| n° 09365 | Fiche technique | 26832 caractères | 26832Temps de lecture estimé : 15 mn | 04/07/05 |
| Résumé: Des bulles dans la lessive... | ||||
| Critères: conte humour | ||||
| Auteur : Le Kawjer | ||||
Ah ! Les mecs, le voilà…
Super ! On commençait à s’inquiéter !
Bonjour à tous, vous êtes là depuis longtemps ?
Non, non ! On vient d’arriver.
T’es en retard !
Désolé, la machine est tombée en panne.
P’tain ouais, tu pues l’adoucissant !
Arrête ! L’essorage n’a pas marché et en plus elle me colle des pinces en plastique, ça fait mal et ça laisse des marques, moi je ne supporte que les pinces en bois.
Alors, raconte !!!….
Encore ? Ça vous lasse pas ? Je sais pas moi, demandez à Nike ou aux mi-bas, je suis sûr qu’ils ont des tas de choses à dire eux aussi.
Ooooh !!! Te fais pas prier, s’il te plaît…
Ouais, c’est vrai, qu’est-ce que tu veux qu’on raconte, nous ? Le frottement du contrefort, la douceur de la semelle ? (rires gras) Allez, dis-nous, qu’est-ce qu’il a fait hier soir ?
Arrêtez donc, espèce d’animaux, mais vous ne pensez vraiment qu’à ça ! Il y a autre chose dans la vie, avez-vous oublié les valeurs de vos anciens, est-ce qu’il vous arrive de penser au Grand Designer ?
Oui, on sait « Thermolactil : froid, moi ? jamais ! » Blabla blabla…Arrête, la vieille ! Lâche-nous les coutures !
Voyous, mais vous ne respectez donc plus rien, vous ne valez même pas le fil qui vous a cousu. Vous n’êtes plus que des produits marketing !
Bon ! Pierre, fais pas chier, raconte, il est encore sorti ?
Eh ben oui ! Hier soir, fiesta avec les copains. Je peux vous dire que ça a bougé. Musique, des bières, beaucoup de bières, il a pissé au moins dix fois, j’étais plein de taches. Et puis il a dansé comme un fou, mes coutures étaient trempées de sueur, le Jeans me l’a dit hier soir, il était cassé.
Et après ?
Je vous le dis ?
Alleeezzz ! hooo ! Les putes ! Comme d’habitude ?
Même pas, non ! Si je vous dis qui c’est, vous allez mourir…
Arrêteuuuu ! On est presque secs, dépêche toi !
Vous connaissez sur le balcon en bas, le petit étendage pliant…
Nooon ! Pas les Aubades, tout de même !
Si ! Celles-là même !
Qui ça ?
P’tain on voit d’où tu viens toi ! Regarde un peu autour de toi quand tu sèches.
Fais pas languir ! Toutes les Aubades étaient là ?
Vu où j’étais placé, j’ai tout vu, l’ensemble au grand complet, la totale : String, Soutien-gorge, Porte-jarretelles !
Ouaip ! C’est vrai, je n’ai pas quitté le rebord du balcon de toute la nuit, les bas ont pris le frais tôt ce matin, et attention, hein… du beau linge, du Chantal Thomass.
On y crois pas ! Les Aubââââdes, ces snobinardes qui nous méprisent, qu’on lave à la main et qu’on cache derrière les draps de bain pour pas qu’on les voie, les pôv’ chéries ! Mince alors ! Et toi, Pierre, tu les a vues ! On a du mal à y croire !
Et je n’ai pas fait que les voir, crois moi ! Parce que tu sais, d’habitude, chez les putes, le pantalon et moi on tombe sur les chevilles et on attend quelques minutes puis on rempile tranquillement. Mais hier, il était en forme. D’abord le Jean se retrouve aux prunes sur le divan, et moi direct le nez dans la dentelle !
Le con ! T’as touché les Aubades ? J’arrive pas à y croire ! Tu nous fais marcher…
Oh ! Les mecs, s’il le dit c’est que c’est vrai ! Continue, Pierre, raconte la suite.
Bon ! Il me colle le nez dans la dentelle, purée c’est doux et un peu râpeux à la fois, de la soie de chez toi, Faux Lacoste… de la soie 100% naturelle. Vous m’imaginez, moi, avec mes 75% polyamide, je bichais. Et puis je peux te dire qu’il se frottait fort, la poche kangourou était tellement tendue que j’avais mal, une bandaison historique.
Et les Aubades, qu’est-ce qu’elles faisaient ?
Attends, tu vas pas me croire ! Le string, je l’avais en direct face à face, mais je sentais aussi le porte-jarretelles qui passait dans le string et alors le plus dingue c’est qu’elle lui colle son soutien dans ma poche kangourou et elle lui en frotte la queue avec ! En gros je touchais toutes les Aubades d’un coup !
Tu leur as parlé ?
Ouais, ouais ! Le soutien-gorge y me dit : « Monsieur Pierre je suis gênée, cette position n’est pas très respectable, et puis je n’ai pas l’habitude des poils et de cette chose-là ! »
Nooon ! Tu déconnes ?
(rires…) Alors je lui dis : « Non ? T’as jamais vu de bite ? » Elle me répond : « Si, évidemment, mais en général je m’éclipse avant que …enfin vous me comprenez, quoi ! »
Vous n’avez pas honte de raconter de pareilles âneries ! Un soutien-gorge dans un caleçon ! À qui ferez-vous croire ça ? De toute ma vie je n’ai jamais, je dis bien jamais, porté autre chose que des seins.
Pis vu leur taille, t’as du boulot, ma grosse ! En plus c’est pas un caleçon, c’est un slip kangourou.
Goujat ! Forcément, quant on sert à absorber les flux corporels…Zwwouet cheurrte, ça veux bien dire chemise pour la sueur…n’est-ce pas ?
Shut up old fart, t’as fait ton temps, t’es plus lavable, faut penser à Emmaüs…
Arrêtez, vous deux ! Laissez-le continuer son Histoire !
Bon j’peux continuer, là ? … Alors c’est le string qui lui répond : «Chère amie, je suis confuse, jamais encore elle ne nous avait traitées de la sorte, même moi je m’inquiète pour tous ces liquides qui s’écoulent sur mon voile de coton. Qui sait si je ne vais pas être tachée à tout jamais… »
Putain ! tu les imites bien !
(rires…) Moi, je lui dis : « Oh ! Le string, c’est pas une petite mouillette qui doit te déranger, hein, vu qu’elle a plutôt le feu au cul, non ? ». Elle me répond du tac au tac: « D’abord, Monsieur Pierre, je ne suis pas un string, je suis un Tanga ; de plus, mes amies et moi-même ne sommes portées que pour de grandes occasions, et notre rôle jusqu’àlors était plus représentatif que participatif. Donc, qu’elle soit d’une grande sensualité ou pas, ne change rien ! Nous ne sommes que l’appât. Dès que la proie est tombée dans nos filets, nous disparaissons pour laisser la nature reprendre ses droits ».
Wouhaaa ! les bourges ! Comment qu’elles causent…
Elles parlent, mon cher Nike, comme on parlait autrefois lorsque nous avions de la fibre et un certain empesage qui nous donnait de la tenue. C’était le bon temps, un temps d’avant la révolution, lorsque Le Grand Tailleur n’était pas encore devenu Le Grand Designer et que nous étions tissées à Roubaix ou à Gérardmer pour durer plus qu’une saison en vitrine.
Et t’as connu ça, toi ?
Bien sûr que non ! Mais le Soutien-gorge chair et moi, tout au début, on a côtoyé des tissus de l’époque dans les tiroirs de la commode. Des rubans, des gaines, des camisoles, des jupons, des combinaisons, des jarretières, des jarretelles, des culottes fendues, des brassières, des bas de soie et même un très vieux corset, un mec très collet monté…
P’tain, arrête ce délire, j’y crois pas ! Et ton Grand Designer plus personne n’y croit non plus.
Si je dérange, dites-le, hein ! Ca vous intéresse plus, mon histoire ?
Je t’arrête Pierre ! Mais tu vois, Le Grand Designer moi j’y crois, moi…et bon ! j’ai pas envie qu’on rigole là-dessus.
Le deliiiiiiire ! P’tain, écoutez la fin de l’histoire de Pierre, merde ! C’est plus excitant que vos conneries de paradis blanc et de bain au purgatoire.
Shit! What’s the fuck’in white paradise, purgatory bath ? What the fuck are U talking about ?
Arrête ton char, la casquette, t’as été fabriquée à Dix de Ramadan en Égypte ! Tout le monde sait ça ici : à part le marché d’Argenteuil, t’as jamais dépassé le périph’.
Ya Salam, ya arhouya, wa anta menen ? Men il Magrheb ? Mesh Keda ? (Bien voyons ! et toi mon frère tu es d’où, du Maghreb, n’est-ce pas ?)
Bon ça va, Safi, mon frère, n’en rajoute pas ! Tu veux ! J’explique rapidement : au début il n’y avait que la chaîne et la trame, puis Le Grand Designer nous a révélé l’étiquette : taille, prix, code à barre, et enfin le décalogue : Marque, Design, Marché, Segmentation, Publicité…
Pénétration, Sous-traitance, Productivité…
Sweat Factories…, Profits optimums.
….Un silence s’installe sur l’étendage……………………………………………………
Euuh ? Je continue, là?
Ouais ouais, vas-y, raconte, de toute façon on finira tous dans le bain du purgatoire, qu’on ait été portés ou pas, qu’on soit lavés ou sales.
Tu me tue, là ! On sait même pas si ça existe, ton purgatoire ! Tout ça parce qu’un jour, une conne de chemise de soirée à col cassé qui passait sur la corde a raconté que son papier d’emballage lui avait révélé la vérité sur un grand bain où finissent les tissus usagés, avant de s’envoler en grandes bandes blanches vers le Paradis. Prophète de mes deux ! Non mais, quelle connerie ! J’vais vous la dire la vérité moi, la vérité, c’est les Aubades : ça c’est du vrai, ça c’est la vie ! Et c’est maintenant ! et pas dans mille ans, dans ton Paradis blanc.
Ouais, t’as raison, les salopes ça m’intéresse moi, raconte la suite…
Bon ! J’avais donc le Soutien-gorge dans le kangourou, le Tanga sur le nez et je me frottais au Porte-jarretelles. J’me disais y va me glisser sur les chevilles et hop ! en avant. Ben, pas du tout, y sort le soutif, le renifle, me le colle dans le derrière, et paf ! y tend son tuyau par-dessus mon élastique, il écarte à fond le Tanga, avec ses doigts il fouille la p’tite moule toute rasée et qui était déjà bien mouillée, et bing ! il s’enfonce là-dedans…
Con ! T’étais là ?
Putain, ouais, c’est la première fois que ça m’arrive.
Ben ! Moi j’en ai essuyé une, une fois. Un jour qu’il avait fait ça dans la cuisine de sa mère. Je comprends quand on dit : une baveuse, parce qu’elle était toute mouillée, et ça coulait de partout, y en avait sur les poils, sur les cuisses, sur le cul…c’était collant, la vache ! Des draps m’en avaient parlé mais je n’y croyais pas. Ça change des assiettes et des plats gras !
Oh ! La belle affaire !
Chez nous on a même des spécialistes pour ça…
Ben, moi, j’en avais jamais touché, alors putain je me mets à la place des Aubades, c’est autre chose que le morceau de viande. Ça sent bon, c’est tout doux, tout mou, ça prend pas de place, ça goutte pas sur le tissu, ça doit pas tirer sur tes élastiques. Je dis au Tanga toute écartée : « Con ! Vous êtes des veinardes, ça sent bon, pas de boulot à porter le trois-pièces, pas de taches jaunes devant ou brunes au fond ; lavées à la main, vous êtes des reines, quoi ! ». Elle me répond : « Détrompez-vous, Pierre, nous avons des pertes blanches ou jaunes, des petites fuites, et malgré les lingettes des petits oublis bruns parfois. Mais enfin, globalement, notre sort est plus enviable que le vôtre, surtout le Porte-jarretelles, parce que le Soutien-gorge, lui, il porte et, malgré l’armature, il fatigue, je le sais, les agrafes se détendent… »
Et je le comprends, le pauvre ! Et encore, c’est un 85 B seulement !
…Puis elle dit « Par le patron Du Grand Designer ! Il m’écartèle positivement le bougre, attention ! C’est de la soie, mon bon, c’est fragile ». À ce moment-là, la queue sort de l’abricot, le Tanga se tourne, et je me retrouve devant un petit triangle et son laçage façon corset de nos grand-mères. Tu me connais, Nike, je suis correct, mais là, un Aubade côté pile c’est rare ! Et lui toujours tendu sur mon élastique, il tire la ficelle du Tanga vers le bas, lui mouille l’ouverture et tout doucement se met à visiter la boîte à caca.
Ah ! Le con t’as de ces expressions, toi ! Et oh ! Pour une fois t’as eu des taches brunes sur le devant (fous rires…)
Arrête tes conneries ! Eh ! Remarque elle était propre la vache, à part le sperme, aucun dépôt, nickel ! Le Porte-jarretelle qui baillait depuis un moment me dit : « Cher Pierre, c’est assez rare quand je ne sers à rien, en général mes amies me quittent et je reste seul en piste. Votre porteur ne manquerait-il pas un peu de classe ? Le Soutien-gorge dans les fesses, j’hallucine. Et puis pour mon amie le Tanga, pas même un regard, pas même une caresse, dans quel monde vivez-vous ? »
Mais d’ou elle sort, celle-là, du placard ou quoi ? Oh ! Les mecs, elle est comme nous tous, elle est du tiroir. Bon, on les lave peut-être à la main, mais avec de l’eau et de la poudre, comme nous. Elle veut quoi ? Avoir droit au Dry-Cleaning ?
Ouais, vous avez raison, pour qui qu’elle se prend ? Pour une robe de chez Saint-Laurent ? Putain ! quand t’es du tiroir et que t’as pas d’espoir d’en sortir, alors faut y rester !
C’est juste, ce que tu dis, Nike, sûr quand on sera dans le bain du purgatoire, d’en haut ou d’en bas, du tiroir ou du placard, de dessus ou de dessous, tous on perdra nos couleurs de la même manière, on deviendra égaux dans le mélange blanc du Grand Designer et on s’envolera en longues bandes immaculées et identiques…
Pûûtain y recommence ! Mais on y croit pas à ton truc, ouvre un peu ton encolure, regarde autour de toi, questionne les chiffons d’atelier, merde ! Regarde les poubelles, le con !
Bon, les mecs ! Vous déconnez ! On s’en fout de vos conneries. Regardez les Aubades, c’est des grandes Dames, tu te demandes comment ils ont été cousus, les p’tits bonnets pigeonnants du soutien, con ! C’est rond comme un melon de Cavaillon, capitonné comme des bonbonnières, y a du ruban et de la dentelle comme si c’était de la chantilly. Et puis ces p’tites bretelles…
Oh ! Grand, tu délires ou quoi ? T’es amoureux ?
Non ! J’suis sérieux, le Porte-jarretelles c’est tellement fin que tu dirais pas que c’est de la matière, c’est que de la transparence. Et pis quel caractère, toujours tendu droit vers les bas. ’Tain ! Ces jarretelles : caoutchouc, métal, ruban…, ça m’excite ! Tu comprends, moi, je me fais du Sloogy coton d’habitude, ou de la culotte de pute à 10 balles…Putain ! le Tanga, doux comme de l’eau de source, avec une façon de t’allumer sans en avoir l’air. Y a quoi dedans? 10 grammes de soie au maximum ! Et ben putain je te tends ici, et je t’ajuste là, au poil de millimètre pour bien faire voir les formes…
Oh ! Mec ? Tu gouttes trop là, oh !! Tu pleures ?
Faites pas chier ! Vous pouvez pas comprendre !
Croyez-moi, mon jeune ami, tout ça c’est de la vanité, regardez-nous avec Culotte assortie, on fait le même boulot que les Aubades, et nous ne faisons pas de manières. Beaux ou laids, il faut assumer ses responsabilités, chaque jour, avec honneur et dans le respect des principes du Grand Designer.
Tout juste, ma Chère Soutien couleur chair, et c’est pas facile tous les jours…
Et nous, qu’est-ce qu’on devrait dire alors ?
Vous pouvez pas comprendre, je vous dis !
Comprendre quoi ? Que vous êtes amoureux ? Mais vous êtes une marque vous aussi, alors ou est le problème ?
Le problème, vieille peau de pêche, c’est que je vous ai menti, je suis un faux ! Un faux fabriqué en Thaïlande qu’il a ramené quand il faisait du tourisme sexuel. Voila le problème.
Je me disais bien que pour une marque tu causais drôlement mal, toi ! Et qu’est-ce que tu crois que ça change pour nous ? Parce que t’es un faux t’aurais plus droit à la corde ? Mais t’es con ou quoi ! C’est pas la marque qui compte c’est le cœur de la trame, c’est la solidité des fils, savoir que t’es toujours là quand on a besoin de toi, qu’on peut se coincer dans ton élastique pour pas sortir du pantalon, c’est ça qui compte, vieux !
Putain c’est beau ce que tu dis, Nike ! Arrête, tu me fais goutter !
Vous foutez pas de ma gueule ! Comment tu veux que des beautés comme les Aubades s’intéressent encore à moi si elles apprennent que je suis un faux.
Moi, une fois, pendant un séminaire dans un hôtel, j’ai été au nettoyage à sec…
(gros rire) Si t’as été au nettoyage à sec alors moi j’ai été nappe chez Bocuse !
Non, j’suis sérieux, putain j’ai même côtoyé du monde dans cette machine. Ben je vais te dire, Pierre, les culottes de femmes c’est plus simple que ce qu’on pense. On tournait ensemble dans le tambour, avec les vapeurs de trichlore, con ! Tu vois le tableau…Y avait des costumes, des robes, des jupes, et ces culottes de femmes dont je me suis rapproché. Beaucoup d’étrangères, y avait même une japonaise qui nous a raconté des trucs salés : y parait que là-bas on les attache avec des cordes et qu’on les pend les cuisses écartées, un truc qui s’appelle Shibari ou quelque chose comme ça. !
Et qu’est-ce que tu veux que ça me foute, ta Geisha !
Non, c’est juste pour te dire que les dessous de femmes faut se méfier, c’est angélique comme ça, avec des coupes fragiles, t’as envie de les protéger dans du papier de soie, tu rêves d’un emballage de star, si t’es un décolleté tu te gonfles parce que tu crois que tout le monde te regarde…et puis quand tu vas dans le droit fil, t’as les découpes douloureuses, les maux d’élastique, les indispositions périodiques, les taches, puis les accros…
Bon, ça va, vous n’allez pas nous le raconter en détail, non ? Un peu de pudeur, s’il vous plait !
C’est vrai, à quoi tu veux en venir ?
A rien ! Mais tu vois, l’Allemande par exemple, elle racontait qu’elle ne servait que pour les voyages, sinon tout le reste de l’année elle restait au tiroir avec toutes ses copines. Y avait une Italienne qui disait qu’elle devait laisser passer de l’urine chaude pour que son fond soit bien coloré et que ça ressorte entre les cuisses écartées. Un soutien-gorge Danois, qui avait un jumeau en cuir sans bonnet, un string de Lyon qui servait à ligoter des testicules…
Bon, et alors ?
Ce qui te dit, Ducon, c’est que tes snobinardes, c’est des emmerdeuses… !
Il essaye de t’expliquer que, dans un modèle, ce qui compte ça n’est pas son impact sociétal, ni sa marque, c’est la compatibilité, le projet qu’on peut bâtir ensemble. En gros, si tu veux : il ne peut y avoir entre vous que des relations superficielles et purement passionnelles. Or on sait par la vérité révélée du Grand Designer que la passion ne dure qu’une saison en vitrine !
Mais, putain, je les aime, moi !
Mais, Con ! Tu confonds Amour avec fast-food « j’te veux tout de suite, maintenant, là dans le tiroir à lingerie »…
Tu vois, moi : au départ, j’avais pas de marque, on attendait dans le dépôt, on était des milliers entassés. À côte il y avait des ensembles culotte et soutien-gorge. J’étais encore immaculé, elles n’avaient pas encore d’emballage, on s’est retrouvés mélangés, on s’est aimés. Quand on nous a emmenés dans l’atelier de sérigraphie j’ai prié le Grand Designer pour recevoir un motif pour fille…Mes fibres étaient tendues, et puis, voilà, je suis tombé dans la ligne des publicitaires. Elles, elles sont parties avec un lot de sweat-shirt Barbie, sans un mouvement d’étiquette, sans un regret…Remarque j’ai eu du bol, la troisième machine imprimait le « Semper Fidelis» des Marines Corps en partance pour l’Irak…
Tu vois, tu rencontrerais une belle chemise, un tricot de corps encore, je dirais pas. Vous pourriez bâtir une belle histoire.
Mais c’est quoi, ce plan ? Et ta sérigraphie à la con ? J’en ai rien à foutre moi de vos histoires, de vos conseils, retournez à vos rayons de supermarché, les mecs. Ça arrive qu’une fois dans la vie un truc pareil et je vais pas gâcher ma chance.
Oh Pierre ! Qu’est-ce que tu fous, t’es malade ou quoi ?
(Un grand cri) Pierrrre Nooooon !
Oh ! Merde ! si elle avait mis des pinces en bois il aurait pas réussi à se détacher. Et puis, le con, il a raté le balcon en dessous.
De toute façon, il est vide !
Attendez, je l’aperçois, il est par terre à côté de l’abribus.
Ah ! oui j’le vois aussi ! Y a un clodo qui le ramasse… putain y part avec… J’comprends pas ! Tout ça pour de la lingerie fine ? Merde ! qu’est-ce qu’y va devenir maintenant ?
Il n’avait qu’à nous écouter ! Enfin ! puisse le Grand Designer garder son patron en mémoire.
Nous nous souviendrons de son étiquette et, au jour du grand bain, nous nous retrouverons dans le bain l’immaculée résurrection.
Amen ! Le Grand Designer.
Le silence s’installe sur la corde………………………
Houou houou ! Eh ! Les filles !
À qui faites-vous signe, là?
C’est les Aubades ! Elles viennent de sortir sur le petit étendage !
Oh ! Man, tu les connais ?
Ouais ouais, je suis tombé dessus, une fois qu’y avait du vent. Con ! C’est des chaudes et pis pas regardantes hein, même une vieille serviette comme moi ! Si elles trouvent rien d’autre à se mettre sous la dent…C’est le paradis blanc…croyez-moi, ça existe sans purgatoire…