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Temps de lecture estimé : 22 mn
17/09/05
Résumé:  Une femme écrivain se retrouve piégée dans un château, avec des lesbiennes également manipulées.
Critères:  fête cérébral
Auteur : Nicky Gloria      

Série : Inès, à fleur de femmes

Chapitre 02
Inès, à fleur de femmes 2

Suite du roman-feuilleton lesbien, « Inès, à fleur de femmes », dont vous avez eu la gentillesse de publier la première partie.


Une jeune femme court à perdre haleine sur le sable fin d’une plage bordée de cocotiers. Elle se précipite à la rencontre d’un beau cavalier qui, empressé de la retrouver également, donne de furieux coups de talons sur les flancs d’un superbe étalon noir. À quelques pas de la femme, il stoppe l’élan fougueux de son cheval, met vivement pied à terre pour l’accueillir dans ses bras ouverts. Elle s’y jette éperdument avec un rire de bonheur. Le couple s’embrasse avec passion, tendrement enlacé, tournoyant au bord de l’eau. Ils sont seuls, isolés et les plus heureux du monde dans un décor paradisiaque qui renforce l’aspect romantique et onirique de cette scène. Une douce mélodie accompagne les étreintes du couple.

Le mot Fin apparaît brusquement sur l’écran de l’ordinateur.


C’est Inès qui vient de finir les dernières lignes de son nouveau roman à l’eau de rose. Le visage ruisselant de larmes, elle se mord les lèvres en levant les yeux au plafond, bouleversée par ce qu’elle vient de taper. Elle ne peut contenir d’autres sanglots alors qu’elle se relit. Elle clique sur enregistrer puis, à regret, éteint son ordinateur, quitte son bureau et se dirige vers sa bibliothèque où sont alignés tous les livres qu’elle a écrit, et qui ont fait sa gloire. Tout en s’essuyant les yeux du revers de la main, elle contemple rêveusement toutes ses œuvres, les effleure du bout des doigts avec une affection toute particulière. Elle se rend ensuite dans la cuisine, se sert un verre d’eau, puis passe par la baie vitrée pour se rendre dans son jardin.


Vue aérienne de sa maison, isolée dans une forêt de moyenne montagne. Elle habite dans un immense chalet. L’entrée est en vieille pierre, mais tout le reste de la façade est habillé de bardage et de bois, avec de grandes baies vitrées et un toit à double pente. Une originalité architecturale qui mélange l’esprit rustique savoyard et la modernité.

Inès passe sous une tonnelle pour gagner un splendide jardin parsemé de fleurs – un havre de paix, multicolore et parfumé, parfaitement entretenu. Elle inspecte sereinement son sanctuaire, avec ravissement. Le moment n’est pas à l’entretien, mais à de secrètes pensées qui lui font prolonger sa promenade solitaire en toute quiétude. Elle caresse ses roses avec délicatesse, renifle ses fleurs les plus odorantes avec un ineffable bonheur. Tout dans son comportement révèle une grande douceur, une sensibilité à fleur de peau, un caractère fragile et indépendant. Cet esprit romantique, cet attachement à une époque révolue et surannée, se confirmera dans tout ce qu’elle entreprendra par la suite. Sa tenue vestimentaire le prouve également, une longue robe toute simple en coton, imprimée de fleurs rouges et de motifs démodés. Mais même ainsi vêtue, Inès est divinement sexy, un délicieux bouquet de séduction et de volupté. C’est une femme terriblement attirante, auréolée d’une grâce juvénile et d’une innocence touchante, avec des formes harmonieuses et sensuelles. Comme son prénom l’indique, elle est d’origine espagnole. Sa chevelure est noire et épaisse, sa peau brune et luisante dans les éclats ardents du soleil, ses yeux immenses et sombres à s’y noyer, avec des cils épais. Son visage est celui d’une enfant presque, avec des traits fins et délicats, un nez étroit, des lèvres pleines et joliment ciselées en forme de cœur.


Ses pensées vagabondes sont interrompues par une sonnerie. Souple et légère, elle court ouvrir. Une femme bourgeoise et excentrique entre d’un pas décidé.



Inès éclate de rire. Les allures précieuses de son amie l’amuse. Exaspérée, celle-ci ne cesse de lui faire des reproches sur son entêtement à vouloir s’enterrer en pleine montagne.



Inès esquisse un sourire contrit.



Devant le regard interrogateur et insistant de Julie, elle s’explique :



Elles rient en même temps. Julie dissimule son agacement derrière une façade d’exubérance excessive. Inès est un cas unique que rien ni personne ne pourra changer. Auteur de roman à l’eau de rose, elle est depuis deux ans en panne d’inspiration, suite à un traumatisme provoqué par une agression. Depuis, elle s’est isolée dans un chalet de montagne, coupée du monde, indifférente aux injonctions de son banquier et de son éditrice qui s’impatientent. Rêveuse, effacée, elle prend rarement part à l’effervescence de son milieu, se contentant de sa solitude, se déconnectant de la réalité en voulant toujours croire au grand amour et au prince charmant, avec ce même romantisme que les héroïnes de ses romans.


Inès lui propose à boire, Julie accepte avec joie un Martini. En constatant que son amie ne l’accompagne pas, elle la taquine gentiment.



Julie hausse les épaules avec résignation. Elles s’installent dans le salon, s’asseyant l’une en face de l’autre. Inès croise les jambes, et dans son mouvement la robe remonte bien au-dessus du genou, dévoilant de longues jambes racées, à la peau dorée. Julie en est toute chose, avec de soudaines bouffées de chaleur. Menant une vie de tous les excès, elle avait goûté à tous les plaisirs, se lassant assez vite des hommes pour s’intéresser plutôt aux femmes qui, elles, ne l’avaient jamais déçue. Un choix qui ne cessait de s’affirmer, et ce n’est certainement pas la présence troublante d’Inès qui allait la faire changer d’avis. Elle aurait donné une bonne partie de sa fortune pour avoir une aventure avec celle-ci, un fantasme secret qu’elle entretenait depuis pas mal de temps déjà. Et un fantasme qui le resterait sans doute jusqu’à la fin de sa vie… Découragée devant tant d’injustice, Julie abandonne ses manières démonstratives et exubérantes pour afficher un air un peu plus sérieux.



Inès ne peut dissimuler son étonnement.



Devant l’air méfiant d’Inès, elle réfrène son exaspération et continue sur sa lancée.



Inès ne paraît pas emballée. Inquiète, elle demande :



Julie semble appréhender sa réaction en répondant faiblement :



Et elle ajoute vivement :



Elle est réellement paniquée, tétanisée par de terribles angoisses. Un traumatisme dont elle n’est pas prête de se libérer, mais Julie tente d’amoindrir la gravité de la situation.




On la retrouve vêtue d’une longue robe du soir, splendide en noire, avec fantaisies de dentelles et volants qui donnent à sa tenue des airs romantiques. Elle est perdue et désorientée dans un immense salon de luxe où se bousculent et s’interpellent de nombreux invités distingués, tous très à l’aise dans ce genre de festivités mondaines. Elle est sauvée de l’ennui par Julie qui, de loin, lui fait signe de venir la rejoindre. Elle lui présente le producteur Vernier. C’est un bel homme, grand et élancé, avec de la prestance. La mine hautaine et fière, il accapare plusieurs femmes de ses paroles pompeuses et de grands gestes théâtrales. Il s’interrompt malgré tout lorsque Julie s’avance en tenant fermement Inès par le bras. Cette dernière donne l’impression de vouloir prendre les jambes à son cou et de s’enfuir le plus loin possible d’ici.



Décidément, le courant ne passe pas. Inès semble agacée par l’assurance condescendante et moqueuse de son hôte. Celui-ci s’amuse à la piquer, ravi d’avoir en face de lui une femme qui ne se laisse pas impressionner et lui damne sérieusement le pion. Charmé, il s’exclame :



Julie, qui était alors crispée en assistant avec impuissance à des joutes verbales qui n’envisageaient rien de bon, semble se détendre peu à peu. La conversation prend une tournure plus amicale. Souriante, elle s’empresse d’intervenir :



Un sourire énigmatique étire les lèvres d’Inès.



Espiègle, elle lui tourne le dos et se dirige vers le bar. Vernier la suit des yeux avec le regard du prédateur sûr de sa victoire, mais une expression à la fois admirative et intriguée illumine son visage d’un sentiment nouveau. Inès disparaît dans la foule, suivie de près par Julie qui tourne autour d’elle en caquetant comme une hystérique :



Rassurée, Julie saisit une coupe de champagne qu’elle boit d’un trait. Inès s’informe auprès d’un serveur s’il y a des boissons non alcoolisées, et selon les conseils de ce dernier trempe les lèvres dans un cocktail à base de jus de fruits.



Julie hoche la tête avec désapprobation.



nous saoulant et en nous amusant comme des folles !


Devant l’air grave de son amie, elle se désespère.



Et, cette métamorphose, elle aimerait bien que cela se passe avec elle. Dans son lit. Une nuit, juste une nuit… Julie n’était plus très jeune et très belle, mais son expérience est sans limite. Elle lui ferait des choses qui la rendrait folle, la ferait délirer, hurler et supplier…


Inès ne l’écoute plus, intriguée par une petite femme dynamique aux prises avec deux hommes qui vocifèrent bruyamment. Sans se démonter, elle leur tient tête. Calme, posée, elle les interrompt pour affirmer fermement.



Le bruit ambiant l’empêche de suivre la conversation, mais peu importe. D’emblée, ce qu’elle apprécie chez cette femme, c’est sa façon de les affronter, seule contre tous, sans vulgarité ou exubérance, mais avec une fermeté et une assurance qui semblent les déstabiliser. Julie suit son regard avant de s’enquérir :



Julie répond sur un ton maussade.



Julie la regarde sans comprendre. Elle hausse les épaules, puis s’agite sur place en jetant des regards fébriles tout autour d’elle, adressant sourires et grands gestes amicaux à de nombreuses personnes. Inès sourit avec sollicitude.



Julie ne se fait pas prier, se précipitant sur un couple aristocrate qui l’accueille avec une effusion exagérée. Amusée, elle les observe un instant puis reporte son attention sur Claire. Celle-ci sent son regard, tourne la tête et lui adresse un sourire chaleureux. Cela encourage Inès à venir à sa rencontre.



Elles éclatent de rire en même temps. Inès est conquise, excitée comme une enfant qui vient de se faire une nouvelle amie et à qui cela n’arrive pas souvent. D’emblée, Claire inspire confiance par sa franchise et sa joie de vivre. Jolie, pas très grande mais délicieusement proportionnée, elle pétille de malice et de fantaisie. Blonde, les cheveux en pétard, yeux noisette et fossettes espiègles autour d’une bouche enfantine, elle est nature et spontanée. Elle se présente ensuite.



Elles trinquent en échangeant un regard complice.



Inès se retrouve dans une somptueuse limousine conduite par un chauffeur en tenue impeccable. La voiture traverse un large chemin de terre qui surplombe un immense vignoble, longeant un muret et des canaux de pierre sèche. Le sentier s’éloigne des vignes pour serpenter au milieu des chênes, des genêts, et de garrigues brûlées par le soleil. À l’intérieur de la voiture, Inès est un peu secouée. Avec elle, à l’arrière, se trouve une élégante femme d’une trentaine d’années, belle et princière, très sophistiquée. Brune aux cheveux longs, le teint mat, elle dégage une volupté électrique et un raffinement incomparable. La conversation qui s’ensuit fait comprendre qu’elles ont déjà fait connaissance et sympathisé.



Inès accueille le conseil avec amusement. Son interlocutrice, malgré sa classe, a un franc parler et une spontanéité qui l’enchante. Le petit accent chantant espagnol ajoute du charme exotique à cette femme qui n’a rien d’ordinaire. Avec fougue, celle-ci argumente :



Inès rit de bon cœur.



Jetant un coup d’œil par la vitre ouverte, Inès aperçoit les ruines d’une église, dont le clocher émerge d’un îlot de chênes. Derrière, sur une butte, se dresse un magnifique château, avec tours de guet. Un bel édifice médiéval superbement restauré qui arrache à Inès une exclamation émerveillée.



Maria, qui s’est penchée à son tour, ébauche juste un léger sourire amusé.



Elles arrivent enfin à destination. Jean Vernier les accueille avec chaleur, plus familièrement avec Maria qui est une amie de longue date. Une jolie servante s’occupe d’Inès, sortant sa valise du coffre. Inès veut la porter.



C’est Florence. Il y a presque de la prière dans sa voix, aussi Inès n’insiste pas. Elle se fait guider jusqu’à sa chambre. Durant tout le trajet, elle reste sans voix, abasourdie et impressionnée par l’intérieur luxueux et gothique. Perdue dans sa contemplation, elle en bouscule presque une jeune femme qui se promène d’un air hagard.



C’est une personne réservée et timide, blonde au sourire crispé, qui dissimule mal sous une maladresse juvénile et nerveuse une séduction touchante. Un visage poupin, des yeux candides, une silhouette gracile, tout lui donne un air fragile, avec un physique de lolita délicieuse qu’elle ne sait pas mettre en avant. Inès est attendrie. Elle lui fait penser à un jeune chiot perdu et fébrile qui ne demande qu’à être apprivoisé. Elle veut lui parler mais, déjà, elle s’enfuit promptement. Elle en oublie vite l’incident, retrouvant un regard émerveillé en découvrant sa chambre, et écoutant à peine ce que lui dit la servante :



Le bruit de la porte qui se ferme arrache Inès de sa contemplation.



Bientôt la suite. Inès va devoir résister aux avances lubriques d’une Gabrielle déchaînée qui, pour parvenir à ses fins, va s’allier avec Florence. Ou comment joindre l’utile à l’agréable…

Patience.