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Temps de lecture estimé : 15 mn
15/09/05
Résumé:  C'est l'histoire de Mosca, qui vient au Monde dans une deudeuche et qui découvre ce qu'est la soutane d'un curé...
Critères:  voir odeurs conte humour
Auteur : Marie Tozzi-Setti      
Mosca la Libertine

Arghhhh !


J’ai encore envie de dormir !


J’étire avec précaution mes longues jambes gainées de noir. Au bout de chacune d’elles un patin de soie est là, doux et antidérapant.

Avec mes petites mains d’oisive, je frotte mes deux grands yeux aux facettes de couleurs changeantes. Mon champ de vision est large, très large. Mais qu’est-ce qu’il fait noir !


Aïe ! Le logement est exigu… La famille est nombreuse.


Ma mère, grande, belle, un peu large de hanches après ses multiples grossesses, a des reflets verts et bleus de toute beauté. Elle a mis bas une portée de larves quelques jours auparavant. J’en fais partie. Et depuis quelques heures je suis devenue une belle jeune fille, fine et racée.

Avec mes huit frères et sœurs, nous faisions connaissance par des câlins et des léchouilles, ce qui était très agréable.


L’endroit où nous nous trouvions était adorablement vivable, humide, chaud et nauséabond à souhait. Nous avions vu le jour… dans la soutane d’un homme d’église !

Une vieille soutane noire des années cinquante, qu’un vieux moine enfilait pour aller se promener dans la campagne, au volant d’une vieille «deudeuche» verte.

Ma mère avait profité d’un point décousu dans le bas dudit ourlet, pour s’y infiltrer, aller y pondre ses oeufs et y faire éclore sa progéniture.


Lorsque je suis sortie de ma gangue, le moinillon de campagne relevait le bas de son habit pour l’épousseter. Je fus projetée avec ma famille dans tous les sens. On se serait cru à la Foire du Trône, avait dit maman.

Savante, elle l’était, car elle avait beaucoup voyagé. Elle venait d’une famille nombreuse : les Diptères, et en était très fière apparemment.

Ca remuait drôlement dans l’appartement de vieille toile noire que le temps et la saleté avaient mis à rude épreuve.


Une soutane…

Y devait plus y en avoir beaucoup au début de ce vingt et unième siècle !


J’arrivai, après une longue lutte, à me faufiler par l’ourlet, qui ne l’était justement plus. Une douleur brutale me fit crier : je venais de rencontrer la lumière. Les mille facettes de mon regard avaient été mises en veilleuse pour ne pas être éblouies !


La voiture décapotable et sans amortisseurs faisait un bruit terrifiant qui ressemblait à un gargantuesque râle.

Lorsque j’osai ouvrir mes petites loupiotes, je m’aperçus que j’étais toujours accrochée à la soutane, par une patte seulement, mais je tenais…

Escaladant avec peine le rugueux et rébarbatif tissu, je me hissai jusqu’à l’épaule du rondouillard homme d’église et ce que je vis me fit tournebouler le cigare…


Un paysage défilait derrière des vitres sales - celles du véhicule dernier cri prêté par le Vatican à tous ses «prieurs» de campagne. Il y avait des arbres, des chemins qui partaient dans tous les sens, des automobiles de toutes les couleurs, des voitures qui tiraient des remorques derrière elles, des gens qui semblaient marcher comme des tortues, le dos courbé, la tête rentrée dans les épaules, faisant gicler avec leurs pieds des myriades de gouttes d’eau.


Eh oui, ce jour-là, il pleuvait.

Et la pluie faisait beaucoup de bruit sur la capote de la « deudeuche », que le moinillon venait de remonter.


Mes douzaines d’yeux furent attirés par quelque chose, devant nous sur la route, qui avait obligé le « papouilleur » de chapelet à ralentir…


Qu’est-ce que c’était beau… Magnifique… Génial… Super cool… Trop beau, quoi !

Une mobylette année 70, bleue, que chevauchait une princesse avec un casque bleu, un imper bleu et des tongs… bleues !

Ah ! J’oubliai : les sacoches… bleues, elles aussi.


Mais qu’est-ce qu’elle allait « plan-plan » !

Sur « l’anti-éclaboussures » de la roue arrière, il y avait une plaque fixée, sur laquelle était inscrit : « YOYOTTE ».

Je ne savais pas trop en fait si c’était la « mob » ou la « majesté » qui la pilotait - style B.B. sur sa Harley - qui se gargarisait du graffiti…

Il fallait que j’en aie le cœur net !


Ma mère, qui m’avait rejointe sur l’épaule du pote à Jésus, avec toute la marmaille, me léchouillait encore comme si j’étais toujours sa petite larve adorée.

Je déployai mes ailes et me mis à tripoter mes antennes. Je les réglai pour les mettre sur la bonne fréquence. S’il me prenait l’envie de me tirer de l’ambiance judéo-chrétienne qui régnait dans la clinique où j’avais vu le jour, il fallait que je sois « tip- top ».


La «mater», qui me connaissait comme si elle m’avait faite, vu que c’était le cas, me demanda de rester encore un peu, de ne pas jouer à l’aventurière.

Je lui répondis d’un ton sec qu’elle me lâche les patins : j’étais assez grande pour diriger ma vie.


Naturellement, comme toutes les couveuses, elle me raconta l’histoire du grand-oncle « Mouchame », qui était une forte tête et qui avait fait les pires «mouchardises» que l’on peut imaginer. Il avait fini les ailes brisées dans un bol rempli de vinaigre…


C’était nul et ringard, de me raconter ça pour me décourager !


Puis j’écoutai avec un agacement grandissant la dramatique fin d’une petite cousine de ma génitrice, la grande « ZaZa » qui, aventurière dans l’âme, avait voulu parcourir le monde… Elle s’était embarquée à bord d’un avion qui ralliait le continent africain. Elle s’était rendue là-bas dans l’espoir de convertir les «tsé-tsé», tribu d’endormeuses et de « fouteuses de merde » dans le monde syndiqué des insectes.

Peine perdue : les traîtresses l’avaient amadouée au point de lui faire croire qu’elle était leur salvatrice. Avec des «tsétséments» lugubres, elles la poussèrent dans le chaudron des pygmées mangeurs d’hommes, où mijotait à petit feu un prêcheur un peu trop bavard, mais tellement goûteux. Son dernier râle fut pathétique :



Cette histoire, et bien d’autres, faisait partie du patrimoine familial, et je savais que si je restais, j’en aurais pour des heures à me farcir les contes des mille et une mouches. Veuillez vous reporter au recueil de Bzeubzeu Dipterus, revu et corrigé par l’aînée des Diptères : Mégamouch, ma Môman bien-aimée…


… que j’allais quitter pour aller vivre ma vie !


Je me retournai, lui fis une léchouille sur sa patte si douce et si veloutée… Une larme perla au bout de mes longs cils de soie. Me retournant brusquement, je manquai perdre l’équilibre. Je me rattrapai de justesse. Il ne fallait surtout pas que je rate mon envol !

La vitre gauche de la portière arrière était entrouverte. Je filai, droit vers la liberté !


Droit sur la mobylette, droit sur la princesse bleue.


Je me posai sur les sacoches trempées. Je dérapai, me léchai pour sécher mes ailes, puis je trouvai un passage. J’entrai dans un endroit noir, sec, qui ne sentait pas la soutane. Des senteurs de légumes, de charcutailles, de fromages déjà bien avancés, avaient la une.


Je me faufilai sous un couvercle en carton, sur lequel j’avais distingué, dans la pénombre, une tronche qui me rappelait quelque chose : le moinillon de la deudeuche ! La même coupe de cheveux - sans cheveux d’ailleurs - la même robe, et le même petit ventre bien rempli.


La boîte m’inspirait confiance. L’odeur était super. Quel moelleux… Mais, nom d’une larve ! C’est un camembert !

Et un bon, de plus, ce qui ne gâtait rien !

J’entendis une douce mélopée s’élever de la boîte en question, une fois que j’eus refermé le couvercle sur mon postérieur :


Chaussée aux…


(Vous connaissez la suite. Je ne vais pas vous la chanter en entier…)


Je m’endormis, après avoir fait ripaille, bercée par le bruit de pétarade de la mobylette bleue.

Je fis un rêve étrange…

J’étais dans un drôle de pays où il faisait nuit et froid. Mais froid… Froid de chez froid, quoi !


C’est vrai qu’avec mes bas de soie et ma jupette noire en «velours panné», je n’étais pas bien couverte… Mais j’avais refusé d’enfiler la parka façon années 70 que ma mère voulait me faire mettre, lorsque je vivais encore avec la marmaille.

Je commençais à la regretter…

De violents frissons me secouaient et mes mandibules claquaient super fort. Pourvu que ça n’aille pas me péter les jolies quenottes que j’avais héritées de mon paternel ! (A ce que l’on m’avait raconté : moi, je ne l’avais pas connu, il avait quitté ma mère alors qu’elle allait mettre au monde sa nichée de larves, s’enfuyant avec Anophèle, une voisine qui avait des actions dans un labo de vaccins contre la malaria.)


Je décidai de soulever le chapeau de la boîte, où j’avais flirtée avec Morphéus.

Rien, le noir complet. Mais un noir encore plus froid. J’avais les yeux qui me piquaient, les lèvres qui se collaient, comme si elles avaient peur d’être un jour séparées. Mes pattes, mes si fragiles petites pattes, ne me soutenaient plus. Je restais allongée sur le fromage, qui n’avait plus l’air moelleux du tout. Dur, qu’il était, le super calendos de chez «Je marche tout seul».

Et puis je tendis mes antennes… Qu’est-ce que c’était que ce bruit ? Comme un ronronnement… Mais c’était pas un ronronnement qui calme et qui détend. Non, c’était un ronronnement «ennemi», j’en étais sûre…


Tout d’un coup, une lumière aveuglante, me fit vriller les tympans !


Je vis une tête devant moi : la tête de la dame à la Mobylette bleue. Enfin, je pensais que c’était elle. Vu qu’elle avait sur la tête des trucs bizarres, avec des piques plantées dedans, et tout cela de couleur bleue. J’en ai donc déduit que ce ne pouvait être qu’elle, vu qu’à part le cureton à la soutane où j’avais ouvert mes quinquets, je ne connaissais pas encore d’autres humains.


Cela ne pouvait être qu’elle…


Je me mis à rire.

Elle avait, sur la figure, du blanc étalé et, par-dessus, des rondelles de choses qui avaient l’air mouillées, de couleur verte.


Une musique - enfin, si on peut appeler cela une musique - un tintamarre emplit mon espace auditif :


… qui en sortant dans la mare,

se secouent le bas des reins

Coin… coin… coin… coin…


Quel bruit désagréable ! Surtout que la dame aux rondelles vertes chantait en même temps qu’elle tendait une main boudinée et rouge vers mon antre…


Je laissai retomber le couvercle en carton - tiens, ça me rappelle un best-seller que j’avais vu inscrit sur le petit carnet que ma mère gardait dans son « baise-en-ville », et sur lequel était inscrit tout ce que nous devrions apprendre dans notre vie pour être de jeunes femelles accomplies… Ce bouquin en question s’appelait «Le baluchon en carton», et il avait été écrit par une jeune mouchette, Suzy de Lunda, qui s’était échappée du cocon familial, au sud de l’Europe. C’était, disait ma mère, une petite cousine de ma grand-tante Moscatelle, qui s’appelait comme cela parce qu’elle était tombée, encore bébé, dans un tonneau de vin de Muscat et avait été sauvée in extremis en s’accrochant désespérément aux jambes velues d’un jeune homme qui, pieds nus, foulait les grappes de raisins au fond du tonneau… Quel destin, quand même !


Enfin, j’en reviens à l’instant où je me mis en veilleuse sur le bord de la boîte.

Je sentis une secousse et un grand vlan ! Puis une autre secousse. Le couvercle se souleva et je vis à nouveau la face rubiconde de la Dame… Et puis je la vis en entier.

Elle avait pas que la tronche, de rubiconde : c’était tout l’ensemble de chez «Bourrelets, quand je vous tiens, j’ vous entretiens !», que j’avais devant mes mille facettes effarées !


Elle continuait à beugler en même temps que le son, qui venait d’un rectangle noir avec des boutons et des lumières qui clignotaient.


… Allez viens boire un p’tit coup à la maison

y a du…


Hou là… La dame s’avança au-dessus du calendos «Made in Normandie» avec un rictus qui me fit grelotter encore plus que lorsque j’étais dans la cabane blanche d’où elle nous avait sorties, la boîte et moi…

Elle avait à la main un couteau, dont elle se servit pour se tailler une portion de fromage digne d’une connaisseuse. Je me mis en boule contre le rebord de la boîte qui était à l’opposé du prélèvement.

Elle enfourna la portion dans sa bouche, où deux dents sur le devant se vantaient d’être encore là en s’affichant honteusement, au grand dam des gencives, vierges de tout ivoire.


Chi ch’afais un marteau

che frapperais mes frères

che frapperais mes chœurs

che cherait le…


La Dame bava, et le camembert mâchouillé qu’elle n’arrivait pas à déglutir en même temps qu’elle chuintait sa beuglante, dégoulina sur une nuisette rouge et noire, attachées sur ses épaules par deux magnifiques bolducs, qu’elle avait dû récupérer sur un paquet cadeau. Mais vous savez, il n’y a pas de petites économies.


Ti… ton… ti… ton… ii… tonnn…


La dame se précipita sur un objet qui avait un peu la forme d’une coquille Saint-Jacques ouverte, et qu’elle colla à son oreille.



Crac…


Elle avait reposé la «chose» sur un support aussi noir que ses deux dents…

Elle sortit de mon champ de vision.

Je la suivis en volant de « traviolle ». J’étais encore un peu engourdie par le froid et aussi par l’odeur du frometon.


On entra dans une pièce plus petite que l’autre, mais où on l’on pouvait se voir sur l’un des murs. La Yoyotte, puisque c’était comme ça qu’elle s’appelait, la dame en bleu, prit un chiffon et enleva la salade qu’elle avait sur la tronche.


Rose et fraîche, qu’elle était, la mémère ! Une façade rénovée.

Elle enleva les espèces de tubes qu’elle avait sur le crâne, et des bouclettes serrées apparurent au sommet de son crâne en forme d’œuf d’autruche, en moins lisse et moins beau (Vous voyez ce que je veux dire?)

Après s’être frotté la tignasse avec un truc qui ressemblait à un petit balai, elle prit une boîte ronde et haute, en fer, qu’elle mit à hauteur de sa tête et il en sortit du «mouillé», en faisant «Pshhhhitttt».


J’étais en plein dans l’angle de tir. J’ai cru que j’allais m’évanouir ! Je lus sur la boîte : «Laque forte». Ah ben pour être forte, elle était forte ! Quelle mauvaise odeur !


J’allais me poser sur le haut du ciboulot à la Yoyotte. Je pouvais me déplacer sans problèmes sur l’échafaudage qu’elle avait bétonné avec son produit asphyxiant.

C’était marrant, on aurait dit de la mousse… Ou alors… Une pensée me vint pour ma cousine Gherta, dont Mégamouch m’avait également causé. Elle venait d’Alsace et ramenait à la famille de la choucroute… Ma mère m’avait parlé de cette choucroute avec tellement de détails qu’il me semblait que j’étais en train de galoper sur le dernier cadeau fait par Gherta à la famille Diptère !


Drelin ! Drelin !



Yoyotte se mira un instant dans le mur qui reflétait son image - enfin : notre image - refit bouffer sa tignasse vaporeuse avec les jolies petites andouilles de vire qui lui servaient de « remonte-bouclettes ».

Elle sortit de la poche de son déshabillé un petit tube, qu’elle colla derrière son pavillon auditif droit. Là aussi, ça a fait pssssshit !


… Et là encore, je faillis mourir asphyxiée ! Du parfum. "Muguet de Noël", que c’était inscrit dessus… Beurk… Dégueulasse, l’odeur ! Pas supportable pour une fille comme moi ! Je préférais l’odeur de la soutane du curaillon !


Enfin, la Yoyotte se dirigea vers la porte avec un sourire qui mettait en valeur sa dentition de castor.

Devant le bois un peu vérolé de l’huis, elle hésita encore, poussa un profond soupir et se décida à ouvrir.



………………………..

………………………..

………………………..


Ben dis donc ! Quelle chute!


Je visionnai avec un peu de recul la scène qui se passait au-dessus de moi.

Eh oui, j’étais tombée lorsque la main d’Augustin était venue se plaquer sur le fessier de sa Yoyotte, faisant basculer celle-ci en arrière.


La Mosca, elle avait fait une chute libre sans filet ! J’avais dû rester un moment évanouie.


La mémère, elle avait tombé les bolducs et le pépère, il avait les bretelles en berne. Et pas que ça d’ailleurs…



Et patati et patata…


La Yoyotte elle était piaillarde…

La boîte carrée noire, elle gueulait, elle aussi.


J’attendrai…

Le jour et la nuit…

J’attendrai toujours…


Ben y avait pas que la "goualanteuse" de la boîte noire qui allait attendre, à mon avis…



Je comprenais pas tout à fait ce qu’il pouvait pas faire, l’Augustin, et je décidai d’aller faire un tour du côté du camembert…


Alors j’entendis la mémère dire :



J’étais affalée sur la «coulure» bien jaune du calendos, les pattes croisées derrière la tête… J’étais bien…


La belle Yoyotte passait et repassait devant la table de la cuisine en sifflotant.



Elle passa avec un verre d’eau, retourna dans la chambre en roucoulant.

L’Augustin avait une voix toute retournée en disant :



Qu’est-ce que l’autre avait bien pu lui acheter pour qu’il se pâme autant, le chéri ?

Il y eut une dizaine de minutes où l’on aurait pu entendre les mouches voler, mais je me gardai bien de m’atteler à cet exercice…


Et alors, le bruit vint jusqu’à moi…


Doucement…


Puis plus fort…


Eclatant…


Un bruit de succion.

De petits clapotis.

De Ha et de Ho.


Je m’extirpai avec difficulté de mon odorant matelas. Mince, j’avais sali ma jupette !

Je me dirigeai vers la chambre, en faisant escale devant le grand miroir. Oulla ! Ma jupe était fichue ! Froissée, sale… et pas de pressing à l’horizon !


Dans le miroir se reflétaient les deux humains.


Enfin, si on pouvait appeler ça des humains…

Enchevêtrés…

A moitié déshabillés…

Rouges et en sueur…

Râlant…


Ils avaient l’air malades.

Pourvu que ce soit pas le camembert ! Mais non, impossible ! Elle en avait mangé, mais pas lui.


Mais qu’est-ce qu’ils font ?



Encore quoi ?


Mes facettes, ouvertes au maximum de leurs possibilités, essayaient de capter l’action.



Alors là !


Je comprenais que dalle à leur conversation ! Pourquoi y s’énervaient comme ça, tous les deux ?

Par terre traînait un petit flacon en verre. Je regardai l’étiquette : "GRIMPAX, la pilule qui permet de grimper sans effort".



Où donc qu’elle voulait qu’il aille, le Gus, dépoitraillé comme il était, enseveli sous la couche de graisse de la Yoyotte !



Ben il était déjà là !

Je captais plus rien ! Mes antennes devaient être dans la mauvaise direction. J’essayai de secouer la tête, pour les remettre en état.

Rien.

Tout d’un coup, après un grand cri poussé par l’Augustin et un râle de désespoir jeté par la Yoyotte, le silence s’installa à nouveau dans la chambre.


Je retournai donc dans ma boîte à camembert. J’essayai de me remémorer les faits.

Je ne comprenais toujours pas à quoi ça rimait, de se disputer et de se battre comme ça dans un lit. En plus après avoir pris des pilules que la Yoyotte lui avait gentiment achetées ! L’Augustin, il était grave, le gars. Pas de reconnaissance. On lui fait des cadeaux, on lui prépare un « ti repas », un bon calendos. On s’met des tuyaux sur la tronche pour faire mousser les tifs. On s’enrubanne les épaules avec des bolducs. On s’parfume…


Tout ça pour se faire basculer sur un lit, sans avoir mangé, en salopant toute la jolie coiffure de la dame, et en plus en lui tirant des sanglots qui venaient droit du cœur - et croyez-moi, je m’y connais !


C’est pas croyable tout ça ! Ben tiens, les voilà, les deux branquignols…

Ils sont rouges, mais rouges !

Les chaises où ils posent leurs illustres popotins craquent sous leur poids.



Oui, à mon avis, il est aussi bon qu’elle, le frometon. En tous les cas, aussi fait !



Je redresse un peu la tête, me soulève sur une patte…


Oulalalalala !


L’Augustin, il a un couteau à la main !

Normal… Y veut se prendre une tranchette de calendos…


Et la Yoyotte…

Qu’est-ce qu’elle a, dans la main, la Yoyotte ?


Mais qu’est-ce que…


PAF ! PAF !



(SILENCE RADIO)