint la rejoindre.
Miss O’Hara eut un grand sourire qui se figea quand le visage de Charlotte se fit plus sérieux.
Charlotte passa une main sur le sein nu de la petite Irlandaise et capta son regard. D’un geste léger, elle repoussa une mèche rousse de devant son œil droit.
Tracy l’enlaça par les épaules.
Les deux jeunes femmes s’embrassèrent tendrement pour sceller leur pacte.
La maîtresse de maison consacra la fin de matinée à faire l’inventaire de la grande bibliothèque. Pour une dévoreuse de livres, elle était aux anges. Elle découvrit bon nombre d’ouvrages anciens, et même quelques éditions originales. Le duo prit son repas à l’ombre d’une tonnelle, sur une petite terrasse à l’arrière du manoir, repas qu’elles conclurent par un vieux Cognac français.
Main dans la main, elles prirent le chemin sinueux et légèrement escarpé qui y menait. Après une courbe, Charlotte remarqua que le chemin se divisait en deux. La seconde partie semblait se diriger vers une sorte de jardin que la jeune femme ne pouvait voir d’où elle se tenait. Elle se promit de le visiter.
En fait de plage, c’était une grève de galets avec quelques emplacements sablonneux et, ça et là, de gros rochers moussus où venaient éclater les vagues chargées d’écume.
Sa main s’était crispée dans celle de Charlotte.
La lueur de panique que lut Charlotte dans les yeux de la petite irlandaise la dissuada d’insister.
Elles passèrent le restant de ce magnifique dimanche à se promener le long des grèves et dans la lande verdoyante.
Et la semaine passa ainsi, merveilleuse et romantique pour les deux jeunes femmes. Grasse matinée, après-midi faites de shopping ou de bronzage. En soirée, alors que Tracy s’affairait généralement à l’office, Charlotte parcourait l’un des vieux ouvrages dans la bibliothèque, ou inspectait la lande ou le bord de mer à la jumelle. Puis les deux femmes se couchaient, faisaient l’amour avec volupté et passion. Chaque matin elles s’éveillaient dans les bras l’une de l’autre. Très rapidement, une sorte de dépendance physique les unit, tandis que le sentiment d’amour qu’elles éprouvaient l’une envers l’autre s’amplifia pour devenir véritable passion.
Un matin Charlotte entra dans la cuisine et enlaça la belle irlandaise.
Tracy plongea ses yeux de chat dans ceux de la blonde.
Tracy n’eut pas le temps de faire de commentaire, son interlocutrice avait déjà disparu de la pièce dans un grand rire joyeux.
La tournure de ce séjour paradisiaque changea le samedi suivant, lorsque Charlotte, alors que la rousse irlandaise faisait le ménage dans la bibliothèque, décida de visiter le jardin qu’elle avait aperçu en allant à la plage. Après un signe de la main de Tracy depuis une fenêtre, Charlotte bifurqua donc, et au bout de quelques mètres, se trouva nez à nez avec une porte de fer en partie rongée par la rouille. Visiblement l’endroit avait été laissé depuis très longtemps à l’abandon. La végétation cachait le petit muret de pierres surmonté d’une grille tout aussi rouillée que la porte, voilà pourquoi elle n’avait pas vu tout de suite le petit jardin. Il faisait chaud, les insectes bourdonnaient autour d’elle. Charlotte poussa le ventail qui résista un peu, puis s’ouvrit dans un grincement aigu et plutôt sinistre, qui vrilla ses oreilles. Elle hésita un instant puis entra.
Le terrain formait un rectangle d’environ une dizaine d’ares. L’herbe était haute, les quelques arbres étaient chargés de fruits presque mûrs. De temps à autre, on pouvait apercevoir un bout usé de ciment rectangulaire qui, il y a sans doute bien longtemps, devait servir à délimiter des parcelles de terre destinées à la culture des petits pois, des salades ou peut-être à la production de fleurs décoratives pour le manoir. La jeune femme parcourut avec nonchalance le petit lopin de terre et s’arrêta, un peu étonnée de sa trouvaille, devant une dalle de pierre recouverte d’une mousse verte. On devinait sous la couche végétale des inscriptions gravées et, vers le haut, le relief d’une croix.
Charlotte, piquée par la curiosité, ôta une sandale pour s’en servir comme grattoir. Une fois découverte, la croix se révéla être des plus ordinaire, d’un point de vue artistique, si ce n’est un chérubin qui remplaçait l’habituel Christ. En revanche, l’usure des lettres gravées rendit La lecture de l’inscription plus difficile. Néanmoins, Charlotte put lire : Tracy O’Hara 17 mai 1550 - 15 août 1568.
La jeune femme, totalement incrédule, les jambes en coton, laissa échapper sa sandale et dut prendre appui des deux mains sur la stèle pour ne pas tomber à terre. Elle enfila prestement son soulier et pivota pour se précipiter vers le manoir, mais fut immédiatement stoppée dans son élan. Face à elle, se tenait la jeune Irlandaise qu’elle n’avait pas entendu venir, une expression d’immense tristesse sur le visage. Elles se fixèrent une longue minute.
Sans la quitter des yeux, Charlotte recula de quelques pas et heurta la dalle. Elle tomba assise dessus et se fit un rempart du sac de toile qui contenait ses affaires de plage.
La jeune femme ne pouvait fuir sans passer à côté de Tracy. Une peur panique l’envahit et, dans un chuintement, sa vessie la trahit. Un filet d’urine coula sur la pierre entre ses jambes et glissa jusqu’au sol herbeux. À bout de nerfs, elle pencha la tête et se mit à sangloter. La petite rousse vint prendre place à côté d’elle, la prit par les épaules et attendit que cessent ses pleurs.
Charlotte se redressa et fixa Tracy dans les yeux. Lentement, elle leva la main pour lui toucher les cheveux. Ses doigts glissèrent sur ses joues et en palpèrent la texture.
Sans répondre, l’Irlandaise se leva et l’entraîna vers le manoir. Sans trop savoir comment elle était arrivée là, Charlotte se retrouva assise sur un sofa dans la bibliothèque, devant une tasse de thé fumant et un ballon de Cognac. Tracy s’assit aux pieds de la blonde, lui prit la main et commença son récit.
Tracy ne termina pas sa phrase.
La petite Irlandaise posa sa tête sur les jambes de Charlotte, qui, aussitôt, enfouit ses mains dans son abondante chevelure.
Elle se redressa et tendit à Charlotte son visage mouillé de larmes. De la pointe de sa langue, elle recueillit les petites perles salées.
La phrase de Charlotte se termina dans un gargouillis de pleurs.
En entendant la petite Irlandaise l’appeler par son prénom, Charlotte, submergée par une bouffée d’amour, posa ses lèvres sur les siennes et l’embrassa tendrement.
Effectivement, pendant ces quatre jours, Tracy et Charlotte ne se quittèrent pas d’une semelle. Tout d’abord, Charlotte se retira dans sa chambre pendant une heure, histoire de se remettre de ses émotions et de digérer la chose incroyable qui lui arrivait. Puis, elles allèrent à la ville voisine et Charlotte retint une table dans un grand restaurant. En attendant l’heure du dîner, elles se promenèrent, main dans la main, sans se soucier des œillades que leur lançaient les passants. Charlotte ne se lassait pas de regarder la belle rousse au teint pâle qui marchait à côté d’elle. Dieu qu’elle était magnifique, ses fesses rondes moulées dans son jean, sa superbe poitrine sautillant sous son tee-shirt. Charlotte insista pour que la rouquine accepte le bracelet en or orné d’une plaque avec son prénom gravé, qu’elle avait décidé de lui offrir.
Elles quittèrent le restaurant vers 23 heures 30, après un plantureux repas à la Française, pour le plus grand plaisir de Tracy.
Le retour se fit en silence, Charlotte conduisant, une main sur le volant, l’autre dans celle de Tracy. Plus tard, elle examina la petite chambre de bonne qui n’excédait pas dix mètres carrés, sobrement meublé. La jeune Irlandaise servit deux verres d’un authentique très vieux whisky vieilli en fût de chaîne.
Charlotte, son verre à la main, s’avança vers la fenêtre. Le croissant de lune était haut dans le ciel et éclairait faiblement la lande. La blonde frissonna.
Tracy gloussa et déclara :
Charlotte pivota et, un large sourire aux lèvres, pressa son verre contre la poitrine de la jeune Irlandaise.
Charlotte but son whisky quasiment d’un trait. À son tour, l’Irlandaise pressa son verre contre les seins fermes de la blonde.
Tracy réfléchit un instant, les yeux dans le vague, puis leva son verre en direction de Charlotte.
Et elle but cul sec.
Très émue, Charlotte attendit que Tracy repose son verre pour se précipiter dans ses bras. Elles s’embrassèrent avec volupté, se fouillant mutuellement la bouche de leur langue avide. Puis, elles se dévêtirent entièrement et se glissèrent sous les draps.
Tracy s’offrit à l’insatiable gourmandise de Charlotte et se laissa porter par les vagues de plaisir que lui procuraient la langue et les doigts de la maîtresse du lieu, qui léchait sa peau et fouillait son corps. Quand, après un orgasme violent, Tracy, une fois calmée, ouvrit les paupières, ses yeux rencontrèrent ceux de Charlotte qui la fixaient. Le visage de la blonde, maculé de son nectar, lui souriait avec tendresse. La jeune Irlandaise était vidée, épuisée, le corps moite de transpiration.
La belle rouquine se dressa sur les coudes et se pencha pour contempler sa compagne qui venait de se laisser choir sur le dos, à bout de souffle, faisant trembler le lit. Les lèvres de Tracy voyagèrent sur son doux visage, s’attardèrent sur sa bouche entrouverte, continuèrent leur exploration sur ses épaules et sa poitrine aux tétons dressés. Elle joua longtemps de la langue sur ses mamelons. Charlotte, gémissante, se tortillait sous ses voluptueuses caresses et succomba à un premier orgasme. Puis, la bouche de l’Irlandaise continua son périple sur son ventre qui se contractait spasmodiquement sous les vagues de plaisir et, finalement, se plaqua contre le pubis blond. Les poils et l’intérieur des cuisses étaient perlés et poisseux de cyprine. Charlotte cambra son bassin pour mieux s’offrir aux doigts qui fouillaient son intimité, puis, ce fut la langue experte de Tracy qui donna l’assaut final. Ne voulant pas quitter ses replis intimes, elle se cramponna aux hanches de la blonde dont le corps était secoué par l’orgasme. Charlotte tenta de repousser sa compagne mais n’y parvint pas. Elle cria sous le plaisir intense et, un court instant, perdit connaissance.
C’est avec peine que Charlotte ouvrit les paupières. Elle avait l’impression de sortir du coma, mais peu à peu, ses idées s’éclaircirent. Elle écouta un instant la respiration tranquille de Tracy qui dormait contre ’elle, un bras autour de son ventre. Charlotte tendit la main et chercha à tâtons sa montre posée sur le chevet. Elle indiquait 6 heures 25. Du bout de l’ongle elle pressa le minuscule bouton et la date apparut : 15 août. La jeune femme sentit son cœur bondir et eut l’impression qu’une poigne de fer broyait son estomac. Voilà quatre jours que les deux femmes ne s’étaient pas quittées. Quatre jours d’amour, de tendresse, de joie, de tristesse… quatre jours de plaisir, cheveux roux et blonds entremêlés, corps contre corps… À peine le temps de se restaurer !
Et voilà, la date fatidique était arrivée. Charlotte tourna son regard vers Tracy. Elle sursauta légèrement en voyant ses yeux grands ouverts qui allaient et venaient entre la montre qu’elle tenait encore à la main et son visage.
En passant devant un miroir, elle aperçut son reflet. Elle avait la mine défaite, les yeux cernés de fatigue. Il est vrai que ces derniers jours, les deux femmes avaient peu dormi.
Sans prendre la peine de se vêtir, le couple descendit à l’office et remonta un peu plus tard chargé de deux plateaux. Elles s’installèrent au lit. Charlotte remarqua en entrant dans la petite chambre de bonne que flottait l’odeur de leurs deux corps mélangée à celle des nombreuses fois où elles avaient fait l’amour. Une fois la collation terminée, les plateaux furent déposés sur la commode et les deux jeunes femmes s’enlacèrent à nouveau sous les draps.
Elle lui avait murmuré sa phrase à l’oreille en caressant ses longues mèches blondes, un peu comme quand on parle à un enfant. Charlotte posa son visage contre son ventre chaud.
Ce fut les derniers propos qu’elles échangèrent. Pour le reste de la journée, elles passèrent leur temps à se caresser, s’embrasser, se parler par le regard, s’embrasser encore. Pendant un long moment, vers midi, elles firent l’amour, tout en sensualité et volupté. Sans s’en apercevoir, vers 15 heures 45, Charlotte s’endormit.
Lorsqu’elle s’éveilla, un silence pesant régnait dans la petite chambre. Elle s’assit et balaya la pièce du regard. La place à côté d’elle était vide. Seul, le petit bracelet entre les deux oreillers témoignait de la présence de la belle Irlandaise. Elle se tourna vers le réveil… Il indiquait 18 heures 15.
Soudain paniquée, la jeune femme se leva brusquement et se précipita hors de la chambre pour inspecter toutes les pièces du manoir. Elle ouvrait les portes une à une à la volée en appelant Tracy d’une voix brisée, sans succès.
Ne trouvant nulle trace de la domestique, elle remonta les escaliers quatre à quatre, vers la petite chambre. Vide ! Désespérément Vide ! Charlotte se jeta sur le lit, secouée de sanglots. En hoquetant, elle enfouit son visage dans les plis du drap qui portait encore l’odeur du corps de la belle Irlandaise.
Un long et strident hurlement déchira le silence qui régnait dans la grande bâtisse. Charlotte sombra alors dans un néant agité…
Un bourdonnement agaçant vrillait les tympans de Charlotte. Une odeur étrange et désagréablement persistante chatouillait ses narines. "Ouf ! Que mes paupières sont lourdes ! J’ai une de ces soif !" Se dit-elle. Le bourdonnement s’estompa peu à peu, pour faire place au bruit si agréable de l’eau qui coule. Son intense soif n’en fut que plus attisée. Charlotte ouvrit les yeux, les referma aussitôt, gênée par une lumière trop vive. Elle battit des cils puis, une fois habituée, elle tourna ses yeux dans tous les sens pour inspecter l’endroit. Au-dessus d’elle un plafond blanc et un globe en guise de lustre. Donc, la jeune femme en conclut qu’elle était couchée. Charlotte poussa un grognement de surprise quand elle aperçut, dans un coin de la pièce, lui tournant le dos, un homme en blouse blanche devant un lavabo immaculé, occupé à se laver les mains. L’individu se retourna, visiblement très surpris.
La jeune femme tenta de bouger, mais n’y parvint pas. Pas un son ne voulut sortir de sa bouche. Elle remarqua, à l’extrême gauche de son champ de vision, une potence garnie de plusieurs flacons plus ou moins remplis. "Merde ! Je suis sous perf !" se dit-elle, affolée.
Il sortit de sa poche un stéthoscope et un tensiomètre. "Ainsi donc, je suis dans un hôpital." en conclut-elle, toujours inquiète.
Ensuite, l’homme se pencha et lui maintint les paupières ouvertes avec deux doigts et dirigea vers elle une sorte de stylo dont l’extrémité était une minuscule ampoule qui l’aveugla.
Une fois l’examen terminé, il s’assit sur le lit et lui prit la main.
Charlotte fit un signe de tête et ferma les yeux.
Quand le Dr Travor fit son entrée le lendemain matin, la jeune femme finissait son petit déjeuner. Elle était ravie, elle avait échangé quelques mots avec l’infirmière qui, à sa grande déception, n’avait rien révélé de son état de santé, arguant du fait que c’était au médecin de lui dire. Impatiente, Charlotte repoussa le plateau pour faire place au Dr Travor. Comme la veille, il l’examina, s’assit sur le lit et, paternellement, lui prit la main.
Le puzzle commença à prendre forme dans le cerveau de la jeune femme. Puis, brusquement, tout se remit en place et Charlotte éclata en sanglots.
Quelques jours plus tard, un taxi ramena charlotte au manoir. Après avoir réglé sa course, elle jeta négligemment son sac sur un fauteuil. Debout, les mains sur les hanches, elle parcourut le hall du regard. Puis, comme un automate, monta à l’étage et se dirigea vers la chambre de bonne. Elle resta un long moment sur le seuil à examiner la pièce.
Tout était exactement comme elle l’avait quitté. Les deux plateaux étaient encore sur la commode, la bouteille de whisky et les deux verres sur le rebord de la fenêtre. Quelque chose attira son regard entre les deux coussins. C’était le bracelet offert à Tracy qui brillait. Charlotte se laissa tomber à plat ventre sur le lit et, comme à son grand étonnement, elle respirait l’odeur du corps de la jeune Irlandaise que portaient encore les plis du drap, elle pleura à nouveau. Elle ne sut combien de temps elle était restée là, à gémir et serrer le drap dans ses mains crispées par le chagrin…
Ce matin-là, sous une chaleur toute estivale, Charlotte poussa la grille du petit jardin et se dirigea vers la stèle de granit. Elle resta debout un long moment, dans une attitude recueillie, à contempler le nom de Tracy O’Hara gravé sur la pierre. Voilà exactement une année que la jeune et belle irlandaise était "parti". Charlotte avait bien changé. Elle avait beaucoup maigri et son regard était souvent triste, plein de lassitude. Après son retour de la clinique du Dr Travor, elle était retournée quelques jours en France pour régler les affaires courantes.
Désormais, elle faisait ses traductions au fin fond de l’Écosse et l’éditeur ne s’en plaignait pas. Elle avait donc passé une année recluse dans le lourd silence de son manoir… Silence troublé le jour par le bruit des feuillets de ses dossiers et la nuit, par ses pleures. La jeune femme n’avait pas laissé le sexe de côté. Certains soirs, au lieu de se rendre dans sa chambre pour la nuit, elle se couchait dans celle qu’occupait autrefois Tracy et où flottaient tant d’odeurs familières. Là, elle enfouissait son visage dans ses draps et son oreiller qui, étrangement, portait toujours les senteurs du corps de la jeune Irlandaise. En même temps, Charlotte se caressait et se faisait jouir en se remémorant les ébats amoureux qui les avaient unies. Elle se fouillait de la main droite, enfonçant trois ou quatre doigts au plus profond qu’elle le pouvait. L’autre main caressait son ventre et ses seins, les malaxait, triturait les tétons érigés. À plusieurs reprise, elle léchait ses doigts, replongeait sa main dans son ventre, se masturbait avec la frénésie du désespoir. La jouissance tendait alors tout son corps comme un arc, ses cuisses se refermaient en étau sur sa main et un feulement rauque sortait de sa gorge.
De temps à autre, elle recevait la visite de l’avocat qui avait réglé la succession du manoir ou celle du Dr Travor qui venait prendre de ses nouvelles.
Charlotte fut tirée de ses songes par le grincement du portail de fer forgé. Elle détourna la tête de la stèle et se figea un instant. Ses jambes faillirent la trahir. Une silhouette au regard de chat et à la chevelure rousse flamboyante entrait dans le jardin et, après un moment d’hésitation, vint dans sa direction. Un jeune garçon maigre, aux cheveux longs se planta devant elle. Il était vêtu à la mode, pantalon patte d’éléphant, large ceinturon clouté orné d’une grosse boucle argentée, chemisette ouverte sur un gros médaillon couleur argent. La jeune femme le fixait, les yeux ronds d’étonnement. "Ce garçon pourrait être le frère jumeau de Tracy !" songea-t-elle intérieurement.
Charlotte lui fit le récit en quelques phrases de la courte existence de Tracy O’Hara, la voix pleine d’émotion.
Bien entendu, elle ne voulait pas mentionner l’épisode qu’elle avait vécu l’année précédente. Steve l’aurait sans doute prise pour une folle.
Un frisson parcourut l’échine de charlotte. Ainsi donc, ce Steve était venu l’année dernière, au moment exact où elle était prostrée sur le lit de Tracy qui venait de "partir". Malgré la chaleur étouffante et sur sa proposition, elle accompagna le jeune Irlandais sur la plage, là où Tracy avait disparu.
La légère brise amenait à ses narines l’odeur du corps de Steve… C’était les mêmes senteurs douceâtres que la peau de Tracy. Charlotte faillit défaillir et s’assit sur un rocher.
Steve O’Flaherty affichait un sourire satisfait. La propriétaire du manoir l’avait gentiment invité à passer la nuit sur place. Voilà qui tombait bien, il n’avait nulle envie de reprendre la route… Il faisait si chaud. Et puis, il avait eu tout le temps de discrètement l’examiner depuis son arrivée au manoir. Son verre de bière à la main, depuis le seuil de la porte de la bibliothèque, il observait Charlotte à la dérobée. Elle était occupée, dans la cuisine, à préparer des assiettes de crudités. Il l’a trouvait fort jolie dans sa robe d’été légère, les cheveux lâchés. Steve lui trouvait un très beau visage, quoi que le regard fût bien triste à son goût. Sous le tissu de son vêtement, il devinait un corps plein de charmes. Et cet accent français…
Il se surprit à la désirer.
Un peu plus tard, ils dînèrent sur la pelouse. Bien que le soleil soit bas sur l’horizon, l’air n’avait pas beaucoup fraîchi. Ils parlèrent archéologie, histoire de l’Irlande, de l’écosse et de la France. Ils évoquèrent à nouveau Tracy. Charlotte remarqua que quelque chose avait changé dans le regard du jeune homme. La curiosité avait fait place à autre chose. Elle se sentait épiée, minutieusement détaillée du coin de l’œil. Elle fut comme surprise de se savoir à nouveau désirée. Elle fit mine de ne s’apercevoir de rien. Vers 23 heures, elle débarrassa la table et elle monta se coucher. Steve, lui, occupa la seule chambre du rez-de-chaussée, que lui avait préparé la jeune femme.
Le corps entouré d’un drap de bain, perdue dans ses pensées, Charlotte observait les étoiles par la fenêtre grande ouverte. Elle cherchait un prétexte pour aller frapper à la porte de son invité. Depuis l’après-midi, la jeune femme n’avait qu’une envie, se coucher sous lui, pour pouvoir s’enivrer du parfum de sa peau, retrouver les senteurs du corps de Tracy. À ce sujet, il n’y avait pas de doute possible, Steve était issu du même sang. Ne trouvant pas d’idée, Charlotte décida de jouer franc jeu. Elle enfila une courte nuisette et, d’un pas décidé, gagna les escaliers et descendit. Elle traversa le hall et poussa un cri en se heurtant à Steve qui venait du couloir menant à sa chambre, seulement vêtu d’un slip. Tous deux se confondirent en excuses et, s’apercevant de leur mutuelle "presque nudité", Charlotte rougit. Ils s’observèrent un moment dans un lourd silence. La blonde ne s’était pas trompée. Steve avait un corps de sportif, la même peau pâle que Tracy.
Il suivit le regard de son interlocutrice qui fixait la bosse de son slip qui ne cessait de grossir.
Il s’empara de la jeune blonde, la porta comme une enfant et se dirigea à grands pas vers la chambre. Là, ils se dénudèrent complètement et s’enlacèrent sur le lit.
Pendant quelques minutes les mains de Steve explorèrent le corps de Charlotte, caressant son visage, pelotant ses seins, ses fesses, s’attardant entre ses cuisses. Elle remarqua que le jeune homme haletait, en proie à une excitation déjà, pour lui, difficilement contrôlable, à cause, sans doute, de relations trop occasionnelles. Entre les doigts de Charlotte, son sexe palpitait. Il était dur, lisse, terminé par un beau nœud. Elle devina qu’il fallait bien vite le soulager. Elle se pencha sur lui, le prit délicatement en bouche et la verge brûlante du jeune irlandais glissa lentement entre ses lèvres serrées.
Celui-ci laissa échapper un profond soupir. Charlotte mit tout son "savoir-faire" en jeu… Légères pressions successives des dents et des lèvres sur le membre, jeu de la langue sur la peau, autour du gland, le tout assorti d’un ample va-et-vient de la bouche empalée sur le phallus. Les mains crispées dans les cheveux de la jeune femme, Steve se tortillait de plaisir. Un spasme violent le secoua, tandis que de puissants jets de semence tiède inondaient la bouche de Charlotte. Pendant qu’il recouvrait peu à peu ses esprits, elle s’allongea contre lui et parcourut de sa bouche la peau pâle qui lui rappelait tant de souvenirs. Tantôt elle respirait, tantôt elle léchait ou faisait glisser ses lèvres sur le corps du rouquin qui lui renvoyait des senteurs délicates, les mêmes que Tracy après l’amour. Charlotte dut faire un effort pour ne pas éclater en sanglots. Ne remarquant rien, l’Irlandais profita de la proximité de son bas-ventre blond pour y enfouir son visage. Elle non plus ne fut pas longue à jouir sous sa langue vivace. Quand, à bout de souffle, elle se tourna vers lui, il la regardait en souriant, la face maculée de sa liqueur de fille. Puis ses yeux tombèrent sur son membre à nouveau dur et tendu. Il l’obligea à s’allonger sur le dos et, sans un mot, se glissa en elle d’un coup de reins. Alors, elle l’enlaça de ses bras et de ses jambes. Un long moment plus tard, Steve jouit tout au fond du ventre de Charlotte…
Le bruit du moteur de la voiture de location s’éloignait peu à peu. Et voilà, à 7 H 30, Steve O’Flaherty était en route vers la gare pour prendre son train vers London. Quand le ronronnement ne fut plus audible, Charlotte Néville ouvrit les yeux, non sans difficulté. Elle était toujours sous les draps, dans la chambre du bas. Il flottait dans l’air et dans le lit l’odeur de Steve… ou plutôt, l’odeur de Tracy.
"C’est extraordinaire comme la peau de ce garçon a le goût et les senteur du corps de ma douce Tracy… Un peu sucré puis, salé après l’amour !" songea à nouveau Charlotte, nostalgique.
Elle constata que les poils blonds de son pubis et l’intérieur de ses cuisses étaient maculés de sperme. Charlotte se repassa le film de la nuit. Il y avait eu le premier orgasme dans sa bouche, que le jeune homme avait ainsi commenté :
Charlotte avait ri et ils avaient passé toute la nuit à baiser. Elle s’était arrangée pour qu’il jouisse à chaque fois tout au fond de son ventre… 6 fois exactement, malgré la chaleur estivale et leurs corps trempés de sueur. Avant de partir prendre son train, Steve lui avait fait part de son étonnement quant à sa manière de se coller contre lui toute la nuit. Bien entendu, Charlotte n’osa pas lui dire qu’elle ne voulait pas perdre l’odeur tant aimée une seule seconde.
Maintenant, elle était morte de fatigue, vidée, épuisée de plaisir. La jeune femme se laissa glisser dans le sommeil et ne s’éveilla qu’un peu avant midi.
Après un long bain et un repas copieux, elle alla s’installer à l’ombre dans le petit jardin, pour le restant de la journée. Cette nuit d’amour avec le "sosie olfactif" de Tracy avait réveillé en elle des désirs longtemps enfouis. Dès lors, elle pratiqua avec plus d’assiduité et dès qu’elle en avait envie, les plaisirs solitaires. Il lui arrivait, au beau milieu de la matinée ou en plein après-midi, d’abandonner son travail pour s’allonger sur le divan ou dans sa chambre pour se caresser et se fouiller le ventre avec volupté. Dans ses moments-là, les images de Tracy et Steve se superposaient…
Le Docteur Lorna Wallace inscrivit une série de chiffres sur son feuillet, tandis qu’elle laissait se dégonfler le tensiomètre, en murmurant :
Charlotte était un peu mal à l’aise, nue sur la table d’auscultation, les jambes dans les étriers. La gynécologue procéda à la palpation des seins… Nouveau ballet du stylo sur le formulaire. Puis, elle fit une minutieuse visite de son vagin. Le stylo s’agita à nouveau sur la feuille de papier.
Une demi-heure plus tard, Charlotte roulait sous une averse de neige vers son manoir. Elle attendait un enfant, elle était enceinte d’un peu plus de trois mois. Charlotte vaqua à ses occupations habituelles, mais se força à une hygiène de vie plus stricte.
Vers la fin janvier, elle passa une nouvelle visite chez le Dr Wallace, qui lui apprit qu’elle attendait une fille. La chance était de son côté, la jeune femme aurait hurlé de joie. Un curieux hasard fit que le bébé vint au monde le 17 mai, comme Miss O’hara et, bien sûr, seule Charlotte n’en fut pas étonnée.
Elle commençait à s’habituer aux "petits signes" que lui faisait la petite rousse depuis son paradis… Ce charmant bébé, fut bien entendu nommé Tracy.
Bientôt, son crâne se couvrit d’un duvet roux et ses yeux devinrent définitivement verts. Charlotte était au comble du bonheur, et pour longtemps !
FIN