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Temps de lecture estimé : 8 mn
19/04/05
Résumé:  Floriane repense à cette nuit un peu différente des autres et a bien envie de continuer le jeu...
Critères:  f hotel volupté cérébral voir odeurs fmast
Auteur : Elvea            Envoi mini-message

Série : Floriane et le Miroir des Souvenirs

Chapitre 01
Floriane et le Miroir des Souvenirs

C’était indéniable. L’état second dans lequel je me trouvais n’avait rien pour être agréable, mais alors rien du tout. Je me sentais lasse, sale et légèrement déconnectée de la réalité. Pourtant, il allait bien falloir quitter cette chambre, quitter cette pièce immense aux murs blancs, témoin d’une nuit qui la transforma en champ de bataille. Tant pis pour les cheveux collés sur mon front par la chaleur du petit matin. Tant pis pour ce goût poisseux qui emplissait ma bouche. Tant pis pour les quelques boutons argentés qui avaient sauté de mon Jean au début du combat. Tant pis pour la large trace de Milk-shake au chocolat-vanille qui ornait mon débardeur blanc. Seul vestige de la frénésie épouvantablement érotique avec laquelle on m’avait saisi les mains alors que je mangeais tranquillement ma glace, les jambes croisées, les pieds posés sur le tableau de bord de l’Opel.


Tant pis aussi pour ma démarche fatiguée, salie d’un reste de douleur, qui ne ferait qu’éveiller l’esprit alangui par la tiédeur matinale, de ceux qui m’observeraient sûrement lorsque je descendrais dans le hall de l’hôtel. J’agrippai le drap blanc, le tissu se froissa entre mes doigts. Le simple crissement du coton contre mes ongles suggéra la horde de crissements bien plus déchirants qu’avait connu le linge de maison pendant la bataille nocturne.


Je m’extirpai de dessous le drap et le repoussai sur mes pieds, au bout du lit. Les volets en bois exotiques étaient à demi-ouverts et les rais de lumière heurtaient le crépi blanc en dessinant d’étranges contours flous. Ma vision cessa de tanguer, je m’appuyai bien droite, le dos contre la tête de lit. Ma main droite vint frôler ma cuisse nue. Ma peau était grasse. Je soulevai doucement le reste du drap qui couvrait mon autre cuisse et mon sexe.


Je n’aurais pas su dire ce à quoi je m’attendais, mais sûrement pas à cette impression étrange de normalité. Après tout, rien n’avait été différent des autres fois. Peut-être l’individu avait-il été un petit peu plus entreprenant ou un rien plus brutal. Mais il n’avait rien fait de plus que les jeux habituels qu’il était possible de faire avec cet endroit.


Je poussais un petit gémissement de plaisir, inaudible et terriblement plaintif. Mes doigts effleurèrent tendrement ma toison noire. Mes poils bouclés étaient secs, craquants. Je glissai mes doigts dans ce foisonnement de pilosité, histoire de défaire ces petits paquets agglutinés de façon outrancière. J’aurais aimé glisser le bout des doigts simplement sur la longueur de l’ongle, pour qu’ils entrent en contact avec ma peau humide, mais je m’abstins. Je fis quelques étirements, pour détendre la chair alanguie de mes bras et de mes épaules. Je sentais la sueur. J’avais l’étrange impression que ma peau était recouverte, jusqu’à sa moindre parcelle, d’une couche moite, mélange de salive, de sueur et de sperme. Pourtant c’était impossible. Le seul endroit de mon corps qui aurait pu être tâché était mon esprit. Personne n’avait trouvé drôle l’idée de se répandre intimement sur ma peau. Absolument rien n’était venu me salir cette nuit, rien qui fût du sperme tout du moins.


Je tournais la tête à droite. Le second lit de la chambre était toujours là. Bien-sûr, il fallait qu’il me rappelle la nuit, le noir, mes murmures et ces sensations suaves et tendres qui avaient été les miennes, il y avait de cela à peine quelques heures. Je passai la main dans mes longs cheveux blonds cendrés. Ils étaient sales. Comme le reste de mon corps. J’ignorais ce que cette personne avait pu faire de mes cheveux. Aucune idée.


Il allait bien falloir que je sorte de cette torpeur envahissante, que je m’habille et que je parte. Pourtant je n’avais pas envie de partir. Pas encore, pas avant d’avoir pu me souvenir de chaque instant passé. Je glissai une main sous mes fesses. Elles étaient sûrement tièdes, douces et fermes. Comme on me l’avait confié cette nuit. Mon index traversa langoureusement la petit rigole qui les séparait. Rien. Tout était normal. Je ne savais toujours pas à quoi je m’attendais. Vraiment aucune idée.


Je penchai la tête dans un bruissement de cheveux pour observer mes seins. Ronds, parfaitement droits. Le mamelon calme et rosé. Je les soupesai du plat de la main, les fit rebondir une ou deux fois. Evidemment on ne m’avait pas vidé de leur substance et ils étaient identiques à hier.


Je me levais, chancelante, mes pieds noyés dans l’épaisse moquette beige de la pièce. Un miroir immense, à hauteur d’homme se tenait dans un coin. Je m’observai. D’abord le visage, mes yeux marron terriblement foncés. Mes lèvres roses, ni épaisses ni fines. Juste parfaites. Puis le cou.


Là, je savais qu’il avait été abîmé et visité par des dents, des lèvres, une langue. De nombreuses marques en forme de demi-lune s’étendaient, d’immédiatement sous mon menton jusqu’aux épaules elles-mêmes. Des traces de dents, rosées et légèrement violacées pour certaines, aux endroits les plus tendres. Je souhaitai que mes dents aient pu faire la même chose sur la personne qui s’en était allée ce matin.


Le reste de mon corps était intact. Aucune trace de ces tendres morsures. Aucune trace d’éventuelles griffures que personne ne m’avait jamais faites.


J’observai alors l’autre lit. Les draps étaient défaits, froissés, chiffonnés, tourmentés, sales, épais et tellement rassurants. Ils avaient été mes draps, nos draps pendant ce temps, à présent si lointain.


Je m’approchai. Je posai la paume de mes mains à plat sur le matelas. Le tissu était froid. Une légère trace de sang ornait le milieu de la literie. Mes doigts la caressèrent. J’approchai mon visage, mes yeux et mes lèvres, pour regarder et sentir. Il y avait sous l’oreiller, quelques longs cheveux châtains. Il y avait sur tout le tissu son odeur. Tendre, âcre, excitante maintenant encore après tous ces jeux incroyables qui m’avaient rassasiés. Une odeur de parfum, un mélange de cannelle. Odeur terriblement humaine, affolante. Je fus prise d’un frisson glacé qui traversa mon dos de haut en bas, depuis juste en dessous de la racine de mes cheveux jusqu’à quelques centimètres au-dessus du creux de mes fesses. Mes mains frôlèrent chastement le drap. Puis je l’agrippai, le tirai à moi, enfouis mon nez dans le tissu et respirai intensément. Son odeur. Je deviens folle. J’aurais aimé me caresser violemment, ici, tout de suite, pelotonnée dans ces draps, dans nos draps. J’aurais aimé me prendre là, toute seule. Me cambrer sous mes propres caresses, gémir et haleter dans cette solitude matinale. J’aurais aimé entendre ma bouche murmurer des « encore » et écouter mon âme répéter son prénom. J’aurais aimé glisser mes doigts si aimants entre mes cuisses encore sèches, les faire virevolter, entrer et ressortir jusqu’à voir danser des papillons incroyablement noirs devant mes yeux. Jusqu’à me laisser happer totalement par la frénésie sexuelle dont j’étais capable.


Je poussai un gémissement plaintif, mon beau visage encore ensommeillé plaqué contre le draps. Je me laissai choir sur le lit. Ma poitrine haute et ferme prisonnière contre le matelas accueillant. Je respirai encore le drap, l’oreiller cette fois. Retrouvant l’odeur de sa nuque, le goût de sa peau dorée. Je me livrai à quelques mouvements de bassin, désordonnés et terrifiants de sensations contre ce drap qui l’avait accueillie. En un instant indistinct je me retrouvai sur le fil de la corde entre l’apogée de l’excitation et le moment inouï qui met fin à l’envie.


Puis j’arrêtai. Totalement. Je fis volte-face, tournant le dos au matelas, repoussant nerveusement les draps. Je sautai sur mes pieds. Non ! il ne fallait pas profiter seule du pouvoir de ce lit. Pas sans la personne qui partagea ma nuit.


Il n’y avait pas de salle de bain. Je trouvai ma culotte en dentelle noire jetée sur la moquette. Je la remis. J’enfilai mon Jean noir également. Mes cuisses me démangeaient. Mon ventre me faisait mal. Je ne fus un instant qu’un puits de chatouillis extrêmement dérangeants. Heureusement la sensation s’en alla. Mon soutien-gorge noir. Mon débardeur blanc. Tâché de Milk-shake. J’arrangeais mes cheveux une dernière fois devant le miroir. Ces cheveux blonds. Ces yeux marron. Ce pantalon noir. Ce débardeur blanc. Telle que j’étais lorsqu’elle m’a dit : « J’ai besoin de toi ce soir. » Le souvenir du son de sa voix, si suave, si profonde. Si enjouée. Le souvenir de ses yeux marron et de ses longs cheveux châtains. Son Jean bleu marine, ses bottines noires, sa chemise blanche un peu trop grande pour elle. Son nez si fin, ses lèvres tellement roses et sa langue humide.


Encore un petit jappement sourd qui s’échappait d’entre mes lèvres. Cette fois mon ventre ne fourmillait plus, il brûlait littéralement. J’aurais dû glisser mes doigts entre mes cuisses, y enfoncer mes doigts plutôt. M’empaler sur ma main, me griffer, me fourbir, me fouiller, me foutre, debout sur cette moquette. Je pensai un instant à me caresser devant ce miroir, en me regardant, en me dévorant des yeux. Pour voir ce qu’elle avait pu voir. Je pensai à embrasser l’image de mes lèvres, à caresser mon visage dans ce miroir, à coller mes seins contre mes seins, à barbouiller la glace de ma salive pour imaginer ce qu’elle avait pu ressentir.


Sous l’emprise de cette idée extravagante je trottinai vers le miroir, me fit face et appuyai la paume de mes mains sur la paume des mains de mon image, griffant la vitre. Je plongeai mes yeux dans les yeux marron qui me fixaient hagards.


Mon Dieu, ce qu’avait du voir Pauline en me regardant était en face de moi.


Un tourbillon de sensations, l’odeur de sa bouche, la formidable sensualité de sa langue rose, lorsqu’elle mangeait mon milk-shake avec ma cuillère dans cette voiture. Puis ses doigts frais qui étaient venus chercher mon cou et mes joues, le goût de chocolat de ses lèvres. La fièvre inattendue. Notre escapade nocturne qui tournait court. Pas de ballade entre amies, pas de conversations de filles. Que la chambre de cet hôtel minable et l’Opel sur la parking. Nos cœurs battants dans l’escalier, la porte qui se ferme. Le lit. Nos vêtements qui s’arrachent. Les boutons de mon Jean qui cèdent sous la pression de ses doigts.


Floriane, Pauline, nos prénoms dans l’obscurité. Et ensuite ce souvenir.


Je m’arc-boute sous elle, tellement excitée par le désir que je ne prend pas conscience de ce qu’elle me fait. Je suis si près de jouir, si proche de l’instant où l’orgasme aura raison de moi. Je sens déjà les pulsations sourdes et les tressaillements qui montent jusque dans mon ventre. Je n’arrive pas à m’abandonner à celle qui s’agite sur moi, le simple contact avec sa chaleur suffirait à me faire hurler de plaisir, pourtant je ne peux pas, je ne peux pas. La situation change. Mes jambes fourmillent, mes muscles se durcissent, je me cabre sous elle pour résister de façon presque bestiale. La chaleur m’envahit. Un dard brûlant, monstrueux et voluptueux s’empare de mon bas-ventre. Cette divinité qu’est l’orgasme. Mes muscles se contractent de façon désordonnée. Je serre les cuisses plus fort que jamais pour la maintenir en moi, au plus profond de moi. L’orgasme multiple me transperce. Un tunnel de flammes serpente dans les méandres de mon corps inerte pour aller s’échouer dans le lac rouge palpitant de mon cœur.


La glace semble s’emparer de moi, congestionner mon âme qui lutte pour rester celle de mon corps déchiré de chaleur. Mon esprit est paralysé, ce corps n’est plus à moi. Le bruit de mon cœur me donne l’impression d’atteindre un point de non retour, je fais l’amour avec mon âme , avec mon sexe et avec ma chair.


Cette chaleur destructrice me laisse calcinée, hagarde, habitée par cette pulsion, mélange de fin et de naissance, où le présent et l’au-delà se confondent dans un éclair lumineux.




Debout devant le miroir, mes cheveux en bataille, j’entendis sa voix sourde murmurer


« Floriane, je te désire tellement ». Ses mots dans cette même pièce, quelques heures auparavant.


Mon ventre explosa dans un déluge de sensations, comme des milliers d’aiguilles brûlantes qui rongeraient ma chair. Mes yeux s’emplirent de larmes, elles gonflèrent avant de crever et de rouler sur mes joues. Je mordis mon poing jusqu’au sang pour ne pas crier.


Ses longs cheveux châtains, sa peau parfaitement lisse, son nez droit, son front qui luisait de sueur. Son souffle. L’orgasme eut raison de moi. Je me regardai et murmurai « Pauline » quelques dizaines de fois en ravalant mes larmes.


« Floriane tu es folle » fut ma dernière pensée devant ce miroir. J’allais courir à en perdre haleine pour retrouver Pauline. Il me la fallait. J’étais elle, elle était moi.




Elvea.


elveaparadise@yahoo.fr


Si la suite vous tente faites le savoir; Floriane retrouvera Pauline si vous m’aidez…