| n° 09924 | Fiche technique | 18951 caractères | 18951Temps de lecture estimé : 11 mn | 27/11/05 |
| Résumé: Après ce qui s'était passé la veille, comment allait réagir Bérengère ? | ||||
| Critères: fh fplusag religion poilu(e)s bizarre intermast fellation pénétratio | ||||
| Auteur : Jean-Christophe | ||||
| Épisode précédent | Série : La bigote Chapitre 04 / 04 | FIN de la série |
Le lendemain de mon aventure avec Bérengère, je ne pus résister à la tentation de faire le tour des commerçants pour prendre un peu la température. Comme je pouvais m’y attendre, des remarques fusaient ça et là, souvent à mots couverts. Elles évoquaient toutes ma visite chez la bigote.
Au troquet, n’y tenant plus :
Et ce petit intermède suffit (en tout cas provisoirement) à faire taire les rumeurs qui allaient toujours bon train dans ce sacré village.
Le lendemain, c’était jour de kermesse. Jean-Paul, le bedeau, vint me chercher aux premières heures. Nous avions beaucoup d’installations à réaliser, et la plupart des hommes costauds de la paroisse allaient être mis à contribution. Débâcher les stands, sortir les tables, dresser les barrières autour de la grand-place. Il y avait fort à faire et la procession démarrait vers dix heures, juste avant la grand-messe et le début de la fiesta.
Nous avions bien proposé à monsieur le curé de mettre tout ça en place quelques jours auparavant, mais les villageois avaient encore en mémoire le souvenir de l’année catastrophique où un orage violent avait dévasté les préparatifs, quelques heures seulement avant la fête. D’où cette agitation obligatoire à la dernière minute.
Je croisai Bérengère à la porte du presbytère. Elle me salua très respectueusement, et je lui rendis son salut de façon toute aussi digne. Elle agissait exactement comme s’il ne s’était rien passé entre nous, et elle était sans nul doute comme elle avait toujours été avec moi. Cela allait faciliter les choses, je n’aurais pas aimé qu’elle soit trop différente et qu’elle me saute au cou devant tout le village.
Peut-être avait-elle simplement oublié cet intermède cocasse, ou peut-être était-ce enfoui dans un endroit secret, au tréfonds de sa mémoire, comme une horreur qu’on veut cacher ou comme un mauvais souvenir.
Nous descendîmes la statue de sainte Thérèse pour qu’elle la dépoussière, puis celle de sainte Eulalie qui subit le même sort. Elle fit ce travail avec complaisance et presque avec bonne humeur. Il est vrai que c’était jour de fête et que l’événement avait son importance.
Je réussis à trouver un moyen pour m’éclipser lors de la procession, mais je pus difficilement échapper à la messe. Ma dévotion s’arrêtait, en ce qui me concerne, aux portes de l’église. Mais, étant donné que monsieur le curé me surveillait de très près, parce qu’il se doutait bien que je n’avais qu’une envie, celle de me défiler, je me trouvais contraint de suivre le mouvement.
Une petite heure dans la vie d’un homme, ce n’est certes pas la mort, mais je l’aurais plus agréablement passée au café.
Je me suis installé près d’un pilier, dans un petit coin un peu à l’écart, et j’en ai profité pour inspecter les ouailles. Autour de moi, trois, quatre veuves défraîchies qui cherchaient la tranquillité dans l’abandon du sacerdoce. Un peu plus loin, les familles pieuses, les grands-parents, les parents, les enfants, la garagiste avec ses deux braillards, l’ébéniste et ses trois séraphins immaculés, et un troupeau de bestiaux fantomatiques qui m’étaient, pour certains, pratiquement inconnus.
Seuls, le patron du bistrot et quelques piliers de bar avaient échappé au massacre.
Bérengère était sur la rangée de devant, tout à côté de la mère Machard. Elle était prostrée dans une attitude fort pieuse. Elle regardait religieusement vers la vierge Marie et semblait être en train de lui confier tous ses petits secrets.
Par contre, j’eus beau faire le tour de l’assistance : nulle trace de Solange. Ses parents étaient pourtant présents, tout au bout de la cinquième rangée de gauche, comme à leur habitude. Mais leur pauvre fille devait être encore bien malade pour qu’elle ne daigne pas assister à cette messe sacrée.
Je regrettais Solange, je m’en voulais souvent de ne pas être allé la voir. C’était une attitude lâche et indigne de ma part, dont je me sentais vraiment coupable. J’ai promis au bon Dieu que, dès le lendemain, je ferais le voyage. Et, en général, quand je promettais quelque chose au bon Dieu, je tenais mes promesses, car on ne rigole pas avec ce gars-là.
Mais, au delà de la bienveillante attention que je pouvais porter à une amie, je crois que j’aimais Solange un peu plus qu’une « amie ». Elle me manquait, elle me fascinait et, quelque part aussi, elle m’attirait. Son côté complètement barge avait un sens pour moi, et il n’était pas de jour sans que je pense au moins un peu à elle.
Le curé de la paroisse, revêtu de la chape de drap d’or, présentait le saint sacrement à l’adoration. Instant mystique de communion avec l’Éternel, sous le regard bienveillant de riches ornements liturgiques.
Pourtant, quand on savait que le même homme adorait la bonne chair, les bonnes bouteilles, et que son ventre bien rebondi témoignait de son appétit féroce, on se disait que le spirituel n’était pas si éloigné que ça du monde physique, c’est du moins ce que m’inspirait ce chaleureux tableau.
En dehors de ces quelques considérations anodines, mon passage à l’église était toujours un curieux moment de recueillement, pendant lequel je méditais sur le fait que, contrairement à tous les gens qui m’entouraient, je n’avais ni attache, ni famille. Je n’en éprouvais aucune amertume, juste un sentiment bizarre d’étrangeté qui me mettait légèrement à l’écart de toute l’espèce humaine.
Pendant la communion, mettant à profit un mouvement de foule, je réussis à m’éclipser par la petite porte latérale ; j’avais une sainte horreur des convivialités à la sortie de l’église, de toutes ces banalités qu’il fallait toujours trouver pour se congratuler les uns les autres. Plus simplement, j’avais horreur des convivialités en général.
Je suis rentré au bistrot et j’ai commandé un ballon de rouge. La transsubstantiation, c’est-à-dire la transformation d’un morceau de pain en parcelle du royaume de Dieu, je la faisais plus volontiers dans un bon verre de vin. Le sang du Christ ! J’ai bu à la santé du Tout-Puissant en reluquant Amarine, cette petite serveuse incroyablement vulgaire que ce vieux filou de Marcellin avait déniché on ne sait trop où.
Une sacrée gourgandine et une vraie chaudasse, régulièrement entourée d’une ribambelle de poivrasses. Ils lui pelotaient les miches, ils lui pinçaient les fesses et elle se laissait faire. Mieux encore, elle les excitait par quelques propos salaces ou quelques allusions pour le moins ambiguës. Ça discutait nibards et coups de bitte par-derrière, ça ne volait jamais très haut et ça riait toujours grassement. Paraît-il, qu’à l’occasion, elle ne refusait pas non plus de passer dans l’arrière-cour, si l’on en croit les vociférations de deux ou trois braillards.
Toujours est-il que cette jeune fille, plutôt jolie au demeurant, se compromettait volontiers avec les débris sales, puants et avinés que nous étions tous en passe de devenir.
Certains n’arrivaient déjà plus à aligner trois mots. D’autres, comme Raoul l’équarrisseur, ne parlaient plus que de cul, de coups de pignole et de parfaites salopes :
… ce que l’intéressée faisait toujours de bonne grâce, en riant, en gloussant, en dandinant du cul quand elle traversait la salle.
Un peu plus tard, il y en avait toujours un ou deux qui se hasardaient sur le plan de la politique. Ça frisait en général la ratonnade, le ya-ka-fau-con et le grotesque.
Et ensuite, tout y passait : Bush, Ben Laden, Thierry Henri, Michael Jackson, Marie Trintignant et la Castafiore. Tout ça dans le désordre avec « … la Chine qui nous envahit… », ces enfoirés de riches, plus un zeste de Star Académie et un embryon de PPDA. Tous des bâtards, tous des mauviettes et tous des menteurs, on refaisait toujours le monde autour du zinc, pour finalement affirmer que ça allait de mal en pis, et qu’il n’y avait aucune raison que ça s’arrange un jour, sauf à coups de kalachnikovs… ou avec une bonne vieille guerre.
Dans ce microcosme en parfaite déliquescence, je passais presque pour un grand sage, pour un intellectuel, ou même un demi-dieu. On me demandait des conseils, on implorait mon assistance. C’est pour cela que j’aimais y passer de longs moments, réconforté, d’une certaine façon, par ma relative notoriété. Docteur ès-poivrasse, voilà ce que j’étais devenu, et ce que je serais désormais pour toujours.
Cet après-midi là, je fis don de ma personne, ne rechignant pas à donner un coup de main aux différents stands de la fête.
Il y avait fort à faire, entre le loto, les jeux de quille, la pêche à la ligne et la course en sac. Je faisais feu de tout bois, sans épargner ma peine. J’allai même jusqu’à vendre des parts de gâteaux confectionnés par les mères de famille, avant de m’attarder un long moment du côté du vide-grenier. Je n’étais affecté à aucune tâche précise, mais je venais en renfort là où le besoin s’en faisait sentir et j’assurais, d’autre part, un rôle de synchronisation entre les différents ateliers.
Bérengère avait à peu près le même profil et sensiblement la même fonction que mézigue, étant entendu qu’elle devait s’occuper plus particulièrement de l’aspect trésorerie, et moi des problèmes techniques.
Comptable de formation, elle faisait office de secrétaire de mairie depuis de nombreuses années, depuis le soi-disant décès de son regretté Georges. Elle était sérieuse et appliquée dans son travail, et on pouvait lui faire totalement confiance. Elle n’aurait jamais eu l’idée de détourner le moindre centime. Mieux, en cas de problème, elle aurait été jusqu’à payer de sa poche.
Notre collaboration nous amena à nous rencontrer plusieurs fois au cours de cet après-midi festif.
Pas une seule fois je ne pus déceler la moindre ambiguïté dans son attitude. Nos échanges paraissaient clairs et limpides, et surtout exempts de toute trace de complicité sexuelle. Peut-être avait-elle tout simplement oublié ce qui s’était passé entre nous dans la grande salle. Cela avait été trop fort pour elle, et elle avait préféré refouler tout ça dans son subconscient. J’en étais presque heureux, heureux mais perturbé par ce nouveau plongeon dans la troisième dimension…
Pas une seule fois ? Oh si ! La dernière fois fut la bonne.
J’étais parti en cuisine chercher des caisses d’orangeade pour ravitailler la buvette. Je farfouillais dans la réserve depuis un bon bout de temps et m’escrimais à faire un peu de rangement, ce que les petits salopiauds qui m’avaient précédé auraient dû faire, s’ils n’avaient été aussi je-m’en-foutistes.
Soudain, j’entendis un grattement derrière mon dos. Je me retourne : c’était Bérengère. Elle se tenait debout devant la porte de la resserre. Immobile, elle me regardait d’un air étrange.
J’ai tout de suite remarqué que ses yeux étaient incroyablement pétillants. Pétillants et vitreux, comme révulsés par le stupre. Plus rien à voir avec sa froideur habituelle. La bête qui était en elle venait de se réveiller, je la voyais, je la sentais.
Soudain, elle bondit sur moi, complètement hors d’elle-même. Elle se jeta de suite sur ma braguette, elle me l’arracha presque, elle était comme folle. Elle me poussa violemment, je retombai lourdement au milieu des caisses dans un fracas d’enfer, mais elle n’en avait que faire.
Mon sexe, d’abord entre ses mains, ne tarda pas à rejoindre sa bouche. Cette furie l’engloutit avec une voracité vampirique. Je disparus dans cette gorge gloutonne. Impossible de ne pas bander, son envie était vraiment trop forte et trop communicative. J’étais littéralement scotché par tant d’ardeur. Divine pompeuse, elle allait me manger entièrement la queue ! Elle se délectait à sucer mon dard avec une lubricité peu commune, le léchant sur toute sa longueur et l’engloutissant en profondeur. Puis elle le frottait langoureusement sur son visage, avant de l’emboucher à nouveau.
Elle s’arrêta net, elle était visiblement dans l’urgence et avait une grosse envie à satisfaire. Elle se releva en troussant grossièrement sa jupe. Toujours en bas et porte-jarretelles, mais cette fois-ci sans culotte, la foune à l’air… preuve qu’elle avait prémédité cette rencontre, cette gourgandine !
Son épaisse toison dévoilée vint à la rencontre de mon sexe et s’empala dessus sans coup férir. Elle l’avala jusqu’à la garde et je dois avouer que cette cavité chaude et humide était particulièrement accueillante. Puis, s’agrippant tant bien que mal aux caisses instables, elle entama un va-et-vient profond et langoureux. Crispée sur le plastique, elle y allait de bon cœur, avec une amplitude obscène. Son visage, où trônaient toujours ses gros boutons juteux, était ravagé par des rictus de plaisir incontrôlable.
C’est alors que j’entendis la porte grincer dans la cuisine… Panique à bord ! Il fallut faire rapidement comprendre à ma comparse que l’heure n’était plus aux joyeusetés. Il fallut aussi calmer ses ardeurs… mais difficile de l’arracher à son désir de jouissance, difficile de la faire revenir sur le plancher des vaches.
Nous étions toujours amarrés l’un à l’autre, momifiés comme des statues dans une position salace. Dans la pièce d’à côté, quelqu’un s’affairait autour des casseroles, il faisait un bruit d’enfer.
En se mordant les lèvres pour ne pas trop gémir, Bérengère se dégagea lentement de son épais tuteur, avant de se relever et de se rajuster. Pour ma part, j’étais toujours affalé sur mes caisses et j’eus du mal à m’en extraire sans faire de bruit. Finalement, je me suis levé et j’ai rangé zézette.
Nous étions là comme deux nigauds dans la remise. Ma compagne se décida enfin à sortir. Je l’entendis parler avec une dame qui préparait, semble-t-il, des collations pour le goûter des mômes. Les deux femmes échangèrent quelques mots puis Bérengère s’en fut vers d’autres horizons.
Toujours coincé dans ma réserve, j’hésitais sur l’attitude à prendre. Sortir, c’était avouer que j’étais resté un bon moment avec la vieille bigote dans ce réduit exigu. Rester, c’était risquer que l’on parte à ma recherche. Cela devait bien faire vingt bonnes minutes que je les recherchais, ces foutues caisses d’orangeade.
J’en étais là de mes réflexions quand j’ai vu une tête apparaître dans l’embrasure de la porte : la mère Machard, rien de moins ! La vieille rombière !
Je fis mine de m’affairer autour des caisses.
Son visage exprimait une sévérité acerbe.
Elle me rappelait une de mes institutrices, madame Théron, une femme autoritaire et despotique qui prenait un malin plaisir à tyranniser les élèves les plus fragiles. Froide, cinglante et colérique : voilà ce qu’elle était ! Et la mère Machard était toute pareille, sa supériorité méprisante me ramenait au rang d’étron.
Elle tourna les talons après un mini haussement d’épaules, et s’en fut à ses casseroles.
Je récupérai mes caisses sans plus attendre et m’en allai, en passant discrètement derrière elle, sans demander mon reste.
Pourtant, aucun doute là dessus : la méchanceté de cette sorcière me rattraperait un jour et, avec elle, les quolibets.
(À suivre…)